Chapitre 3
Heure : 23 h 45
Position : Bastion du Zénith, à l'est de l'Empire d'Ygdil
Constantine ne réfléchit pas une seule seconde. Il se mit à courir de toutes ses forces en direction de l'explosion. Ses muscles criaient déjà à cause de l'affrontement contre les Crevards. Chaque foulée lui arrachait une douleur sourde dans les jambes, chaque respiration brûlait sa poitrine. Derrière lui, la voix de Morty criait, paniquée, lui demandant où il allait, pourquoi il courait ainsi. Constantine n'entendait presque rien. Il n'avait qu'une pensée en tête. Sarah.
Elle avait été l'une des rares personnes à le traiter comme un être humain lorsqu'il était arrivé au Bastion. Pas comme un raté, pas comme un bâtard. Juste... comme Constantine. Elle travaillait à temps partiel dans un bar du Quartier des Plaisirs pour joindre les deux bouts. Chaque pièce gagnée allait dans une petite boîte en bois, soigneusement cachée, destinée à financer son mariage. Son fiancé était boulanger au Bastion. Un homme simple, honnête. Un ami d'enfance avec qui elle avait enfin osé franchir le pas... grâce à Constantine, qui avait joué les messagers maladroits entre eux. Elle l'avait même invité à la cérémonie, prévue dans deux mois. Et malgré les suppliques de son futur mari, elle avait refusé d'arrêter de travailler pour se reposer et préparer le mariage.
- Encore un peu, disait-elle toujours. On n'a qu'une chance de bien commencer.
Constantine zigzaguait entre les habitants qui sortaient de leurs maisons, attirés par la détonation. Certains pestaient contre le bruit, d'autres maugréaient en reconnaissant la direction de l'explosion. Il vit même plusieurs personnes faire demi-tour, retournant se coucher en apprenant que cela venait du Quartier des Plaisirs. Comme si les vies là-bas comptaient moins. Chacun faisait ce qu'il pouvait pour survivre. C'était ça, la dure vérité du Bastion.
Lorsqu'il arriva enfin à hauteur du quartier, la scène était chaotique. La rue entière était en ébullition. Des clients fuyaient les bâtiments en hurlant, des marchands abandonnaient leurs étals sans même ramasser leur argent, tandis que d'autres, contre toute attente, se ruaient vers les décombres pour aider les blessés. Un quartier rempli d'escrocs, de trafiquants et de bandits... mais soudé face au désastre. Constantine essayait désespérément de se souvenir du nom du bar où travaillait Sarah. Il se frayait un passage entre les passants et la fumée. Il n'était plus qu'à une centaine de mètres lorsqu'il entendit des voix autoritaires.
- RECULEZ ! ÉCARTEZ-VOUS ! LAISSEZ PASSER !
Des soldats arrivaient en trombe. Ils ordonnaient à la foule de reculer, criaient aux secours de passer en priorité. Constantine fut surpris par leur efficacité... jusqu'à ce qu'il distingue leurs armures. Elles étaient blanches et dorées, immaculées malgré la suie. Une croix hérissée enchâssée dans un cercle d'or et des capes blanches flottant dans la fumée. Ce n'étaient pas des gardes.
Un homme s'avança, sa voix dominant le tumulte :
- JE SUIS LE LIEUTENANT ERWIN DES CHEVALIERS SACRÉS ! RECULEZ TOUS ! NOUS ALLONS SÉCURISER LA ZONE ET SECOURIR LES BLESSÉS !
Une aura dorée émanait de lui, douce et chaleureuse, presque rassurante. La foule obéit instinctivement, comme apaisée par sa simple présence. Constantine lui-même fit un pas en arrière avant de se reprendre brutalement.
- Non. Pas maintenant, pensa-t-il.
