Chapitre 166
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 166 : Si j’entends le Dao au matin, je peux mourir le soir (6)
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Au plus profond des quartiers intérieurs de Wudang se dressait la salle des Débats sur le Dao, dans la Résidence du Maître de secte.
C’était un bâtiment modeste, mais solennel.
D’ordinaire vide, il était plein pour la première fois depuis longtemps.
Hwagokja, le Maître de secte de Wudang, et tous les Anciens s’y étaient réunis.
« Quelle étrange affaire. »
« Un garçon du nom de Yeon Sowol nous a rapporté la Paume de Coton… »
« Hyeonso a confirmé qu’à première vue, elle semblait authentique. »
« Si Hyeonso l’a examinée, il a dû voir plusieurs fois le manuscrit original de la Paume de Coton. Il se peut bien qu’il soit authentique. »
« Jangjin. Qu’a dit ce Yeon Sowol ? »
Pour Jangjin, disciple de deuxième génération, le Maître de secte et les Anciens étaient assez âgés pour être ses grands-pères. Autrement dit, c’étaient ses maîtres de première génération.
Il leur répondit donc avec le plus grand respect.
« Il a dit avoir tué de sa propre main un grand maître du Culte Démoniaque et obtenu la Paume de Coton. »
« Hein. Voilà qui est remarquable. »
« C’est étrange, en effet. »
Les Anciens échangèrent des regards.
« La Paume de Coton est forcément authentique, au minimum. Personne au monde ne sait même que Wudang a perdu le manuscrit original. Et ils sont encore moins nombreux à savoir qu’un membre du Culte Démoniaque l’a dérobé. »
« Mais ne pourrait-il pas s’agir d’un complot du Culte Démoniaque ? Ils ont peut-être envoyé un agent parmi nous. »
« Hmm… C’est vrai. Il est difficile de croire qu’un si jeune héros ait tué un maître du Culte Démoniaque. Comme nous n’en avons rien entendu, cela a dû se passer à Guangdong plutôt qu’à Hunan… Ce qui est encore moins plausible. »
« Même unis, les héros de Guangdong n’auraient pas pu venir à bout d’un grand maître du Culte Démoniaque. Surtout pas de ce sinistre individu qui a pénétré dans Wudang et dérobé la Paume de Coton. Il venait à peine d’atteindre le royaume du sommet, mais il se trouvait indéniablement au Royaume du sommet transcendant. Et il maîtrisait les Arts démoniaques. »
« Malgré tout, nous ne pouvons pas le soupçonner sans raison. Il est peut-être vraiment un bienfaiteur de Wudang. »
Ils enchaînèrent les suppositions, mais ce n’étaient que des conjectures. Leurs pensées partaient dans toutes les directions sans aboutir à une conclusion.
Hwagokja, qui les avait observés en silence, prit enfin la parole.
« Il est bon d’envisager toutes les possibilités. Mais il ne sert à rien de nourrir des soupçons avant même de l’avoir rencontré. Je crois que nous nous sommes assez inquiétés. À présent, réfléchissons à ce que nous devrions faire si le Héros Yeon est réellement notre bienfaiteur. »
Sous son regard limpide, les Anciens se redressèrent.
Avant de devenir Maître de secte de Wudang, Hwagokja en avait été le disciple en chef.
En privé, il était le frère aîné de tous les Anciens présents ; ils le traitaient donc avec respect.
Mais même sans ce lien, aucun d’eux n’aurait songé à contester ses paroles, tant Hwagokja avait une présence singulière.
Hwagokja poursuivit :
« Comme vous le savez tous, la Paume de Coton est à la racine des techniques de paume de Wudang. Même la Paume du Brocart Décuplé peut être considérée comme une technique qui en découle. Pourtant, nous l’avons perdue. Nous avons perdu le manuscrit original, rempli à ras bord des compréhensions et des explications que nos maîtres ont étudiées et consignées au fil des générations. C’est l’histoire même de Wudang. Le Héros Yeon est venu nous rendre un tel trésor. »
« Mm. »
« Le Maître de secte a raison. »
Les Anciens acquiescèrent à tour de rôle.
