Chapitre 167
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 167 : Si j’entends le Dao au matin, je peux mourir le soir (7)
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Yeon Sowol se retourna vers le Maître de secte de Wudang.
À son attitude et à sa façon de parler, il semblait plus âgé que les Anciens qui l’entouraient. Pourtant, ses cheveux noirs et son teint coloré lui donnaient plutôt l’air d’un homme plus jeune.
Mais un autre détail attirait surtout le regard.
…Je ne sens aucune présence émaner de lui.
À présent, Yeon Sowol avait une confiance considérable en son Sens du qi.
Ce n’était pas de l’arrogance. C’était une évaluation juste de la réalité.
Et pourtant, son Sens du qi ne percevait absolument rien.
Devant lui, Hwagokja, le Maître de secte, ressemblait à un homme ordinaire d’une quarantaine ou d’une cinquantaine d’années, dépourvu de toute Énergie interne.
Mais c’était impossible.
Serait-il au-delà même de mon Sens du qi et de mon discernement ?
Cette pensée lui glaça l’échine.
À bien y penser, c’est déjà arrivé une fois.
Les trois vieillards qu’il avait rencontrés au bord de la rivière Jipseong.
Ce jour où il avait bu l’alcool qu’ils lui avaient offert, et où une nuit lui avait paru durer toute une vie.
Le vieux mendiant et le vieux Taoïste étaient pareils.
Ils avaient sûrement été des maîtres d’un niveau inimaginable, et pourtant il n’avait senti aucune présence émaner d’eux. Ils avaient simplement eu l’air ordinaires.
Il a même un air semblable à celui de ce vieux Taoïste.
Yeon Sowol observa Hwagokja, puis baissa légèrement les yeux.
Il comprit alors.
Il doit être un maître du Royaume du sommet transcendant. On disait que chez les Taoïstes et les bouddhistes, atteindre le Royaume du sommet transcendant donnait justement l’air ordinaire.
Il le comprenait avec sa tête, mais son cœur restait perplexe.
Comment ?
Plus quelqu’un devenait fort, plus il avait l’air ordinaire.
Comment était-ce possible ?
Et surtout…
Le Royaume du sommet transcendant…
Cette expression avait-elle seulement un sens ?
Le sommet était le point le plus haut.
Le sommet transcendant signifiait dépasser ce sommet. Mais était-ce possible ?
Ça ne voudrait pas dire que le stade précédent n’était pas vraiment le sommet ?
Logiquement, c’était juste.
S’il existait quelque chose de supérieur au sommet, alors ce qui le précédait n’avait jamais été le sommet, au fond.
Mais alors, qu’est-ce que le sommet transcendant, exactement ?
Peut-être que les artistes martiaux sont tous des idiots et des vantards…
Peut-être avaient-ils simplement surenchéri sans cesse, inventant d’abord le Royaume du sommet, puis le Royaume du sommet transcendant, et ainsi de suite.
C’est possible. Mais…
Cette idée était tout à fait raisonnable, mais ce que Yeon Sowol ressentait à présent était différent.
Une phrase que Yi Yubaek avait prononcée un jour.
— Comme il est ardu de chercher la transcendance dans un corps humain.
Peut-être le Royaume du sommet transcendant était-il un royaume qui avait touché à la transcendance.
Le royaume finalement atteint par un artiste martial en quête de transcendance.
Le Royaume du sommet était le point le plus élevé auquel un humain pouvait grimper.
Le Royaume du sommet transcendant, lui, dépassait l’humanité.
En songeant que le Taoïste à l’apparence ordinaire qui se tenait devant lui pouvait être un être de cette sorte, il sentit sa colonne vertébrale picoter.
Et cet homme avait dit…
Que j’ai déjà atteint le Cœur limpide ?
Si un maître du Royaume du sommet transcendant le disait, cela devait être vrai.
Yeon Sowol s’examina en silence.
Avait-il accompli quelque chose qui pouvait se rapporter au Cœur limpide ?
Alors, comme une voix entendue en rêve, des mots lui effleurèrent l’oreille.
— Enfin, ton cœur a atteint son paroxysme.
La voix de Yi Yubaek.
Il ignorait toujours s’il avait vraiment entendu ces mots ou s’il les avait entendus en rêve, mais, pour une raison ou une autre, ils étaient restés gravés dans sa mémoire.
La première chose qu’il avait apprise de Yi Yubaek.
Ce pénible cœur suprême.
Est-ce que ce pourrait être le Cœur limpide ?
