Chapitre 1 450
L’ascension de l’Empire Sans-Limites au début de l’Ère fut à la fois une chance et une malédiction. Il ne dut sa victoire qu’à la jeunesse et à la faiblesse des Cieux. Mais avec si peu de Pics du Dao achevés, comment aurait-il pu bâtir un Système parfait ?
Le mantra de Fuxi était peut-être une méthode conçue pour répondre à ce problème : il déduisait le sens du Dao en observant l’ombre projetée par le Vide. Certains diraient qu’observer le Dao à travers le Vide revenait à cultiver en se compliquant la tâche. Au lieu d’étudier la forme des ombres, pourquoi ne pas s’inspirer directement du soleil ?
Certes, mais cette méthode avait des usages bien précis. Elle permettait notamment d’apparier des Daos et des Vides particuliers, ce qui avait rendu possible l’existence de la Salle Fuxi. Le monde souterrain se serait effondré depuis longtemps si Fuxi n’avait pas calculé les voies et les compositions nécessaires à un échange stable et durable entre le Vide et le Dao.
Cette technique pouvait aussi combler les lacunes d’un Dao incomplet. Elle avait un certain lien avec Mox, qui avait trouvé le moyen de se dissimuler dans les fissures des Pics du Dao inachevés. Zac soupçonnait qu’il avait contribué à améliorer le mantra de Fuxi en abattant ce dieu maléfique.
Naturellement, on ne pouvait pas compter sur le Vide pour remplacer le véritable Dao ni accélérer la réparation des Pics brisés. Les échos du Vide ne pouvaient révéler que le Dao qui existait ou avait existé par le passé ; ils ne montraient pas l’avenir. Le Grand Dao subissait des permutations d’une Ère à l’autre, si bien qu’on ne pouvait pas simplement intégrer le Dao d’Hier aux Cieux actuels. C’était comme les méthodes de cultivation des Ères précédentes, qui ne fonctionnaient plus de nos jours.
L’Empire Sans-Limites était tout de même parvenu à faire fonctionner les choses pour la Cour creuse. Reste à savoir si cela tenait à une opportunité ou à une nécessité. Zac soupçonnait que le Pic du Chaos avait donné du fil à retordre lors de l’érection des huit piliers destinés à contenir les Cieux. Les dix-sept Pics du Dao étaient représentés parmi les Cours extérieures, à l’exception peut-être du Sommet de l’Homme. Reliés par la Route impériale, ils formaient une machine d’une complexité insondable, conçue pour contenir les Cieux dans leur intégralité.
Sauf que comment intégrer une force indomptable comme le Dao du Chaos ?
Zac avait une théorie : le Premier Jardin renfermait le Dao à la naissance de l’Ère, tandis que le Neuvième Enfer en représentait la disparition éventuelle. Le Neuvième Enfer ne pouvait pas exister, car l’heure n’était pas encore venue. En parallèle, le nombre inégal de Jardins et d’Enfers devait être l’expression naturelle de l’asymétrie et de la disharmonie inhérentes au Pic du Chaos.
Rééquilibrer la balance permettait à l’empire d’imposer l’équilibre et l’ordre, même temporairement. Le Mantra de Fuxi rassemblait le Dao de la Mort cosmique de plusieurs Ères afin d’en imiter un exemplaire authentique. La deuxième étape consistait à l’intégrer pleinement à l’Ère de l’Ordre. Il pouvait s’agir d’une méthode liée au margrave et au Pic inverse, ou d’un Trésor suprême de la mort.
L’état actuel du Neuvième Enfer devait résulter de l’échec de cette intégration. La mort artificielle avait retrouvé son état d’origine, devenant un Dao corrompu issu de plusieurs Ères. Cela avait un lien direct avec Primo et la mission de Zac. Tout ce qu’il avait appris sur Primo contenait des indices, pour peu qu’il sache où chercher.
Primo était apparu pour la première fois devant les races mort-vivantes à l’époque des Âges sombres. Avant cela, l’Empire Sans-Limites l’avait enrôlé pour l’aider à construire le Système. Dans le cadre de cette entreprise, il avait été contraint d’abandonner un objet essentiel à sa cultivation.
L’Empire Sans-Limites était tombé, mais Primo avait survécu. Il avait rassemblé les Races divines et mené la recherche d’un refuge sûr lorsque le Dao s’était effondré. Ils avaient fini par découvrir le Cœur de l’Empire, l’Héritage éternel accordé à la Mort qui était devenu le fondement de l’Empire des morts-vivants.
