Chapitre 1 470
Ranger la vajra maudite stabilisa le noyau vacillant de sa raison, mais la fureur de l’Asura demeura ancrée dans son cœur. Zac ne s’était pas attendu à ce que son influence soit si puissante lorsqu’il la sortait en plein combat, comparée au moment où il avait examiné ses gains. Il fallait dire que plusieurs facteurs précis s’étaient combinés pour donner naissance à quelque chose qui dépassait la somme de ses parties. Les échos de sutras génocidaires s’étaient mêlés à une antique Intention meurtrière et à une destruction apocalyptique, formant un brasier de carnage que seul le sang pouvait éteindre.
Le chef parut surpris que le coup n’eût pas atteint sa cible, sans pour autant s’alarmer outre mesure. À l’abri de la barrière protectrice, il commença à préparer une nouvelle attaque, sans se douter que de tels boucliers n’étaient qu’une suggestion face à Zac. L’Izh'Rak Reaver entraîna les autres dans une pluie d’attaques destinées à le tenir occupé.
Ces coups mineurs ne suffisaient absolument pas à ralentir Zac. Tout ce qu’ils faisaient, c’était attiser les flammes et raffermir sa détermination. Sans se soucier des conséquences, Zac broya les attaques en libérant une volée de traits de hache tout en réduisant la distance. [Tranchant évolutif] frappa plusieurs fois la barrière, mais, comme prévu, celle-ci se révéla extraordinairement résistante.
Simples et peu coûteux en énergie, les traits de hache reposaient sur un pool d’attributs monstrueux et sur deux Daos terrestres, tous deux au stade intermédiaire. Avec la compétence de frénésie et l’effet de sa fureur sur ses Nœuds d’Eoz cachés, même les compétences ultimes s’émoussaient sous le déluge incessant. Bien sûr, même dans son état de rage, Zac comprit que c’était parce que les combattants les plus puissants attendaient une ouverture. Ils n’en auraient pas l’occasion : Zac était enfin à portée.
Une jungle tentaculaire surgit de nulle part. Zac l’activa avec de l’[Énergie du Vide] pour accélérer sa croissance et permettre à la compétence de franchir la barrière résistante. La jungle encercla le domaine défensif, piégeant l’ennemi et lui bouchant la vue. Bien sûr, impossible de ne pas remarquer les lianes qui se répandaient à toute vitesse dans la forêt.
[Édit primordial] était à l’œuvre depuis avant qu’il ne s’empare de l’œil de Primo, et la chambre de mort ambiante de l’observatoire avait déjà considérablement diminué. Avec le sanctuaire apporté par la [Jungle Apex], un vaste réseau de lianes se développa sans entrave. Et au milieu de cette végétation luxuriante, Zac passa à l’action. Les lianes de Haro se précipitèrent vers les arbres les plus proches, et Zac les suivit de près. Au même moment, l’un des arbres à l’intérieur de la bulle protectrice fut soudain agité.
Le groupe se retourna d’un seul mouvement et lança une salve d’attaques meurtrières dès qu’il sentit une fluctuation. Ses membres connaissaient manifestement bien les mécanismes de sa compétence, ce qui n’avait rien d’étonnant. Zac avait constamment utilisé [Jungle Apex] pendant la guerre intersectorielle, tant elle était polyvalente. C’était à la fois une compétence de déplacement, d’attaque et de piégeage. Elle pouvait même protéger ses alliés dans une certaine mesure.
Réagir vite n’était pas toujours une bonne chose. Ce ne fut pas Zac qui sortit de l’arbre, mais une liane tenant une petite bouteille dont le bouchon avait déjà été retiré. La plupart des assaillants réussirent à interrompre leurs compétences à temps, mais deux d’entre eux réagirent trop tard. La liane et la bouteille furent déchiquetées tandis que Zac apparaissait dans un autre arbre, à l’extérieur de la barrière.
Un frisson, assez puissant pour faire trembler Zac à un kilomètre de là, le tira de son état contre nature. Il provenait d’une brume qui s’échappait de la bouteille brisée et gelait l’espace lui-même à l’intérieur de la bulle protectrice. Cette brume était l’un des autres trésors que Kator lui avait aimablement laissés. Zac aurait préféré foncer lui-même dans la mêlée, mais il avait conservé assez de raison pour comprendre que ces gens étaient venus préparés. Ils savaient qui il était et ce qu’il venait faire. Aucune dose de potion frénétique ne pouvait le pousser à se jeter à l’aveuglette dans une telle situation.
