Chapitre 22
Zac avait lentement rampé en direction du Héraut. Celui-ci était étendu sur un rocher et dévorait un Gwyllgi qu’il avait attrapé quelque part.
Ses huit pattes, à l’exception des deux antérieures, reposaient du même côté, exposant son dos à Zac. Celui-ci était accroupi derrière un arbre, à seulement cinq mètres de l’énorme barghest. Il osait à peine respirer, de peur de se faire repérer trop tôt. Impossible de s’approcher davantage sans traverser une zone à découvert et se retrouver complètement exposé.
Le cœur de Zac battait à tout rompre et ses mains tremblaient nerveusement. Élaborer des plans et se préparer, c’était une chose ; les mettre à exécution en était une autre. Maintenant qu’il était si près, il avait l’impression de sentir une pression primitive émaner de la bête.
Il savait qu’il ne pouvait plus attendre : c’était une occasion en or. La bête mangeait et était distraite. S’il continuait à attendre, il raterait sa chance et finirait par s’épuiser à force de stresser et de s’inquiéter.
Zac se releva sans bruit et fit circuler l’énergie cosmique dans son corps. Sans perdre une seconde, il en concentra dans sa jambe et se propulsa comme une balle vers le Héraut, dont le dos était exposé. Sa hachette s’abattit dans un coup renforcé, frappant la colonne vertébrale de la bête, dans le bas du dos. Il espérait reprendre la même tactique qu’au début, quand il avait tué les petits congénères de Vul.
La hache s’enfonça dans le dos de la bête, mais lorsqu’il atteignit l’os de la colonne, Zac eut l’impression d’essayer de trancher de l’acier renforcé. Son plan avait échoué : il n’avait infligé qu’une blessure superficielle. Son bras droit lui faisait mal sous le choc, mais il s’adapta rapidement et frappa de nouveau, ouvrant une profonde entaille le long du flanc.
Il comptait aussi frapper le ventre, dans l’espoir d’abîmer quelques organes, mais un rugissement tonitruant l’interrompit. Le Héraut avait enfin réagi. D’un mouvement brusque, il poussa sur toutes ses pattes et projeta son corps entier vers Zac.
Le dos du monstre percuta Zac comme un camion et l’envoya voler à plusieurs mètres. Il cracha une gorgée de sang.
Quand il se releva, le Héraut en fit autant. Soudain, ils se retrouvèrent face à face, et un grondement sourd s’éleva de la gueule de la bête. Sa blessure saignait abondamment, mais ne semblait pas l’avoir handicapée le moins du monde.
La rage brûlait dans ses petits yeux et elle poussa un nouveau rugissement assourdissant, qui sembla faire vibrer l’air lui-même.
Zac ne perdit pas de temps et s’enfuit aussitôt dans la forêt. Il voulait tirer parti du terrain accidenté pour tenir à distance la bête massive et pataude. Il continua d’insuffler de l’énergie dans son corps, sans oser ralentir. Les bruits sourds et les branches qui craquaient derrière lui prouvaient que le Héraut était à ses trousses.
Zac eut la désagréable surprise de constater que le terrain ne semblait pas gêner Vul, malgré sa taille énorme et sa carrure trapue. Il était bien plus agile que le barghest, alors même qu’il paraissait encore plus massif que ses petits congénères. Zac finit par tenter une autre vieille astuce qui avait fait ses preuves : il courut droit vers un gros érable. Il entendait la bête se rapprocher à toute allure ; elle n’était plus qu’à quelques mètres.
C’était une sorte de test pour voir si le Héraut mordrait à cet hameçon si simple. Après l’avoir observé, Zac avait des doutes et ne voulait pas gâcher sa meilleure chance de le tuer. Il s’abstint donc de courir directement vers ses pieux.
Il attendit le dernier moment, puis bondit sur le côté pour éviter l’arbre. En plein saut, il se retourna, espérant profiter du fait que la bête s’assommerait contre le tronc.
Malheureusement pour Zac, si un Héraut était désigné comme chef, ce n’était pas sans raison. Ses soupçons sur l’intelligence supérieure du Héraut se confirmèrent quand il vit la réaction de la bête.
À la vue de l’arbre qui approchait, le Héraut s’arrêta en prenant appui sur ses pattes avant, tout en esquivant Zac avec ses pattes arrière. Ses membres antérieurs creusèrent un profond sillon sur plusieurs mètres avant qu’il ne s’immobilise, puis il pivota pour faire face à Zac. La bête continua ainsi d’avancer vers l’arbre, mais le heurta de l’épaule plutôt que de la tête.
Le choc ne sembla pas blesser la bête ; il ne fit que l’enrager davantage. Elle n’avait pas perdu beaucoup de temps et Zac se trouvait maintenant dans une situation précaire.
La bête bondit aussitôt vers lui, ses énormes mâchoires cherchant à le déchirer en deux à hauteur de la poitrine.
Affolé, Zac roula au sol et passa entre les pattes de la bête, espérant atteindre son ventre, plus vulnérable. Il comprit qu’il devait maintenant la rendre folle de rage, pour qu’elle fonce aveuglément à travers les buissons et droit dans sa palissade. Il se retrouvait dans une position inconfortable entre ses pattes avant et ne pouvait compter que sur l’énergie cosmique pour donner de la force à ses coups.
