Chapitre 1 463
Zac avait depuis longtemps l’habitude que ceux qui l’entouraient le prennent pour un mauvais présage ; la remarque de Tavza lui fit à peine effet. Il examina plutôt son plan pour repérer d’éventuels conflits ou pièges cachés.
« De combien de temps as-tu besoin pour effectuer les réparations nécessaires ? » demanda Zac.
« Avec des ruines aussi anciennes, mieux vaut prévoir une bonne marge d’erreur. Techniquement, je pourrais activer le rideau dès maintenant, mais il risque tout aussi bien d’exploser au lieu de s’activer. Si ça arrive, notre mission deviendra extraordinairement difficile, répondit Tavza. En même temps, l’Observatoire est irrécupérable, et je ne peux pas faire grand-chose. Selon l’évolution de la situation, nous devrions viser dans une semaine. »
« Une semaine. Ça tombe plutôt bien », acquiesça Zac en comparant ce délai au calendrier de l’autre côté.
Les progrès d’Esmeralda avaient considérablement ralenti, mais elle traversait toujours le rang C à une vitesse remarquable. Après s’être renseigné, Zac avait appris qu’elle comptait atteindre le rang C intermédiaire dans cinq jours. Il lui restait donc deux jours pour récupérer son énergie après avoir incorporé un deuxième Noyau du Ciel brisé. Bien sûr, cela signifiait qu’il devrait retarder son travail pour bannir les lignes temporelles rattachées à la [Seconde Singularité]. À ce stade, il ne devrait plus être qu’à quelques jours de purifier complètement l’espace intérieur.
« Qui s’occupera de quelle tâche ? » demanda Zac.
« Accepterais-tu que je sois celle qui scelle l’œil du Seigneur ? » demanda Tavza d’un ton neutre, comme s’ils parlaient du temps et non d’un trésor de rang A.
« Merci », répondit Zac avec un sourire, tandis que ses épaules se détendaient.
Celui qui scellerait l’œil serait aussi celui qui l’emporterait, à moins qu’ils n’en viennent aux mains. Autrement dit, Tavza renonçait à sa part du Trésor de Primo sans négociation ni exigence supplémentaire. Il restait toutefois un risque qu’elle le trahisse au moment critique ; Zac ne baisserait donc pas complètement sa garde.
« À condition que tu te souviennes de notre accord, dit Tavza. Y a-t-il quelque chose que je devrais savoir à propos de ce qui se passe dehors ? »
« Il s’est passé certaines choses. Le Sceau du Palais impérial de gauche est apparu », dit Zac en lui résumant la situation dans les grandes lignes.
Il passa sous silence la participation d’Emir et la sienne, mais mentionna leur rencontre et la mort d’Emir. Par précaution, Zac tenta de contacter Ogras pour savoir s’il avait des nouvelles de l’autre côté. Sans surprise, l’Observatoire du Ravissement était coupé de la Cour creuse, du moins tant que les ponts n’étaient pas actifs.
« La Fissure de Pesvati est donc bel et bien un bastion de l’Empire Sans-Limites. Le savoir qu’ils doivent posséder… Toute cette histoire effacée », dit Tavza, le regard empreint de nostalgie. En comparaison, l’apparition du Sceau du Palais impérial de gauche l’intéressait peu.
« Tu comptes y aller ? » ne put s’empêcher de demander Zac.
« Si le destin le veut. On ne sait toujours pas si les Porteurs de sceau ordinaires seront autorisés à entrer. Sans compter qu’accomplir la mission qui nous attend est plus important », répondit Tavza.
« Mais les possibilités que cet endroit offre… Nous avons accompli des siècles de progrès en quelques années dans les cours extérieures », objecta Zac.
« Le collectif compte davantage que l’individu. En outre, les Cours d’Ultom et le Sceau du Palais impérial de gauche ne sont pas les seuls chemins vers le sommet. La Porte de l’Inhumation recèle encore un potentiel inexploité, et les ressources auxquelles je peux accéder chez moi ne sont pas nécessairement inférieures à celles qui se cachent ici. Elles conviennent mieux à ma voie et ne s’accompagnent pas de liens karmiques complexes. »
« C’est juste, dit Zac. Tu pourrais toujours rester ici. Cette énergie est assez intéressante, et il devrait en rester largement assez, même après que nous aurons extrait l’œil. »
Tavza acquiesça. « Je crois avoir enfin compris pourquoi nos ancêtres ont décidé de suivre le seigneur Primo, à l’époque. Qui aurait cru qu’il avait le pouvoir de faire évoluer nos lignées ? »
« Tu n’as aucun récit où il aurait prêté main-forte à ses descendants à l’époque moderne ? » demanda Zac, curieux.
