Chapitre 172
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 172 : Si j’entends le Dao au matin, je peux mourir le soir (12)
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Qui est le plus grand maître encore en vie aujourd’hui ?
Pas plus de cinq noms venaient à l’esprit en réponse à cette question.
Pourtant, deux noms étaient toujours cités ensemble.
L’Immortel de l’Épée et l’Empereur de l’Épée.
Tous deux étaient des maîtres sans égal, parvenus aux plus hauts sommets grâce à l’épée.
Pourtant, leurs arts martiaux se situaient aux antipodes.
En tant que Taoïste, l’Immortel de l’Épée cherchait à ressembler au Dao et à communier avec lui par la culture.
En tant que noble séculier, l’Empereur de l’Épée cherchait à comprendre le Dao et à le mettre en pratique par un entraînement assidu.
Et, ces derniers temps, l’Immortel de l’Épée pensait souvent à l’Empereur de l’Épée.
Les gens l’ignoraient, mais les deux hommes étaient en réalité les meilleurs amis du monde.
« Comment quelqu’un qui aurait dû aller chez ce salaud a-t-il fini à Wudang… ? »
Lui donner son autonomie ?
N’était-ce pas exactement le genre d’idée qu’on pouvait attendre d’un homme qui se proclamait roi des épées ?
Devait-il envoyer le garçon chez lui, maintenant ?
« Non. Non. Il est déjà désespéré de trouver des illuminations. Il en aurait sûrement une autre en chemin et serait en proie à un Démon du cœur. »
Le Vénérable Chungdam, connu dans le Jianghu sous le sobriquet d’Immortel de l’Épée, se tenait au loin et secouait la tête en observant la colline où Yeon Sowol était assis.
* * *
« Vous voulez que je tienne encore un mois ici ? »
Yeon Sowol souffrait le martyre.
« Ça ne va pas être facile… »
Il n’avait presque plus de fruits ni de champignons.
Et maintenant, encore un mois ?
« Je n’ai qu’à mourir de faim ? »
Bon, il pouvait bien mourir de faim.
Mais qu’en était-il de l’eau ?
« Je suis à bout… »
Il avait tenu un mois en se nourrissant de rosée.
Même cela devenait difficile, à présent.
L’hiver avançait de jour en jour. Il se formait donc de moins en moins de rosée.
Et puis,
« J’ai vraiment envie de me laver, maintenant… »
En sous-vêtements, Yeon Sowol se contorsionna de tout son corps.
Il regarda avec envie la ligne tracée au pied de la colline.
Il brûlait d’envie de la franchir.
« Mais si le Maître m’a interdit de la franchir, c’est forcément pour une bonne raison. Je ne peux pas passer de l’autre côté tant que je ne l’ai pas comprise… »
Il se mordit la lèvre, puis se laissa lourdement tomber au sol.
« Je n’en sais rien. Je tiendrai aussi longtemps que possible. Je vais respirer le moins possible et bouger le moins possible, moi aussi. »
Yeon Sowol ferma les yeux.
Sa respiration se fit lente et profonde.
Avec le temps, il ne ressemblait plus à une personne, mais à un arbre ou à un rocher.
Piou ! Piou !
Un oiseau descendit, se posa sur la tête de Yeon Sowol, puis s’envola.
Yeon Sowol ne bougea pourtant pas d’un pouce.
Il était simplement perdu dans ses pensées.
Perdu dans ses pensées.
Simplement.
« Qu’est-ce qui clochait ? »
Le Vénérable Chungdam avait prolongé d’un mois le délai initial qu’il lui avait accordé.
Pour Yeon Sowol, le sens était évident.
« Pourquoi ai-je échoué ? »
Il avait cru préparer la meilleure réponse possible.
Et même cela n’avait pas suffi… ?
Se pouvait-il que… ?
« Le problème, c’était d’avoir dit “deux fois plus fort” ? »
À y réfléchir, ça avait du sens.
Un univers. Non pas un univers imité de force, mais un univers vivant et respirant véritablement de son propre chef.
S’il avait réellement créé une telle chose, pouvait-elle devenir seulement deux fois plus forte ?
« Bien sûr que non… »
N’y avait-il pas un abîme insondable entre le vivant et le mort ?
« Si lui donner son autonomie avait vraiment rendu mon univers vivant, se serait-il contenté d’être deux fois plus fort ? Aurait-on même pu mesurer la différence ? »
Ah.
Yeon Sowol comprit.
Un frisson le parcourut de la tête aux pieds.
