Chapitre 181
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 181 : Les vers à soie printaniers tissent leur fil jusqu’à la mort (5)
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Enfin, Yeon Sowol ouvrit les yeux.
« … Qu’est-ce que… »
Une énergie inconnue circulait dans ses Huit Vaisseaux Extraordinaires.
L’énergie que Yeon Sowol avait créée en atteignant le Royaume du sommet.
Née d’un Big Bang.
Un nouvel univers qui avait tout dévoré de ce que Yeon Sowol avait construit, puis était rené d’une manière qui lui échappait.
« Qu’est-ce que ça peut bien être… ? »
Voilà pourquoi même Yeon Sowol l’ignorait.
Il ne savait pas quelle énergie il possédait désormais.
Enfin, il n’aurait qu’à l’utiliser pour le découvrir.
« Bien. »
Fffou…
Le Feu véritable brûla le long de ses Douze méridiens réguliers.
Il chauffa et stimula les Huit Vaisseaux Extraordinaires.
« Hein ? »
Mais les Huit Vaisseaux Extraordinaires ne bougèrent pas d’un pouce.
« Qu’est-ce qui leur prend ? »
Fffouuu !
Yeon Sowol invoqua un Feu véritable encore plus brûlant.
Il ne se contenta pas d’en augmenter la température : il en approfondit aussi le Stade de maturité.
« Si les Douze méridiens réguliers ne suffisent pas… »
Il fit également circuler le Feu véritable dans ses Douze méridiens divergents.
Les flammes empruntèrent des voies encore plus variées, stimulant les Huit Vaisseaux Extraordinaires sous tous les angles.
Pourtant, ceux-ci ne réagirent toujours pas.
« Alors, les Quinze Collatéraux aussi… »
Les Quinze Collatéraux étaient de grandes voies qui reliaient entre eux les Douze méridiens réguliers.
En approfondissant le Stade de maturité jusque-là, il pouvait faire circuler le Feu véritable avec beaucoup plus de liberté.
Fffouuu !
Hummm !
Ce ne fut qu’alors que les Huit Vaisseaux Extraordinaires réagirent pour la première fois.
Mais leur réaction fut brève, et le silence retomba aussitôt.
« Même ça, ce n’est pas suffisant ? »
Son entêtement s’embrasa.
Yeon Sowol approfondit encore le Stade de maturité. Il remplit également de Feu véritable ses fins collatéraux et ses minuscules méridiens, puis régla soigneusement les flammes.
Des flammes puissantes et des flammes subtiles.
Des flammes douces et des flammes féroces.
Elles alternèrent, réchauffant ses membres et son corps, stimulant au passage les Huit Vaisseaux Extraordinaires.
Hummm !
Enfin, les Huit Vaisseaux Extraordinaires s’animèrent.
Le Qi postnatal qui emplissait son corps répondit à ce mouvement et produisit du Vrai qi.
Yeon Sowol en resta stupéfait.
« Il faut que le Stade de maturité soit aussi profond pour produire du Vrai qi ? »
Avant, les choses ne se passaient pas ainsi.
Jusque-là, il lui suffisait de faire circuler le Feu véritable à l’aveuglette dans les Douze méridiens réguliers pour que les Huit Vaisseaux Extraordinaires réagissent et que du Vrai qi apparaisse. Seules son efficacité et sa qualité laissaient à désirer.
Mais à présent, les Huit Vaisseaux Extraordinaires ne réagissaient pas sans un Stade de maturité considérable.
« Ça veut vraiment dire que je suis devenu plus fort ? »
Produire du Vrai qi était devenu plus difficile, et non plus facile. Pouvait-on vraiment appeler ça une progression ?
Pourtant, les doutes de Yeon Sowol s’évanouirent aussi vite que la neige au soleil.
« Attends. Qu’est-ce que c’est… ? »
Yeon Sowol leva la main.
Il observa le Vrai qi qui ondoyait au-dessus de sa paume.
Comme il sied au Qi d’un royaume du sommet, il avait une couleur bien distincte.
Pourtant, impossible de dire de quelle couleur il s’agissait.
Il semblait sombre, mais scintillait. On aurait dit qu’il contenait une infinité de couleurs changeantes.
Il avait tout simplement quelque chose de faste.
Et ce n’était pas qu’une impression visuelle.
« Comment appeler cette énergie, au juste… ? »
Elle semblait rugueuse, mais douce.
Elle semblait s’infiltrer, mais aussi repousser.