« S’il le fait encore, c’est un secret que les jeunes générations ne sont pas censées connaître. »
« Ça pourrait expliquer pourquoi tes ancêtres répugnaient à se mêler à la guerre civile », dit Zac.
« Peut-être. Le seigneur Primo est peut-être limité dans le nombre de personnes qu’il peut aider sans son œil droit. Et le lui rendre pourrait bien déclencher une révolution aux Rivages abyssaux. »
« Une révolution ? Aussi bénéfique soit-elle, peut-elle rivaliser avec le Lac abyssal lui-même ? » demanda Zac, déconcerté.
« Tu ne comprends pas. Les grades de notre lignée n’ont pas été choisis au hasard. Les Bas-fonds signifient que nous ne pouvons accéder qu’aux eaux peu profondes du lac. Et les bénéfices que nous pouvons tirer de certaines profondeurs diminuent considérablement avec le temps. Tu étais censé subir ta première immersion dans l’Étang abyssal avant que les choses ne dégénèrent.
« Ta plongée suivante ne t’aurait apporté qu’un tiers des bénéfices à cette profondeur, et le rendement baisse encore à chaque fois. Il y a aussi des dangers. Plus nous restons dans le lac, plus il devient difficile de rebrousser chemin. C’est comme si le lac s’emparait d’une petite part de notre existence chaque fois que nous y entrons. D’innombrables membres de notre peuple ont simplement marché dans le lac sans jamais revenir. Voilà pourquoi la plupart des Draugr ne sont autorisés à rester sur les rives que pour de courtes périodes. Au-delà, les bénéfices sont maigres et les risques excessifs », expliqua Tavza.
« Mais si vous franchissez un palier, vous pouvez plonger plus profondément, ce qui relance vos progrès ? »
« Exactement. Les énergies qui imprègnent le lac changent à des intervalles correspondant aux niveaux d’éveil de notre lignée. Dépasser ton état actuel relève presque du suicide, mais progresser naturellement donne accès à un nouveau spectre de Mort abyssale. Malheureusement, les exigences pour faire évoluer nos lignées deviennent de plus en plus strictes à chaque palier, ce qui rend presque impossible de franchir un cap grâce à ce que le lac nous offre », soupira Tavza.
« On dirait un piège, comme si le lac vous poussait à plonger plus profond que vous ne le devriez », remarqua Zac.
Était-ce pour cette raison qu’Eoz et les autres géniteurs avaient voulu réduire la dépendance de sa race au lac ? Le Lac abyssal était comme un casino. La maison gagnait toujours à la fin.
« C’est possible. Nous savons tous les deux que le lac ne voulait pas que nos ancêtres se séparent et remontent à la surface, soupira Tavza. Et ça marche. Trop de gens se retrouvent coincés à un palier et décident de plonger plus profond que la prudence ne le permet. Quelques-uns en ressortent plus forts, mais la grande majorité ne revient jamais. Si nous avions une autre source d’énergie pour faire évoluer nos lignées, les choses changeraient. »
Zac comprit ce qu’elle voulait dire. Si les Rivages abyssaux pouvaient faire progresser régulièrement leur lignée à la surface, ils limiteraient les risques tout en améliorant considérablement le niveau moyen d’éveil des lignées parmi leurs élites.
Inutile de s’acharner dans les profondeurs, où les dangers augmentaient et les bénéfices diminuaient. Avec l’aide de Primo, ils pourraient franchir quelques paliers, accéder à des couches plus profondes du lac, puis profiter à nouveau d’un affinage peu risqué et très rentable.
En entendant ses explications, Zac aurait voulu pouvoir changer de corps. Peu importait que son côté humain ou son côté Draugr veille sur Esmeralda, mais son côté Draugr serait comme un poisson dans l’eau ici. Faire démanteler des portes de royaume par son côté mort-vivant était une perte de temps, alors qu’il avait l’occasion de faire progresser sa lignée d’Eoz.