De nos jours, les membres des rangs inférieurs de l’empire croyaient que l’Empire des morts-vivants comptait cinq Races divines, les mystérieux Fondateurs formant la cinquième. En réalité, les Fondateurs n’étaient que des marionnettes ou des clones de Primo, dont le véritable corps était retranché dans les profondeurs du Cœur de l’Empire. Ensemble, ces clones étaient appelés les « Éternels 108 ».
À la lumière de ce que Zac avait découvert jusque-là, une tout autre image se dessinait. Primo avait arpenté ouvertement les terres à l’époque des Âges sombres, avant de se faire de plus en plus discret à mesure que l’Ère avançait. D’après ce que Tavza lui avait raconté, son véritable corps n’était pas apparu depuis plusieurs générations de Suprématies. Et si ce n’était pas un signe de vieillesse, mais une nécessité ?
Si Primo était le Seigneur d’un Royaume artificiel empruntant le Dao aux Ères précédentes, il n’était peut-être qu’à moitié intégré à l’Ère de l’Ordre. Un tel état devait s’accompagner d’avantages uniques. A’Zu et Be’Zi avaient dû déployer des efforts considérables pour transformer ce qu’ils avaient acquis à l’intérieur du [Nautile éveillé] en quelque chose d’utilisable. Primo, lui, pouvait peut-être puiser directement sa force dans le Cœur de l’Empire, ce qui lui avait permis de rester en vie tout ce temps.
Naturellement, ces avantages devaient avoir de lourdes contreparties. Ne pas être accordé au Dao de l’Ère n’avait pas d’importance pendant les Âges sombres, mais Primo subissait une oppression toujours plus forte à mesure que l’Ère approchait de son Zénith. Rester dans le Cœur de l’Empire ne faisait qu’aggraver les choses. Si son véritable corps apparaissait aujourd’hui, il risquait de recevoir le même accueil que Jalach.
En reliant tous les points, le trésor de Primo devait être le noyau du Neuvième Enfer, un Trésor suprême permettant à la Mort du passé de s’intégrer à l’Ère actuelle. En le récupérant, Primo redeviendrait entier. Il n’aurait plus à diluer sa présence dans une centaine de clones et pourrait communier directement avec le Dao céleste de l’Ère de l’Ordre. Si cette hypothèse était juste, il s’agissait d’une solution taillée sur mesure pour accomplir ce que Jalach espérait obtenir grâce à la [Cloche Pasho’Har].
Il manquait encore quelques pièces au puzzle. L’origine exacte de Primo, par exemple, restait incertaine. Était-il un être d’une Ère précédente, et donc particulièrement apte à gérer sa Mort ? Était-il le Seigneur d’un Royaume d’un autre Plan inférieur, ou bien était-il né lorsque l’Empire avait créé le Neuvième Enfer ? Et puis, quel rôle les Neuf Jardins et les Huit Enfers jouaient-ils dans tout cela ?
Leur compréhension précédente n’était pas fausse : la Cour creuse avait emprunté la puissance des Plans inférieurs pour élever le Cinquième Pilier. Zac était certain qu’il y avait autre chose. Il soupçonnait leur lien singulier de constituer un troisième élément du plan, qui avait contribué à maintenir le Neuvième Enfer stable assez longtemps pour qu’il puisse jouer un rôle. Le mantra de Fuxi n’aurait pas suffi à lui seul.
Depuis son arrivée dans le royaume miroir, Zac avait passé tout son temps à réfléchir à ces questions, et pas seulement pour satisfaire sa curiosité. Le mantra de Fuxi pourrait bien être la clé pour trouver une solution à son Monde intérieur. La Salle Fuxi était en soi une source de recherche inestimable pour son plan. Où trouverait-il un autre monde constitué à parts égales de Dao et de Vide ?
Comprendre le mantra et son lien avec le Neuvième Enfer était également essentiel à l’accomplissement de sa mission. Deux semaines d’exploration lui avaient permis de confirmer quelques éléments. Tout d’abord, le trésor de Primo dérivait bel et bien dans le vide. La plume de Primo avait réagi trois fois de plus au cours des dernières semaines, chaque fois pendant un bref instant seulement. Le noyau se déplaçait probablement à une vitesse que Zac ne pouvait égaler.
