Chapitre 309
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel Mystérieux ◈
Épisode 308 : Chambre 204, Salle de mission – « Hôtel Cinéma » (30)
──────
— Park Seung-yeop
Au moment où j’activai Humain primordial, ma conscience quitta mon corps et se retrouva dans un espace inconnu, d’un blanc immaculé.
C’était un endroit vraiment étrange. Des caractères incompréhensibles flottaient dans les airs et quelque chose qui ressemblait à des flammes noires apparut devant moi.
Où suis-je ?
J’essayai de parler, mais aucun son ne sortit. Je n’avais pas de bouche, pour l’instant.
…
Étrangement, j’avais l’impression de savoir ce que je devais faire.
Les autres, qui avaient dit savoir instinctivement comment utiliser un Héritage dès qu’ils le recevaient, avaient-ils vécu quelque chose de semblable ? Dans cet endroit mystérieux, je devais créer un « ordre ». Je devais formuler une révélation que l’« autre moi », sur le point de s’éveiller, suivrait comme une écriture sacrée.
「Où ?」
… Dans le manoir ?
「Jusqu’à quand ?」
Jusqu’à la fin du film ?
「Quoi ?」
C’était facile.
Survis !
「Comment ?」
L’espace d’un instant, je ne sus quoi répondre. Comment étais-je censé survivre ? Si j’avais utilisé ce pouvoir, c’était justement parce que je n’en savais rien !
Tandis que j’y réfléchissais, la faille se mit à trembler. Je n’avais pas le temps de penser à tout ça tranquillement.
Ah, débrouille-toi ! Fais au mieux !
Ma conscience s’effaça. Je sentis un autre moi s’éveiller dans mon corps.
* * *
— Park Seung-yeop (Humain primordial)
Je repris soudain mes esprits dans un endroit étrange. Où étais-je ? Et qui étais-je ?
「Survis comme tu peux dans le manoir jusqu’à la fin du film.」
Une révélation s’abattit sur moi. Une voix grave résonna dans ma tête et dissipa le brouillard qui embrumait mon esprit. Je savais que cette phrase était un ordre auquel je devais obéir.
… Cette révélation était difficile à comprendre.
Ce n’était pas que j’ignorais le sens de chaque mot. Étrangement, leur signification me venait toute seule.
Le manoir, c’était cette immense demeure où je me trouvais.
Un film, c’était quand plusieurs personnes regardaient, dans un grand endroit, un mur noir sur lequel apparaissaient des visions étranges.
Mais que signifiait survivre jusqu’à la fin du film ? Il n’y avait pas de mur noir projetant des visions autour de moi.
Je ne comprenais pas non plus ce que voulait dire « survivre comme je pouvais ». J’étais vivant et en sécurité, non ? Quelque chose me menaçait-il ?
À cet instant, l’éléphant rose devant moi ouvrit la bouche.
« Kevin, pourquoi tu ne bois pas ton thé ? »
« … Kevin ? C’est mon nom ? Et toi, qui es-tu ? »
« Moi ? Je suis Dollyphant ! »
« Dollyphant ? J’ai une question à te poser. »
« Une question ? »
« Où est-ce qu’on projette le film, en ce moment ? »
Dollyphant me regarda comme si je venais de dire quelque chose de parfaitement incompréhensible.
« Un film ? Il n’y a rien de tel dans cette maison. »
« Mais je dois survivre jusqu’à la fin du film. »
« De quoi tu parles ? Jusqu’à la fin du film ? »
« Hum… Oublions le film pour le moment. Est-ce que “survivre” veut dire que quelque chose me menace ? Il y a un danger dans les parages ? »
Dollyphant, l’éléphant rose, pencha la tête.
« Un danger ? Ici, c’est sûr ! Si tu parles de Thomas, ne t’inquiète pas. Je l’ai déjà écrabouillé. »
« Ah ! Donc il y avait une menace ici, mais tu l’as déjà écrabouillée ? »
« Probablement ? Alors ne t’inquiète pas, Kevin. Bois ton thé. »
« Cette eau, c’est le thé ? »
« Oui. »
« Je vais en boire. »
Rassuré, je bus dans l’énorme tasse. Après deux ou trois gorgées, je trouvai le goût un peu amer. Quand je relevai la tête, Dollyphant me fixait, les yeux grands ouverts.
