Chapitre 1 467
Des vagues de Vie obstinée résistaient à l’invasion de la lumière stellaire brûlante qui filtrait par les interstices du panier en roseau que Ra’Klid portait sur le dos. L’impression irréelle de transporter une étoile en devenir s’était depuis longtemps dissipée, remplacée par l’épuisement et l’agacement. Ra’Klid aurait tout donné pour un Trésor spatial assez précieux pour contenir une graine d’étoile en toute sécurité.
Ra’Klid ne pouvait s’empêcher de se demander si la quête du Dao n’était pas une vaste arnaque. Il avait saigné, il avait lutté et il était sorti victorieux contre toute attente. Il était un élu du Destin, un Reignender d’Ultom. Et qu’avait-il à montrer pour tout ça ? Un dur labeur au cœur du Puits stellaire. Il était le chef des tribus Mavai, et pourtant, il devait accomplir le même travail éreintant que les ouvriers les plus humbles.
L’avenir serait-il différent ? À mesure qu’il progressait, les enjeux augmentaient. Ouvrier de rang D aujourd’hui, portier de rang C demain. Atteindrait-il un jour le stade où il pourrait s’adosser dans sa tente et regarder le jour céder la place à la nuit sans se soucier de rien ? Ra’Klid secoua la tête et chassa ces pensées qui lui rongeaient le cœur.
Il savait que sa situation était meilleure que celle de la plupart des gens. Les temps étaient durs, mais n’avait-il pas connu sa part de gloire ? Et même si le destin lui réservait une vie entière de lutte, et alors ? Il préférait lutter en repoussant les limites du Dao plutôt que de végéter dans le monde des mortels. Chaque graine qu’il rapportait était une nouvelle brique pour consolider ses fondations.
Le rôle de la Cour de la Chute des Étoiles sautait aux yeux : veiller à ce que les diverses opérations de l’Empire disposent de suffisamment d’énergie cosmique pour fonctionner correctement. On aurait pu croire qu’une chose pareille allait de soi dans un territoire inestimable comme l’Étendue impériale occidentale, mais il y avait manifestement des pénuries là où elles comptaient le plus.
Peuple de conquérants impénitents, l’Empire Sans-Limites avait proposé une solution à la hauteur de son arrogance. Il s’emparerait des étoiles et en extrairait l’énergie. La Cour de la Chute des Étoiles était un immense filet jeté dans le Cosmos, qui ramenait les étoiles ou les objets riches en énergie ayant le malheur de s’approcher d’un peu trop près. On scellait les étoiles, on les enfouissait, puis leur énergie s’ajoutait peu à peu à celle du continent. D’après ce que Ra’Klid pouvait en juger, le processus s’était poursuivi dans une certaine mesure, même après que le continent eut été englouti sous le Fleuve du Temps.
Des entreprises aussi grandioses que décrocher des étoiles dans le ciel échappaient naturellement aux simples Hégémons comme lui, ou aux autres Porteurs de sceau. En général, leurs possibilités se répartissaient en deux catégories : ils pouvaient se joindre aux astrologues pour cartographier le Cosmos, ou concevoir de nouvelles méthodes pour obtenir l’éther nécessaire.
Ce travail exigeait une grande affinité avec le Pic stellaire et une compréhension de l’Ordre cosmique. Ra’Klid n’avait mis que quelques minutes à confirmer que son avenir se trouvait ailleurs. Il avait déjà apporté une modeste contribution en se rendant à la Cour de la Chute des Étoiles : dans les notes d’un explorateur disparu, il avait déniché les coordonnées spatiales d’un amas d’étoiles particulièrement dense.
Comme il n’avait aucune fortune à saisir à la surface, Ra’Klid n’avait pas eu d’autre choix que de chercher ailleurs. Refusant de s’installer dans une routine, il était résolument descendu dans le Puits stellaire. Ce puits était une jungle souterraine sans fin, sans fond, qui s’étendait sous la Cour de la Chute des Étoiles. Nourries par la chaleur déclinante d’un million d’étoiles, les plantes avaient changé de nature et étaient devenues uniques.