« De plus, il l’a récupérée alors qu’elle était sur le point de tomber entre les mains du Culte Démoniaque. Ce n’est pas une faveur ordinaire. Si c’en est bien une, réfléchissons sérieusement à la manière de la lui rendre. »
« Oui, Maître de secte. »
« Bien. Comme vos cœurs sont limpides, pour l’admettre si vite. »
Lorsque Hwagokja se tut de nouveau, les Anciens échangèrent des regards et se mirent à parler.
« …Le plus probable, ce serait de lui enseigner les arts martiaux, non ? »
« C’est sûrement ce qu’il demandera d’emblée. »
En Anciens expérimentés, ils devinèrent aussitôt ce que Yeon Sowol pourrait réclamer.
Après tout, ce n’était pas la première fois qu’une telle chose se produisait.
« Alors, la question est de savoir qui va lui enseigner. »
« …Pour le remercier d’avoir rapporté la Paume de Coton, l’un des Anciens devrait se proposer. »
« Hmm. Quelqu’un veut-il essayer d’enseigner au Héros Yeon ? J’ai entendu dire qu’il avait un talent exceptionnel. »
« Hum. »
« Hmm. »
Mais dès qu’il fut question de savoir qui, précisément, enseignerait à Yeon Sowol, les Anciens se raclèrent la gorge et évitèrent leurs regards.
« Le Septième Ancien ne ferait-il pas l’affaire ? »
« Non, Frère aîné. Vous savez que je m’occupe de la cultivation et de l’entraînement des disciples de première génération. »
« Justement. Tu peux bien en prendre un de plus au passage. »
« Frère aîné ! Ce n’est pas la même chose ! Yeon Sowol est un laïc. Il faudrait commencer par lui enseigner le Cœur limpide… Combien de temps cela prendrait-il… »
« Alors, ce vieil homme devrait-il s’en charger ? »
« Eh bien… »
Les Anciens ne tardèrent pas à se chamailler.
Hwagokja les observa avec un léger sourire, puis leur adressa un reproche chaleureux.
« Espèces de garnements. Vous n’avez toujours pas renoncé à vos préférences et à vos aversions. Ça se lit sur vos visages et ça s’entend dans vos voix. »
Certains Anciens eurent l’air gênés.
D’autres lui répondirent sans la moindre hésitation.
« N’est-ce pas parce que nous en sommes encore au Cœur limpide ? Ceux qui ont déjà atteint l’Oubli de soi ne se laissent peut-être pas troubler par ce genre de choses, mais nous, c’est différent. Nous ne sommes pas encore parvenus à l’arrêt, alors nous sommes constamment ébranlés. J’ai déjà à peine le temps de cultiver mon propre qi. Et maintenant, je devrais enseigner à un étranger qui n’est même pas mon disciple ? Je n’en ai pas envie. »
Ils se plaignaient ouvertement, mais Hwagokja ne les réprimanda pas. Au contraire, il sourit avec satisfaction.
« C’est bon à voir. En atteignant l’Oubli de soi, on finit par s’arrêter. Mais cet arrêt n’est pas imposé par la volonté. Il se produit de lui-même. Il est donc naturel que vous disiez ne pas aimer ce que vous n’aimez pas. Vous ne vous forcez pas à vous arrêter ; vous laissez simplement votre cœur suivre son cours. C’est véritablement la bonne voie. Votre Cœur limpide est d’une limpidité remarquable. »
Il se tourna sur le côté.
« Dans ces conditions, si nous rendons au Héros Yeon la faveur qu’il nous a faite en lui enseignant les arts martiaux, le Premier Ancien, le Deuxième Ancien ou le Sixième Ancien devront peut-être s’en charger. »
« Oui, Maître de secte. »
« Nous nous en chargerons. »
« Vénérable Céleste, incarnation du Palais d’Or qui soumet les démons… »
Les trois Anciens choisis avaient un air tout à fait différent des autres.
Ils étaient si calmes et si immobiles qu’on ne réalisait qu’après coup qu’ils se tenaient là depuis le début.
Contrairement aux autres Anciens, qui avaient montré leur réticence à enseigner à Yeon Sowol, ils n’exprimaient aucun déplaisir. En fait, aucune expression du tout. Ils acceptaient la tâche avec autant de calme que si on leur avait annoncé le repas du soir.
À cette vue, les autres Anciens se mouillèrent les lèvres.
