Chapitre 345
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel Mystérieux ◈
Épisode 344 : L’heure de la fête — une conversation insondable et un châtiment (3)
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— Han Ga-in
Je fixai la Chouette qui s’élevait dans le ciel, trop désemparé pour savoir quoi faire. Puis une phrase s’insinua dans mon esprit.
« Fais ton examen de conscience. »
Dès que j’entendis le message de la Chouette, je me rendis compte que mon corps n’avait plus forme humaine.
À la place de mes bras avaient poussé des ailes couvertes d’écailles ou de plumes, aux reflets bleu sombre.
Des pensées confuses traversèrent mon esprit.
Avais-je toujours ressemblé à ça ? Si oui, pourquoi ne le remarquais-je que maintenant ?
La Chouette avait-elle changé mon apparence ?
À quoi ressemblais-je, au juste, dans cet endroit ?
Le Sanctuaire des Bénédictions était-il réel ? Ou n’était-ce qu’un rêve ?
« Laisse de côté tes pensées inutiles et suis-moi. »
« … D’accord. »
À l’instant où j’étendis les ailes, une sensation étrange, impossible à décrire, m’envahit.
Avais-je acquis une connaissance entièrement nouvelle ?
Non.
Il était plus juste de dire qu’on avait gravé de nouveau dans mon esprit quelque chose que je savais déjà.
Je savais voler.
— Flap !
Je fendis le ciel en battant frénétiquement des deux ailes.
Les humains qui n’avaient jamais eu besoin de battre des ailes pour voler de toute leur vie ne pouvaient pas comprendre, mais voler était incroyablement épuisant.
« P-pourquoi je fais ça ?! »
Même en posant la question, je ne m’attendais pas à recevoir de réponse.
C’était plutôt une façon d’exprimer ma colère d’être devenu d’un coup un corbeau gigantesque et de devoir subir ces absurdités.
« Entraînement au vol. »
J’obtins tout de même une réponse.
« Entraînement au vol ? »
« À l’avenir, tu emprunteras souvent le corps de ce perroquet pitoyable. Apprendre à voler te sera utile. Tu peux oublier d’autres souvenirs, mais celui-ci doit absolument te revenir. »
Sa réponse avait tellement de sens que je restai un instant sans voix.
Non seulement je pourrais emprunter le corps de Pero, mais aussi voler dans le ciel avec lui ou me transformer en Perroquet grotesque.
Si j’en étais capable, les tactiques à ma disposition dans les Salles maudites se multiplieraient considérablement.
D’après le Docteur, j’avais vécu des centaines d’années dans le corps de Pero et appris à voler comme à me transformer.
Pour une raison inconnue, j’avais perdu ces souvenirs en quittant la salle, ainsi que ces capacités. La Chouette semblait au moins décidée à me faire voler de nouveau.
Maintenant que je le savais, je me mis à bouger plus activement.
Par exemple, je pliai sur le côté les plumes de ma queue, près de mon derrière. Quand avaient-elles bien pu pousser ? Puis j’essayai de prendre des virages serrés.
J’essayai aussi de piquer en adoptant une posture qui réduisait au maximum la résistance de l’air.
Alors que je m’entraînais à voler sans prévenir, une question me vint à l’esprit.
Avais-je seulement le droit de faire ça dans le Sanctuaire des Bénédictions ?
En temps normal, c’était un endroit où l’on renforçait ses bénédictions et où l’on pouvait parfois discuter avec les Mécènes.
Mais si je pouvais me servir d’un environnement virtuel créé par un Mécène comme terrain d’entraînement…
« Bien sûr que non. »
« Hein ? »
« Cet endroit n’a pas été conçu pour l’entraînement. L’utiliser à cette fin mérite un châtiment. »
« Quoi ?! »
« Ne t’inquiète pas. Le châtiment a déjà été reçu. »
« N-non ! Tu vas encore te faire enfermer dans la Cage à oiseaux, comme la dernière fois… »
« Cette fois, c’est toi qui seras puni à ma place. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
« Concentre-toi. Puisque le châtiment a déjà été reçu, tu dois apprendre à voler correctement. Si tu ne l’apprends pas ici, où le feras-tu ? »
Puni sans même avoir été prévenu ! Qu’est-ce que l’hôtel allait me faire ?
Pendant un instant, l’incrédulité, l’irritation et une pointe de peur me submergèrent en même temps.