Chaque plante avait la taille d’un pays et remplissait mille galeries sur des milliers de kilomètres. D’après les récits, leurs dimensions devenaient toujours plus extravagantes à mesure qu’on s’enfonçait dans les profondeurs. Certains spécimens dépassaient même la taille de son monde natal. Ra’Klid n’avait pas l’intention d’aller vérifier par lui-même. Il connaissait ses limites et se cantonnait à la couche supérieure du puits.
La concentration d’énergie cosmique dans le puits était, pour ainsi dire, inégalée. Rien d’étonnant à ce que la Cour de la Chute des Étoiles ne possède pas de chambres de cultivation : à quoi bon, quand se glisser dans un bulbe ou trouver un recoin isolé procurait toute l’énergie dont un Hégémon pouvait avoir besoin, et même davantage ? Sans même chercher activement à progresser, Ra’Klid avait gagné huit niveaux au cours des deux derniers mois.
Ces niveaux supplémentaires n’étaient qu’un bonus accessoire. Le véritable objectif de Ra’Klid était de dénicher des graines d’étoile comme celle qui se trouvait dans son panier. Bien sûr, tous les autres Trésors naturels qu’il trouverait au cours de ses recherches finiraient eux aussi dans ses poches.
Ces graines étaient constituées de pure lumière stellaire, nourrie par les plantes qui s’étendaient à travers le monde. En consommer une pouvait purifier définitivement le corps et accroître la capacité du Noyau cosmique. Ra’Klid l’avait déjà fait, mais il continuait d’en chercher. Même si cela ne fonctionnait qu’une fois, on pouvait échanger les graines d’étoile de rang D contre une bonne quantité de Luminescence à la Cour de la Chute des Étoiles.
Apparemment, l’Empire pouvait faire croître les graines jusqu’à en faire de véritables étoiles, ce qui lui fournirait une deuxième source d’énergie cosmique. Pourtant, la recherche de graines d’étoile était une tâche impopulaire parmi les autochtones. Autrefois, elles étaient extraordinairement rares, et en trouver une par an passait pour un coup de chance. Après des éons sans entretien, les choses étaient devenues plus faciles pour les candidats aux épreuves. Grâce à quelques astuces et à sa Chance, Ra’Klid n’avait besoin que de deux ou trois semaines de recherches pour en déterrer une.
Ce n’était pas pour autant une source d’argent facile. L’atmosphère avait attiré quantité de bêtes, et aucun soldat impérial ne venait éliminer ces nuisibles en dehors des domaines mémoriels. À l’heure actuelle, Ra’Klid estimait que le puits abritait des milliers d’Empereurs des bêtes, et peut-être des créatures encore plus effrayantes dans ses profondeurs. Pour ces bêtes, rien n’était plus exquis qu’une graine d’étoile.
Et pourtant, la faune n’était pas la plus grande menace. Les bêtes restaient généralement sur leur territoire. On ne pouvait pas en dire autant de la centaine de candidats qui avaient désormais atteint la Cour de la Chute des Étoiles. Ra’Klid aurait tout donné pour faire une pause, laisser les brûlures de son dos guérir correctement avant que sa peau ne se transforme en viande séchée.
Ce modeste souhait n’était pas près de se réaliser. Ra’Klid avait senti le changement dans la Cour de la Chute des Étoiles depuis le bouleversement tectonique au centre du continent. L’épreuve n’était plus qu’à quelques mois de prendre fin ou d’entrer dans sa prochaine phase. Et s’il s’en était rendu compte, les autres aussi. À l’approche de l’échéance, la frénésie s’était emparée du puits.
Quel Porteur de sceau n’avait pas repéré quelques objets dans la boutique de la Cour de la Chute des Étoiles ? N’importe lequel pouvait réécrire son destin, ce qui poussait chacun à se creuser la tête pour trouver comment accumuler rapidement de la Luminescence. Au lieu de suivre la voie droite et de dénicher des graines d’étoile à la force du poignet, on s’était mis à recourir de plus en plus aux vols et aux meurtres purs et simples.
C’était la principale raison pour laquelle Ra’Klid ne pouvait pas s’arrêter pour se reposer. On l’avait déjà dépouillé une fois à son retour, et chaque jour supplémentaire passé hors de la sécurité des domaines mémoriels augmentait le risque que cela se reproduise. La prochaine fois, il n’aurait peut-être pas la chance de tomber sur un gentleman cambrioleur qui se contenterait de lui prendre sa graine d’étoile.