« Mon Maître est vraiment d’un tout autre niveau. »
Il n’avait pensé qu’à doubler sa force et avait estimé que cela suffisait. Mais le Maître avait vu au-delà. Il disait à Yeon Sowol qu’après en être arrivé là, il ne pouvait se contenter d’un simple doublement.
Il fallait que cela devienne quelque chose de fondamentalement différent.
« Alors, que dois-je faire ? »
Yeon Sowol tourna son regard vers l’intérieur.
Les énergies circulaient dans ses Huit Vaisseaux Extraordinaires.
À présent, elles se mouvaient d’elles-mêmes, même lorsque Yeon Sowol ne les guidait pas une à une. Parfois, elles formaient des courants qu’il n’avait jamais envisagés.
Après tout, elles bougeaient de leur propre chef !
Mais…
« Au fond, c’est encore trop simple. »
Elles formaient des courants inattendus, mais, en les examinant de près, il constatait qu’il pouvait tous les comprendre.
« On ne peut pas vraiment appeler ça vivant. »
Ce n’était encore qu’un train suivant ses rails. Pouvait-on dire qu’un train était vivant simplement parce qu’il avançait tout seul, au lieu d’être tiré à la main ?
« L’univers n’est pas aussi simple. »
Oublions l’univers. La Terre elle-même, simple grain de poussière dans cet univers, n’avait rien de si simple.
Un typhon ou un séisme, simples phénomènes parmi les innombrables événements survenant sur Terre, suffisaient à le prouver.
Yeon Sowol se remémora enfin un concept découvert dans un documentaire scientifique.
« La théorie des systèmes complexes ! »
Les systèmes complexes.
Des systèmes où l’interaction d’innombrables variables faisait émerger des propriétés inattendues et d’un ordre supérieur.
Des phénomènes chaotiques pouvaient naître au sein de tels systèmes. De minuscules différences dans les conditions initiales, assez faibles pour être considérées comme des erreurs, pouvaient entraîner des résultats complètement différents.
Autrement dit, le battement d’ailes d’un papillon pouvait déterminer si un typhon se formerait à l’autre bout du monde.
« C’est ça. C’est ce qu’il faut à mon univers. »
À quoi bon faire interagir d’innombrables énergies si elles obéissaient toujours à des mécanismes trop simples et prévisibles ?
« Et si je les imbriquais de façon encore plus complexe ? »
Le cycle des Cinq Éléments suivait une seule direction.
Mais que se passerait-il s’il y ajoutait la manière dont les Cinq Éléments se contraignaient mutuellement ?
Et s’il tissait ensemble les Huit Trigrammes et les Cinq Éléments ? Parfois, le mouvement des Huit Trigrammes pourrait devenir celui des Cinq Éléments…
Et s’il développait encore le tout au moyen des Douze Rameaux terrestres ?
Les énergies circuleraient alors, s’annuleraient et entreraient en résonance selon des règles fondées sur des nombres et des concepts différents : cinq, huit et douze. Entre elles, il pourrait placer toutes sortes d’énergies n’appartenant ni aux Cinq Éléments, ni aux Huit Trigrammes, ni aux Douze Rameaux terrestres…
« Argh… »
Il avait l’impression que sa tête allait éclater.
Autrefois, il n’aurait jamais pu manier son énergie de cette façon. Il aurait été incapable d’effectuer lui-même des calculs aussi complexes et aurait subi une Déviation de culture.
Mais les choses avaient changé.
« Lâche prise. Laisse tout aller. »
Son rôle se limitait à établir les règles. Pour le reste, il laisserait faire l’autonomie.
Au cœur d’énergies qui s’enchevêtraient, s’emmêlaient et jaillissaient dans une complexité qui dépassait même sa propre compréhension, il ne maintenait que le cadre général.
Il laisserait les détails suivre leur cours.
Vrouuuum…
Yeon Sowol n’avait clairement pas mobilisé son Énergie interne.
Il s’était contenté de laisser les règles déjà en place s’imbriquer entre elles.
Autrement dit, il avait simplement cessé de maîtriser ce qu’il contrôlait jusque-là.
Et pourtant,
Vrouuuum…
Un éclat faste aux cinq couleurs s’épanouissait sans cesse autour de Yeon Sowol, assis, immobile, les yeux clos.
Piou !
Couic !
L’oiseau perché sur la branche et le renard caché dans les broussailles observaient la scène, fascinés.
* * *
Un mois passa, et le Vénérable Chungdam vint de nouveau voir Yeon Sowol.