Je voulus demander à la Chouette pourquoi elle avait enfreint les règles de l’hôtel sans même m’en parler, surtout si c’était moi qui allais être puni, mais je me retins.
Quand notre Mécène avait-il déjà discuté avec nous avant d’agir ?
« C’est vrai. »
« Qu’est-ce qui est vrai ?! »
« Concentre-toi sur l’angle de ton aile droite. »
« Sérieusement ! »
…
Le temps passa.
J’avais l’impression que plusieurs heures s’étaient écoulées, mais je n’en étais pas sûr. Le Sanctuaire des Bénédictions semblait mêler rêve et réalité.
La Chouette se posa soudain sur un nuage immense.
Après une hésitation, je repliai les ailes au-dessus du nuage et tombai aussitôt.
« Aah ! »
« … Tu ne sais pas encore atterrir. Quel oisillon idiot. »
Mortifié, je réussis tant bien que mal à me relever. La Chouette prit alors la parole.
« Imagine que l’esprit humain est de l’eau contenue dans un récipient. On y mélange une grande quantité de peinture noire et trouble. »
« … Tu parles de moi ? La peinture noire et trouble, c’est le Grimoire ? »
« Ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Une sagesse infinie et immense s’est mêlée à cette peinture noire. Mais l’excès est pire que le manque. Tu dois en maîtriser le rythme. »
« … »
« Que devrais-tu faire ? »
« Je t’écoute. »
« La première méthode consiste à geler l’eau. »
« Geler l’eau ? »
La Chouette se tut, comme pour m’inciter à bien réfléchir à sa métaphore.
Dans cette métaphore, l’eau représentait l’esprit humain, ou l’humanité. La geler ?
Fallait-il la solidifier pour empêcher la peinture de s’y infiltrer ? Était-ce une question de cœur inébranlable ?
Ou bien…
« La fille du Bureau de gestion. Elle est née avec un amour qui ne fondra jamais. »
« … »
« Une émotion qui ne s’efface pas, même au fil de l’éternité. Un cœur immuable. Si tu parviens à abriter une telle chose en toi, aucun démon ne pourra pervertir ton esprit. »
« C’est vraiment quelque chose que je peux faire ? »
« C’est difficile. C’est pourquoi il existe une deuxième méthode. »
« Je t’écoute. »
« Il suffit d’ajouter davantage de peinture. »
« Quoi ? »
« Le problème, c’est que seule de la peinture noire continue de s’infiltrer. Trouve de la peinture blanche et ajoute-la aussi. C’est également une voie possible. »
Je restai sans voix.
Vu le fil de la conversation, la peinture noire désignait mon Grimoire.
Mais une peinture blanche à la hauteur du Grimoire ?
« Tu me demandes d’obtenir un autre Héritage ? C’est seulement possi… »
« Crois-tu vraiment que ce soit impossible ? Ou penses-tu que, même si une occasion se présentait, tu devrais la céder à tes compagnons ? »
« … »
La Chouette répéta alors quelque chose qu’elle m’avait dit il y a longtemps.
« Souviens-toi. Je veux que tu connaisses la gloire au bout de l’hôtel. Pas vous tous. »
« … »
« … »
« Tu m’as fait venir pour me dire ça et m’apprendre à voler ? »
« Il y a autre chose. Tu as bien le Sablier ? »
« Oui. Je l’ai mis dans le tiroir du bureau, dans ma chambre, la 105. »
« Pourquoi ne l’as-tu pas emporté dans la Salle maudite ? »
« Je ne savais pas comment m’en servir et je le trouvais trop dangereux. On a failli tous mourir quand je l’ai retourné par accident. »
« Si tu le juges dangereux et refuses d’y toucher, tu n’apprendras jamais à t’en servir. »
« … »
« On te l’a donné pour que tu l’utilises. Tu comptes ne jamais t’en servir ? »
Je compris ce que la Chouette voulait dire.
Je me faisais la même réflexion chaque fois que je voyais le Sablier dans ce tiroir.
Si je le laissais caché dans un tiroir, je n’apprendrais jamais à m’en servir.
Mais…
Elle voulait que je l’emporte dans une Salle maudite sans savoir comment l’utiliser ?
Dans un endroit rempli de monstres qui ne demandaient qu’à nous tuer, je devrais emporter une bombe à retardement dont l’explosion pouvait partir dans n’importe quelle direction et tenter de m’en servir ?