Ra’Klid supposait que c’était là le seul avantage d’être un cultivateur de la frontière, pauvre comme Job. La Porteuse de sceau qu’il ne connaissait pas avait jeté un coup d’œil à son Sac cosmique et à sa maigre réserve de Pièces de Nexus, puis était partie avec dégoût, trop gênée pour lui prendre autre chose ou lui causer davantage d’ennuis. Bien sûr, Ra’Klid soupçonnait qu’il ne s’agissait pas d’un pur geste de charité. Peut-être avait-elle estimé que davantage de gens à chercher des graines augmenteraient ses chances de rafler plus de butin par la suite.
Ra’Klid éprouvait une gratitude sans bornes envers cette jeune femme. Il ne pouvait s’en prendre qu’à sa propre faiblesse. Un Hégémon intermédiaire sans grand héritage n’avait clairement pas sa place dans ces eaux troubles. Arriver à la Cour de la Chute des Étoiles en un seul morceau et avec quelques pièces en poche relevait déjà du miracle.
Et pourtant, que pouvait-il faire d’autre que continuer ? Il devait prendre ce risque, pour lui-même comme pour les tribus Mavai. L’Empereur Atwood fonçait sans s’arrêter, et ceux qui ne parvenaient pas à avancer au moins un peu seraient laissés derrière. Il devenait déjà évident que certaines factions de l’Empire auraient du mal à suivre.
Les morts-vivants s’en sortaient très bien, et les Zhix resteraient l’épine dorsale de l’Empire, à condition de parvenir à comprendre leur système de cultivation. Les humains avaient l’Empereur lui-même, ainsi que Joanna et Emily. Quant aux Tortues Volor, elles avaient renoncé à poursuivre la puissance martiale et s’étaient rendues indispensables comme artisans de l’Empire. Elles étaient désormais responsables de presque toutes les armes et de la plupart des réseaux.
Les Ishiate et les hommes-taupes souterrains s’étaient révélés moins capables de s’adapter à leur nouvelle situation. Certes, un petit groupe d’Ishiate mécaniciens travaillait sur les Machines de guerre, tandis que certains hommes-taupes avaient réussi à éveiller des capacités raciales utiles pour repérer les filons de minerai. Cependant, dans leur ensemble, ces races étaient davantage un poids qu’un pilier dans l’ascension de l’Empire Atwood.
Les deux races d’Ensolus étaient dans une situation légèrement meilleure. Les Spectres Raun avaient mis leurs capacités uniques à profit pour devenir de précieux éclaireurs pendant la guerre, mais ils s’éloignaient indéniablement toujours davantage du centre du pouvoir impérial. Ils n’avaient même pas réussi à produire un Porteur de sceau pour l’épreuve.
Les Mavai s’en sortaient plutôt bien, mais pas assez, aux yeux de Ra’Klid. Les tribus possédaient peu de compétences utiles en dehors du combat, mais ni leurs effectifs ni leur force individuelle ne leur permettaient d’occuper une place dominante dans les armées. Il était hors de question de compter sur Ogras Azh’Rezak pour les parrainer. Qu’il soit un Démonkin comme lui ou non, cet homme ne se souciait de personne, à part de lui-même et peut-être de l’Empereur.
Ra’Klid avait accompli la première étape de son plan en se servant de l’éveil du Sceau du Reignender pour créer un manuel de cultivation de la lignée adapté à son peuple. Il avait aussi réussi à récolter d’anciennes graines qui pousseraient bien dans les steppes. Avec de meilleures ressources et un encadrement structuré dès le plus jeune âge, les générations à venir atteindraient des sommets supérieurs à ceux de leurs aînés.
L’étape suivante exigeait un chef puissant. Et qui mieux que lui ? En fait, il était le seul choix possible. Zachary Atwood n’avait presque aucune idée de qui étaient ses frères de tribu. Ra’Klid en était en partie responsable. Il s’était empressé de se mettre en avant lorsqu’il avait pris le contrôle des tribus. Pour éviter tout trouble intérieur ou toute voix dissidente, il s’était imposé à la fois comme champion et unique ambassadeur des Mavai.
