Chapitre 13
Elias se réveilla avant l'aube, avec la sensation d'avoir dormi à peine quelques minutes.
Son corps était raide, ankylosé par une nuit passée à moitié assis. Sous ses bandages, les griffures de la Traque-Nuit lui tiraient encore. Mais c'était son esprit, plus que son corps, qui refusait le repos.
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L'interface flottait toujours quelque part au bord de sa vision. Discrète. Presque effacée. Mais jamais totalement absente. Il avait fini par s'y habituer.
Il se redressa lentement, une main plaquée contre ses côtes.
À côté de lui, Lyna dormait encore. Son souffle était régulier, mais son visage restait tiré. Un peu plus loin, Kael s'était finalement assoupi, le dos calé contre le mur, sa lance de bois posée en travers de ses jambes.
Elias les observa quelques secondes.
Puis, sans un bruit, il se leva et sortit.
L'air frais le saisit dès qu'il franchit le seuil de l'abri.
Une brume basse s'étirait sur la plaine, avalant les herbes hautes et les premières silhouettes de la forêt. À l'horizon, les premières lueurs de l'aube commençaient tout juste à teinter le ciel d'un orange hésitant, presque timide.
Elias ouvra Assistance.
« Quelles sont les fonctions disponibles pour mon territoire ? »
Il avait passé une bonne partie de la nuit à retourner cette question dans sa tête. Si le Système lui avait attribué un territoire, ce n'était sûrement pas pour rien.
La réponse s'afficha :
Fonctions du Territoire disponibles :
- Gestion des Ressources
- Construction
- Améliorations
- Colons
- Défense
- Carte locale
Elias resta un instant sans réaction, presque incrédule.
« J'aurais peut-être dû regarder ça plus tôt… »
Il chassa l'agacement contre lui-même et ouvrit Construction. Une liste de structures s'afficha, chacune avec un coût et une courte description : palissade de bois, tour de guet, entrepôt, atelier basique, infirmerie de fortune. Les prix tournaient tous autour d'une trentaine de bois, complétés de pierre ou de fibres selon les cas.
Elias resta silencieux un long moment, laissant l'information s'installer.
Il ouvrit ensuite Améliorations.
Aucune amélioration disponible au Rang F.
Conditions pour le Rang E :
- Avoir construit au moins 3 structures.
- Posséder un colon assigné à une fonction.
- Survivre à la première vague.
Il mémorisa chaque condition, presque mot pour mot.
« Donc le rang du territoire peut évoluer.. Intéressant. »
Il consulta ensuite Gestion des Ressources. Une liste similaire à celle de la construction apparut, regroupant les différentes ressources qu'il possédait. Le bois, la pierre, les fibres, etc..
Il observa la liste quelques secondes.
« Le bois que Kael a ramassé est déjà comptabilisé, on dirait. »
Il referma les fenêtres l'une après l'autre et retourna vers l'abri d'un pas plus assuré qu'à son réveil.
« Kael. »
Aucune réponse.
« Kael, réveille-toi. »
L'homme-lézard ouvrit les yeux presque instantanément, comme s'il n'avait jamais vraiment sombré dans le sommeil. Son regard était déjà alerte.
« Quoi ?
— J'ai trouvé quelque chose. Il faut qu'on parle. »
Quelques minutes plus tard, ils se tenaient tous les deux à l'extérieur. Elias avait résumé aussi clairement que possible ce qu'il venait de découvrir, y compris à propos des vagues. Kael écoutait sans l'interrompre.
« Je comprend mieux ta réaction d'hier soir... Faut commencer à construire. »
Elias hocha la tête.
« Oui. C'est pour ça qu'on devrait commencer par la palissade. »
Kael balaya la plaine du regard, comme s'il évaluait déjà l'ampleur du travail.
« Une palissade autour de tout le territoire ?
— Autour de l'essentiel, au moins. L'abri, le noyau, les réserves. Quelque chose qui nous donne une vraie ligne de défense, plutôt que de compter uniquement sur nos bras. »
Kael réfléchit quelques secondes.