« Donne-moi au moins un indice, s’il te plaît. »
La Chouette tourna silencieusement le regard vers le vide.
On aurait dit que détailler le fonctionnement du Sablier constituerait une autre infraction aux règles.
D’après ce que j’avais entendu plus tôt, l’entraînement au vol dans le Sanctuaire des Bénédictions avait déjà enfreint les règles, et mon châtiment était certain.
Honnêtement, j’avais peur d’écoper d’un autre châtiment en plus de celui-là.
Alors que je renonçais à obtenir une réponse, la Chouette me répondit contre toute attente.
« Ce n’est pas par hasard, mais par nécessité, que cet objet est entré en ta possession. »
« … Merci. »
Qu’est-ce que ça voulait dire ? Je n’en savais toujours rien, mais cela avait forcément un sens.
« Enfin… »
« Il y a encore autre chose ? »
« Cette conversation correspond véritablement à la vocation du Sanctuaire des Bénédictions. »
La vocation du Sanctuaire des Bénédictions était donc de parler du renforcement des bénédictions ?
« Plus une bénédiction est renforcée, plus elle débloque de capacités puissantes. Mais la Contribution nécessaire pour les obtenir augmente elle aussi considérablement. Beaucoup de participants ne renforcent jamais leur bénédiction, pas même une fois, et même ceux qui ont à la fois de la chance et des capacités ne peuvent en général le faire que trois fois au maximum. »
« Ça veut dire que j’ai renforcé la mienne trois fois ? Puisque Compréhension du scénario compte pour deux ? »
« Tu es… un participant qui a obtenu la possibilité d’un quatrième renforcement, un phénomène extrêmement rare. »
« … »
« Malgré tout, ne t’attends pas à grand-chose. Tu ne pourras l’obtenir qu’après avoir résolu au moins deux salles de plus. »
« De quel genre de capacité s’agit-il ? »
« Ceux qui atteignent le terme de la Sagesse voient à travers toutes choses… »
Sur ces derniers mots, la Chouette s’envola et l’espace autour de moi se mit à trembler.
Le quatrième renforcement arrivait beaucoup trop tard.
Plutôt qu’un pouvoir destiné à m’aider à gravir les étages de l’hôtel, ça ressemblait davantage à une récompense finale pour tout le chemin parcouru jusque-là.
En tout cas, cette capacité ne semblait pas pouvoir m’être d’une grande utilité au niveau 2.
* * *
[Infraction aux règles ! Le Sanctuaire des Bénédictions n’est pas un lieu où bavarder ou s’entraîner.]
[Han Ga-in (Sagesse) ne peut plus recevoir de conseils pendant cette Heure de fête.]
[La Malédiction de Tantale sera infligée à Han Ga-in (Sagesse) pendant cette Heure de fête.]
… La Malédiction de Tantale ?
* * *
— Lee Eun-sol
L’après-midi était paisible. Nous profitions tranquillement de l’hôtel pendant l’Heure de fête accordée après la résolution d’une Salle maudite.
Tous les hommes s’étaient dispersés, les uns pour faire de l’exercice, les autres pour jouer ou boire.
Nous, les femmes, nous étions retrouvées à la piscine.
— Plouf !
« J’ai gagné ! »
« Beurk ! Glou ! À-l’aide ! »
Tout le monde avait l’air de s’amuser.
En tout cas, A-ri s’amusait bien à pousser Mi-ro dans l’eau. Je n’étais pas sûre que Mi-ro, elle, y trouve son compte.
« Eun-sol ! »
Song-i, en maillot de bain, s’approcha et tourna brusquement sur elle-même.
Elle avait l’air impatiente de me le montrer, alors je l’applaudis doucement.
« Viens te baigner, toi aussi. »
« Je n’en ai pas envie. »
« Hein ? Tu n’aimes pas nager ? »
« Avant, si. Mais depuis que je suis arrivée à l’hôtel, je n’aime plus ça. Vous m’impressionnez, vous aussi. Vous vous baignez sans hésiter dans une piscine d’où sortait une énorme bouche, avec des lèvres grandes comme le torse d’un humain, qui agitait sa langue dans tous les sens. »
« C-c’était il y a longtemps. »
« Va sortir Mi-ro de là. Elle va finir par pleurer. A-ri s’est donné tant de mal pour la sauver, alors pourquoi continue-t-elle à la tourmenter ? »
« P-peut-être qu’elle la traite comme une petite sœur ? »
« Elle l’appelle maman, après tout. »
« Et alors ? »
« C’est vrai. »
C’est vrai. Au fond, qu’est-ce que ça changeait ?