Trois des plus faibles, dont l’homme le plus proche qui avait brisé la bouteille, se changèrent sur-le-champ en glaçons qui éclatèrent sous l’effet du froid. Les autres auraient subi le même sort si le groupe entier n’avait opposé une résistance concertée. Mieux encore, cette ruse leur coûta l’un de leurs trésors uniques. Il ressemblait à un nez grêlé, qui se mit à aspirer l’air glacial à toute vitesse.
Le nez implosa à mi-chemin, emportant avec lui dans le vide la majeure partie de la menace. Ce qui restait suffit à ralentir les combattants, mais leurs vies n’étaient plus en danger. Du moins, pas à cause du froid. L’un des arbres gelés explosa pour laisser passer une ombre sanglante, et une cultivatrice de rang D supérieur, transie par le gel, fut décapitée avant d’avoir pu réagir.
Zac arracha l’étrange globe de sa main et l’envoya de l’autre côté, où Esmeralda pourrait s’en occuper. À ce stade, Zac était comme un renard dans un poulailler, et il n’était pas seul. Haro jaillit dans toutes les directions, se mêlant aux lianes qui jaillissaient des arbres fraîchement poussés. Ces innombrables lianes ne pouvaient pas éliminer les élites à court terme, mais elles les maintenaient occupés et désorganisés.
Après ce premier succès, Zac comptait dérober un autre trésor unique avant qu’on ne puisse s’en servir. Mais l’intuition du [Prédateur inné] le poussa à pivoter brusquement le torse. Son coude heurta quelque chose derrière lui et un craquement humide retentit. L’instant d’après, un assassin mort, le crâne enfoncé, apparut de nulle part.
Il ne tenait aucune arme dans sa main tendue. Il avait délibérément évité toute intention de nuire afin de ne laisser transparaître aucune intention meurtrière que Zac aurait pu détecter. À la place, il avait tenté, tout en restant invisible, de fouiller la poche dans le dos de Zac : celle-là même où se trouvait l’œil de Primo. Zac libéra une rafale de traits de hache dans toutes les directions et s’enroula plusieurs fois de lianes autour du corps pour s’en faire une ceinture protectrice.
Des traits de hache en forme d’esprits commencèrent à jaillir des arbres tandis que les défenseurs s’efforçaient de déblayer les broussailles. Zac profita du chaos pour éliminer deux autres adversaires avec une efficacité brutale. L’un d’eux tenait une poupée sinistre renfermant le pouvoir d’une malédiction. Une fois de plus, l’objet fut envoyé à Esmeralda, ravie, grâce à la [Pureté du Vide].
Enfin, les chefs ne purent plus rester les bras croisés à regarder Zac décimer leurs rangs. L’épéiste cracha une gorgée de sang en interrompant de force la charge de son coup d’épée. L’instant d’après, il se téléporta devant Zac. Hache contre épée, un cri strident ébranla l’esprit de Zac. Un seul échange suffit pour que la réalité réduise à néant sa certitude absolue de remporter la victoire.
Les yeux écarquillés de rage et de chagrin, Zac fixa l’entaille d’un pouce apparue au milieu du tranchant de Verun. Une fissure s’enfonçait encore plus profondément, jusqu’à mi-chemin du manche. Sa compagne était grièvement blessée. Quelque chose se brisa en lui, et la coupe déborda. Plus que protéger le trésor ou réfléchir à une stratégie, une seule pensée occupait son esprit.
Elle était blessée. Alors pourquoi ces gens étaient-ils encore indemnes ?
La vision rouge, Zac se déplaça tel un fantôme dans les courants du Vide. Il se faufila au-delà de l’épée consciente et de la ligne de défense de son propriétaire, puis brisa sans effort d’un coup de poing le coude du bras coupable. Son corps n’était plus qu’un instrument de vengeance. Zac encaissa une tempête d’entailles déchirantes en attirant sa victime à lui. Un nouveau craquement retentit, et un bras en bouillie fut arraché à son corps.
