Chapitre 1 464
Attendre d’avoir terminé la mission principale pour récupérer des trésors capables de faire évoluer sa lignée ? Zac ne pouvait pas se le permettre. Il savait pertinemment qu’il attirait les ennuis, sans autre raison que son incroyable réserve de Chance. Quelque chose finirait forcément par mal tourner pendant la mission, probablement de façon explosive. À ce moment-là, il serait trop tard pour regretter de ne pas avoir rempli ses poches quand il en avait eu l’occasion.
Ce n’était pas de la simple superstition. Retirer le Trésor de Primo provoquerait une perturbation majeure à l’Observatoire du Ravissement. Les Grands Réseaux à l’intérieur des pyramides s’effondreraient à coup sûr, ce qui pourrait déclencher un reflux d’énergie. Il y avait aussi la barrière de Mort artificielle qui empêchait la déchéance du Neuvième Enfer de se répandre. Sans l’œil pour les protéger, tout leur tomberait dessus d’un coup.
Ça ne voulait pas dire qu’il comptait repousser la mission indéfiniment. Comme Tavza, il voulait vraiment s’emparer de l’œil de Primo afin d’éviter toute nouvelle variable. Mais, en même temps, l’Observatoire du Ravissement représentait peut-être sa dernière chance de faire progresser sa lignée Eoz avant de se rendre aux Rivages abyssaux.
Zac avait tout essayé pour franchir le goulot d’étranglement des Bas-fonds avancés, sans succès. Aucun trésor, aucune des choses qu’il avait rencontrées en traversant les Huit Enfers n’avait fait l’affaire. Pourtant, il sentait à présent le blocage s’affaiblir sous l’effet de l’énergie ambiante qu’il absorbait. Faire progresser sa lignée était déjà une excellente occasion en soi, et cela aurait d’autres conséquences.
Le léger déséquilibre entre ses deux constitutions faisait partie des dernières inquiétudes qu’il avait en tête tandis qu’il envisageait la Monarchie. Qu’un côté soit plus avancé que l’autre n’avait rien de nouveau ; à différentes étapes de son parcours, le déséquilibre avait été bien plus marqué. Néanmoins, vu la difficulté et la complexité de ses percées, il devait réduire au minimum les points de friction.
Un équilibre naturel entre ses corps et ses classes lors de la formation de son Monde intérieur allégerait sa tâche. C’était pour la même raison qu’il avait commencé à reproduire en miroir ses Daos de la Vie et de la Mort, et qu’il avait demandé à Esmeralda de façonner deux des Noyaux du Ciel brisé à partir de ses Daos évolutifs. Il espérait qu’en couvrant toutes les possibilités, la fusion se déroulerait sans heurts et donnerait naissance à un monde incarnant sa Voie de la Trinité.
Zac estimait que faire progresser sa lignée Eoz jusqu’aux Bas-fonds culminants placerait à peu près sa constitution de mort-vivant au niveau de sa [Sublimation Vajra du Vide] de cinquième couche. Atteindre simplement le goulot d’étranglement pourrait suffire. Il était actuellement sur le point d’entrer dans les Bas-fonds avancés, et la Mort concentrée d’un véritable trésor pourrait le propulser directement au-delà du blocage. Dès qu’il aurait franchi le seuil, il pourrait reprendre sa progression grâce à sa Lignée du Vide.
La réaction de Zac ne surprit pas le moins du monde Tavza. « Très bien. Reste près de moi. Je vais essayer de limiter les perturbations. »
Même dissimulés par le Domaine abyssal de Tavza, l’Observatoire du Ravissement réagissait à leur présence comme un corps qui se défendait contre un virus. Des grappes de bêtes à plumes surgissaient du sol à intervalles réguliers. Elles devenaient aussi plus puissantes à mesure qu’ils approchaient de la ville circulaire, au bord intérieur de l’anneau, mais elles restaient tout à fait à la portée de Zac, qui n’avait pas besoin de fournir beaucoup d’efforts. Tavza se mit elle aussi à l’aider, transperçant parfois les Bêtes du Ravissement de lances de Mort abyssale.
Toutes les rencontres ne se terminaient pas en combat. Les Bêtes du Ravissement se révélaient plutôt paresseuses et s’éloignaient rarement de plus d’un ou deux kilomètres de leur point d’apparition. Si elles étaient trop nombreuses à surgir d’un coup, Tavza créait des leurres tandis qu’ils se téléportaient hors de leur portée. Faute de cible sur laquelle déchaîner leur Mort, les bêtes finissaient par se glisser de nouveau sous terre.
