Chapitre 17
Ils partirent dès le lever du soleil, profitant de la lumière encore fraîche du matin.
Lyna resta seule au territoire, protégée par la palissade tout juste achevée. Elias lui avait laissé une lance à portée de main, et lui avait rapidement montré comment se servir du poignard en tout dernier recours, si la situation venait à dégénérer.
« Si quelque chose approche pendant qu'on est partis, grimpe immédiatement dans la tour de guet. Compris ?
— Et si ça grimpe aussi ?
— Alors prie très fort. »
Elle n'avait pas ri à cette réplique, contrairement à son habitude.
Elias et Kael partirent, et suivirent les traces pendant près d'une heure, progressant avec une prudence méthodique.
Le sentier s'enfonçait profondément dans la forêt, sinueux, à peine perceptible entre les racines et les broussailles. Les empreintes, elles, restaient étonnamment fraîches, certaines dataient visiblement de quelques heures à peine, tout au plus.
Kael s'arrêta soudain, une main levée en signal d'alerte.
« Attend. »
Elias tendit l'oreille, retenant son souffle.
Des voix, au loin. Lointaines, mais parfaitement distinctes malgré la distance. Des sons gutturaux, entrecoupés de cliquetis métalliques et de rires rauques, presque animaux.
« Ce n'est pas un langage que je connais », murmura Kael, la voix à peine audible.
Elias rampa prudemment jusqu'à un épais buisson et en écarta doucement les branches, juste assez pour observer sans être vu.
Devant eux, à une cinquantaine de mètres à peine, se dressait un véritable campement.
Des tentes de peaux tendues sur des armatures de bois. Plusieurs feux de camp, leurs flammes vacillant dans la pénombre sous les frondaisons. Des armes rudimentaires empilées en tas près d'un tronc abattu.
Et des créatures.
Petites, mais trapues, à la peau verdâtre couverte de verrues grossières. Des yeux rouges, profondément enfoncés dans des crânes disproportionnés. Des gueules béantes, hérissées de dents pointues et irrégulières.
Elias retint son souffle plusieurs longues secondes.
« Des gobelins », finit-il par murmurer.
Il les reconnaissait instantanément, des créatures tout droit sorties des romans de fantasy qu'il avait dévorés sur Terre. Mais ici, elles étaient bel et bien réelles.
Il activa Inspecter sans plus attendre.
Créature identifiée.
Nom : Gobelin
Âge : Variable
Sexe : Variable
Type : Humanoïde
Dangerosité : Faible à Modérée
Rang : F
Potentiel : D
Branche d'Évolution : 1
Habitat : Forêts, plaines, zones proches des points d'eau
Comportement : Créature grégaire. Vit en groupes de dix à plusieurs centaines. Attaque en meute lorsqu'elle est en supériorité numérique.

Talent Première Découverte activée.
Vous êtes le premier joueur à identifier le Gobelin.
Récompense obtenue.
Fragment de connaissance : Gobelin
Récompense supplémentaire :
Elias fixa l'interface, le cœur soudain plus lourd que la récompense obtenue.
Une carte de campement.
Il l'ouvrit sans attendre.
Campement Gobelin de la Forêt ???
Localisation : 1,8 km de votre territoire
Population estimée : 37 individus
Chef : Gobelin Guerrier
Structure : Tentes (x9), Feux (x3), Réserve d'armes (x1), Totem (x1)
Trente-sept gobelins.
À moins de deux kilomètres.
Elias sentit son sang se glacer dans ses veines.
« On rentre. Maintenant. »
Kael le fixa, une question muette dans le regard.
« Combien ? »
Elias déglutit péniblement avant de répondre.
« Trente-sept. »
Ils reculèrent lentement, avec une prudence redoublée, sans faire le moindre bruit, jusqu'à s'éloigner suffisamment du campement pour respirer de nouveau normalement.
Le chemin du retour se fit dans un silence tendu.
L'esprit d'Elias tournait à toute vitesse. Les gobelins étaient probablement là depuis le début, bien avant son arrivée, sans doute. Ils avaient dû établir leur camp dans cette forêt bien avant que le Système ne l'y ait déposé.
Et maintenant, une chose lui semblait de plus en plus évidente, ils allaient très certainement jouer un rôle central dans la première vague.
Il en était presque certain, désormais.
Les vagues de monstres ne surgiraient probablement pas de nulle part, comme par magie. Elles proviendraient forcément de quelque part.
Et ce camp gobelin se trouvait précisément là, à portée de marche de leur propre territoire.
Le soir venu, Elias expliqua patiemment toute la situation à Lyna, sans rien lui cacher.
Elle écouta sans jamais l'interrompre, son visage encore pâle.
« Trente-sept gobelins..
— Précisément.
— Et ils vont vraiment nous attaquer, tu penses ?
— Je pense même qu'ils feront partie de la vague, oui. »
Lyna baissa les yeux vers ses mains, songeuse.
« On ne peut vraiment pas abandonner le territoire ? Partir, tout simplement, chercher un autre endroit plus sûr ? »
« Non. »
Elle releva la tête, cherchant son regard.
« Pourquoi non ? »
Elias hésita un long moment avant de répondre, cherchant les mots les plus justes.
« Le noyau est directement lié à moi, d'une manière que je ne comprends pas totalement. Si je le perds, je perds également mon Talent avec lui. Et sans Talent, je ne suis plus qu'un homme complètement désarmé, livré à lui-même. »
Lyna resta silencieuse un long moment, digérant cette réponse.
« Alors on se bat. On n'a pas d'autre choix, c'est ça ? »
Elias hocha lentement la tête.
« Malheureusement, oui. »