Chapitre 3
Chapitre 3 – Pratiquant
« Gamin, tu oses blesser ma femme !? Tu es un homme mort. » Le visage de l’homme se tordit sous le reflet de l’épée en os qu’il tenait. Il jeta rapidement l’arbalète qu’il tenait dans son autre main, sortit une pilule rouge et l’avala d’un coup.
Il était évident qu’une telle attaque, défiant toute logique, n’était pas quelque chose qu’il pouvait exécuter facilement.
En voyant cela, Liu Ming hurla : « Attention, projectile ! » Il lança une boule blanche vers la femme qui se tordait encore au sol, puis fit un bond en arrière et s’engouffra dans la jungle à côté de lui.
L’homme marqua une pause, avant d’entrer dans une rage folle. Il ne pouvait pas laisser la femme seule au sol et dut se décaler sur le côté pour utiliser son épée en os et frapper l’air devant le projectile qui arrivait.
Dans un « hong », la boule blanche fut percutée par quelque chose d’invisible en plein vol et explosa.
Un nuage de poudre gris-blanc se répandit, recouvrant tout sur plusieurs mètres.
Le porteur de robe bleue devint prudent et n’osa pas laisser la poudre l’atteindre. Il maintint rapidement son épée en os devant sa poitrine tout en poussant légèrement sa main libre vers l’avant, en prononçant deux mots : « Mur Élémentaire. »
À ces mots, l’épée en os émit une faible lueur et une onde de choc invisible en jaillit, balayant la poudre environnante.
L’homme s’agenouilla rapidement et passa son doigt sur le sol couvert de poudre. Il le renifla et se redressa aussitôt, fou de rage.
« Ce n’est que de la farine. Gamin, je vais te couper en mille morceaux ! »
L’homme en robe bleue jura encore quelques fois avant de courir vérifier l’état de la femme laide.
Celle-ci se cramponnait la gorge des deux mains. Sa respiration avait déjà ralenti, devenant imperceptible. Il n’y avait plus aucun espoir pour elle.
« Chérie, repose-toi. Je vais tuer ce gamin et je l’enverrai te tenir compagnie dans l’au-delà. »
L’homme en robe bleue grinça des dents en prononçant ces mots. Il resserra sa prise sur l’épée en os, se leva et cria « Allègement » avant de se lancer à la poursuite du jeune homme.
Ses mouvements changèrent, devenant bien plus rapides qu’auparavant. Il semblait glisser à travers le terrain tel un fantôme.
Bien que son corps ne possédât pas beaucoup de Yuan Li, il tirait profit de la pilule rouge qu’il avait ingérée, ce qui lui permettait d’utiliser quatre ou cinq sorts supplémentaires pendant un quart d’heure. C’était largement suffisant pour traquer et tuer n’importe quel individu ordinaire.
NDLR : Considérez le Yuan Li comme une force spéciale.
……
Liu Ming courait désespérément à travers la jungle, ses jambes devenant de plus en plus lourdes. En même temps, sa poitrine brûlait, l’effort violent faisant couler le sang abondamment de sa blessure.
La plaie à l’épaule s’était complètement rouverte, laissant la moitié de son corps engourdie.
Liu Ming n’avait aucune intention de s’arrêter pour panser ses blessures et continua de courir dans une seule direction.
Soudain, ses yeux s’illuminèrent : les broussailles denses laissaient place à un vaste champ.
Au bout du champ coulait une immense rivière, rugissante.
En voyant l’eau, Liu Ming ressentit un soulagement, mais ses yeux s’assombrirent soudainement. Il trébucha et manqua de tomber.
Dans un élan d’urgence, il se mordit violemment la langue, laissant le goût du sang envahir sa bouche. Ce n’est qu’ainsi qu’il parvint à reprendre ses esprits et à éviter la chute.
Cependant, à cet instant, la voix amère de l’homme en robe bleue retentit depuis la forêt derrière lui.
« Gamin, où crois-tu aller !? »
À peine la voix s’était-elle tue que l’homme en robe bleue surgit de derrière un arbre et fonça vers Liu Ming.