Elle semblait rapide, mais lourde.
Toutes ces qualités coexistaient.
« Avec cette énergie, je ne serais pas avantagé face à n’importe quelle autre énergie que j’affronterais ? »
Puisqu’elle renfermait toutes les natures, elle pouvait prendre l’avantage sur chacune d’elles.
« Et puis… »
Yeon Sowol dégaina Miroir limpide et le brandit.
Fffch !
L’épée fendit l’air de toutes ses forces.
Vlan !
Puis elle s’immobilisa brusquement en plein vol.
Comme si quelque chose l’avait saisie.
Non, comme si elle n’avait jamais bougé.
Il n’y avait pas la moindre inertie.
C’était irréel.
L’émerveillement se peignit sur le visage de Yeon Sowol.
« Je peux appliquer et retirer ma force avec une liberté totale. »
Cette énergie semblable à l’univers révélait parfois ses secrets, puis les dissimulait de nouveau.
Yeon Sowol pouvait se mettre soudainement en mouvement et s’arrêter net, comme si l’inertie n’existait pas.
Son expression se fit hagarde.
« Je ne comprends presque rien aux secrets de cette énergie, et pourtant… »
Les propriétés qu’il venait de découvrir en un instant étaient déjà insensées.
Une énergie susceptible de prendre l’avantage sur toutes les autres.
Une énergie qui ignorait l’inertie et lui permettait d’appliquer ou de retirer sa force à volonté.
Et tout cela sans le moindre effort.
C’était simplement la nature de l’énergie qu’il possédait ; il n’avait donc plus besoin de manipuler le Qi avec autant de minutie qu’avant.
Rien que cela lui donnait le sentiment que tous les efforts qu’il avait fournis jusque-là en valaient la peine.
« À ce stade, je peux accepter que le Stade de maturité soit difficile. »
Plus un moteur de fusée était perfectionné, plus il fallait régler avec précision son allumage et le flux de chaleur.
Yeon Sowol s’écria, tout excité :
« Maître ! Où êtes-vous, Maître ? »
Son Sens du qi ne détectait le Vénérable Chungdam nulle part dans les environs.
Mais le Vénérable Chungdam avait toujours été indétectable. Yeon Sowol supposa donc qu’il était quelque part dans les parages et l’appela à pleins poumons.
Il voulait discuter avec son maître de ce qu’il venait d’acquérir.
Mais ce ne fut pas le Vénérable Chungdam qui répondit.
« Oncle martial. »
« Oui ? »
Hyeonjung, le disciple principal de Wudang et premier disciple du Maître de secte Hwagokja, s’approcha et s’inclina.
« Oncle martial, votre neveu martial attend ici sur ordre du Patriarche. »
« Ah. »
Ce ne fut qu’alors que Yeon Sowol comprit ce que signifiait le fait d’appeler Hwagokja son frère martial.
Hyeonjung, le futur successeur de Wudang, était au début de la trentaine, et Yeon Sowol était pourtant devenu son oncle martial.
Voilà ce que signifiait la reconnaissance de son rang générationnel.
« C’est vraiment convenable, ça ? »
En tant que natif du Pays de la Courtoisie orientale, il trouvait la situation particulièrement gênante.
Tandis que Yeon Sowol restait là, mal à l’aise, Hyeonjung releva simplement la tête et ouvrit la marche sans la moindre hésitation.
« Le Patriarche m’a demandé de vous conduire au Sanctuaire de Langmei dès que vous auriez ouvert les yeux, Oncle martial. »
Le Sanctuaire de Langmei.
Encore un endroit dont il n’avait jamais entendu parler.
« Wudang est vraiment immense. »
Yeon Sowol en resta un peu abasourdi.
« Venez. En chemin, pourriez-vous expliquer à votre neveu martial, même brièvement, l’éveil que vous avez atteint ? »
Hyeonjung lui adressa un large sourire, les yeux plissés, puis prit les devants.
Grâce à cela, Yeon Sowol parvint à chasser une partie de son malaise et à le suivre.
« Ah, oui. Bien sûr. J’ai moi aussi appris de mon maître, alors je partagerai volontiers ce que j’ai compris. »
« Merci, Oncle martial. Mais vous ne pouvez pas me vouvoyer. Les anciens me réprimanderaient s’ils vous entendaient. »
« Ah… »
Il devait aussi tutoyer un adulte de plus de trente ans ?
« Oncle martial ? »
« … »
Yeon Sowol se sentit de nouveau mal à l’aise.