Il devait continuer à tenir ce rôle. Une race dépourvue de puissant champion pour défendre sa cause et préserver son prestige finirait reléguée au second plan et mise à l’écart. Certes, Ra’Klid ne niait pas qu’une part de ses motivations était égoïste. Et alors ? Il aurait fallu être idiot pour ne pas participer à la lutte quand le Grand Dao était à portée de main.
C’est à cause de ces pensées qui lui tournaient dans la tête que Ra’Klid ne fit pas immédiatement demi-tour en sentant une extraordinaire fluctuation d’Énergie stellaire éclater au loin. Ses yeux s’illuminèrent, partagés entre ferveur et hésitation. Il était tout bonnement impossible que la graine d’étoile qui venait d’apparaître soit de rang D. Une graine de rang C… combien de mérite gagnerait-il en la remettant ? Au moins quatre chiffres, c’était certain.
Ra’Klid changea de direction et s’élança sur une branche sinueuse qui menait vers le trésor avant même d’avoir eu le temps d’y réfléchir. Il continua malgré les risques. Il était déjà passé dans cette zone et savait qu’il n’y avait aucun Empereur des bêtes dans les environs. Seuls d’autres candidats et des bêtes de rang inférieur pouvaient lui disputer le prix.
Vu sa proximité, il avait même une chance d’arriver le premier. Il pourrait empocher la graine et s’enfuir avant que quiconque ne s’en aperçoive. Le panier qu’il avait échangé à la Cour de la Chute des Étoiles ne dissimulerait probablement pas très bien la présence d’une graine de rang C, mais il n’était qu’à deux jours du domaine mémoriel le plus proche. Il avait même aménagé un passage dissimulé dans un tronc pour éviter un nouveau vol, ce qui augmentait ses chances de s’en tirer.
Son rêve de s’emparer du trésor sans encombre fut de courte durée. Ra’Klid fronça les sourcils, consterné, en sentant l’inconfondable déferlement d’un combat devant lui. Celui-ci avait lieu juste au-dessus de la graine d’étoile, ce qui signifiait qu’au moins deux groupes se trouvaient à côté lorsqu’elle était apparue. L’un d’eux comptait au moins un cultivateur, car Ra’Klid percevait clairement le Dao du Conflit dans les affrontements.
Ra’Klid poursuivit sa route malgré la puissance supérieure de ses adversaires. Vu le désespoir avec lequel ils se battaient, il avait encore une chance de profiter de leurs efforts. Qui sait, leur avidité les ferait peut-être s’entraîner mutuellement en enfer, et le trésor resterait sans propriétaire. Ou bien se faisait-il des illusions, sa propre cupidité l’attirant comme un papillon vers la flamme ?
Sa hache de guerre et son bouclier en main, Ra’Klid ralentit enfin. Il trouva une crevasse cachée et y déposa le panier. Après avoir ajouté un réseau d’illusion et une couche de pierre, il resterait invisible aux yeux les plus observateurs pendant une heure ou deux. Ensuite, l’aura de la graine d’étoile submergerait les réserves d’énergie du réseau.
Ra’Klid activa [Harmonie des steppes] en se mettant en route. Cette compétence renforçante lui permettait de mêler son aura au réseau de racines anciennes tout en empruntant une partie de sa force. Au contact de ces plantes de haut rang, accordées aux étoiles, il bénéficia d’une régénération d’énergie extraordinaire et d’un bonus de 20 % à son Endurance.
Cette résistance supplémentaire raffermit le courage de Ra’Klid tandis qu’il s’approchait furtivement, prenant soin de masquer son champ de vision derrière des branches ou des feuilles. Il avait eu de la chance d’activer sa compétence parasitaire à temps. Plus il avançait, plus les branches se desséchaient. On aurait dit que la vitalité de dizaines de kilomètres à la ronde avait été sacrifiée pour donner naissance à une graine exceptionnelle.
Ce ne fut qu’une fois assez près pour pouvoir intervenir si nécessaire que Ra’Klid regarda à travers une barrière de feuillage dense et flétri. Son regard ne se posa pas d’abord sur les trois combattants, mais sur la graine éblouissante, à seulement trois kilomètres de là. De la taille d’une pastèque, elle émettait une lumière si extraordinaire que tout son corps s’éveilla.