En jetant un coup d’œil en arrière, Liu Ming vit la vitesse de son poursuivant et lança rapidement sa lame d’argent vers l’arrière tout en sprintant vers la rivière.
L’homme en robe bleue fit pivoter son épée en os et dévia la lame d’argent sans même ralentir sa course.
L’un fuyant, l’autre poursuivant, ils parcoururent encore une douzaine de mètres.
Après quelques bonds supplémentaires, Liu Ming atteignit enfin la rive. Prenant un élan prodigieux, il s’apprêta à plonger dans le fleuve.
L’homme en robe bleue n’était plus qu’à quelques mètres lorsqu’il comprit ses intentions. Il savait qu’il ne pourrait pas l’atteindre avant que Liu Ming ne sombre dans l’eau. Il concentra alors tout son Yuan Li dans son épée en os.
Instantanément, l’arme brilla d’un éclat si intense qu’il en devenait douloureux de la regarder !
L’homme poussa un rugissement sourd et trancha l’air, libérant une projection d’épée presque invisible. En un clin d’œil, celle-ci apparut étrangement juste derrière Liu Ming et le transperça.
« Pu ! »
Liu Ming fut percé à travers l’estomac et tomba lourdement dans la rivière. Il disparut sous une vague blanche.
Ce n’est qu’alors que l’homme en robe bleue atteignit la rive. En voyant les flots déchaînés, il fronça les sourcils.
Il était convaincu qu’avec la puissance de son attaque et la férocité du courant, Liu Ming n’avait aucune chance de survie. Pourtant, il ne pouvait en être certain sans voir le cadavre.
Néanmoins, il ne savait pas nager et la force de cette rivière était suffisante pour emporter un corps très loin.
L’homme réfléchit un instant et observa l’épée en os dans sa main.
L’arme, appelée « Arme de Pratiquant », n’avait plus l’éclat brillant d’avant et était revenue à son état initial.
L’homme en robe bleue hésita un moment, mais finit par repartir, frustré, le corps de Liu Ming n’étant jamais remonté à la surface.
……
Trois jours plus tard, sur une rivière marquant la frontière entre l’État de Chu et l’État de Feng Yun, deux hommes en robes jaunes se tenaient debout. L’un était grand, l’autre petit, et ils fixaient sans expression un cadavre élégamment vêtu.
À côté de ce corps, sept ou huit autres cadavres vêtus de combinaisons grises gisaient au sol. Contrairement au premier, ceux-ci portaient des blessures atroces : certains étaient coupés en deux, d’autres avaient le crâne fracassé.
« Qu’est-ce qu’on fait ? Le jeune maître est mort si facilement, que va-t-on dire au chef du clan ? » Celui qui parlait était l’homme petit et maigre, une épée dans le dos. Son visage était étroit et ses yeux triangulaires lui donnaient un air dangereux. Pourtant, son visage était empreint d’inquiétude.
« Gu Lao San, si tu me poses la question, à qui dois-je la poser ? Qui aurait pu savoir que ce "jeune maître" était si stupide ? Se laisser approcher par un voleur et se faire trancher la gorge alors qu’il est un Pratiquant Débutant... Même avec les quelques médicaments spirituels que le chef du clan nous a donnés, il n’aurait eu aucune chance de survivre », répondit son compagnon, un homme grand au visage carré, l’air frustré.
NDLR : Lao San = Troisième frère – Généralement sans lien de sang.
« Guan Lao Da, peu importe sa stupidité, il reste le fils adoptif du chef de clan. De plus, le chef a payé un prix énorme pour lui obtenir une place à la cérémonie. Maintenant qu’il est mort en chemin, que va-t-on lui dire !? Je crains que nous ne finissions battus à mort », soupira Gu Lao San, une vague terreur se lisant sur son visage.
NDLR : Lao Da = Premier frère ou frère aîné.