Ils atteignirent la ville circulaire en peu de temps. C’est alors que Zac remarqua un changement. De nombreuses Bêtes du Ravissement erraient déjà dans les rues ou rôdaient à l’intérieur des bâtiments. L’énergie ambiante était peut-être assez dense pour entretenir durablement une population de créatures. Leur apparence était aussi plus variée que celle des anges d’une fidélité biblique qu’ils avaient croisés jusque-là.
Certaines rappelèrent à Zac l’étrange créature insectoïde qu’il avait combattue dans le Neuvième Enfer quelques semaines plus tôt ; d’autres avaient des formes vaguement humanoïdes. Même celles qui n’avaient pas de plumes étaient couvertes d’yeux vides, crépitant de Mort apocalyptique. Surtout, elles étaient bien plus puissantes. Zac sentit même quelques fluctuations de rang C, principalement à l’intérieur des plus grands bâtiments.
Pas étonnant que Tavza n’ait pas beaucoup avancé dans ses réparations. Ce n’était pas un endroit où l’on pouvait agir à sa guise. Mais l’appel du destin, qui provenait de plusieurs endroits, étouffa toute idée de retraite. Au lieu de foncer tête baissée dans la ville, Zac se tourna vers Tavza pour obtenir la suite des instructions.
« Tu n’as pas besoin de trop t’inquiéter, dit Tavza en voyant Zac froncer les sourcils. J’ai constaté que la plupart des habitants — les Bêtes du Ravissement qui ont élu domicile dans un bâtiment — refusent de quitter leur domaine. Mais la règle n’est pas absolue, et le remue-ménage peut attirer beaucoup de celles qui arpentent les rues. Et fais toujours attention à l’emplacement du Voile du Ravissement. »
Tavza poursuivit avant que Zac ait le temps de poser la question. « Le regard de lord Primo renforce les bêtes et les rend plus agressives. À ce moment-là, même les habitants s’en prendront à nous s’ils nous remarquent. Inutile de nettoyer les lieux à l’avance. La montée de Mort apocalyptique les ferait simplement revenir. En général, je m’en suis tenue à l’écart, sauf quand des réparations urgentes m’y obligeaient. »
« Alors, on va où ? demanda Zac.
— J’ai déjà tracé un itinéraire approximatif qui nous fera passer près d’une ressource sans trop retarder les réparations, répondit Tavza en s’engageant dans la ville. »
Gardant en tête l’avertissement de Tavza, Zac s’efforça toujours de mettre fin aux combats sur-le-champ. Il s’approchait en dissimulant sa présence, puis passait instantanément à l’attaque. [Frappeciel] le propulsait au corps à corps, où une ou deux furieuses frappes suffisaient à venir immédiatement à bout même des Bêtes du Ravissement de rang D avancé.
Les nerfs de Zac restaient tendus comme des cordes, tandis qu’il surveillait sans cesse les auras de rang C à l’affût de la moindre réaction. Sa perception couvrait moins d’un tiers de la ville, et cela lui suffit pour repérer treize Bêtes du Ravissement de rang C, dont deux de rang C intermédiaire. Il ne se détendit que lorsque Tavza le conduisit enfin dans un bâtiment dépourvu d’une telle présence.
« Si c’est comme ça, dehors, je n’ai aucune chance de m’occuper des bêtes à l’intérieur de l’observatoire, dit Zac en fronçant les sourcils.
— En fait, ce n’est pas si terrible. Ironiquement, l’énergie est trop dense dans le domaine du Seigneur, au point que même les Bêtes du Ravissement succombent à la libération de la Mort. Cette ville se trouve dans un endroit idéal, où les bêtes peuvent subsister et accumuler lentement de la puissance, répondit Tavza en insufflant un signal spirituel complexe dans une console hors d’usage. »
Une porte s’ouvrit dans un grincement, révélant une vaste cour remplie de plantes d’un noir d’encre.
« Pourquoi y a-t-il un champ dans un endroit pareil ? » demanda Zac, complètement perplexe. Il voyait bien que cette végétation excessive ne résultait pas seulement de l’abandon. La majeure partie du sol était recouverte d’une terre de rang élevé, accordée à la Mort.