Le rattraper grâce à une déchirure dimensionnelle bien placée avait quelques chances de réussir, mais c’était risqué. Il pouvait déjà avoir disparu hors de portée lorsque Zac réussirait à passer. Et selon la taille du Neuvième Enfer, Zac risquait de manquer d’énergie avant de retrouver son chemin. Il avait trouvé une solution bien plus prometteuse que de courir partout comme un poulet sans tête.
Pour y parvenir, Zac devait compléter ses connaissances théoriques par de l’expérience pratique. En utilisant le Mantra de Fuxi comme technique de visualisation, il avait dompté la décrépitude du Neuvième Enfer en son propre corps. Sa maîtrise incomplète ne suffisait pas à le rendre un avec le Neuvième Enfer, mais elle faisait de lui un visiteur accueilli avec indifférence.
Tout en maintenant cet état, Zac observa les flux de mort à travers la tapisserie de Fuxi. Des motifs se dessinaient peu à peu. Des morts portant des marques distinctes fusionnaient et se séparaient dans un cycle sans fin, s’efforçant en vain d’atteindre un état stable. Outre la transformation du Dao, de grandes trajectoires cachées entretenaient le mouvement de l’énergie.
La théorie ne différait pas des révolutions qui se produisaient dans son Espace quantique, sauf que les courants invisibles obéissaient à des règles qui lui échappaient. Chaque parcelle d’Illumination affinée extraite de la [Pureté du Vide] le rapprochait un peu plus de sa réponse unifiée.
Au bout de dix minutes d’observation, Zac ouvrit soudain un vortex et le traversa, parcourant une douzaine de kilomètres d’un seul bond. De l’autre côté, aucune trace des Flammes impériales, mais il pouvait en deviner la direction en observant les flux d’énergie. Après s’être assuré que le vortex resterait stable, il se tourna vers ce qu’il était venu chercher.
Une tour en ruine flottait silencieusement à moins d’un mètre de lui. Sa façade lézardée était recouverte d’un film huileux de mort putride. Les cicatrices de combat résistaient aux éons de corrosion. La tour s’était effondrée bien avant d’être déposée dans les débris du Neuvième Enfer. Et elle n’était pas inhabitée.
Une vague de pourpre jaillit d’une fissure. Elle n’eut pas le temps de montrer sa puissance : un éclair doré illumina brièvement les ténèbres. Des lianes jaillirent de son Anneau du Monde et ligotèrent la créature décapitée avant qu’elle ne dérive au loin. On aurait dit une bête des profondeurs marines : un crustacé à douze pattes, dont le dos portait une multitude de tentacules.
Zac rangea la bête, satisfait. Ce n’était qu’une Bête mort-vivante de rang D avancé, plutôt faible, mais c’était seulement le deuxième natif du Cinquième Enfer qu’il rencontrait. L’étude de sa constitution et de son affinité pourrait fournir des données précieuses. Mais ce n’était qu’un bonus. C’était la tour qui l’intéressait.
Zac ne savait pas exactement ce qu’il cherchait. Tout ce qui l’aiderait à compléter sa compréhension ferait l’affaire. Il avait une idée assez claire de l’équation qui permettrait de calculer la trajectoire du trésor de Primo, mais il lui manquait une ou deux variables pour la résoudre. Un diagramme décrivant le Dao du Neuvième Enfer ou un Jade d’information contenant une transmission plus structurée du mantra de Fuxi lui aurait été très utile.
Il n’y avait pas grand-chose d’intéressant à l’intérieur. L’attaque qui avait brisé la tour avait détruit la majeure partie de son essence spirituelle. La dérive dans une mort délétère, puis sa transformation en repaire, avaient achevé le travail. La seule chose prometteuse était un Disque de réseau fissuré, de la taille d’une bassine. Irréparable, il conservait toutefois un nombre appréciable de gravures.
Les motifs se fondaient sur le Dao de la Mort, avec des traces du Pic inverse. Leur découverte ne raviva aucun souvenir précis, mais c’était une pièce de plus au puzzle. Peu après, Zac revint par le Vortex du Vide, sans être encore prêt à renoncer. En quelques heures, il repéra trois ruines inexplorées : deux structures à la dérive et un vaisseau détruit qui filait dans l’espace à une vitesse extraordinaire. Son aura sinistre l’empêcha de s’approcher du dernier ; il se contenta de le scanner à la recherche d’indices pendant qu’il passait.