« Hmm… Ce n’est peut-être pas une très bonne idée. »
« L’un des maîtres du Royaume du sommet transcendant de Wudang qui enseignerait à un étranger… Ça ne me paraît pas tout à fait convenable… »
« Pas vrai ? Ça fait cet effet, non ? Alors peut-être que tu pourrais simplement t’en charger… »
« Non, Frère aîné. »
La salle des Débats sur le Dao s’anima de nouveau.
Hwagokja les observa avec un léger sourire, puis tourna brusquement la tête.
« Il ne va pas tarder à arriver. »
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Yeon Sowol et Hyeonso entrèrent dans la Résidence du Maître de secte.
« Cette jarre est réparée, maintenant ? »
« Ha ha. À présent que nous avons trouvé le problème, nos disciples de première génération et nos potiers vont s’en occuper ensemble. Merci, en tout cas. Nous aurions pu tout gâcher sans même savoir pourquoi. »
« Je suis heureux d’avoir pu aider. »
Hyeonso fixa soudain Yeon Sowol.
« Qu’y a-t-il ? »
« Maintenant que j’y pense, détecter un déséquilibre aussi infime dans l’humidité ne peut pas s’expliquer par un simple Sens du qi aiguisé. »
« Ah bon ? »
« Oui. Je crois que vous êtes au seuil du Royaume du sommet, Héros Yeon. N’est-ce pas ? »
« C’est exact. »
« Au Royaume du sommet, le qi acquiert une nature. Mais si ce qi penchait trop fortement d’un côté, il serait difficile de détecter un qi de l’eau aussi subtil. Mon propre qi penche déjà trop dans une direction, alors j’ai du mal à percevoir des choses aussi ténues. »
Une lueur sembla briller dans les yeux de Hyeonso.
« C’est pour cela que je crois que vous avez cultivé votre qi de manière équilibrée et harmonieuse. Sans un équilibre aussi parfait, vous n’auriez pas pu le percevoir. »
Arriver à une telle conclusion avec si peu d’indices…
Yeon Sowol acquiesça, impressionné malgré lui.
« Oui. J’ai eu la chance d’avoir quelques révélations. J’essaie de cultiver un qi aussi vaste et harmonieux que possible. »
« Hein… C’est vraiment le cas ? »
Hyeonso le regarda d’un œil nouveau, puis sourit.
« Je crois que les Anciens auront une très bonne opinion de vous, Héros Yeon. »
« Vous croyez ? »
« Surtout si vous souhaitez apprendre les arts martiaux en échange d’avoir rapporté la Paume de Coton. »
« Ah. »
Avant que Yeon Sowol puisse répondre, après que Hyeonso eut deviné ses pensées, ce dernier afficha un large sourire.
« Quand des artistes martiaux ordinaires veulent obtenir quelque chose de Wudang, les arts martiaux ne sont jamais bien loin. Mais votre qi est déjà vaste et harmonieux, ce qui vous prédispose à façonner le Suprême Ultime. S’il faut enseigner à quelqu’un, autant que ce soit à quelqu’un qui apprendra bien. Tout le monde en sera sûrement ravi. »
Ce serait formidable.
Wudang.
Il y avait des aspects de la secte qui le laissaient perplexe, mais ses arts martiaux semblaient authentiques.
Le cœur de Yeon Sowol s’accéléra. Il adressa à Hyeonso un profond salut, le poing dans la paume.
« Merci d’avoir parlé de moi en bien, maître du Temple taoïste. »
« C’est moi qui devrais vous remercier. Pour saisir l’essence des arts martiaux de Wudang, il faut cultiver le Cœur limpide… Ce ne sera pas facile. Malgré tout, avec un qi comme le vôtre, vous devriez faire de grands progrès même sans le Cœur limpide. »
Tout en parlant, ils franchirent plusieurs portes dans la Résidence du Maître de secte.
Au bout du chemin se dressait un grand bâtiment, sur lequel ne figurait qu’un seul mot : Salle.
Il trônait majestueusement sur une estrade surélevée.
Devant lui s’étendait une vaste cour pavée de dalles de pierre.
D’ordinaire, les maîtres se tenaient sur l’estrade tandis que les disciples s’alignaient dans la cour, en contrebas, pour recevoir leurs instructions.