« Je crois que ça faisait partie d’une expérience, répondit Tavza. Un trésor comme l’œil du Seigneur a trop de valeur pour n’avoir qu’un seul usage. Certains de ces bâtiments sont des Grottes de cultivation où l’on étudie le Dao de la Mort ; il y a aussi des ateliers où l’on fabrique des trésors grâce à ces énergies uniques. Quelqu’un a jadis cultivé ici des plantes accordées à la Mort. Malheureusement, les variétés ont dégénéré et sont devenues les mauvaises herbes que tu vois. »
« On utilise absolument tout, hein ? marmonna Zac en s’approchant du champ. Tu appelles ça des mauvaises herbes ? »
Il pouvait sentir que la plupart des plantes émettaient des fluctuations de rang D.
« Une forte densité d’énergie ne vaut rien si elle n’a pas d’usage concret. Il ne devrait y en avoir qu’une poignée d’intéressantes dans le lot », dit Tavza en désignant une pièce plus loin. « Je dois réparer un circuit brisé. Tu peux t’occuper de la récolte ? »
« Pas de problème. Cinquante-cinquante ? »
Tavza acquiesça légèrement. « Fais attention, certaines sont toxiques. »
L’avertissement était bienvenu, mais inutile. Grâce à son sens des trésors et à l’intuition bestiale que lui conférait le [Prédateur inné], il n’avait aucun mal à distinguer les bonnes plantes, les mauvaises et les inutiles. Et les mauvaises n’étaient pas seulement toxiques. Zac se retrouva bientôt aux prises avec des lianes constrictrices, des jets d’acide et même une fleur qui lançait des malédictions.
Il lui fallut près d’une heure pour s’occuper de toute la parcelle sans faire de grabuge ni tout détruire. Zac était couvert de brûlures et d’égratignures superficielles laissées par des épines ; il en avait franchement assez de ce bâtiment. Il continua tout de même à déterrer chaque parcelle de sol spirituel précieux. Ce serait un ajout parfait à ses champs de plantes médicinales sur Terre. Avec les progrès rapides de Boje Zethaya en alchimie des morts-vivants, les herbes ne tarderaient pas à faire l’objet d’une demande régulière.
La véritable récolte se composait de onze plantes utilisables, dont une de rang D avancé. Les autres se répartissaient également entre les rangs D inférieur et intermédiaire. Ce n’était pas une mauvaise récolte pour quelques minutes de travail peu risqué, mais elle ne correspondait pas tout à fait aux attentes de Zac. Il sentait que l’énergie contenue dans les plantes n’était pas assez intense pour franchir son goulot d’étranglement.
Tavza avait presque fini ses réparations quand Zac la rejoignit, si l’on pouvait appeler ça des réparations. Il la regarda en silence tracer une écriture inconnue sur un mur jusque-là vierge. L’encre avait clairement de la valeur et s’enfonça dans la pierre en séchant. Lorsqu’elle eut terminé, Zac sentit l’énergie remplir le mur qui, jusque-là, était inerte.
Zac jeta un coup d’œil à une grande fissure sur le mur opposé et devina que Tavza avait détourné le flux d’énergie par une cloison intérieure. Ce n’était manifestement pas une solution permanente, mais, comme Tavza l’avait dit, il suffisait que ça fonctionne quelques secondes. Elle rangea ses outils, puis ils se partagèrent rapidement les trésors en quittant le bâtiment. Zac fut ravi de constater qu’elle ne voulait pas de terre après avoir confirmé qu’elle ne pouvait rien apporter à sa lignée.
« Ces choses sont bonnes, mais il me faut quelque chose de plus puissant, dit Zac en voyant Tavza hausser un sourcil. Je suis encore à deux doigts d’entrer dans les Bas-fonds avancés. Toute l’énergie que j’absorbe en ce moment est en grande partie gaspillée. Il me faut un trésor de rang élevé pour franchir le cap et reprendre ma progression. »
« Je vois. »
Zac soupira lorsque le silence familier s’installa de nouveau, puis désigna une structure sphérique située à quelques kilomètres. « Et si on allait voir cet endroit ? »
« Là-bas ? Comment as-tu su ? demanda Tavza, surprise.