Même un juge de la Cour suprême serait sûrement bien embêté pour définir légalement la relation entre ces deux-là.
« Au fait, Eun-sol, A-ri m’a demandé de te poser une question tout à l’heure. »
« Laquelle ? »
« Quand comptes-tu utiliser Main avide ? »
« Qui sait… Peut-être quand les gens partis au Sanctuaire des Bénédictions seront revenus. »
« Je lui dirai. »
Main avide. Ce nom me rappela la plainte de Grand-père, cette fois-ci, au Sanctuaire des Bénédictions.
« Comment suis-je censé accomplir quoi que ce soit avec une bénédiction comme Communication ?! »
Honnêtement, j’étais entièrement d’accord avec lui.
La bénédiction de Grand-père, Communication, nous était assez utile à nous, ses compagnons, mais lui-même en tirait bien peu de bénéfices.
Comme sa bénédiction ne l’aidait guère, il lui était difficile de contribuer dans les Salles maudites.
Et comme il lui était difficile de contribuer, il avait du mal à obtenir des Héritages.
Sa propre progression avait stagné tandis que le groupe avançait rapidement grâce à sa force combinée, et les Salles maudites devenaient peu à peu plus difficiles.
Il en était finalement arrivé à un point où il lui était difficile de rattraper son retard.
Grand-père était-il le seul à qui cela arrivait ? Ça avait dû se produire d’innombrables fois par le passé.
Vu la nature de l’hôtel, où il était difficile de rattraper son retard une fois qu’on avait pris du retard dans sa progression, c’était inévitable.
Alors, que pouvait-on faire ?
L’hôtel avait laissé une chance de rebondir de façon spectaculaire même aux participants coincés dans cette situation.
Un Héritage n’était pas automatiquement remis à celui qui avait le plus contribué à résoudre une Salle maudite.
La condition qui primait sur la Contribution était la survie lors de la manche finale. Si la Contribution dépassait un certain seuil, tout le monde était réuni au moment du Choix et recevait une occasion de choisir.
En se concentrant sur le mot « survie », une idée diabolique venait à l’esprit.
Et si, au moment où une Salle maudite était sur le point d’être résolue, quelqu’un trahissait ses compagnons pour survivre seul ?
Aussi puissant soit-on, impossible de résister à une balle qui surgissait sans prévenir.
Même si Ga-in devenait plus fort grâce au Grimoire, une balle qui lui traverserait soudain l’arrière du crâne le tuerait sur-le-champ.
C’était pareil pour Jin-cheol, le plus fort physiquement.
Parfois, plus j’analysais les règles de l’hôtel, plus je m’interrogeais.
Qui avait créé un système qui encourageait la trahison, et comment voulait-on que nous nous comportions dans un endroit pareil ?
Mes pensées revinrent à Main avide.
Mon Mécène m’avait dit que ce pouvoir était extrêmement puissant.
Pourtant, je n’avais pas été déçue qu’une ou deux fois après l’avoir utilisé.
La Broche papillon, l’Œil de l’Oiseau géant monoculaire et la toque du chef que j’avais obtenus grâce à Main avide étaient impressionnants, mais dans un endroit aussi rempli d’épreuves que l’hôtel, ils avaient de gros défauts.
Par exemple, la Broche papillon ne fonctionnait même pas sur une personne ordinaire si elle se tenait sur ses gardes.
Elle pouvait endormir tout ce qu’elle touchait, mais son moyen d’action était littéralement un simple papillon.
La toque du chef ne marchait pas très bien sur les gens qui avaient ne serait-ce qu’un peu d’entraînement.
Forcément, elle ne servait à rien contre les monstres qui pullulaient dans tout l’hôtel.
…
Quand était-ce déjà ? Je compris soudain quelque chose.
Le problème ne venait pas de Main avide, mais de moi, Lee Eun-sol.
Comme son nom l’indiquait, ce pouvoir devait être utilisé avec avidité.
Quand je compris cela…
Je cessai d’attendre trop de Main avide.
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