Rien d’autre ne lui venait à l’esprit.
Mais…
…Je ne crois pas.
Le Cœur limpide signifiait un esprit clair.
Mais le cœur suprême qu’il avait appris de Yi Yubaek…
N’était-ce pas plutôt un cœur fou qu’un cœur limpide ?
C’était l’esprit qui abandonnait tout, jusqu’à soi-même, puis poursuivait son but comme à moitié fou. À l’époque, même s’il était mort, il n’aurait ressenti ni peur ni regret.
Finalement, Yeon Sowol demanda avec prudence :
« Pardonnez mon ignorance, mais je ne sais toujours pas ce qu’est le Cœur limpide. Depuis mon arrivée ici, j’ai vaguement vu et entendu certaines choses, mais j’ignore si je possède quelque chose de tel. »
Yeon Sowol s’exprima avec tout le respect possible.
Hwagokja sourit.
« Viens avec moi. Je vais te montrer. »
Dans la Résidence du Maître de secte se trouvait la Salle de la Manifestation du Dao.
On y avait regroupé plusieurs terrains d’entraînement.
Celui qu’utilisaient le Maître de secte et ses disciples.
Celui où le Maître de secte et les Anciens dispensaient leurs enseignements particuliers.
On pouvait dire que tous les enseignements les plus précieux de Wudang étaient transmis ici.
Au centre des grands et petits terrains d’entraînement se dressait la Salle de la Manifestation du Dao. De tous les bâtiments que Yeon Sowol avait visités depuis son arrivée, c’était le plus grand.
Et pourtant, son immense intérieur était sombre et vide.
Seules huit jarres gigantesques se tenaient là, baignées par la lumière du soleil qui filtrait de l’extérieur.
Elles étaient vraiment immenses.
Réunies au nombre de huit, elles avaient de quoi impressionner.
Mais même ainsi, la Salle de la Manifestation du Dao était si vaste que l’intérieur paraissait toujours dénudé et désert.
Alors ce sont les jarres que Wudang compte chérir.
Huit des dix jarres dont Hyeonso avait parlé.
Il semblait que toutes celles qui étaient achevées avaient été conservées ici.
Elles sont un peu plus petites que celle que j’ai vue tout à l’heure.
Elles semblaient mesurer trois ou quatre mètres de haut, soit environ quatre cinquièmes de sa taille.
Ils ont dit qu’ils fabriquaient une jarre représentant le Suprême Ultime. Ces huit-là doivent donc représenter les Huit Trigrammes. C’est probablement pour ça qu’elles sont plus petites.
Pas. Pas.
Yeon Sowol suivit Hwagokja, qui avançait sans hésiter, et entra dans la Salle de la Manifestation du Dao.
La lumière et l’ombre s’y croisaient, faisant ressortir avec éclat les peintures à la surface des jarres.
« C’est… »
La première peinture représentait un homme qui parcourait le pays.
Au début, ses cheveux étaient noirs. Plus tard, ils avaient blanchi et son visage s’était couvert de rides.
« On appelle ces peintures les Huit Traces de Sanfeng. »
Les huit traces laissées par Sanfeng.
« Elles illustrent des épisodes de la vie de notre patriarche fondateur, sur la voie de sa quête du Dao. »
Le patriarche fondateur de Wudang ne pouvait être que le Maître taoïste Zhang Sanfeng.
Un personnage mythique qui, disait-on, était devenu immortel après avoir cultivé sa voie.
Hwagokja leva un doigt et désigna la première jarre.
« Voici la Trace de Qian, le Ciel. Le patriarche avait voué son cœur au Dao et parcourait le pays à la recherche d’un maître. »
À cette époque, il n’y avait ni Internet ni enseignement formel.
Il devait être terriblement difficile de trouver un enseignement digne de ce nom. Pour dénicher un véritable maître, il fallait naturellement parcourir le pays.
Il avait dû beaucoup souffrir.
Yeon Sowol pouvait aisément l’imaginer.
« Il a passé trente-cinq ans sur les routes. »
Quoi ?
Trente-cinq ans, ce n’était pas un peu long… ?
« Lorsqu’il rencontra enfin le Maître taoïste Dragon de Feu et devint son disciple, le patriarche avait soixante-sept ans. »
Quoi ?
« Un cœur qui ne cesse jamais de cultiver sa voie. Un cœur demeuré inchangé pendant trente-cinq ans. Il ressemble au Ciel, qui ne s’arrête jamais de bouger. Ainsi devint-il la Trace de Qian. »
Attendez un peu.