Zac pouvait toujours transférer les énergies dans son autre corps par l’Espace quantique, mais il aurait été bien plus efficace d’attirer directement la Mort de Primo dans ses cellules. Sans compter que son corps de Draugr serait probablement le meilleur choix pour cette mission. Son côté humain n’était peut-être pas vulnérable à la mort écrasante du Neuvième Enfer, mais il aurait de la chance s’il parvenait à utiliser ne serait-ce que quatre-vingts pour cent de la puissance de ses compétences accordées à la Vie, en ce moment. L’affaiblissement serait sans doute encore plus prononcé près de l’œil de Primo.
« Espérons que Primo ne mette pas un million d’années à intégrer son œil et à en tirer les bénéfices, marmonna Zac. Sinon, on aurait trimé pour rien, non ? »
« Élargir les perspectives des générations à venir est une récompense en soi. Et ne crois pas que le Lac abyssal ne t’apporte rien. Tu n’as fait qu’effleurer les merveilles qu’il peut offrir. Il y a, par exemple, des parties des profondeurs réservées à chacune de nos différentes branches, dit Tavza. Qui sait quelles merveilles sont apparues sur les fonds marins du Vanguard, restés intacts pendant des milliards d’années ? »
Zac savait que Tavza cherchait à attiser son intérêt pour les Rivages abyssaux. Et ça marchait. Grâce à ses visions de lignée, il avait déjà entrevu les mystérieux palais et les structures nichés dans les profondeurs abyssales. Il n’était pas difficile d’imaginer, à partir de là, un fond marin privé et préservé, où des Trésors naturels façonnés sur mesure pour sa lignée auraient poussé sans être dérangés pendant une demi-Ère.
« On verra ça plus tard. Si tu n’as pas d’autres questions, nous devrions nous mettre en route », dit Tavza.
Zac passa quelques minutes à recopier les gravures des Drapeaux de réseau flottants. Elles étaient à peu près identiques à celles qu’il avait vues de l’autre côté, mais présentaient quelques différences notables qui pourraient lui apporter de précieuses informations lorsque sa compréhension se serait approfondie. Malheureusement, il n’y avait ni laboratoire ni console où il aurait pu enregistrer à nouveau les trajectoires prévues.
En sortant de la grotte, Zac ne fut pas surpris de constater qu’aucune bulle de Foi impériale ne protégeait l’atmosphère. S’il y en avait eu une autrefois, elle aurait été érodée au fil des innombrables années où l’Observatoire du Ravissement avait dérivé dans l’espace. Pourtant, ils n’étaient pas non plus exposés à la Mort rugueuse et délabrée du Neuvième Enfer. À l’air libre, Zac pouvait encore profiter de la véritable Mort artificielle.
L’Observatoire ressemblait trait pour trait à Saturne, si l’on avait enduit la planète entière de pétrole brut. L’anneau avait un diamètre d’environ mille six cents kilomètres, et la « planète » qu’il entourait faisait environ la moitié de cette taille. Naturellement, l’anneau n’était pas fait de débris, mais d’une matière noire, légèrement caoutchouteuse, qui rappelait à Zac de la lave durcie.
Ils se tenaient alors au bord de l’anneau. Derrière eux se dressait une pyramide aussi grande que la montagne gravée. Les inscriptions qui la recouvraient différaient des runes accordées à la Foi. Elles étaient d’un noir plus profond sur fond noir, de la Mort imprimée sur la Mort. Impossible de dire si c’était intentionnel ou dû à une mutation provoquée par l’abandon du lieu.
Trois autres pyramides se dressaient au bord de l’anneau, une dans chaque direction cardinale. Une bande de bâtiments plus petits avait aussi été construite sur son bord intérieur. La plupart étaient probablement des structures de réseau comme celles que Zac avait vues au Phare du Centurion ; elles devaient donc être la cible des réparations de Tavza. Après tout, Zac doutait que l’Observatoire ait été conçu pour accueillir des résidents permanents.
La « planète » au centre était une sphère d’un noir de jais, suintant la mort. Rien que la regarder donnait la nausée à Zac. Les gravures des pyramides avaient encore un certain lien avec l’empire, mais celles qui ornaient la sphère métallique relevaient entièrement du domaine de Primo. Leurs runes sinueuses lui donnaient l’impression qu’un million d’yeux le fixaient.
« Peut-on traverser sans danger l’espace entre l’anneau et l’Observatoire proprement dit ? » demanda Zac, se souvenant de son expérience au Phare du Centurion. À l’époque, l’espace déformé qui entourait le phare abritait une tempête spatiale qui avait failli le tuer. C’était seulement en suivant l’appel du signal de détresse d’Emily qu’il avait trouvé son chemin.