Zac ressentit une vague douleur en voyant passer une main étrangement familière, suivie d’un éclair argenté. L’épée de rang supérieur avait bougé toute seule, sectionnant la main gauche de Zac et les lianes de Haro avant de revenir. Libéré de l’emprise de Zac, l’épéiste manchot disparut dans un trait de lumière. Zac rugit de fureur, non pas d’avoir perdu sa main, mais de voir sa proie échapper à son jugement.
Le feu de la malveillance répondit à son appel. Il s’échappa de ses pores et se mêla aux quatre-vingt-dix-neuf runes invoquées par la forme ancestrale de la [Conformation de la Suprématie]. Une cascade d’explosions secoua l’observatoire tandis que des milliers et des milliers d’arbres gigantesques éclataient simultanément. Des éclats émergèrent d’innombrables esprits de hache.
Le visage du porte-bouclier pâlit sous l’assaut, et les attaques venues de l’extérieur n’étaient pas la seule menace. Des dizaines d’arbres coincés dans sa barrière protectrice explosèrent eux aussi, avec des conséquences meurtrières. Les esprits se précipitèrent vers leurs ennemis les plus proches, animés par le désir de faire couler le sang.
Zac lui-même devint le cœur de la destruction. Les runes mouvantes de son armure, chacune incarnant un aspect de la violence de l’Évolution, se détachèrent de son corps pour rejoindre l’essaim d’esprits de hache. La forme ancestrale de la [Conformation de la Suprématie] possédait deux capacités. Premièrement, Zac pouvait fixer les runes à ses compétences pour y ajouter une explosion secondaire.
La seconde était un état passif dans lequel les esprits se détachaient d’eux-mêmes. Poussés à l’hyperagressivité par les flammes de la guerre, ils se détachèrent tous en même temps. Imprégnés d’une antique Intention meurtrière et d’une impulsion dharmique vers le néant, les esprits se métamorphosèrent en avatars démoniaques qui bondirent sur leurs proies. À leur approche, Zac leur ordonna sans hésiter de se faire exploser.
« Gardez votre sang-froid ! » rugit l’un des trois cultivateurs de rang D supérieur encore en vie, en se tailladant le poignet avec une petite dague.
Le sang répandu tomba sur un insigne antique, dont les gravures s’illuminèrent. L’instant d’après, un érudit voilé apparut, brandissant une épée faite de pièces. Celles-ci s’envolèrent et flottèrent au-dessus de chacun des guerriers aux prises avec l’ennemi. Toutes les pièces claquèrent à l’unisson, provoquant l’effondrement de toutes les énergies dans un rayon de plus d’un kilomètre et demi.
La réaction en chaîne incontrôlable des explosions fut réduite à de sourds « pouf », empêchant les morts et transformant les blessures graves en simples égratignures. Le silence régna un instant, tandis que le taoïste s’évanouissait. Une toux grasse mit fin à cette accalmie. Tous se tournèrent vers le porte-bouclier, au centre de la formation, stupéfaits de voir un épais filet de sang lui jaillir de la bouche.
Son visage se tordit de dépit tandis que la lumière s’éteignait dans ses yeux. Une liane arracha le bouclier-tour de ses mains inertes, révélant la situation derrière lui. Une liane exceptionnellement épaisse, striée de rouge et de noir, l’avait frappé dans le dos alors qu’il s’affairait à stabiliser la barrière. Le résultat parlait de lui-même. Son armure était détruite et sa poitrine béait d’un trou de la taille d’une bouche d’égout.
Une telle blessure ne suffisait pas nécessairement à tuer un Hégémon supérieur, surtout s’il était spécialisé dans la défense. Et pourtant, sa résurgence ne vint pas. Il mourut, le visage empreint de rancœur, tandis que des fissures grises se répandaient sur sa peau. L’instant d’après, la liane explosa, libérant une trace persistante de Chaos.
La liane principale avait absorbé une quantité colossale de Mort apocalyptique. En sacrifiant une partie de son antique Intention meurtrière, elle avait fusionné de force la Mort accumulée avec la Vie inhérente à la compétence. La Bombe du Chaos qui en résulta avait aisément percé ses Insignes de guerre et anéanti son âme. La barrière s’effondra, exposant le groupe à un enchevêtrement immense de lianes, toutes porteuses d’un mélange instable de Vie et de Mort.