Un instant plus tard, Ra’Klid remarqua les centaines de pointes sinistres qui entouraient la graine. Les sourcils froncés, il comprit que l’apparition de cette graine d’étoile de rang C n’avait effectivement rien de naturel. Il était plus probable que quelqu’un avait trouvé une graine de rang D supérieur presque arrivée à maturité et l’avait forcée à évoluer en aspirant la force vitale des plantes alentour.
Ra’Klid comprit vite la situation. Un groupe avait imaginé un moyen de créer une graine d’étoile de rang C, et son ennemi l’avait attaqué par surprise au moment où il mettait son plan à exécution. Cependant, l’embuscade n’avait pas entièrement réussi.
D’un côté se trouvait une humaine aux abois, qui lui évoquait de vagues souvenirs. Elle luttait bec et ongles contre deux adversaires de rang D supérieur, dont l’un était grièvement blessé. Des dizaines d’armes jonchaient le champ de bataille. De temps à autre, l’une d’elles volait jusqu’à la main de la femme, qui lançait alors une attaque presque suicidaire, d’une puissance dévastatrice.
La voir se battre de toutes ses forces raviva l’un des souvenirs les plus marquants de Ra’Klid : l’arrivée de Zachary Atwood sur Ensolus, où il avait mis fin à la guerre d’un seul coup de hache. Elle n’avait pas la domination absolue de l’Empereur Atwood à l’époque, mais elle était animée de la même conviction inébranlable. Malgré les blessures qui couvraient son corps, son regard ne trahissait pas la moindre envie de battre en retraite.
« Pretty Peak ! » s’exclama Ra’Klid en son for intérieur lorsque les pièces du puzzle s’assemblèrent enfin.
Cette tigresse féroce était l’une des étoiles montantes de l’Empire Allbright, du moins jusqu’à ce que son ancêtre tombe au combat. Plus important encore, elle était une vieille amie de Zachary Atwood, même si Ra’Klid n’était pas tout à fait sûr de la proximité de leur lien. Il ne se souvenait pas avoir entendu parler d’elle vers la fin de la guerre. Il avait supposé qu’elle avait fui les lignes de front avec les autres nobles lorsque l’Alliance Zecia s’était effondrée.
Cela dit, il était difficile d’imaginer cette femme sacrifier volontiers sa sécurité au lieu de saisir l’occasion d’abattre davantage de Kan’Tanu. Même à présent, elle se battait pour la bonne cause. Après tout, les deux hommes qu’elle avait pris en embuscade étaient des cultistes.
« J’aurais dû me douter que quelques-uns de ces salauds finiraient par arriver ici », pensa Ra’Klid en grinçant des dents, tandis que les visages des membres de sa tribu tombés sous leurs coups lui traversaient l’esprit.
Malgré une envie instinctive de rendre la justice, ou du moins de se venger, Ra’Klid ne se jeta pas immédiatement dans la mêlée. Salauds ou pas, les élites de Kan’Tanu étaient coriaces. Pire encore, ces deux-là lui rappelaient davantage les cultistes terrifiants qu’ils avaient rencontrés dans les profondeurs du Cimetière impérial. Il y avait de fortes chances qu’il s’agisse en réalité de cultistes du Culte du Cœur Noir.
Cela n’aurait peut-être rien changé pour quelqu’un comme Zac, mais leur simple identité suffisait à faire couler des gouttes de sueur dans le dos de Ra’Klid. Il aurait déjà pris ses jambes à son cou si l’un des cultistes n’avait pas été dans un état lamentable. La moitié de son corps avait déjà été remplacée par des vrilles flétries d’une Malédiction du Cœur, signe qu’il était sur le point d’en perdre le contrôle.
« Même la moitié du mérite d’un fruit de rang C lui rapportera une coquette somme. Et faire quelques bonnes actions pour le grand patron, chez nous, ne peut pas faire de mal. » Ra’Klid se fit cette réflexion tandis que des vagues de Vie tourbillonnaient dans son corps. Il avait déjà atteint quatre mètres de haut lorsqu’il jaillit des buissons, en direction du cultiste encore indemne. « À condition que je survive, bien sûr. »