Yeon Sowol était maigre comme un clou.
Mais ses yeux brillaient d’une clarté limpide.
Yeon Sowol enfila les vêtements qu’il avait mis à sécher, se redressa et accueillit le Vénérable Chungdam comme la fois précédente.
« Mon Qi est désormais complètement différent. Si je l’achève dans cet état, il possédera des propriétés profondes qu’on ne peut expliquer en disant simplement qu’il est plusieurs fois plus puissant. »
Yeon Sowol lui montra l’énergie auréolée d’un éclat faste aux cinq couleurs, puis lui adressa un grand sourire.
« Tout cela, c’est grâce à vous, Maître. J’avais oublié que l’univers était bien plus complexe que je ne le pensais. Grâce à vous, je peux désormais accueillir un principe supérieur sans crainte. Ce n’est qu’à présent que je peux dire que mon univers est devenu vivant. »
« …Tu lui as donné des principes impossibles à calculer… »
« Oui. »
« … »
Le Vénérable Chungdam croisa les mains derrière le dos et leva les yeux au ciel.
Un long silence s’ensuivit.
À la fin, Chungdam demanda :
« Tu as encore eu une illumination. »
« Oui, Maître. »
« Je reviendrai dans un mois. »
« …Quoi ? A-Attendez, Maître ! »
Yeon Sowol s’empressa d’attraper le Vénérable Chungdam.
Il était désespéré.
Encore un mois, c’était impossible.
« Est-ce que je me suis trompé ? »
« Je ne sais pas. »
« Quoi ? Alors pourquoi… ? »
« Retrouvons-nous dans un mois. »
« Non, Maître ! Dites-moi clairement, s’il vous plaît ! Qu’est-ce que je suis censé faire ? »
Le Vénérable Chungdam fixa Yeon Sowol.
« Qu’est-ce que je t’ai demandé de faire ? »
« Non, mais vous pourriez au moins me dire ce que je suis censé comprendre, ou de quelle sorte de culture il s’agit… »
« Pourquoi me demandes-tu comment cultiver ta voie ? »
« C’est vous qui m’avez dit de le faire ! »
« Te donner un ordre et le faire à ta place, ce sont deux choses différentes. »
Yeon Sowol ouvrit et referma la bouche.
Quel genre d’énigme zen était-ce… ?
« Alors… Alors, que faites-vous, Maître ? Je voudrais suivre votre exemple. »
« Pourquoi me demandes-tu comment je cultive ma voie ? »
« Eh bien… »
Chungdam agita sa manche et fit un pas.
Il n’avait fait qu’un seul pas, et pourtant, il avait disparu.
« Hmm… »
Yeon Sowol baissa la tête.
Il se plongea dans ses pensées.
« Qu’est-ce que ça peut bien être… ? »
Il se creusa la tête.
« Qu’est-ce que ça peut bien être… ? »
Il s’interrogea encore.
Il avait vraiment cru avoir raison, cette fois…
Il avait eu une véritable illumination.
C’était pour cela qu’à présent, après qu’on l’avait contredit, il se sentait vide, comme si le monde entier s’était écroulé.
Comme s’il s’était perdu lui-même.
« Mais qu’est-ce que ça peut bien être… ? »
Tout perdait son sens et s’éloignait.
Tout lui devenait étranger.
« Hmm… »
Yeon Sowol était si absorbé par ses pensées qu’il ne se rendit pas compte qu’il marchait.
« Qu’est-ce que ça pourrait être… ? »
Il ne se rendit pas compte non plus qu’il avait franchi la ligne tracée par Chungdam.
« Mais qu’est-ce que c’est, au juste ? »
Seules ses pensées subsistaient.
Yeon Sowol avançait simplement, suivant les désirs de son corps.
Frouuu…
Il se dirigea vers le bruit de l’eau du torrent, qui n’avait pas encore gelé.
Plouf, plouf.
Là, il se baigna.
Il but à satiété l’eau du ruisseau.
« Qu’est-ce que ça peut être… ? »
Il ne se rendit même pas compte qu’il avait enfreint l’interdiction de Chungdam.
Même s’il l’avait remarqué, cela n’aurait rien changé. À cet instant, seules ses pensées comptaient.
Il ne comptait pas se forcer à endurer quoi que ce soit. Il voulait rassembler même cette énergie et s’en servir pour réfléchir.
S’il se lavait et buvait de l’eau, il aurait davantage de force pour réfléchir.