Mais à présent, des maîtres à l’allure raffinée étaient rassemblés dans la cour.
« Je vous présente mes respects, Maître de secte. »
Ce ne fut qu’après avoir vu Hyeonso s’incliner profondément que Yeon Sowol comprit que le taoïste au centre était Hwagokja, le Maître de secte de Wudang.
Malgré ses presque soixante-dix ans, ses cheveux et sa barbe étaient d’un noir remarquable.
Sans les rides qui lui barraient le front, le menton et le cou, il aurait été impossible de deviner son âge.
Yeon Sowol joignit précipitamment les mains et s’inclina.
« Je suis Yeon Sowol, de l’Alliance Martiale de Guangdong. Je vous présente mes respects, Maître de secte de Wudang. »
« Ravi de te rencontrer, ami du Dao. »
Hwagokja lui rendit son salut d’un léger geste du poing dans la paume, puis observa Yeon Sowol avec attention.
« … »
Il observa Yeon Sowol avec attention.
« … »
Il observa Yeon Sowol avec attention.
« …Pourquoi, pourquoi me regarde-t-il comme ça ? »
Cui-cui. Quelque part, un oiseau lança son appel. Les robes des Anciens froissèrent.
Enfin, au moment où les Anciens commencèrent à regarder Hwagokja avec perplexité, celui-ci esquissa un sourire et tendit la main.
« Puis-je le voir ? »
Dieu merci.
Soulagé d’échapper à cette situation gênante, Yeon Sowol sortit le livre de ses vêtements et le tendit à Hwagokja.
Flap.
Flap.
Hwagokja le prit et tourna toutes les pages, lentement mais sans s’attarder. Puis il acquiesça.
« Comme je m’y attendais. Il est authentique. »
Il adressa un léger sourire à Yeon Sowol.
« À vrai dire, nous avons discuté entre nous avant ton arrivée, ami du Dao. »
À ces mots, l’épaule d’un des Anciens tressaillit.
« Ami du Dao ? Il vient vraiment d’appeler ce garçon ami du Dao ? »
Ce n’est qu’alors que l’Ancien s’en rendit compte.
Jusqu’ici, Hwagokja appelait Yeon Sowol le Héros Yeon ; il venait soudain de le nommer ami du Dao.
Un ami du Dao.
Quelqu’un qui suivait la voie du Dao aux côtés d’un autre.
Ce terme n’était pas employé à la légère.
Il était réservé aux autres taoïstes ou, au moins, aux personnes qui cultivaient la voie, comme les moines et les lettrés confucéens.
Il exprimait la compréhension et le respect partagés par ceux qui étudiaient et cultivaient ensemble.
Et pourtant, le Maître de secte de Wudang appelait ami du Dao un artiste martial laïc du Jianghu, à peine âgé de vingt ans ?
Hwagokja prit la parole.
« Nous avions une inquiétude. Et si tu étais un agent du Culte Démoniaque ? »
« Ah. »
Les yeux de Yeon Sowol s’écarquillèrent.
Du point de vue de Wudang, il comprenait pourquoi ils pouvaient le soupçonner.
« Mais s’ils me soupçonnent vraiment, comment suis-je censé me justifier… ? »
Yeon Sowol se mouilla les lèvres, soudain sèches, tandis que Hwagokja lui répondait avec un sourire tranquille.
« C’était une inquiétude inutile. »
Il examina Yeon Sowol sous tous les angles, comme s’il le trouvait fascinant.
« Tu as déjà cultivé le Cœur limpide. Quelqu’un comme toi ne succomberait jamais aux tentations du Culte Démoniaque. »
« Quoi ? Moi ? »
Yeon Sowol ouvrit de grands yeux.
« Le Cœur limpide… ? »
« Ce garçon l’a déjà atteint ? »
« Comment un artiste martial laïc pourrait-il… ? »
Les Anciens en restèrent bouche bée.
« Ton qi est insondable. Comment pourrais-tu le maîtriser sans le Cœur limpide ? Quelle limpidité ! Tu es véritablement limpide. Ton cœur dépasse toute limpidité. »
La voix de Hwagokja retentit comme pour enfoncer le dernier clou.
« …I-il est vraiment si limpide que ça ? »
La question stupéfaite d’un Ancien fit frémir le silence.
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