Il observa le lieutenant distribuer ses ordres avec une précision implacable. Des prêtres s'agenouillèrent auprès des blessés, murmurant des bénédictions. Constantine n'était pas expert en pouvoirs divins, mais il savait ce qu'étaient les Bénédictions : des appels directs aux Dieux, qui répondaient en prêtant une fraction de leur puissance. Il vit les brûlures se refermer, les plaies superficielles disparaître. Il sentit même sa propre fatigue s'alléger, comme si un poids quittait ses épaules. Mais... quelque chose clochait. Dans la fumée, derrière les Chevaliers Sacrés, une forme sombre se redressa lentement. Elle était grande. Trop grande. Mal définie, comme si la lumière refusait de la toucher. Constantine ouvrit la bouche pour prévenir les Chevaliers mais il était trop tard. La créature poussa un hurlement. Un cri sinistre, inhumain, chargé d'une puissance écrasante. Les vitres explosèrent tout autour. La douleur transperça Constantine comme une lame. Il tomba à genoux en hurlant, les mains plaquées sur ses oreilles. Il n'était pas le seul dans ce cas, les civils s'effondrèrent. Certains restèrent immobiles, inconscients et même les Chevaliers Sacrés chancelaient, à genoux, leurs bénédictions interrompues tandis que la forme avançait vers eux. La vision de Constantine se troubla. Le monde vacilla, les sons devinrent étouffés, lointains. Ses paupières se firent lourdes, trop lourdes. Il tenta de se redresser, d'avancer, de crier... mais son corps ne répondait plus. Il s'effondra sur le sol noirci. Alors que l'obscurité gagnait peu à peu ses pensées, son regard se posa sur quelque chose, juste là, à ses pieds. Un morceau de bois calciné, encore fumant, aux lettres à moitié arrachées par l'explosion.
« Moby D »
Son cœur se serra. L'endroit où travaillait Sarah, c'était le Moby Dick. La réalisation le frappa plus violemment que le cri lui-même ... mais il n'eut pas le temps de réagir. Le noir l'engloutit entièrement, emportant avec lui son souffle, ses forces... et son espoir.
Position : Bastion du Zénith
La régénération est une capacité extrêmement puissante, qui fait rêver beaucoup de personnes et que l'on associe souvent aux mythes et aux légendes, presque comme un pouvoir divin. Mais dans la réalité, cela fait un mal de chien. Les os qui se remettent en place dans un craquement atroce, les nerfs qui se reconstruisent en envoyant des décharges brûlantes, la peau qui se referme lentement, effaçant la moindre cicatrice possible... Voilà le genre de souffrance que Kota endurait actuellement. Grâce à son lien avec Uriel, la déesse de la Santé, il bénéficiait d'un pouvoir de guérison bien supérieur à celui des simples Bénédictions. Il y était habitué, certes, mais jamais à la douleur qui l'accompagnait. Il hurla lorsqu'une partie de sa peau forma des cloques avant de se régénérer, la chair se recomposant sous ses yeux dans une sensation insoutenable. Juste avant l'explosion, il n'avait eu le temps que de déployer un champ de protection grâce à son énergie divine, uniquement autour de lui. Il n'avait pas pu sauver les personnes encore présentes dans le bâtiment. Malgré cela, une grande quantité de flammes l'avait tout de même atteint... mais ce n'était pas tout. Il y avait autre chose. Quelque chose de plus inquiétant.
Kota s'adressa mentalement à la déesse.
- Uriel... cette énergie que j'ai ressentie juste avant l'explosion, celle qui freine actuellement ma guérison... de qui provient-elle ?
La déesse resta silencieuse un moment. Pendant ce temps, Kota observa les alentours. Il avait été projeté à plusieurs mètres des débris encore en flammes. Le toit s'était entièrement effondré, laissant apparaître le ciel nocturne au-dessus de lui. Il ne restait plus rien du bâtiment. Au loin, des cris résonnaient dans la rue, mais il était encore incapable de s'y rendre. Son corps n'était pas totalement remis.
Finalement, Uriel prit la parole.
- L'énergie que tu viens de ressentir... tu sais d'où elle provient. Tu as simplement oublié la sensation qu'elle procure.
En réalité, Kota s'en souvenait parfaitement. Cette énergie sinistre, cette oppression écrasante et surtout cette odeur... métallique. Une odeur de sang. Il espérait de tout cœur se tromper, mais avant même qu'il ne puisse confirmer ses craintes, un cri inhumain retentit plus loin dans la rue. Un hurlement si puissant qu'il pulvérisa les vitres aux alentours. Aussitôt, des cris de douleur lui répondirent. Kota se releva péniblement, constatant que ses vêtements avaient partiellement brûlé. Chaque mouvement lui arrachait encore une douleur sourde, mais il força son corps à avancer vers la source du hurlement.