« Qu’est-ce que ça peut bien être, au juste ? »
Il lava aussi ses vêtements.
Puis il les sécha avec son Énergie interne et revint.
L’interdiction d’utiliser son Énergie interne ne lui venait plus à l’esprit.
Et même s’il y avait repensé, cela n’aurait probablement pas changé grand-chose.
Tout vacillait, tout simplement.
Le sens se dissolvait, puis dérivait dans cet état dissous.
Comme s’il s’était perdu lui-même.
« Petit garnement. »
Chungdam se dressait sur le chemin de Yeon Sowol.
« Oui, Maître. »
Yeon Sowol répondit, mais son regard restait absent. Il était toujours perdu dans ses pensées.
« As-tu franchi la ligne que j’ai tracée ? As-tu aussi utilisé ton Énergie interne ? »
« Je ne sais pas. »
« …Tu ne le sais vraiment pas ? »
À ces mots, le regard de Yeon Sowol retrouva un peu de netteté.
« Oh. Maître. »
Il se tourna vers Chungdam, puis observa avec étonnement son apparence et ce qui l’entourait. Il se gratta maladroitement la tête.
« Ah. J’étais tellement absorbé par mes pensées. Je ne voulais pas la franchir, mais quand j’ai repris mes esprits, c’était déjà fait. Je devais avoir soif et des démangeaisons. »
Chungdam demanda :
« Maintenant que tu le sais, vas-tu cesser de la franchir ? »
Yeon Sowol réfléchit soigneusement, puis esquissa un sourire gêné.
« Eh bien… Je ne sais pas. »
Tout lui semblait simplement étranger et vague. Puis, soudain, et encore une fois, il semblait oublier. Cette sensation était nouvelle pour lui. Il ne se comprenait pas.
Alors, il se contenta de…
« Tu ne sais pas ? »
« Oui… »
« Je vois. »
Chungdam hocha la tête et se détourna.
« Vous n’allez pas me gronder ? »
À la question de Yeon Sowol, Chungdam répondit :
« Moi non plus, je ne sais pas. »
« … »
Le Vénérable Chungdam s’éloigna.
Yeon Sowol regarda son dos s’éloigner d’un air absent, puis comprit soudain quelque chose.
« Je ne sais pas… Il refuse de dire quoi que ce soit jusqu’au bout… »
Une idée lui traversa l’esprit.
Se pourrait-il que…
« Le Dao dont on peut parler n’est pas le Dao éternel. »
Dès qu’on appelle le Dao « Dao », ce n’est déjà plus le Dao originel.
C’était une phrase que tout le monde rencontrait au moins une fois en étudiant les textes de compréhension écrite. Un enseignement qu’on ne pouvait transmettre par les mots.
Le regard de Yeon Sowol s’assombrit.
« À bien y penser… »
Yeon Sowol avait demandé :
Est-ce que je me suis trompé ?
Chungdam avait répondu :
Je ne sais pas.
Il ne l’avait pas défini par des mots.
Yeon Sowol avait alors demandé :
Que dois-je faire ?
Chungdam avait répondu :
Qu’est-ce que je t’ai demandé de faire ?
Là encore, il ne l’avait pas défini par des mots.
Quand Yeon Sowol lui avait demandé de lui expliquer de quelle sorte de culture il s’agissait, Chungdam lui avait demandé pourquoi il l’interrogeait sur sa propre culture.
Quand Yeon Sowol avait demandé à son Maître comment il cultivait sa voie, Chungdam lui avait demandé pourquoi il l’interrogeait sur sa culture.
Et, à l’instant, cela s’était reproduit.
Quand Yeon Sowol avait demandé s’il ne serait pas grondé, il avait reçu cette réponse :
Je ne sais pas.
« Cela veut-il dire que les mots ne peuvent pas le transmettre… ? »
Le Dao dont on peut parler n’est pas le Dao éternel.
« Mais en ai-je besoin ? Dans un univers ? Le Dao dont on peut parler n’est pas le Dao éternel. Un univers en a-t-il vraiment besoin… ? »
Les épaules de Yeon Sowol tressaillirent.
« Si ! Il en a terriblement besoin ! »
Une illumination éclata soudain dans son esprit.
Qu’il se remémore les sciences du vingt-et-unième siècle.
Il existait exactement deux théories qui semblaient être les plus intellectuelles pour expliquer l’univers.
L’une était la théorie de la relativité.
L’autre, la mécanique quantique.