À cette vue, les assaillants pâlirent et renoncèrent à toute idée de riposter. L’épéiste serra les dents et aboya ses ordres en lançant un regard noir à Zac. « Repli ! »
Son subordonné le plus proche attendait manifestement cet ordre. Un miroir émettant une puissante Énergie spatiale s’illumina entre ses mains, et plus d’une douzaine de reflets apparurent à sa surface. L’instant d’après, tous sauf deux furent téléportés de force.
Le regard de Zac se tourna vers une ouverture qui s’élargissait dans le ciel, tandis que les cultivateurs désespérés étaient engloutis par les lianes. De l’autre côté ne les attendait que la pénombre éternelle du Neuvième Enfer, et pourtant il sentait le cosmos le pousser à avancer. Les pécheurs étaient toujours là, profanant l’ordre naturel par leur existence persistante. Zac caressa doucement le tranchant de sa hache avant de la ranger.
La chasse était loin d’être terminée.
La tempête s’apaisait peu à peu sous les vagues calmantes de l’eau abyssale. Pourtant, Tavza ne parvenait pas à retrouver son calme tandis qu’elle fixait l’ouverture de l’observatoire. Prisonnière, incapable de réorienter les flux d’énergie, elle avait vu le Grand Réseau échouer après avoir fonctionné à peine cinq secondes. En théorie, cela aurait dû suffire, mais le groupe d’envahisseurs avait réussi à se faufiler à l’intérieur juste avant que le passage ne se referme.
À présent, la porte se rouvrait comme une Boîte de Pandore, et ce qui en sortirait déciderait du cours de l’histoire.
Un éclair bleu soudain déposa une douzaine de cultivateurs dans les airs. Près de la moitié de ceux qui étaient entrés avaient disparu, et les survivants étaient dans un état bien pire qu’à leur arrivée. Pour preuve, l’un des chefs de Phusudor avait disparu, tandis qu’un autre avait perdu un bras. Les morts-vivants, en revanche, s’en étaient mieux tirés, malgré la perte de leurs deux revenants.
Tavza expira en voyant la défaite et la peur sur leurs visages, certaine qu’ils n’avaient pas réussi à s’emparer du butin. Elle ne baissa toutefois pas complètement sa garde, attendant que l’homme du destin apparaisse. Et il apparut, dans une explosion tout à fait caractéristique. Une mer de lianes jaillit de l’ouverture, s’écrasant contre l’espace exigu.
Cette vague ressemblait à l’annonciatrice de la fin du monde, un enchevêtrement chaotique voué à la destruction. Une aura meurtrière palpable, à vous hérisser les cheveux, s’en dégageait, comme si elle comptait déclencher l’Armageddon. À la stupeur de Tavza, elle pouvait même discerner des traces de Chaos dans le mélange. Zac avait-il déjà acquis assez de maîtrise pour manifester le Dao du Chaos à une telle échelle ?
Cette calamité artificielle se comportait comme si elle était vivante. Les tentacules qui avançaient ondulèrent dans les airs avant de se concentrer sur le groupe qui venait de s’échapper. Puis, tel un raz-de-marée, l’enchevêtrement principal se rua en avant, animé par une faim insatiable de tout anéantir.
Leur désir était si intense que les lianes sacrifièrent directement leur force vitale en constatant qu’elles étaient distancées. De nouvelles pousses jaillirent de leur terreau funèbre et avancèrent encore plus vite. Ce spectacle macabre et contre nature d’une vie débridée emplit Tavza d’appréhension, bien qu’elle en connût la source.
Une aura tranchante jaillit de l’épéiste lorsqu’il lança un formidable coup dans l’essaim. En vain. Les quelques milliers d’épines qu’il avait déchiquetées ne représentaient qu’une goutte d’eau dans l’océan, et leur sacrifice fournit l’engrais nécessaire à la pousse de la génération suivante. Même en ajoutant les autres attaques, le flot fut à peine ralenti.
Quelques Porteurs de sceau finirent par en avoir assez de cette aventure vouée à l’échec. Deux d’entre eux tentèrent de rompre les rangs et de fuir vers la porte de domaine. Bien qu’elle fût désactivée, ils jouaient leur vie en misant sur l’existence d’un moyen d’activer le passage depuis l’intérieur du bâtiment. Tavza n’y croyait guère. Elle avait détourné toute l’énergie qu’elle pouvait trouver pour activer le Voile du Ravissement. La bataille serait déjà terminée avant que la porte de domaine ait accumulé assez de miasme pour fonctionner.
