Chapitre 18
Le sixième jour, ils travaillèrent sans le moindre relâche, du lever au coucher du soleil.
Kael creusa méthodiquement des tranchées devant toute la palissade, chacune assez profonde pour ralentir sérieusement un assaillant.
Elias, de son côté, fabriqua une série de pièges rudimentaires, des trous soigneusement camouflés sous des branchages, avec des pieux acérés plantés au fond.
Lyna, malgré sa blessure encore douloureuse, prépara méticuleusement des bandages et des remèdes de fortune. Ses mains tremblaient encore par instants, trahissant sa fatigue persistante, mais elle ne s'arrêta pas une seule fois de la journée.
L'atmosphère générale était devenue lourde, très lourde.
Plus personne ne plaisantait, désormais.
Il ne restait plus que le travail incessant, la sueur, et ce compte à rebours implacable qui continuait de s'égrener, seconde après seconde, sans jamais ralentir.
0 Jour 03 Heures 12 Minutes 08 Secondes
La nuit était tombée depuis plusieurs heures, dense et silencieuse.
Elias se tenait immobile au sommet de la tour de guet, les yeux rivés sur la ligne sombre de la forêt.
Le camp gobelin se trouvait quelque part là-bas, invisible dans l'obscurité. Silencieux, pour l'instant.
Mais bientôt, très bientôt, il s'animerait de la pire des façons.
« Elias. »
Il baissa les yeux vers le pied de la tour. Lyna se tenait là, une silhouette pâle dans la nuit.
« Tu devrais vraiment te reposer, tu sais.
— Pas encore. Pas maintenant. »
Elle grimpa avec difficulté jusqu'à lui, son flanc encore sensible.
« Tu ne pourras pas te battre efficacement si tu es complètement épuisé. »
Elias laissa échapper un soupir résigné.
« Je sais. Crois-moi, je le sais parfaitement. »
Il tourna son regard vers l'horizon.
« Mais je n'arrive tout simplement pas à dormir, ce soir. »
Lyna s'assit à côté de lui, sans un mot de plus.
« Moi non plus, pour être honnête. »
Ils restèrent ainsi un long moment, silencieux, épaule contre épaule.
« Tu as peur ? »
Elias hésita à peine avant de répondre.
« Oui. Terriblement, même. »
Il tourna la tête vers elle.
« Et toi ?
— Aussi. Énormément. »
Elle esquissa malgré tout un faible sourire, presque involontaire.
« Mais j'ai confiance en toi, malgré tout. »
Elias cligna des yeux, sincèrement surpris.
« Pourquoi donc ?
— Parce que tu es encore là, tout simplement. »
« Tu aurais très bien pu fuir, dès le premier jour. Tu aurais pu tout simplement abandonner, nous laisser derrière toi sans le moindre remords. Mais tu es resté, envers et contre tout. »
Elias ne trouva rien à répondre à cela.
« Alors oui. J'ai confiance en toi. Sincèrement. »
Lyna finit par redescendre de la tour, le laissant seul avec ses pensées.
Elias resta ainsi, immobile, les yeux fixés sur les étoiles inconnues qui parsemaient le ciel.
Dans quelques heures à peine, tout basculerait irrémédiablement.
Il resserra sa prise sur sa lance.
« On va tenir. On n'a pas le choix. »
Il fallait y croire, envers et contre tout, comme dirais Lyna. C'était tout ce qui leur restait.
0 Jour 00 Heures 01 Minute 00 Seconde
L'aube se levait à peine, timide, presque hésitante derrière les montagnes.
Kael et Elias se tenaient déjà derrière la palissade fraîchement achevée, leurs armes fermement serrées dans leurs mains. Lyna, elle, avait pris position dans la tour de guet, un bandage propre autour du torse et une lance posée à portée de main.
Le silence, tout autour, était absolu.
Puis le compte à rebours s'arrêta, net, sans transition.
Première vague : Début.
Une corne retentit soudain au loin, quelque part au cœur de la forêt.
Profonde. Gutturale. Terriblement menaçante.
Puis vinrent les tambours, un rythme sourd et implacable qui semblait faire vibrer la terre elle-même.
Et enfin, les cris.
Les gobelins attaquaient.
Elias tourna son regard vers la forêt, le cœur battant à tout rompre.
Des silhouettes verdâtres surgissaient déjà entre les arbres, de plus en plus nombreuses à chaque seconde.
Des dizaines d'entre elles, au bas mot.
Elles avançaient en une meute compacte et désordonnée, brandissant des gourdins noueux, des lances de fortune et des haches grossièrement taillées.
« Ça y est..
— J'en ai bien peur. » répondit simplement Kael, sa lance déjà prête.
Elias prit une profonde inspiration, tentant de calmer les battements affolés de son cœur.
« On tient bon. Quoi qu'il arrive. »
La première vague déferlait sur eux, inexorable.
La véritable survie commençait maintenant.