« Le Dao dont on peut parler n’est pas le Dao éternel. N’est-ce pas essentiellement le principe d’incertitude ? »
Dès qu’on appelait le Dao « Dao », ce n’était déjà plus le Dao originel.
Dès qu’on observait un quantum, il n’était déjà plus dans l’état où il se trouvait avant l’observation.
« Exact. La théorie des systèmes complexes ne suffisait pas. »
Chaque documentaire éducatif et chaque chaîne scientifique sur YouTube qu’il avait regardés en Corée, au vingt-et-unième siècle, martelait ses neurones.
« Si c’est un univers vivant et respirant, ne devrait-il pas avoir une indétermination quantique ? Non. Il faut aller encore plus loin, jusqu’à une superposition de probabilités… »
Un large sourire illuminé s’épanouit sur le visage de Yeon Sowol.
* * *
« … »
Aujourd’hui encore, le Vénérable Chungdam observait Yeon Sowol de très loin.
Le garçon, propre et luisant après s’être lavé et avoir bu à satiété, s’assit en tailleur et se replongea dans ses pensées.
« Oncle martial. Vous voilà encore. »
Hwagokja, le Maître de secte de Wudang, s’approcha de lui.
Hwagokja regarda le Vénérable Chungdam d’un air préoccupé.
Hwagokja ne pouvait pas voir au-delà de ces sommets lointains ; Yeon Sowol lui restait donc invisible.
« Cela fait déjà trois mois. »
« Je vois. »
« Ce ne doit pas être facile à un âge si jeune. Quand on voit ses illuminations sans cesse remises en question… n’a-t-on pas l’impression que le monde entier s’écroule, au point de ne plus pouvoir croire en quoi que ce soit ? »
« …En général, si. Mais quelqu’un d’aussi rigide que lui doit aller jusque-là pour pouvoir enfin se briser… »
Le Vénérable Chungdam jeta un dernier regard à Yeon Sowol, au loin.
Il était assis en tailleur, immobile.
Et souriait.
Chungdam laissa échapper un soupir malgré lui.
« Si seulement il était allé chez l’Empereur de l’Épée. Il aurait pu lui faire sortir ce Démon du cœur à coups de poing. »
« C’est vrai. Les choses auraient été plus claires s’il était allé là-bas. Mais de notre côté, nous ne pouvons pas le transmettre avec des mots… »
Il fallait ressentir le Dao et le comprendre par soi-même.
C’était pourquoi la culture dans la tradition taoïste restait vague.
Parfois, le processus qui consistait à se détacher de soi-même devenait infernal. Nombre de pratiquants tombaient ainsi dans un état démoniaque.
Et pourtant,
« Quel entêté ! Même quand on lui dit de ne pas chercher d’illuminations et de simplement ressentir, il n’arrête pas d’en trouver. Tout à l’heure, il semblait avoir atteint le Cœur du Dao, alors j’ai repris un peu espoir. Mais le voilà encore en train d’avoir une illumination. Regarde-le. Il essaie encore d’en trouver une, même maintenant, non ? Hé hé. Qu’est-ce que je suis censé faire de ce Démon du cœur ? »
Qu’était donc cette chose qui trouvait des illuminations sans jamais se lasser ?
Le Vénérable Chungdam claqua la langue.
Hwagokja eut alors une impression étrange.
« Pourquoi me regardez-vous ainsi ? »
« Oncle martial, pour une raison ou une autre… vous avez l’air content. »
Le regard de Hwagokja se posa sur les lèvres du Vénérable Chungdam.
Un sourire discret, mais indéniable.
Chungdam prit la parole en riant doucement.
« Ce garçon ne se lasse jamais de m’apporter de mauvaises réponses. Et il continue de m’en apporter de plus en plus plausibles. »
À ce stade, Chungdam n’était plus certain qu’il s’agissait vraiment de mauvaises réponses.
« Je croyais que c’était un démon à l’apparence du Dao, mais maintenant, ce serait peut-être un Dao à l’apparence d’un démon… »
Alors,
« C’est intéressant. »
Vrouuuum !
À cet instant, une vague majestueuse de Qi s’éleva de l’autre côté du sommet.
Aux yeux de Chungdam, une brume de Qi faste aux sept couleurs se dispersa.
« Qu’est-ce que… »
Hwagokja sentit lui aussi ce Qi pur et porta son regard au-delà du sommet.
« Hé hé. »
Seul un sourire incrédule se dessinait sur les lèvres de Chungdam.
On aurait dit que…
« Ça ne va pas du tout. »
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