Uriel tenta de l'arrêter.
- Attends que ta régénération soit complète, tu n'es pas en état.
- Si la source de ce cri se trouve dans la rue, alors qu'importe que je sois prêt. Je dois y aller.
Il récita intérieurement plusieurs Bénédictions de haut rang, renforçant sa force, sa vitesse, sa résistance, sa chance et, bien entendu, sa régénération. Lorsqu'il atteignit enfin la source du hurlement, ce qu'il vit lui glaça le sang. La créature faisait près de deux mètres. Elle était torse nu, révélant une musculature parfaite sur une peau pâle, presque irréelle. Sa chevelure entièrement blanche descendait jusqu'à son fessier. Elle combattait le lieutenant des Chevaliers Sacrés ainsi que quelques-uns de ses hommes encore debout. Malheureusement pour eux, leur adversaire était tout simplement trop puissant. Malgré le renforcement offert par leur énergie divine, leurs attaques rebondissaient sur sa peau, et ils peinaient à esquiver ses coups. Le monstre, lui, semblait s'amuser.
Kota murmura tout haut ce qu'il pensait depuis le début.
- C'est un Duc...
Il existait une hiérarchie parmi les Sedmirav : Crevard, Goule, Vampire, Aîné... et enfin Duc. Selon les données actuelles de l'Empire, une simple Goule possédait déjà une force supérieure à celle d'un homme adulte. Et les Goules n'étaient que des enfants comparées aux Ducs, dont l'âge était estimé entre cinq cents et mille ans pour les plus rares. Un Duc était l'équivalent d'un général humain : capable de contrôler aisément les Sedmirav plus faibles que lui et disposant d'un arsenal de capacités variées selon son appartenance. Lorsque Kota prononça le mot Duc, la créature se retourna instantanément et plongea son regard dans le sien, tournant le dos aux Chevaliers Sacrés, médusés.
Kota, désormais remis de l'explosion, soutint son regard et s'adressa à Uriel.
- Nous devons en priorité sauver les blessés et les civils aux alentours.
- Si j'utilise autant de pouvoir sacré, tu risques de...
- Ne t'inquiète pas pour moi. Fais-le, Uriel.
Bien qu'Uriel dispose d'une quantité infinie d'énergie divine, elle ne pouvait l'utiliser directement. Elle devait passer par Kota, dont les réserves, elles, étaient finies. Un véritable transfert s'opéra alors : Kota dépensait son énergie pour soigner les blessés, tandis qu'Uriel régénérait la sienne. Tant que l'équilibre était maintenu, cette stratégie ne posait aucun problème. Kota et le Duc se mirent à courir l'un vers l'autre. En pleine course, Kota commença son incantation.
- Ô déesse, bénis-nous de ta présence et accorde-nous tes bienfaits. Purge le mal sur cette Terre et purifie nos âmes. Moi, Kota Varron, te prête mon corps pour t'aider à descendre sur Terre.
À mesure que l'incantation avançait, son corps se mit à irradier une puissante énergie divine. Lorsqu'il arriva à quelques mètres du Duc et que celui-ci bondit sur lui, Kota termina :
- ASCENSION !
Une colonne d'énergie divine s'abattit du ciel sur Kota, balayant le Duc dans un souffle écrasant. Kota baignait désormais dans une aura dorée. Autour de lui, les blessés étaient eux aussi enveloppés de lumière, leurs plaies se refermant lentement sous l'influence bienveillante de la déesse. Kota jeta un coup d'œil rapide à la situation et constata, avec une amère lucidité, que plusieurs dizaines de civils avaient déjà péri de la main du Duc. Des corps jonchaient la rue, certains encore fumants, d'autres brisés comme des poupées de chiffon. Il se tourna vers le lieutenant des Chevaliers Sacrés. Un jeune brun d'environ trente ans, l'armure blanche et dorée cabossée à plusieurs endroits, maculée de sang. Il se tenait encore droit, mais ses blessures étaient évidentes.