* * *
Le mont Wudang était le lieu où le Grand Empereur du Vrai Martial, divinité qui gouvernait le Nord, avait cultivé la Voie lorsqu’il était encore humain.
La montagne regorgeait de légendes sur le Grand Empereur du Vrai Martial.
L’une d’elles racontait l’histoire du langmei.
Dans sa jeunesse, le Grand Empereur du Vrai Martial avait failli renoncer à la cultivation et descendre de la montagne. Heureusement, grâce à l’aide d’un immortel, il avait atteint l’éveil et était remonté.
Sur le chemin, il avait croisé un palmier à bétel.
Ce palmier produisait un fruit au jus rouge, fortement stimulant et addictif.
Dans des pays comme Taïwan, au XXIe siècle, on en consommait largement, comme du tabac. Pourtant, à l’origine, ce palmier ne poussait que dans des contrées méridionales aussi chaudes que Taïwan.
Mais le Grand Empereur du Vrai Martial en avait trouvé un sur le mont Wudang, dans le Hubei ; il avait donc naturellement attiré son attention.
Peut-être était-ce pour cette raison.
Le Grand Empereur du Vrai Martial avait cassé une branche de prunier toute proche, l’avait greffée sur le palmier à bétel et avait fait un vœu.
S’il atteignait le Dao, des fleurs écloraient et des fruits pousseraient même sur cette branche de prunier.
Le temps avait passé, et la branche avait bel et bien fleuri et porté des fruits. C’est ainsi qu’était né le langmei, qui, disait-on, ne poussait que sur le mont Wudang.
Le langmei produisait un fruit singulier, à mi-chemin entre la prune et la noix de bétel. On le tenait pour sacré et on l’offrait à l’Empereur comme un trésor.
Le Sanctuaire de Langmei.
Un sanctuaire à mi-hauteur de l’un des sommets du mont Wudang, entouré de langmei.
Le Vénérable Chungdam marchait parmi les murs rouges qui s’étendaient entre les langmei, plongé dans ses pensées.
Tandis que Yeon Sowol restait en retrait pour stabiliser l’énergie et la réalisation acquises en atteignant le Royaume du sommet, le Vénérable Chungdam était descendu le premier.
Hwagokja accourut avec les anciens et joignit les mains en salut derrière le Vénérable Chungdam.
« Grand maître, vous nous avez fait demander ? Votre disciple Hwagok et les treize anciens sont réunis. »
Treize anciens : cela signifiait que tous les anciens de Wudang étaient rassemblés.
Le Maître de secte et tous les anciens étant présents, on pouvait dire sans exagérer que Wudang au complet s’était réuni ici.
La convocation était extrêmement solennelle. Hwagokja ne s’adressa donc pas au Vénérable Chungdam comme à son oncle martial, ainsi qu’il en avait l’habitude, mais l’appela respectueusement Grand maître.
Pourtant, le Vénérable Chungdam, qui les avait tous convoqués, ne dit rien.
Il contempla simplement, longuement, le langmei qui se dressait devant le mur rouge.
Hwagokja et les anciens attendirent en silence qu’il prenne la parole.
Après un long moment,
« Hwagok. »
« Oui, Grand maître. »
« Tu sais que j’étudie depuis peu un certain art martial. »
« Oui, Grand maître. »
« À proprement parler, on ne peut pas le qualifier d’art martial à part entière. Contrairement à des arts martiaux comme la Paume de Coton ou l’Échelle des Nuages, il ne comporte ni formes ni techniques. Il tient davantage du principe. Peut-être pourrait-on parler d’une certaine vision des arts martiaux. »
Hwagokja s’inclina plus profondément et l’écouta avec attention.
Tout le monde savait que le Vénérable Chungdam s’était plongé dans des recherches, mais jusqu’ici, personne n’en connaissait les détails.
« Ce principe était déjà en germe dans les enseignements de Wudang. Je souhaite seulement le révéler. »
Hwagokja et les anciens déglutirent sans s’en rendre compte.
Un art martial que seul un génie apparaissant, au mieux, une fois par siècle cherchait à forger en synthétisant les enseignements de Wudang.
Même les Taoïstes parvenus à l’Oubli de soi ne pouvaient retenir leur curiosité.
Au contraire, ils étaient encore plus curieux.
Pour ceux qui croyaient que, s’ils entendaient le Dao le matin, ils pouvaient mourir le soir sans regret, il ne s’agissait pas seulement d’arts martiaux. Cet enseignement indiquait également la voie du Dao.