« Kevin, tu ne comptes pas laisser le thé que j’ai préparé avec tant de soin ? »
« Non. Je comptais le boire plus tard. »
« Plus tard ? Mais c’est l’heure du thé ! »
« C’est quoi, l’heure du thé ? »
Dollyphant parut décontenancé un instant, puis alla chercher un petit livre.
« L’heure du thé, c’est le moment où on boit du thé ! »
« Je vois. Mais j’ai déjà bu du thé. »
« Tu ne l’as pas fini ! »
« Il faut que je le finisse ? C’est écrit que, pendant l’heure du thé, on doit tout boire jusqu’à la dernière goutte ? »
De nouveau décontenancé, Dollyphant feuilleta le livre avec sa trompe. Intrigué, je m’approchai et me mis à lire avec lui.
« I-il faut le finir ? Euh… Ce n’est pas écrit… »
« Regarde ! Il est écrit qu’un parfait gentleman anglais doit toujours pouvoir savourer une tasse de thé sans perdre son sang-froid ni sa dignité, pas vrai ? »
« … Oui. »
« C’est écrit qu’il faut le boire tranquillement. Pas besoin de tout avaler d’un coup. Je vais le boire lentement. »
« Ah bon ? Mais Kevin, cette illustration est bizarre ! »
« Qu’est-ce qui est bizarre ? »
« Pourquoi le gentleman anglais a-t-il un nez aussi court ? Le mien est beaucoup plus long. »
« Parce que toi, tu es un éléphant, et qu’un gentleman, c’est une personne ? »
« Un éléphant ne peut pas devenir un gentleman anglais ? »
J’y réfléchis un instant. Un éléphant ne pouvait-il pas devenir un gentleman anglais ? Pourquoi l’être qui m’avait donné la révélation ne m’avait-il pas parlé d’un sujet aussi important ?
En feuilletant soigneusement le livret, je trouvai une phrase écrite avec des caractères légèrement différents.
« Un éléphant participant à l’heure du thé peut se servir de sa trompe à la place de ses mains. »
« Dollyphant ! Regarde ça. Un éléphant peut se servir de sa trompe à la place de ses mains, donc ta trompe, c’est une main. »
« Alors pourquoi mes mains sont-elles attachées à mon nez ? »
« Peut-être que l’emplacement des mains n’a pas d’importance. Ce n’est pas écrit qu’elles doivent être attachées au torse. »
« Quel soulagement ! »
« Mais j’ai trouvé un problème grave. »
À ces mots, l’expression de Dollyphant s’assombrit elle aussi. J’ouvris le livret et lui montrai l’illustration d’une femme vêtue d’une robe qui ressemblait à des fleurs et buvant du thé.
« Regarde. Elle incline sa tasse avec ses mains pour boire, pas vrai ? »
« Oui. »
« Mais toi, tu aspires le thé avec ta trompe et tu le verses dans ta bouche. »
« Hein ? Ne me dis pas que… »
« Dollyphant, tu n’as pas arrêté d’enfreindre gravement les règles de l’heure du thé. À partir de maintenant, incline ta tasse avec ta trompe avant de boire. »
L’air sérieux, Dollyphant se mit à incliner sa tasse avec sa trompe. Celle-ci étant moins agile qu’une main, la tasse perdit l’équilibre et le thé se répandit sur le sol.
« Aaaah ! M-mais qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi c’est si difficile ? »
« Tu manques d’entraînement. Regarde-moi faire. »
Je me redressai, contractai les bras et me concentrai de toutes mes forces. Puis j’inclinai prudemment la tasse, aussi grande que mon torse, et parvins de justesse à boire le thé sans en renverser une goutte.
« Tu vois ? C’est comme ça qu’il faut faire ! Dollyphant, à toi. Avec tes mains… enfin, ta trompe. »
« E-est-ce que Kevin ne pourrait pas l’écrire dans le livre, comme tout à l’heure ? »
« L’écrire dans le livre ? »
« Les éléphants peuvent aspirer le thé avec leur trompe. »
« Non ! Tu ne peux pas changer les règles à ta guise. Quand j’ai repris mes esprits, je me suis souvenu d’une règle à laquelle je devais absolument obéir. Toi aussi, tu dois suivre les tiennes. »
Quand je lui dis de respecter les règles de l’heure du thé, Dollyphant hocha tristement la tête. Ensuite, j’attrapai sa trompe et lui appris à incliner sa tasse.