« C’est sans danger, à part les Bêtes du Ravissement qui déferlent à votre approche. J’y suis entrée une fois pour faire du repérage. La sphère est creuse, tout comme les pyramides. Regarde. » Tavza désigna le côté est.
La sphère tournait lentement, et une large entaille en forme de pupille de prédateur apparut. Cette ouverture n’était ni une trace d’usure ni un dégât, mais une immense ouverture qui exposait délibérément l’intérieur au monde extérieur. À moins que ce ne fût l’inverse, car un épais brouillard de Mort suprême tourbillonnait à l’intérieur, empêchant d’entrevoir quoi que ce soit. Dans l’ensemble, la sphère ressemblait à un œil gigantesque, à l’image de l’objet enseveli dans ses profondeurs.
« C’est ça qu’on doit refermer », déduisit Zac.
« Exactement, dit Tavza. Oh, prépare-toi. »
Zac n’eut pas besoin de lui demander de quoi elle parlait. Le sol se mit à onduler juste devant eux, formant des boules à peu près aussi hautes que Zac. Du goudron noir de jais dégoulinait de leur surface ; elles frémirent, puis se déployèrent en un mélange hideux de plumes et d’yeux. Elles ressemblaient à des versions déchues de créatures tirées des Écritures.
Des yeux s’entassaient les uns sur les autres dans des touffes chaotiques de plumes d’un noir de jais. D’après ce que Zac avait compris, elles se rapprochaient d’un des avatars de Primo. Toutefois, au lieu de sa Mort profonde et absolue ou de la malveillance de Qriz’Ul, les Bêtes du Ravissement ne manifestaient qu’une violence et une hostilité vides de sens envers tout ce qui était vivant.
Des éclairs de Mort artificielle crépitèrent dans leurs yeux, puis se changèrent en rayons qui fusèrent droit sur eux. Près de quatre-vingt-dix pour cent des attaques visèrent Zac, et il ne pensa pas une seconde que c’était dû au hasard. Dans ce monde lugubre, il devait se détacher comme un phare, sa constitution accordée à la Vie étant à l’exact opposé de l’ordre naturel des lieux. Tavza, en revanche, incarnait le Lac abyssal. Son Dao différait de celui des indigènes, mais appartenait tout de même au même royaume.
Comme Tavza ne semblait pas vouloir s’occuper des assaillants, Zac prit l’initiative de jauger la menace. Des lianes jaillirent vers la première rangée d’ennemis. Bien sûr, Zac n’utiliserait pas les Vortex du Vide pour ce combat. Inutile de dévoiler sa nouvelle capacité à Tavza, à moins que leurs vies ne soient en jeu ; or, les créatures qui approchaient ne lui inspiraient pas une telle crainte.
Des éclairs de lumière se mêlèrent aux lianes lorsque Zac activa le [Tranchant évolutif]. Ils frappèrent les Bêtes du Ravissement en tête, dans une explosion de violence, et la scène qui suivit le fit marquer une pause, surpris. Cette compétence toute simple se révéla étonnamment efficace pour démanteler les créatures de rang D intermédiaire. Ce qui n’était censé servir qu’à éprouver leurs défenses leur infligea de lourds dégâts.
Malgré l’affaiblissement causé par l’atmosphère, les lames s’enfonçaient profondément dans leur chair gluante, détruisant des yeux et tranchant des ailes. Des plumes tombèrent comme la pluie, puis se changèrent en boue huileuse qui se mêla à la matière dont le sol semblait composé. Son assaut ne suffisait toutefois pas à abattre les anges. Elles puisaient dans le sol de quoi se régénérer aussi vite que Zac les mutilait.
« Tu dois détruire leur noyau pour les bannir », lui rappela Tavza sur le côté.
Zac l’avait déjà compris. Il disparut dans un éclair, déchirant l’espace avec [Frappeciel]. Devenu la lame elle-même, il traça une voie qui traversa de part en part la Bête du Ravissement la plus proche. Il avait déjà repéré dans ses profondeurs un amas de mort intense, semblable aux runes de vie de Qriz’Ul. Elle s’effondra, et toute la créature s’écroula avec elle.