« À votre avis, quel nom donner au principe martial que j’étudie ? »
Hwagokja promena soudain le regard autour de lui.
Il observa le langmei que le Vénérable Chungdam contemplait avec tant d’attention, puis répondit :
« Serait-ce lié au langmei ? »
Un sourire effleura les lèvres du Vénérable Chungdam.
« Exact. »
Il reprit :
« Cette nouvelle vision martiale que je façonne, je l’appelle Greffer des fleurs sur un arbre. »
Déplacer une fleur pour la greffer sur un autre arbre.
Si l’on greffait une branche de poirier sur le tronc d’un pommier, des poires pousseraient sur cette branche.
Faire fleurir et fructifier ses propres fleurs grâce à la force d’un autre arbre.
Tout comme dans la légende du langmei, où une branche de prunier avait été greffée sur un palmier à bétel.
« J’étudie cela pour tenir tête aux démons. »
Enfin, le Vénérable Chungdam se tourna vers Hwagokja et les anciens.
Une inquiétude inhabituelle se lisait sur son visage, d’ordinaire paisible.
« Dans ce monde immense et cruel, la voie des hommes ne vaut pas même un grain de poussière. L’humanité ne voit-elle pas trop souvent ses efforts pour suivre le Dao écrasés ? »
L’atmosphère s’alourdit.
Les personnes réunies ici pouvaient prétendre être au cœur du monde des arts martiaux.
C’était pourquoi elles en savaient plus que les autres, et plus elles en savaient, plus leurs cœurs devaient s’alourdir.
« Sowol a lui aussi rencontré un Dragon des crues à Yuezhou, n’est-ce pas ? Un Dragon des crues. Comme c’est effrayant. Pourtant, dans ce vaste monde, peut-on vraiment dire qu’un Dragon des crues soit si puissant ? »
« … »
« … »
À Hwagokja et aux anciens, silencieux sous le poids de ses paroles, le Vénérable Chungdam déclara :
« Voilà pourquoi j’ai conçu Greffer des fleurs sur un arbre. Nous autres, humains qui ne sommes pas immortels, avons bien du mal à nous dresser fièrement face aux démons. Un principe martial qui fait éclore la fleur de la droiture jusque sur un grand démon. Voilà ce qu’est Greffer des fleurs sur un arbre. »
« Grand maître, dans ce cas… »
Alors, l’un des anciens, qui s’était contenté d’écouter jusque-là, prit la parole.
Le Troisième Ancien, Hwamyeongja.
Son expression était prudente, mais sa voix ne parvenait pas à dissimuler son mécontentement et son inquiétude.
« Si c’est le cas… ne serait-il pas quelque peu déplacé d’enseigner cela à Yeon So… Non, au frère martial Héros Yeon ? »
Le Vénérable Chungdam le fixa sans ciller.
« Continue. »
« Eh bien… N’est-ce pas évident ? Si la vision martiale appelée Greffer des fleurs sur un arbre permet réellement de tenir tête aux démons, même toutes les forces de Wudang réunies autour d’elle risqueraient de ne pas suffire. Le frère martial Héros Yeon n’est qu’un disciple laïc, un étranger. Il semble un peu dommage de consacrer un temps si précieux à un garçon comme lui… »
C’était une remise en cause ouverte de la décision du Vénérable Chungdam, patriarche de Wudang de la soixante-huitième génération.
Tous retinrent leur souffle, guettant sa réaction. Mais, au fond, ils semblaient partager l’avis de Hwamyeongja.
Hwamyeongja déglutit. Ses lèvres semblaient sèches, mais il poursuivit, puisque les mots étaient déjà sortis.
« Il y a aussi une raison concrète. Pendant que le Grand maître enseignait au frère martial Héros Yeon, un émissaire est arrivé de la cour impériale. À cause de ce qui s’est passé à Yuezhou, ils ont demandé au frère martial Héros Yeon de se rendre au palais. Quand nous leur avons répondu qu’il étudiait à Wudang, ils ont demandé quand son enseignement prendrait fin. »
Tout en observant le calme du Vénérable Chungdam, il poursuivit :
« La cour impériale l’a convoqué. Nous ne pouvons pas le garder trop longtemps, n’est-ce pas ? Enseignons-lui encore deux mois environ, puis laissons-le partir. Vous lui avez déjà transmis l’enseignement le plus important, celui du cœur. Personne ne pourra donc prétendre que Wudang a négligé sa formation. »
C’était un argument raisonnable.