* * *
— Salle de cinéma
La bouche entrouverte et l’air perplexe, Song-i marmonna :
« … Mais qu’est-ce que c’est que ça ? »
Ga-in gloussait sans pouvoir s’arrêter depuis un moment.
« Comment ça, qu’est-ce que c’est ? Un humain apprend à un éléphant à boire du thé ! »
« N-non ! Je veux dire, pourquoi ça a soudain tourné comme ça ? »
Ga-in réprima tant bien que mal son rire avant de répondre.
« C’est arrivé comme ça, apparemment. Mais ce n’est pas une façon classique de réussir un scénario de l’Hôtel ? Dollyphant est un monstre qui invente des règles absurdes et attaque quiconque les enfreint. Seung-yeop a fait remarquer que le monstre lui-même enfreignait une règle, et l’a ainsi piégé dans une contradiction. »
Song-i pencha la tête devant l’explication de Ga-in. Kim Sang-hyeon prit alors la parole :
« Le nouveau pouvoir de Seung-yeop, Humain primordial, est fascinant. Il a perdu la mémoire ? C’est peut-être pour ça qu’il a l’air beaucoup plus malin que d’habitude. Ah, je ne dis pas que Seung-yeop est idiot, normalement. »
Ga-in acquiesça.
« Sans son bon sens habituel, il pense avec plus de liberté. Cela dit… »
« Il a peut-être formulé son ordre un peu maladroitement. »
« Il comprend ce que veut dire “film”, mais il ne comprend pas qu’il se trouve dans un film. En plus, comme il n’a pas précisé ce qui le menaçait, il a une poupée meurtrière juste sous le nez sans même comprendre pourquoi il est en danger. »
« Mais au bout du compte, ça l’a peut-être aidé. Comme il ne sait pas que Dollyphant est terrifiant, il se comporte comme ça. »
« Franchement, je ne m’attendais pas à ça. Je pensais qu’il allait courir partout comme un fou et survivre grâce à une chance insolente. »
« C’était une possibilité, et ça en est une autre. Plus important, je vois un gros avantage à ce pouvoir. »
« Sa durée est incroyablement longue. Ça n’a rien à voir avec Fortune céleste. »
Peu à peu, la tension retomba dans la salle. Il ne restait plus beaucoup de temps avant la fin de l’heure du thé.
« Waouh ! Je ne pensais pas que Seung-yeop s’en sortirait comme ça. »
À l’admiration de Cha Jin-cheol succéda l’exclamation de Song-i.
« Oh ! Seung-yeop vient de demander à Dollyphant pourquoi il ne se tient pas sur deux pattes ! »
« Il essaie vraiment de se tenir sur deux pattes parce qu’il le lui a demandé. »
L’éléphant s’était même mis à s’entraîner au ballet pour imiter les humains.
Alors que tout le monde sentait le troisième récit toucher à sa fin, Dollyphant apparut à l’écran, l’air parfaitement satisfait, et prit la parole.
「C’était très instructif ! Grâce à Kevin, j’ai passé une agréable heure du thé. Maintenant, je peux devenir un parfait gentleman éléphant anglais ! Kevin, toi aussi, tu as apprécié, pas vrai ?」
Un sourire s’étira sur le visage de Ga-in. Cet éléphant commençait à lui paraître mignon.
« En y repensant, il est plutôt mignon, non ? Il a même l’air gentil. »
« Oui. Et il respecte ses règles à la lettre… »
「Non.」
« Hum ? »
« J’ai mal entendu ? »
「Ce n’était pas amusant. Le thé noir était particulièrement infect.」
« S-Seung-yeop ? »
« Aaaah ! »
「Pourquoi boire une eau aussi amère ? Je ne veux plus jamais prendre le thé.」
« Aïe ! I-il est fou ! »
Tout le monde, à l’exception d’un garçon, fut saisi de stupeur et d’effroi. À l’écran, l’éléphant se figea lui aussi, la bouche ouverte, abasourdi.
« C-ce Park Seung-yeop, quel putain de taré ! Même sans avoir peur, il a un sacré culot ! »
「Le plus épuisant, Dollyphant, c’était de t’apprendre. Tu ne vois pas, rien qu’en lisant ce livret, que l’heure du thé n’est pas faite pour les éléphants ?」
Ga-in décida de se contenter de rire.