- Occupez-vous des blessés en priorité, ordonna Kota d'une voix ferme. Établissez un périmètre autour de la créature. Et écoutez-moi bien : personne ne doit le franchir.
Le lieutenant hésita une seconde.
- Mais... vous serez seul contre cette elle.
- Ne vous inquiétez pas. Je peux gérer. Où est mon équipement ?
- Nous l'avons déposé quand la créature nous a attaqués. Il doit être dans les parages.
- Bien. Maintenant reculez. Je me charge de la suite.
Le lieutenant acquiesça et transmit immédiatement les ordres. Les Chevaliers Sacrés se mirent en mouvement, évacuant les civils encore conscients tandis que les prêtres poursuivaient leurs bénédictions de soin. Kota fit alors volte-face, le Duc se relevait. À présent qu'il le voyait de plus près, Kota ne pouvait que l'admettre : comme tous les Sedmirav de haut rang, le Duc possédait une beauté irréelle. Des traits fins, un visage ciselé comme une œuvre d'art, une peau pâle et parfaite. Lorsqu'il ouvrait la bouche, deux longues canines apparaissaient, trahissant sa nature. Son bras gauche, noirci et brûlé par l'énergie divine de Kota, se régénérait lentement sous leurs yeux. La chair se reformait, la peau retrouvait sa teinte immaculée, comme si rien ne s'était produit.
Le Duc avança, parfaitement détendu.
- Eh bien, mon ami... murmura-t-il d'une voix grave et presque amusée. Voilà une énergie divine remarquable. Cela faisait des siècles que je n'avais pas senti une telle puissance.
Un sourire étira ses lèvres.
- Dis-moi... quel est ton nom ?
Une vieille légende circulait au sein de l'Empire : les Sedmirav aimaient connaître le nom de leurs adversaires. Ils ne révélaient le leur qu'aux combattants qu'ils jugeaient dignes. Une marque de respect, selon leur propre conception de l'honneur.
La voix d'Uriel résonna dans l'esprit de Kota.
- Si ton équipement est proche, tu devrais pouvoir le sentir. Ne pense même pas à combattre cette chose sans ton Cendréclat.
Comme tous les Inquisiteurs, Kota possédait une arme capable de tuer efficacement les Sedmirav. Les Cendréclats tiraient leur puissance des Pierres de Sang, sources de la Sanguimancie des Sedmirav. Ces armes avaient été bénies par la Prophétesse elle-même, la plus haute figure de l'Église. Lors de l'investiture, chaque Inquisiteur versait une goutte de son propre sang sur la Pierre de Sang, liant l'arme à son porteur à jamais. Une arme unique, exclusive. Kota se concentra et la sentit à une dizaine de mètres, derrière le Duc.
- Alors, humain, reprit la créature. Dis-moi ton nom. Tu empestes l'énergie divine à plein nez.
Kota avança à son tour, le regard dur, la voix claire.
- Je suis Kota Varron, noble Inquisiteur de l'Empire d'Ygdil et Saint de la Déesse de la Santé, Uriel. Et je jure en mon nom que je te détruirai ici-même, vile créature.
Le Duc éclata de rire. Un rire puissant, profond, presque joyeux, qui résonna dans la rue dévastée.
- Quand on m'a envoyé sur cette mission, je n'étais guère enthousiaste. Mais tomber sur un Saint... Quelle chance. Tâche de ne pas mourir trop vite. Tu dois me divertir.
Il disparut puis réapparut devant Kota dans un souffle. Le coup partit si vite que l'air lui-même sembla se briser. Kota croisa les bras pour bloquer l'impact. La violence du choc le projeta à travers le mur du bâtiment derrière lui, la pierre explosant sous la pression.
- Ses coups sont puissants... mais je peux encaisser, même sans mon armure, pensa Kota en se redressant parmi les gravats. Je dois gagner du temps et le contourner.
Il jaillit hors du bâtiment et se jeta sur le Duc. Les deux s'affrontèrent dans un déluge de coups, leurs forces momentanément égales grâce aux bénédictions qui parcouraient le corps de Kota. Chaque impact faisait trembler le sol, chaque échange rapprochait un peu plus la rue de la destruction totale.