La cour impériale l’avait convoqué.
Il avait déjà reçu un enseignement suffisant.
Qui aurait pu s’y opposer ?
Mais le Vénérable Chungdam répondit :
« Eh bien, je n’en sais rien. Il faut d’abord voir. Quand Sowol redescendra, je devrai examiner l’énergie qu’il a formée. Deux mois lui suffiront-ils, ou lui faudra-t-il encore plusieurs années ? »
Les yeux de Hwamyeongja s’écarquillèrent.
« Pardon ? Plusieurs années ? Mais la cour impériale… »
« Si je leur écris, ils attendront volontiers. »
Hwamyeongja avait l’air de peine à respirer.
Si l’Immortel de l’Épée sans égal, patriarche de Wudang de la soixante-huitième génération, leur envoyait personnellement une lettre pour le leur demander, ils attendraient, bien entendu.
Mais la voix de Hwamyeongja prit un ton maussade.
« Toutefois, Grand maître, vous n’avez plus rien à lui enseigner, n’est-ce pas ? Ce n’est pas comme si vous alliez lui transmettre les arts ultimes de Wudang, ceux qui protègent la montagne… »
« Plus rien à lui enseigner ? Eh bien… Peut-être qu’à l’inverse, nous aurons quelque chose à apprendre de lui. »
« Quoi ? »
Les yeux de Hwamyeongja s’écarquillèrent.
Et il ne fut pas le seul.
Les anciens qui l’avaient discrètement soutenu inclinèrent tous la tête, perplexes.
Apprendre ?
Qui ?
Nous ?
De qui ?
De Yeon Sowol ?
Le Vénérable Chungdam remarqua leurs expressions et sourit.
« Imbéciles. Vous pensez tout savoir du monde ? »
« Ce n’est pas ce que nous voulons dire… »
« Alors, à quel royaume pensez-vous que le cœur de Sowol est parvenu ? »
Hwamyeongja répondit :
« Le Maître de secte nous l’a dit aussi. Il a atteint l’Oubli de soi, n’est-ce pas ? C’est remarquable. Je comprends pourquoi le Grand maître veut enseigner à ce garçon. Mais… »
« Non. »
« Pardon ? »
« J’ai dit qu’il ne s’agissait pas de l’Oubli de soi. »
« Alors… la Connaissance claire ? »
« Non. »
« Comment ? »
« Ni l’Oubli de soi ni la Connaissance claire. Il s’est servi des deux pour atteindre le Royaume du sommet, grâce à un éveil nouveau. »
Le Vénérable Chungdam sourit, joignit les mains derrière le dos et s’éloigna d’un pas.
Soudain, le langmei qui se dressait devant le mur rouge emplit le champ de vision de tous.
« Sowol s’est contenté de greffer sa propre fleur sur l’arbre de Wudang. »
Tout comme le Grand Empereur du Vrai Martial avait greffé une branche de prunier sur un palmier à bétel.
L’arbre de Wudang lui avait fourni ses nutriments, mais la fleur qui s’épanouissait appartenait non pas à Wudang, mais à Yeon Sowol.
« Alors, pourquoi Wudang ne grefferait-elle pas sa propre fleur sur l’arbre qu’a fait pousser Sowol ? »
Le Vénérable Chungdam s’exprima d’un ton doux, comme s’il enseignait à de jeunes disciples.
« Vu sous cet angle, comment pourrions-nous nous contenter d’enseigner ? »
La logique était simple.
Wudang ne se contentait pas d’enseigner à Yeon Sowol et de lui faire une faveur. Wudang apprendrait et gagnerait aussi quelque chose ; nul besoin, donc, de regretter le temps consacré.
Mais ces paroles étaient bien trop difficiles à accepter pour Hwagokja et les anciens.
Non pas que la logique fût compliquée, mais ils ne pouvaient en accepter le principe.
Hwamyeongja prit la parole, le front plissé comme si sa tête lui faisait mal.
« Grand maître, même ainsi… Peut-on vraiment comparer les arts martiaux de Wudang, façonnés au fil d’un millénaire, à ceux d’un jeune homme qui vient à peine de passer la vingtaine ? »
Le Vénérable Chungdam ne contesta pas.
Il se contenta de répondre :
« Tu le comprendras quand tu verras. »
Son regard se posa sur Yeon Sowol, qui franchit justement au loin la porte du Sanctuaire de Langmei.
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