« Hahaha ! Après tout, ce Seung-yeop n’a jamais eu peur une seule fois. Ce serait plus bizarre qu’il se montre prudent. »
Cha Jin-cheol fut accablé de désespoir.
« Il avait pratiquement tout réussi, et cet idiot… ! »
「Pwooooooo !」
Un barrissement désolé jaillit de l’écran.
* * *
— Park Seung-yeop (Humain primordial)
« Pwooooooo ! »
Dollyphant se leva soudain et poussa un cri si assourdissant que mon corps en trembla. Des larmes dévalaient les joues de l’éléphant rose et trempaient le sol. C’est alors que je me posai la question pour la première fois.
« Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ? »
Au lieu de me répondre, Dollyphant souleva son énorme corps et leva une patte avant.
Je roulai sur le sol avant même d’avoir eu le temps d’y penser.
— Boum !
Le sol du manoir vola en éclats sous un seul coup. Ce ne fut qu’à ce moment-là qu’une idée me traversa l’esprit.
Dollyphant était-il la chose qui me menaçait ? J-j’aurais aimé que l’être qui m’avait donné la révélation me le dise !
« Ouaaah ! »
Un rugissement gigantesque ! Je roulai désespérément sur le côté et courus vers la porte. Dollyphant ne me poursuivit pas tout de suite ; il resta dans la pièce et se mit à hurler.
« Dolly Dolly ! En colère ! Je suis en colère ! Kevin ! Je vais te mettre dans une bouilloire et te faire bouillir ! Je vais t’aplatir et te transformer en papier ! »
« Comment une personne peut-elle devenir du papier ? »
« Tais-toi ! »
Pourquoi se mettait-il en colère alors que je posais juste une question ? Cet éléphant avait vraiment un caractère étrange !
Dollyphant cria et se tordit dans tous les sens, faisant trembler le manoir. Peut-être l’avait-il endommagé en se déchaînant, car la lumière s’éteignit soudain dans un déclic.
Quand une obscurité si profonde que je ne voyais même plus mes mains s’abattit, Dollyphant entra dans une colère encore plus noire.
« Kéééééévin ! Où est-ce que tu te caches ? »
— Boum ! Crac !
J’entendais l’éléphant saccager les lieux.
Même le solide manoir ne résistait pas aux charges de ce monstre. Des secousses assez puissantes pour faire trembler toute la maison se succédaient sans répit, et toutes sortes d’ornements commencèrent à tomber du plafond.
Il faisait trop sombre pour y voir correctement, mais heureusement, rien ne tomba dans ma direction. En tendant la main pour longer les murs et les escaliers, je touchai une masse de poils toute douce.
« Qu- » Je m’interrompis en étouffant un cri.
La masse de poils émit alors un son étrange.
« Tuuuu m’as touchééé le doooos. Kééééévin… »
Qu’est-ce qu’elle racontait ? Je lui avais touché le dos, alors Kevin avait gagné ? Som-i pouvait parler, elle aussi ? Mal à l’aise devant cette touffe qui parlait, je la lançai au loin.
— Grondement !
Le manoir se remit à trembler. Peut-être à cause des chocs insupportables qui s’étaient abattus les uns après les autres ; cette fois, un bruit vraiment inquiétant retentit.
Bientôt, un pan de mur immense s’effondra dans un fracas, et la lumière extérieure se déversa dans le manoir. Sans doute ébloui par cette lumière qui surgissait brusquement dans l’obscurité, l’éléphant qui avait défoncé le mur leva sa trompe pour se protéger les yeux.
À ce moment-là, je commençai à réfléchir.
La révélation avait dit : « Survis comme tu peux dans le manoir jusqu’à la fin du film. »
Est-ce que ça voulait dire que je ne devais pas quitter le manoir ? Ou bien qu’une fois dehors, j’aurais réussi à survivre et que je pourrais ensuite faire ce que je voulais ?
Simplifions les choses !
Je ne savais pas ce que signifiait « jusqu’à la fin du film », alors supprimons cette partie. Il restait : « Survis comme tu peux dans le manoir. » Si je quittais le manoir, j’aurais survécu pendant que j’étais à l’intérieur.
Tout sourire, je sortis du manoir. J’avais réussi à accomplir la révélation !
« Hahahaha ! Réussi ! »
… Ma conscience me revint lentement.
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