Chapitre 14
L'après-midi, Kael et Elias entamèrent la pose des premiers pieux.
Le résultat était loin d'être parfait, les pieux n'étaient jamais parfaitement alignés, certains penchaient légèrement, mais chaque palissade achevée donnait un peu plus de corps à leur défense.
« Il faudrait encore au moins trente pieux pour couvrir correctement la zone»
Elias s'immobilisa, la pelle encore plantée dans la terre, essoufflé.
« Trente ?
— Minimum. Et je suis probablement optimiste. »
Il jeta un œil vers les pieux déjà posé, découragé.
« On en a vraiment posé que six ? »
Ils continuèrent malgré tout, sans relâche, jusqu'à ce que le soleil commence à décliner derrière les montagnes. La palissade était loin, très loin d'être terminée.
Kael observa leur travail, les mains sur les hanches.
« Demain, on continue là où on s'est arrêtés.
— J'ai vraiment hâte d'y être.. »
Kael s'essuya une dernière fois le front du revers de la main.
« Mais avant ça, j'aimerais qu'on construise l'atelier.
— Pourquoi maintenant ? On avait dit qu'on priorisait la palissade.
— Parce qu'il nous faut de vrais outils, Elias. Des haches, des pelles, des cordes solides. Sans ça, on va continuer à s'épuiser pour un résultat deux fois plus lent. »
Elias réfléchit quelques secondes, pesant le pour et le contre.
« D'accord. Ont fera ça demain matin alors, ont dois se reposer. Seulement ensuite, on reprend la palissade. »
Kael hocha la tête, visiblement satisfait de ce compromis.
Le soir venu, ils mangèrent en silence, épuisés par une journée entière de labeur.
La viande de Traque-Nuit s'avérait plus coriace que celle du Croc-de-Brume, presque fibreuse sous la dent, mais elle tenait au corps bien plus longtemps.
Lyna s'était rendormie peu après le repas, épuisée par sa propre convalescence. Kael veillait près d'elle, assis en tailleur.
Elias, lui, ouvrit le Chat.
Les messages continuaient de défiler.
Joueur_638291 : J'ai construit une palissade autour de mon noyau.
Joueur_918273 : T'as trouvé du bois où ?
Joueur_638291 : Y'a une forêt pas loin.
Joueur_283719 : Moi j'ai rien autour. Juste de la plaine à perte de vue.
Joueur_472819 : Vous avez vu l'annonce pour les vagues ?
Joueur_728391 : Tout le monde l'a vue.
Joueur_472819 : Vous pensez que c'est vraiment dangereux ?
Joueur_918273 : T'as déjà croisé un monstre ici ?
Joueur_472819 : Pas vraiment.
Joueur_918273 : Alors prie pour que ça continue.
Elias parcourut les messages pendant de longues minutes. Certains joueurs semblaient déjà s'organiser, échanger des stratégies, comparer leurs découvertes. D'autres, visiblement, paniquaient sans oser le formuler clairement
Un message, plus long que les autres, attira soudain son attention.
Joueur_184739 : J'ai marché toute la journée. J'ai rien trouvé. Pas de routes. Pas de bâtiments. Pas de ruines. Même pas un vieux feu de camp. Comme si personne n'avait jamais vécu ici.
Elias se redressa légèrement, soudain plus attentif.
D'autres joueurs ne tardèrent pas à répondre.
Joueur_728391 : Pareil. Rien autour de mon territoire.
Joueur_918273 : Moi non plus. Aucune trace de civilisation.
Joueur_638291 : C'est bizarre. Un monde sans aucune construction...
Joueur_283719 : Peut-être qu'on est les premiers.
Elias fixa longuement l'écran, laissant l'idée infuser lentement son esprit.
Un monde vide.
Le Système leur avait attribué toutes ces choses mais dans quel but ?
Elias n'avait aucune réponse à cette question.
Mais elles s'accumulaient, nuit après nuit, comme des pierres qu'on empile sans savoir où elles mèneront.
La nuit tomba complètement, épaisse, presque palpable.
Elias resta éveillé, adossé contre une palissade encore inachevée, le poignard posé sur ses genoux.
« Tu devrais dormir. »
La voix de Kael, surgissant de nulle part dans l'obscurité, le fit légèrement sursauter.
« Je n'y arrive pas.
— Moi non plus, on dirait. »
Kael s'assit à côté de lui.
Ils restèrent ainsi de longues minutes, sans échanger un mot, écoutant simplement le vent balayer la plaine.
« Tu crois qu'on va s'en sortir ? » finit par demander Elias, la voix plus fragile qu'il ne l'aurait souhaité.
Kael ne répondit pas immédiatement.
« Difficile à dire. »
Il leva les yeux vers les étoiles.
« Mais je sais qu'on n'a pas le choix. Alors autant essayer, plutôt que de se demander si c'est possible. »
Elias hocha lentement la tête, presque malgré lui.
« C'est bien ça, le problème. »