Deux portes mystérieuses apparurent de nulle part pour leur barrer la route. Des nuées de lianes s’en déversèrent et les happèrent pour les entraîner à l’intérieur, comme des mains spectrales tirant leurs victimes vers l’au-delà. Les portes se refermèrent, et les deux victimes disparurent à jamais. Non, pas tout à fait. Tavza percevait vaguement des éclats de mort dans les profondeurs de l’enchevêtrement. Les deux avaient-ils été déposés au beau milieu de l’essaim ?
Cette observation détachée, presque universitaire, devint bien trop réelle lorsqu’une porte s’ouvrit silencieusement juste devant elle. Une liane solitaire en sortit, distincte de la masse grouillante dans le ciel. Tavza réprima l’envie de frapper cette entité inconnue et se laissa plutôt entraîner. Un bref moment de ténèbres désolées, puis elle se retrouva à l’extérieur de la barrière.
Il n’y avait aucun doute : elle venait de traverser le Vide. L’esprit de Tavza s’emballa en envisageant les implications, mais elle aurait tout le temps d’examiner ce qu’elle venait de vivre plus tard. Une autre porte apparut à quelques centaines de mètres, et Zac en émergea, couvert de sang. Sa hache légendaire était introuvable, et pourtant elle n’avait jamais senti une telle menace émaner de son compagnon.
À la place, Zac serrait sa propre main coupée. Dès qu’il fut sorti, il appuya sa main contre le moignon, et des filaments de chair rattachèrent rapidement le membre. Dans le même temps, les nombreuses cicatrices qui couvraient son corps se refermaient à vue d’œil. Tavza pouvait imaginer le désespoir de leurs adversaires devant un tel spectacle. Cet homme était impossible à tuer, impossible à arrêter.
Et voilà qu’ils se retrouvaient pris en tenaille entre deux forces supérieures et un enchevêtrement de lianes assoiffées de sang qui continuait de s’étendre.
Une brusque volte-face rompit l’impasse. Usoro Kavriel, le traître, passa à l’action dans un flou et fourra quelque chose dans le corps desséché d’Eidolon, à sa gauche. La forme incorporelle faillit s’effondrer dans une bouffée de lumière. Le fantôme se reforma un instant plus tard, mais de l’ectoplasme s’écoulait de son corps. Il se mourait, son âme se dissipant dans les alentours.
« Seigneurs ! Ne frappez pas ! » hurla Usoro en rompant les rangs dans une tentative désespérée de survivre. « J’étais infiltré, j’ai des informat— »
Ses paroles furent coupées par une lame suintant l’intention meurtrière, qui faillit le trancher en deux. Usoro échappa de justesse à la mort, mais il se retrouva isolé dans le no man’s land entre les factions. Tavza jeta un coup d’œil à Zac, qui avait formé la lame fractale de sa main droite. Impossible de ne pas remarquer l’état anormal de son aura, mais Tavza ne fit rien pour contester son geste. Le sort d’Usoro Kavriel était scellé depuis l’instant où il avait rejoint l’ennemi.
Avant qu’elle ait pu achever le travail d’un trait de mort, les supplications d’Usoro se transformèrent en un cri suraigu. Son corps se tordit et enfla bien au-delà de ses proportions naturelles. Ce n’était manifestement pas l’œuvre de la compétence de Zac. Sentant que quelque chose clochait, Zac et elle lancèrent une salve d’attaques pour réduire Usoro Kavriel au néant.
Non, pas tout à fait au néant.
Au centre du Draugr brûlait une petite bougie à l’étrange lueur verte. Elle flottait, intacte malgré les contrecoups des attaques et les ténèbres des Abysses, preuve de sa nature extraordinaire. Pourtant, ni la bougie ni sa flamme n’éveillèrent chez Tavza le moindre malaise ou sentiment de danger. Elle regarda Zac et vit son expression perplexe tandis qu’il examinait la bougie.
Un léger grésillement provenant de la poche de Zac apporta la réponse de la façon la plus terrifiante qui soit.
« NON ! »