« Ça va demander beaucoup de bois.
— Je sais.
— Et des fibres. Des lianes, ou de l'herbe assez solide pour attacher les pieux entre eux.
— Lyna pourra peut-être nous aider à identifier le type de plante qu'il nous faut, une fois réveillée. »
Kael jeta un regard vers l'abri, où sa sœur dormait toujours.
« Elle a besoin de repos, tu ne pense pas ?
— On ne lui demande pas de porter du bois. »
Kael ne répondit pas immédiatement. Il finit par relâcher un souffle, comme s'il cédait à contrecœur.
« D'accord, une fois qu'elle se réveillera. »
Il inspira profondément, redressant les épaules.
« On va avoir besoin de plus d'outils, aussi.
— Je sais. J'y ai pensé. »
Elias ouvrit le menu Construction et fit défiler les options jusqu'à celle qu'il cherchait.
« Le Système propose un atelier basique. Si on le construit, on pourra fabriquer de vrais outils. Des haches, des cordes, tout ce qu'il faut.
— Combien de bois ?
— Vingt-cinq unités. Dix unités de pierre et cinq unité de fibres. »
Kael fit une grimace, faisant rapidement le calcul dans sa tête.
« On n'aura pas assez de ressources pour tout faire en même temps. Pas avec ce qu'on a déjà utilisé pour l'abri.
— Alors on priorise. On commence par l'essentiel. »
L'essentiel, décidèrent-ils, c'était la palissade.
Kael passa la matinée à abattre de jeunes arbres à la lisière de la forêt. Elias, lui, faisait des allers-retours incessants, transportant les troncs jusqu'au territoire. Le travail était épuisant, bien plus qu'il ne l'aurait cru. Chaque charge pesait sur ses épaules déjà meurtries, tandis que ses blessures manquait de se rouvrir sous ses bandages.
À midi, ils s'accordèrent enfin une pause.
Lyna s'était réveillée entre-temps. Elle était assise à l'entrée de l'abri, le dos calé contre un pan de mur.
« Vous en faites trop, tous les deux. »
Elias s'assit à côté d'elle, laissant échapper un grognement de soulagement.
« On n'a pas vraiment le choix. »
Elle tourna la tête vers lui, plissant légèrement les yeux.
« La vague ?
— Tu es déjà au courant ?
— Kael m'a tout expliqué. »
Elias consulta rapidement l'interface, du coin de l'œil.
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« On a encore un peu de temps devant nous, un peu plus de quatre jours.
— Quatre jours, ce n'est pas grand chose.. »
Elle n'avait pas tort. Quatre jours pour ériger une défense digne de ce nom, rassembler des vivres, préparer des soins convenables. C'était terriblement court, et il le savait aussi bien qu'elle.
« Comment te sens-tu ? » demanda-t-il, changeant volontairement de sujet.
Lyna posa une main sur son flanc bandé, presque par réflexe.
« Mieux. La douleur est moins vive qu'hier.
— Tant mieux alors. »
Elle baissa les yeux vers ses mains, hésitante.
« Je suis désolée. »
Elias fronça les sourcils, sincèrement surpris.
« De quoi ?
— D'avoir été attaquée. De vous avoir obligés, toi et Kael, à venir me chercher dans la forêt. Si je n'avais pas insisté pour y retourner… »
Kael, qui s'était approché sans un bruit, l'interrompit d'un ton sec.
« Arrête ça tout de suite.
— C'est vrai, pourtant. Si j'avais fait plus attention…
— Tu n'as rien fait de mal. Ce monde est dangereux, Lyna. Vraiment dangereux. Ça aurait pu arriver à n'importe lequel d'entre nous, dans n'importe quelle circonstance. »
Elle resta silencieuse un moment, le regard perdu vers la forêt.
« J'aurais dû être plus prudente, quand même. »
Elias secoua doucement la tête.
« On est tous les trois encore en vie. C'est la seule chose qui compte, aujourd'hui. »
Un faible sourire, presque timide, apparut sur son visage.
« Merci. »