Kota avait commencé à apprendre à se battre à l'âge de sept ans. Il avait pris cette décision le jour où son père, devenu alcoolique, avait commencé à le frapper. Tous les soirs, qu'il pleuve ou non, pour une raison ou une autre, son père le battait jusqu'à l'évanouissement. L'alcoolisme de l'homme avait commencé après le départ de sa mère, emportée par une maladie soudaine. Incapable de subvenir seul aux besoins de deux enfants en bas âge, il s'était réfugié dans la bouteille. À sept ans, Kota avait dû grandir trop vite. Il s'était mis à s'occuper de sa petite sœur, Rika, âgée de cinq ans. Il travaillait dans les champs de blé pour gagner quelques pièces, supportait les moqueries des autres enfants du village, les coups de son père... et il encaissait tout. Tout, sans jamais se plaindre. Jusqu'au jour où il rentra plus tard du marché, les bras chargés des fruits préférés de sa sœur. Ce soir-là, il trouva son corps étendu dans une flaque de sang, aux pieds de leur père.
La rage remonta brutalement et Kota redoubla d'intensité dans ses coups contre le Duc. Il frappa sans relâche, visant les organes vitaux pour forcer la créature à baisser la tête, puis enchaîna avec un puissant crochet du gauche qui fit ployer le monstre. Il tourna autour de lui, feignant la prudence, cherchant à se positionner dos à son équipement, toujours à une dizaine de mètres.
Le Duc se redressa lentement et secoua la tête, visiblement contrarié.
- Non. Non, non... et non. Tu ne mets aucune conviction dans tes coups, grinça-t-il. Je sens que tu n'es pas sincère. Pourquoi gagnes-tu du temps ? Tu espères des renforts ? C'est pathétique.
Kota déglutit et recula d'un pas, tentant de gagner de la distance. Il le savait : s'il parvenait à mettre la main sur son équipement, il avait une chance. Le Duc croisa son regard. Ses yeux injectés de sang semblèrent soudain comprendre.
- Oooh... je vois. Tu espères récupérer ton équipement derrière toi ? Je l'ai senti depuis le début. Ce truc empeste le sang. Je ne sais pas combien des miens tu as tués avec, mais ça force le respect.
Il eut un sourire carnassier.
- Soit. Si tu en as besoin... prends-le. Je t'attends.
À la stupéfaction de Kota, le Duc se laissa tomber en tailleur sur le sol, les bras relâchés, le regard fixé sur lui. Kota resta figé une seconde. Était-ce une ruse ?
La voix d'Uriel résonna dans son esprit.
- Vas-y. Piège ou non, c'est une opportunité en or. Tu ne peux pas faire durer ce combat ainsi. À chaque coup que tu portes, tu dois puiser dans ton énergie pour l'affecter... et redoubler d'efforts pour survivre aux siens.
Kota se retourna et s'avança calmement vers son équipement. Le coffre en bois massif reposait là, intact. À travers le couvercle, il sentait l'arme l'appeler. Une vibration familière, presque vivante. Il ouvrit le coffre, à l'intérieur se trouvaient les deux gantelets d'acier sanguin, chacun serti d'une demi-Pierre de Sang. Kota les enfila sans hésiter et la puissance de l'artéfact l'inonda aussitôt. Il inspira profondément et se retourna vers le Duc. Il n'avait toujours pas son armure, mais les gantelets suffiraient.
Le Duc siffla d'admiration.
- Ah... là tu me fais rêver. Ne me déçois pas, humain.
Ils se lancèrent l'un vers l'autre. Leurs poings s'entrechoquèrent dans une onde de choc titanesque, faisant vibrer la rue entière et projetant des débris dans toutes les directions. Ses gantelets récupérés et les civils éloignés, Kota pouvait désormais pleinement utiliser ses techniques les plus puissantes, qu'il avait passé toute une vie à perfectionner et qu'il avait réunies dans un art appelé la Voie du Poing. Comme à son habitude, Uriel les nomma dans sa tête, visiblement satisfaite de le voir enfin se battre sérieusement après tout ce temps.