Yeon Sowol était déconcerté.
Il était entré dans la voie à soixante-sept ans… ?
Alors, quand était-il mort ?
C’était bien ça ?
Quoi qu’il en soit, Hwagokja désigna les jarres l’une après l’autre et expliqua les peintures qu’elles portaient.
« À la mort de ses parents, alors qu’il avait trente-deux ans, il connut une grande illumination. Il abandonna aussitôt sa charge, distribua toute sa fortune à son entourage, puis prit la route. Ainsi devint-il la Trace de Zhen, le Tonnerre. »
…Non.
« L’Empereur lui offrit de l’or, de l’argent et des trésors, et envoya des hommes le ramener. Pourtant, personne ne parvint à rattraper le patriarche. »
C’était la Trace de Xun, le Vent.
Les explications se poursuivirent ainsi, devenant plus détaillées à partir de la sixième jarre.
« Un jour, un riche homme du nom de Shen Wansan demanda au patriarche de lui enseigner. Le patriarche accepta donc de lui apprendre à fabriquer de l’or. »
Fabriquer de l’or ?
Yeon Sowol ouvrit de grands yeux tandis que Hwagokja laissait échapper un rire sans joie.
« La grande fortune de Shen Wansan fut engloutie par la préparation de la transmutation alchimique. On rassembla toutes sortes de plantes médicinales rares et de matériaux, puis on choisit un jour propice. Mais l’opération échoua. Tous les ingrédients furent réduits en cendres. Il n’en tira rien. »
Quoi ?
« Shen Wansan ne pouvait pas renoncer. Il vendit même ses bateaux et ses filets, rassembla de nouveau des richesses et se procura d’autres matériaux. Puis, s’inclinant devant le patriarche, il le supplia de poursuivre l’alchimie. Mais elle échoua de nouveau. »
…Ah.
« Shen Wansan n’abandonna toujours pas. Il vendit même sa maison et ses champs, liquidant tous ses biens tandis qu’il continuait ses tentatives d’alchimie. Mais, à la fin, le fourneau lui-même brûla et tout disparut. En un instant, il se retrouva sans le sou. »
…
« Pourtant, Shen Wansan n’en voulut pas au patriarche. Il crut seulement qu’il n’était pas encore digne de recevoir le Dao. Malgré tout, il n’abandonna pas et résolut de continuer à chercher le Dao. »
Quoi ?
« Le patriarche fut très satisfait et lui transmit le reste de la méthode. En vérité, tout cela n’avait été qu’une épreuve imposée par le patriarche. »
…Non, ça…
Hwagokja s’adressa à Yeon Sowol, déconcerté.
« Voilà ce qu’est le Cœur limpide. »
Les mains jointes derrière le dos, il contemplait sereinement les huit jarres.
« Cultiver sa voie doit ressembler à cela. Pour obtenir le Dao, il faut pouvoir tout abandonner. Il faut pouvoir renoncer à ses fonctions et à sa fortune, puis parcourir les routes pendant trente-cinq ans à la recherche d’un maître. »
Pourquoi ?
Yeon Sowol sentit soudain la chair de poule lui courir le long de l’échine.
« Il faut un cœur infatigable, capable de renoncer aux richesses, à la gloire et à tout le reste pour le seul Dao. Mais ce qui compte vraiment vient après. »
Hwagokja se tourna de nouveau vers la sixième jarre.
L’histoire de Shen Wansan, qui était resté calme même après avoir tout perdu.
« Même après avoir tout fait, on peut échouer. Mais, même dans l’échec, il ne faut pas changer. »
« Ah. »
« Il ne faut éprouver ni rancœur ni désespoir, mais simplement reprendre le chemin du Dao comme on l’a toujours fait. Voilà le Cœur limpide. Il ne faut pas le forcer. Il doit venir naturellement. Ce n’est qu’alors qu’on devient un réceptacle digne du Dao. »
« … »
Son souffle se suspendit soudain.
La voix de Yi Yubaek résonna de nouveau à ses oreilles.
— Enfin, ton cœur a atteint son paroxysme.
Quand on l’avait battu sans qu’il comprenne pourquoi, jusqu’au jour où il avait oublié qu’on le battait.
Quand on l’avait enfermé dans une chambre de Réclusion totale plongée dans les ténèbres, où il avait hurlé sans dormir, jusqu’au jour où il avait même oublié le temps.
Quand il avait tremblé de peur après avoir succombé à la tentation du Démon du cœur, jusqu’à ce que, soudain, tout devienne d’une clarté éclatante.