— Je sens l’appel des trésors, répondit Zac en haussant les épaules. »
Zac percevait des appels similaires provenant de cinq bâtiments différents. Celui qu’il avait désigné n’était pas le plus prometteur, mais c’était le seul qui ne s’accompagnait pas de l’aura d’une Bête du Ravissement de rang C. Il avait d’abord envisagé de garder cette information pour lui et de s’y faufiler au cas où ils se sépareraient, mais il y renonça finalement. Tavza avait fait preuve d’assez de sincérité pour qu’il ne la roule pas ainsi.
« À quel point ta Chance est-elle élevée ? soupira Tavza. J’ai déjà inspecté ce bâtiment. Il y a à l’intérieur une petite mare de concentré d’une grande valeur. Mais j’ai senti un danger en regardant dedans, alors je suis partie avant de déclencher quelque chose. »
« Donc, il y a bien une menace qui se cache là-dedans, soupira Zac. Allons voir. Je peux retenir tout ce qui en sortira pendant que tu récupères le concentré. Pas besoin de combattre jusqu’à la mort, proposa-t-il.
— D’accord. On peut prendre ça comme un essai pour les autres cibles de grande valeur. Il y a aussi une structure essentielle gardée par des Bêtes du Ravissement de rang C qu’il faut réparer, accepta Tavza sans hésiter. »
Zac eut pour une raison ou une autre l’impression qu’on le menait par le bout du nez, mais il n’y prêta pas attention. Ils rejoignirent rapidement l’entrée de la grande rotonde. Elle n’avait pas de porte, mais ses murs extérieurs s’étaient écroulés par endroits. Ils se faufilèrent à l’intérieur, et une puanteur surnaturelle frappa Zac en plein ventre. On aurait dit que des siècles de décomposition avaient été condensés et enfermés dans le bâtiment.
L’odeur était si forte qu’il lui fallut un instant pour remarquer la menace. Son Sens du danger et le [Prédateur inné] l’avertissaient qu’un ennemi le prenait pour cible, mais il ne parvenait absolument pas à en repérer la source. Il aurait préféré affronter les habitants de rang C en bonne et due forme plutôt que l’inconnu, si le niveau de danger n’était pas resté acceptable.
La créature qui rôdait dans l’ombre était tout au plus une Bête du Ravissement de rang C inférieur. Tant qu’il la trouverait, Zac était sûr de pouvoir la retenir un moment. La solution était simple. Il refusait de croire que la créature ne se montrerait pas s’il s’en prenait à la mare.
La mare de concentré semblable à du goudron ne se trouvait pas au centre du bâtiment. Elle s’était accumulée dans une fissure, du côté opposé. En regardant par l’ouverture, Zac aperçut le gigantesque ouvrage sphérique de l’observatoire entre deux tours couvertes de gravures. Une hypothèse se forma rapidement, et Tavza partageait son avis.
« Le regard du Seigneur a traversé la fissure. Quelque chose dans ce bâtiment a emprisonné son Dao, qui s’est conservé sous forme de concentré. C’est le fruit d’une série de coïncidences, expliqua Tavza. Comme pour beaucoup de Trésors naturels. »
« J’y vais en premier, dit Zac tandis que son corps grandissait. J’essaierai de l’éloigner quand elle apparaîtra. »
Il avait activé la [Conformation de la Suprématie], choisissant la forme défensive de l’Ancien Ent. Il ne s’arrêta pas là. Des spores se dispersèrent depuis son corps et remplirent la rotonde vide tandis qu’il avançait à pas mesurés vers la mare de concentré. Renforcé par la [Conformation de la Suprématie], il remplit tout le bâtiment des lianes rampantes créées par l’[Édit primordial].
Un millier d’appendices ne parvinrent pas à agripper l’ennemi caché, mais Zac n’eut pas longtemps à attendre avant qu’il ne se montre de lui-même. Une soudaine et fulgurante alerte de danger le poussa à bondir sur le côté grâce à un [Frappeciel] activé par le Vide. Le Sens du danger ne s’apaisa qu’à moitié, et Zac abattit sans hésiter [Morsure de Verun] en un large arc au-dessus de sa tête.
Une douleur aiguë lui traversa la main lorsque sa hache heurta quelque chose de plus dur que du métal. L’espace ondula l’instant suivant, et une silhouette apparut de nulle part. L’ennemi caché était un énorme mille-pattes qui semblait cousu à partir de dizaines de Bêtes du Ravissement. Son dos était couvert d’une multitude de plumes huileuses, tandis que ses pattes ressemblaient à des ailes tordues terminées par des serres dentelées.