- Technique Supérieure : Pattes du Kitsune !
Kota frappa les jointures, entre les os et les muscles des bras de son adversaire, cherchant à les rompre. Le bras droit du Duc se disloqua sous l'impact. Voyant une ouverture, Kota tenta d'enchaîner, mais le Duc l'interrompit d'un coup du gauche en plein ventre. Kota para en reculant, mais aussitôt le bras droit du Duc s'abattit sur lui et l'écrasa au sol.
- Hahaha ! Tes techniques sont inutiles contre un Duc. Nous pouvons nous régénérer quasiment instantanément et supporter la douleur bien mieux que vous, simples mortels.
Uriel pouffa intérieurement face à l'idiotie de cette déclaration tandis que Kota se relevait. Il se mit à courir vers le Duc et activa une nouvelle technique pour accroître sa vitesse.
- Technique Supérieure : Vitesse du Kirin !
Il fondit sur lui et lui asséna un puissant coup de poing, que le Duc bloqua. Il tenta de contre-attaquer, mais Kota était déjà passé dans son dos et poursuivit son assaut.
- Technique Supérieure : Rugissement du Tigre !
Kota ensevelit son adversaire sous une pluie de coups ininterrompus. Le Duc hurla alors :
- Je ne sens rien, faible humain !
Kota le savait. Pourtant, il continua, puis enchaîna presque aussitôt avec deux autres techniques.
- Technique Divine : Vue du Phénix !
Kota frappa le cœur du Duc, source de sa régénération et de ses pouvoirs, puis enchaîna immédiatement avec un second coup. Le Duc cracha du sang, réellement affecté pour la première fois depuis le début du combat.
- Technique Divine : Rè...
Le Duc se ressaisit et projeta Kota en arrière. Il se redressa en essuyant le sang à sa bouche, fixant l'Inquisiteur avec surprise.
- Tu as masqué tes attaques depuis le début simplement pour placer ces deux coups ? Le premier a clairement réduit ma régénération... et le second... Tu allais frapper avec une puissance colossale, n'est-ce pas ? Heureusement que je me suis dégagé. Cela aurait pu faire très mal.
Kota observa le Sedmirav se craquer la nuque.
- Très bien. Tu as gagné. Moi aussi, je vais m'y mettre sérieusement. Moi, Narcose Kon Dravenor, Duc des Sculte-Chair, te reconnais comme adversaire.
Le Duc ferma les yeux et se concentra. Kota sentit aussitôt l'air changer. La pression augmenta, et la température chuta malgré la proximité des flammes.
Le Duc rouvrit les yeux et déclara d'une voix grave :
- Arcane Ultime : Gigantisme.
Arcane Ultime. Le sommet de la Sanguimancie chez les Sedmirav. Seuls les Ducs étaient capables d'utiliser une telle technique, et ses effets variaient selon leur lignée.
Kota pensa :
- Étant un Sculte-Chair, son Arcane sera centré sur son corps. C'est la meilleure configuration possible pour un combattant de mêlée comme moi.
Sous ses yeux, le Duc se mit à grandir. Ses muscles se gonflèrent démesurément et sa taille augmenta jusqu'à dépasser facilement les deux mètres vingt. Il expira lourdement.
- Ah... cela faisait bien longtemps que je n'avais pas libéré mon Arcane. Prêt pour le second round, humain ?
Kota serra les dents et s'élança, bien décidé à mettre un terme à ce combat qui avait déjà trop duré.
- Technique Divine : Règ...
Du coin de l'œil, il perçut un mouvement. Il tourna la tête et aperçut un jeune homme, à peine majeur, vêtu d'une tenue de Sentinelle, une lourde fourrure sur les épaules, observant le combat. Kota voulut lui ordonner de reculer, mais il comprit trop tard son erreur. Il avait perdu le Duc de vue. Kota ressentit l'impact avant même d'en entendre le bruit terrifiant. Le mur du son se brisa et son corps fut projeté à travers la maison derrière lui. Il termina sa course une cinquantaine de mètres plus loin, dans la rue adjacente, inerte.