Il asséna plusieurs coups de hachette dans le torse de la bête, espérant lui perforer un poumon. L’attaque porta ses fruits : un flot de sang l’aspergea et le monstre poussa un cri de douleur. Il n’eut toutefois le temps que de donner quelques coups avant qu’un coup de patte ne le percute sur le flanc gauche. Zac fut de nouveau projeté au loin comme une poupée de chiffon. Cette fois, il sentit qu’il s’était cassé au moins une côte : chaque inspiration lui donnait l’impression d’être poignardé.
Il ne put que serrer les dents et faire circuler davantage d’énergie cosmique pour contenir ses blessures. Ses réserves commençaient déjà à dangereusement s’épuiser et la fatigue se faisait sentir.
Il continua de courir vers son piège, tout en redoutant d’y foncer lui-même. La bête était furieuse, mais n’avait pas encore complètement perdu la raison, et Zac craignait qu’elle ne remarque le piège. Dans ce cas, il serait vraiment mal barré.
Il lui fallait encore porter au moins une attaque efficace.
Le Héraut le rattrapa bientôt et tenta cette fois de l’attraper avec les griffes de sa patte avant. Zac ne put que bondir frénétiquement pour esquiver. De temps à autre, il essayait de frapper ses pattes, mais ça ne servait pas à grand-chose. Il avait réussi à la toucher plusieurs fois, mais n’avait fait que lui infliger quelques blessures superficielles.
Zac tenta une nouvelle riposte après avoir esquivé un coup, mais cette fois, une énorme tête fondit sur lui à une vitesse fulgurante. Le Héraut essaya de lui arracher le bras pendant qu’il frappait.
Zac retira vivement son bras. Il avait failli être trop tard. Les mâchoires se refermèrent une fraction de seconde trop tard, laissant Zac dégager son bras. Sa hachette n’eut pas cette chance : le monstre referma ses mâchoires sur le fer. Un craquement retentit. Quand Vul rouvrit la gueule pour tenter de mordre à nouveau, la hache se libéra.
Déjà usée, la hache était maintenant complètement déformée ; elle n’était plus qu’un bâton surmonté d’un bout de métal. Son tranchant avait disparu. Elle ressemblait désormais davantage à une masse, avec quelques bords tranchants disposés au hasard.
Une flamme de rage s’alluma dans les yeux de Zac lorsqu’il vit le Héraut réduire en miettes son fidèle compagnon. Il oublia complètement toute prudence. Il poussa un rugissement, cessa de reculer et concentra presque toute l’énergie cosmique qui lui restait dans son bras droit et ses jambes. D’une brusque ruée, il bondit droit sur le Héraut, le prenant par surprise pendant une fraction de seconde. C’était tout ce qu’il lui fallait : Zac enfonça son arme de fortune dans l’œil gauche de la bête.
Le démon recula violemment sous la douleur et se dressa un instant sur ses pattes arrière, atteignant une hauteur impressionnante de trois ou quatre mètres. Ses cris de douleur se transformèrent rapidement en rugissements de fureur déchaînée, et Vul s’abattit sur Zac, cherchant à l’écraser comme une crêpe.
Zac n’eut pas le temps de s’inquiéter pour sa chère hachette, fichée dans l’œil du monstre. Il s’élança dans une course folle pour s’éloigner de la bête. Celle-ci était complètement déchaînée, ivre de rage et de douleur. C’était sa chance.
Il concentra le reste de son énergie pour courir aussi vite que possible et parcourir la dernière distance jusqu’au piège. Le Héraut le poursuivait de près, sans plus se soucier de rien, fracassant les petits rochers et les arbres sur son passage.
Enfin, il atteignit les buissons où étaient dissimulés les pieux. L’énorme bête était désormais sur ses talons. Zac sentait même la chaleur de sa gueule. Il plongea tête la première dans les buissons, en veillant à rester plus bas que les lances disposées là pour ne pas s’empaler dessus.
Ce fut un immense soulagement pour Zac de sentir le Héraut foncer droit dans les buissons juste derrière lui, décidé à les déchirer sans autre forme de procès.
Quand Zac toucha terre, un choc violent retentit derrière lui et fit trembler le sol.
L’un des pieux avait frappé le Héraut en plein torse, s’enfonçant d’au moins un mètre et le transperçant sur place.
La bête trembla et poussa un rugissement pitoyable qui résonna dans les environs. Le sang coulait de sa gueule comme une cascade, éclaboussant Zac et tout ce qui l’entourait. Elle se mit aussitôt à se débattre furieusement, sans tenir compte de ses blessures. Le dispositif ne résista pas à son poids et s’effondra presque immédiatement.
Même presque aveuglé et perdant son sang, le Héraut ne se laissa pas abattre sans lutter. Il n’arrêtait pas de hurler et de se débattre. L’un de ses coups frappa Zac de plein fouet au bras gauche et le projeta au sol avant qu’il n’ait pu s’écarter. Un craquement retentit et Zac faillit perdre connaissance sous la douleur.
La bête enchaîna avec quelques coups de griffes frénétiques, lui lacérant le dos de longues entailles tandis qu’il gisait, impuissant, sur le ventre sous le monstre empalé.
Heureusement pour Zac, la bête ne se débattit pas longtemps : une immense quantité d’énergie cosmique afflua en lui. Une petite partie contribua à reconstituer ses réserves, presque épuisées, tandis que le reste le faisait monter de niveau.
Une fois les bruits du combat retombés, les environs lui parurent d’un calme absolu. Il était étendu au sol, haletant, et ne put s’empêcher de sourire, les dents couvertes de sang. Il avait réussi.
Mais alors que Zac exultait encore, un rugissement lui répondit au loin. Puis un autre. Soudain, la forêt résonna d’une cacophonie de rugissements bestiaux.
Les renforts arrivaient.