La créature s’agrippa au plafond dès son apparition et déchira sans effort les lianes qui lui barraient le chemin. Ce n’était pas seulement une question de différence de puissance. La première génération de lianes avait déjà flétri à cause de l’environnement excessivement miasmatique. Mais la Mort faisait partie de la technique, et la génération suivante avait déjà commencé à pousser, plus résistante au Dao de la Mort.
Le mille-pattes n’avait pas de gueule, seulement un œil gigantesque qui avait presque fixé Zac droit dans les yeux quelques instants plus tôt. Malgré ses divers avantages, Zac n’osait pas soutenir ce regard. Partout où la créature posait les yeux, les lianes de Zac se changeaient aussitôt en cendres. Il activa la [Jungle Apex] et profita du rebond de son coup contre la patte du mille-pattes pour se propulser jusqu’à un arbre, d’où il réapparut juste derrière la créature.
[Morsure de Verun] brillait déjà, parcourue de volutes de Vie et de Conflit, et Zac put lancer le [Début exaltant] en plein sur la tête du mille-pattes. La démarcation créée entre les volutes tourbillonnantes de ses Daos déchira la couche extérieure de plumes, au prix d’une quantité d’énergie étonnamment importante.
Seule la moitié de la force de l’attaque subsistait lorsqu’elle atteignit la chair. Elle suffit à peine à ouvrir une plaie superficielle, et des gouttes d’ichor, semblables en cinq points au concentré de la mare, tombèrent au sol. L’attaque ne lui infligea aucun véritable dégât, mais elle suffit à attirer toute l’attention du mille-pattes. Une liane tira Zac vers un arbre tandis que les émanations toxiques libérées par le sang lui brouillaient l’esprit. Il était parti juste à temps : la tête de la bête de rang C pivota, anéantissant une centaine d’arbres sur son passage.
« Vas-y ! » cria Zac tandis que le mille-pattes fonçait à travers la forêt.
Des milliers de lianes surgirent des arbres alentour et s’enroulèrent autour du monstre, tandis que Zac lançait de temps à autre des décharges d’[Tranchant évolutif] pour maintenir son attention. Des générations de lianes mouraient et renaissaient en un clin d’œil, chacune arborant une teinte un peu plus sombre.
Soudain, le mille-pattes s’immobilisa, incapable de déchirer directement les lianes enroulées autour de son corps. C’est alors que trois lianes jaillirent de la masse, chacune aussi résistante qu’un Esprit d’outil de rang D. Elles s’enfoncèrent dans l’espace entre les deux segments les plus proches de sa tête. Elles parvinrent tout juste à s’enfoncer assez pour s’y accrocher, ce qui compliqua les mouvements de la créature, qui ne pouvait plus agiter la tête aussi librement.
Malheureusement, le mille-pattes avait bien d’autres yeux, et l’un d’eux avait dû apercevoir Tavza en train de verser prudemment le concentré dans des jarres de terre. La créature poussa un hurlement de fureur, et Zac sentit un terrible pressentiment. Inutile de se concerter. Zac et Tavza disparurent du bâtiment, abandonnant un tiers du concentré derrière eux tandis qu’ils s’échappaient par des fissures différentes.
Zac continua d’utiliser ses techniques pour faciliter leur fuite. Quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent dans un bâtiment situé à un kilomètre de la rotonde. Ils entendaient et sentaient le mille-pattes se déchaîner à l’intérieur, mais, heureusement, il ne quitta pas son repaire. La mission était une réussite, même si elle lui laissait un goût amer. Après avoir tué plusieurs Monarques, ne pas réussir à blesser le mille-pattes lui donnait l’impression d’avoir échoué.
Certes, il n’avait pas utilisé ses techniques les plus puissantes et s’était surtout concentré sur la diversion, mais Zac n’était pas sûr d’avoir pu tuer la cible même en donnant tout. Elle était bien plus résistante qu’il ne l’avait cru, surtout pour une créature capable de se rendre furtive. Une puanteur immonde le tira de ses pensées. Tavza lui tendait l’une des deux jarres, ce qui lui remonta aussitôt le moral.
À en juger par les rugissements de son autre corps, il avait obtenu de quoi franchir le cap.