Les plumes semblèrent subir mille ans de décrépitude en un clin d’œil, et d’autres victimes ne tardèrent pas à rejoindre la première. Haro n’était pas resté inactif. Il lui avait suffi d’une légère impulsion pour viser instinctivement leurs noyaux énergétiques, et il déchiquetait joyeusement les bêtes afin d’affirmer sa domination sur la mort.
Des rafales de regards maléfiques s’abattirent sur Zac dès qu’il s’immobilisa, glaçant son corps jusqu’aux os. Pourtant, les attaques oculaires ne parvinrent pas à faire grand-chose. Zac bénéficiait en partie d’un avantage injuste. Les attaques imprégnées de Vie étaient extrêmement efficaces pour éliminer les Bêtes du Ravissement, mais l’inverse ne valait pas pour Zac.
Sa résistance au Miasme et aux attaques accordées à la Mort était extraordinaire, bien supérieure à celle de la plupart des morts-vivants indigènes. Son évaluation initiale s’était révélée trop pessimiste. Son corps humain pourrait finalement se montrer plus efficace contre cette menace, surtout si la sphère abritait un grand nombre de Bêtes du Ravissement.
Deuxièmement, Zac voyait que leurs attaques comportaient une composante destructrice pour l’âme, comme c’était souvent le cas des compétences liées aux yeux. Cependant, à présent que son âme n’était plus là où elle aurait dû se trouver, les attaques ne faisaient rien. Tout au plus parvenaient-elles à ralentir un peu son corps spirituel, mais il avait largement de quoi y remédier.
Zac fendit les bêtes comme le vent, les abattant l’une après l’autre avec une précision mécanique. Il ne prit pas la peine d’activer la [Conformation de la Suprématie] ni aucune de ses compétences les plus puissantes. C’était inutile. Au total, il lui fallut moins de dix secondes pour venir à bout de la vingtaine de Bêtes du Ravissement.
Une fois le combat terminé, il sentit une différence notable dans l’environnement. L’énergie ambiante était à peu près au même niveau qu’avant, mais le Dao était moins profond. C’était comme la différence entre méditer sur le Dao dans un Ciel primordial tel que l’Étendue impériale occidentale et le faire sur la frontière. Son autre corps, lui, ne réclamait plus cette énergie.
« C’est tout ? J’aurais cru que tu pourrais t’occuper d’un truc pareil sans même perdre le rythme », demanda Zac en se tournant vers Tavza, méfiant. « Ne me dis pas que tu as pris du retard parce que tu cultivais ? »
Tavza renifla. « Bien sûr que non, et ne prends pas la grosse tête. C’est le plus faible que ça puisse être. L’énergie ambiante est à son niveau le plus bas après que les ponts ont siphonné l’excédent. Ça empire à mesure qu’on se rapproche de l’œil et que le temps passe depuis la dernière éruption. Oh, les bêtes deviennent aussi nettement plus puissantes partout où la verrière est orientée, au point d’acquérir de nouvelles capacités. C’est dommage ; ça en fait aussi un excellent terrain de cultivation. »
« Je vois que tu sais plaisanter, remarqua Zac. Ogras serait fier de toi. »
« Ne me parle pas de ce vaurien, dit Tavza. Nous devrions nous mettre en route. En plus de la section endommagée, il y a quelques autres endroits où nous devons nous rendre maintenant que tu es là. »
« Des endroits ? »
« Ne rien trouver ne serait pas grave, mais nous n’avons aucune raison de nous priver s’il y a des trésors qui nous attendent, non ? dit Tavza. Comme toi, je n’ai pas envie d’attendre un million d’années avant de pouvoir profiter de cette énergie à nouveau, si je peux l’éviter. »
« Tu veux dire… » dit Zac, les yeux brillants, en regardant l’amas de bâtiments abandonnés au loin. « Des trésors ? »
« Une exposition prolongée à l’œil a donné naissance à quelques objets uniques. Je n’ai pas osé m’en prendre à eux quand j’étais seule ; si j’avais été blessée, j’aurais pu compromettre la mission. Avec toi, je pense qu’on peut tenter de récupérer au moins quelques-uns des objets qui traînent, dit Tavza. Si tu trouves que c’est du gaspillage, nous pourrons les ramasser après avoir mis le trésor en sécurité. J’ai seulement peur que le fait de sceller l’œil du Seigneur nuise à leur nature spirituelle. »
« Ne dis pas de bêtises, allons-y comme tu le proposes, répondit aussitôt Zac. Indique-moi simplement la bonne direction, et je m’occupe du reste. »