Chercher.
Chercher, puis chercher encore.
Sans regret.
Sans rancœur.
Sans désespoir.
Sans impatience.
Simplement chercher.
Chercher encore.
Le temps passé à errer sans cesse en quête de quelque chose.
Cet étrange état d’esprit qui ne lui aurait fait ressentir ni rancœur ni peur, même s’il était mort sur-le-champ.
« Si j’entends le Dao au matin, je peux mourir le soir. »
Hwagokja prit la parole.
« Entendre le Dao au matin et accepter de mourir le soir. Voilà le Cœur limpide. C’est le cœur de ceux d’entre nous qui pratiquons la Voie. »
Ce n’est qu’alors que Yeon Sowol comprit.
Ce que j’ai compris était aussi une forme de Cœur limpide. C’était bien ça.
Le Cœur limpide avait toujours été…
Un cœur fou. C’était un cœur fou.
Mais c’était peut-être pour cela qu’il était arrivé jusqu’ici.
Dans ce monde fou,
sans s’effondrer.
Sans perdre son chemin.
Se sentant étrangement revigoré, Yeon Sowol regarda autour de lui dans la Salle de la Manifestation du Dao.
Le bâtiment était toujours vide.
Pourtant, il ne lui semblait plus aussi dénudé. Les huit jarres paraissaient emplir tout l’espace.
Puis son regard se posa soudain sur les jarres du fond.
Yeon Sowol tourna vivement la tête.
« Puis-je vous poser une question ? »
« Autant que tu veux. »
« Vous avez dit que le Cœur limpide allait jusqu’à la sixième jarre. »
« C’est exact. »
« Alors, que représentent ces deux jarres ? »
Il y avait huit jarres en tout. Il en restait deux.
Hwagokja sourit avec calme.
« Ce sont les Traces de Gen et de Kun. La Montagne et la Terre. Elles montrent l’Oubli de soi et le non-agir, les étapes qui viennent après le Cœur limpide. »
Après le Cœur limpide venait l’Oubli de soi.
Après l’Oubli de soi venait le non-agir.
Yeon Sowol ouvrit de grands yeux.
« Il y a des étapes après le Cœur limpide ? »
« Oui. »
« Alors, Maître de secte, vous… »
Il se rendit soudain compte que sa question risquait d’être impertinente, mais il ne pouvait plus la retirer.
Il était trop curieux.
Heureusement, Hwagokja répondit sans s’en soucier le moins du monde.
« J’en suis toujours à l’Oubli de soi. »
L’Oubli de soi ?
Pas le non-agir ?
Si même un maître du Royaume du sommet transcendant n’avait pas atteint la dernière étape, alors qu’était donc l’étape du non-agir… ?
Alors que Yeon Sowol le fixait, abasourdi, Hwagokja sourit et prit la parole.
« Ami du Dao. Je ne peux que vous remercier de nous avoir rendu la Paume de Coton en si bon état. Désirez-vous quelque chose de Wudang ? S’il y a quoi que ce soit que nous puissions faire, nous souhaitons vous en remercier de tout notre cœur et de toute notre sincérité. »
« Ah. »
Yeon Sowol revint à lui.
Bien sûr. Évidemment.
À l’origine, il était venu ici pour une raison précise.
Enfin…
Le moment était venu.
Après toutes ses errances, au terme de ce long voyage.
Une occasion d’apprendre l’un des arts ultimes du monde, qu’on appelait les arts martiaux de rang suprême.
Il l’avait imaginé d’innombrables fois.
Paume du Brocart Décuplé.
Échelle des Nuages.
Art divin du Yin et du Yang.
Épée de la Sagesse du Suprême Ultime.
Des arts divins et ultimes qui avaient marqué le monde.
Que devait-il leur demander de lui enseigner ?
Et s’ils lui disaient qu’il ne pouvait apprendre que la Paume de Coton parce qu’il la leur avait rendue ?
Pouvait-il leur demander sans honte s’ils ne pouvaient pas tout simplement tout lui enseigner ?
Il y avait beaucoup réfléchi.
Pourtant, toutes ces préoccupations perdirent leur sens.
Les mots qui s’échappèrent alors des lèvres de Yeon Sowol ne lui avaient jamais traversé l’esprit, pas une seule fois.
« …Le non-agir… Comment l’atteint-on ? »
Pour la première fois, les yeux de Hwagokja, jusque-là toujours empreints d’un doux sourire, s’écarquillèrent.
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