« Hmpf. Si nous faire battre était la seule punition, j’irais brûler de l’encens pour remercier le ciel. » Les muscles du visage de Guan Lao Da se contractèrent alors qu’il prononçait une phrase qui glaça Gu Lao San.
NDLR : En Chine, on brûle de l’encens pour les morts ; il sous-entend qu’ils vont y passer.
« Guan Lao Da, qu’est-ce que tu veux dire ? Toi et moi sommes de vrais Pratiquants de Niveau Intermédiaire. Même si le chef de clan aimait tendrement son fils adoptif... Ne me dis pas qu’on doit payer ça de nos vies ? » Gu Lao San regarda son compagnon, les yeux écarquillés.
« Tu crois que l’identité de ce gamin se limite à celle d’un fils adoptif ? Bien que ce "jeune maître" possède un Pouls Spirituel, son attitude est exécrable et il est d’une brutalité sans nom. Il n’avait quasiment aucune chance d’approcher le chef de clan. Pourquoi crois-tu qu’une telle personne aurait été adoptée ? Laisse-moi te dire que ce "jeune maître" est l’enfant illégitime du chef, né d’une maîtresse. Le titre de "fils adoptif" n’est qu’une excuse pour qu’il puisse devenir l’héritier », ricana Guan Lao Da sous le regard stupéfait de Gu Lao San.
« Quoi ? Le "jeune maître" est vraiment la chair et le sang du chef de clan ?! Guan Lao Da, comment sais-tu une chose aussi capitale ? » L’homme maigre frissonna en bégayant.
« Peu importe, il n’y a plus de raison de te le cacher maintenant. Tu sais que ma relation avec la servante personnelle de la femme du chef était assez proche. Elle s’est plainte une fois des injustices du chef et, dans un moment d’inattention, elle m’a révélé ce secret. Ça ne peut pas être faux ! » soupira Guan Lao Da.
« Je vois. La Secte des Fantômes Barbares est assez mal classée parmi les grandes sectes du Pays de Da Xuan, et la Cérémonie d’Ouverture de l’Esprit coûte très cher. Je me demandais pourquoi notre Clan Bai laisserait quelqu’un sans lien étroit avec le clan prendre cette place. Si le gamin avait réussi à ouvrir son Pouls Spirituel, il serait devenu un véritable Étudiant Spirituel, bien plus puissant que nous deux. S’il avait eu une chance particulière et était devenu un Maître Spirituel, même l’empereur actuel aurait dû l’accueillir avec respect. » Gu Lao San comprit enfin les dessous de l’affaire.
« Devenir un Étudiant Spirituel n’est pas chose aisée ! Non seulement il faut posséder un Pouls Spirituel, mais il ne faut pas avoir plus de quinze ans lors de la Cérémonie d’Ouverture de l’Esprit. Chaque année, seule une poignée de participants réussit, et la majorité meurt durant le processus. Même si l’on survit, il faut travailler pour la secte comme simple pratiquant pendant vingt ans. La décision du chef d’envoyer son fils était probablement un pari. Bien que le Clan Bai compte quelques membres avec un Pouls Spirituel, la plupart ont échoué à la cérémonie. Ceux qui ont survécu sont coincés dans la secte comme main-d’œuvre. Seule Dame Yan a réussi son Ouverture Spirituelle et est devenue Étudiante Spirituelle de la Secte du Ciel Lunaire. Malheureusement, c’est une fille et elle finira par se marier. Le chef veut désespérément que son fils devienne Étudiant Spirituel pour que le Clan Bai puisse conserver son statut de Clan de Pratiquants pour quelques décennies de plus », expliqua Guan Lao Da.
« On dirait que le chef de clan plaçait de grands espoirs en ce jeune maître. Mais plus les espoirs sont grands, plus grandes sont nos chances de mourir à notre retour. Et si nous nous enfuyions du Pays de Da Xuan pour ne jamais revenir au Clan Bai ? Avec notre statut de Pratiquants de Niveau Intermédiaire, nous serions respectés partout », suggéra Gu Lao San en serrant les dents, les yeux fuyants.