Malgré son envie de continuer, Zac ne pouvait pas tenir indéfiniment. Maintenir les vortex dans le Neuvième Enfer était épuisant, tout comme visualiser le mantra de Fuxi. Il ne le maîtrisait pas vraiment, et sa clarté s’estompait à mesure qu’il s’éloignait de la statue. Cette nouvelle quête se termina donc, elle aussi, par des progrès modestes plutôt que par une avancée décisive.
Zac retourna dans le souvenir et se dirigea vers l’étape suivante. Depuis qu’il s’était installé dans le royaume miroir, son emploi du temps quotidien n’avait guère changé. Il passait l’essentiel de son temps à méditer devant la statue de Fuxi, puis consacrait quelques heures à explorer le Neuvième Enfer à la recherche d’indices. Ensuite, il allait à la montagne ou descendait sous terre pour chercher des Trésors naturels et des Failles dimensionnelles.
Il lui fallut deux heures pour atteindre la montagne miniature. À son arrivée, il avait déjà récupéré une bonne partie de son Énergie du Vide dépensée. La montagne était entourée d’un domaine pur, accordé à la Foi, une exception à la règle dans le monde miroir.
Les sigils lumineux qui marquaient les limites extérieures du domaine dégageaient une force de répulsion qui empêchait une guerre ouverte avec le Vide. L’effet n’était pas parfait, et un flot continu d’Énergie du Vide venait se fracasser contre le rempart de Foi. Zac s’arrêta près d’une plateforme grossièrement construite, flottant juste à l’extérieur du domaine, en plein milieu d’un puissant courant d’Énergie du Vide.
Zac posa la [Porte de la Montagne Fuxi] sur un petit autel au sommet de la plateforme. Après quelques essais, il avait compris comment créer un reflux d’énergie à l’aide de ses vortex, ce qui permettait à la [Porte de la Montagne Fuxi] de siphonner régulièrement une partie de l’Énergie du Vide qui passait. L’effet était loin d’égaler celui qu’elle avait produit en absorbant l’[Éclipse du Crépuscule], mais l’énergie était gratuite et inépuisable. Et ce n’était que l’apéritif.
À en juger par son horloge interne, il était arrivé juste à temps. Zac s’envola vers une montagne voisine, prêt à récupérer la porte de la montagne au moindre signe. Il sentit bientôt une vague de vie frémir au cœur de la montagne, bientôt remplacée par la mort. Le mouvement s’inversa à plusieurs reprises, gagnant en intensité et en fréquence, jusqu’à ce que les réseaux dorés se mettent à vaciller de façon inquiétante.
La barrière céda au moment même où Zac aperçut le Chaos. Une puissante vague de Mort ancienne engloutit la mote de Chaos et les dernières traces de vie. Ce n’était pas la Mort du Neuvième Enfer, du moins pas dans son état actuel. C’était la Mort artificielle que Zac cherchait à imiter en visualisant le mantra.
Zac mobilisa sans hésiter ses réserves d’illumination affinée et rassembla une dernière fois les runes dans son esprit avant qu’elles ne s’effacent. Pendant ce temps, il sentit la plume de Primo frémir dans sa poche.
La perturbation brisa la paix précaire qui entourait la montagne miniature. D’immenses quantités d’Énergie du Vide affluèrent, et les courants d’énergie se transformèrent en Rivières de rang C. L’une d’elles faiblit en passant, sa puissance siphonnée par la discrète porte de la montagne. Tout se calma en quelques minutes, et les runes de Fuxi s’effacèrent alors de son esprit.
Zac épousseta sa robe et s’envola vers la plateforme avec un sourire satisfait. Il ne se lasserait jamais de cette vue. Si tout le reste échouait, il quitterait au moins le royaume miroir avec un Trésor du Vide bien nourri. Il n’avait encore trouvé aucun Trésor du Vide de rang C, mais chaque séance près de la montagne lui fournissait presque autant d’énergie.
Tout le monde y gagnait : Zac aidait à porter une partie du fardeau de la montagne de Foi, et celle-ci renforçait sa foi au fil du temps. Cela n’aidait pas Zac, mais semer un peu de bon Karma ne pouvait pas faire de mal, surtout quand la montagne représentait la dernière pièce du puzzle.
La montagne était creuse, mais ne possédait aucune entrée. Zac avait tout essayé pour y pénétrer, jusqu’à creuser un tunnel par-dessous. La raison était simple. La Mort artificielle ne surgissait pas de nulle part. La montagne, ou quelque chose qui y avait été installé, était directement reliée au trésor de Primo, ce qui provoquait parfois des débordements à cause de son état affaibli. Les éclairs de Chaos en étaient une preuve supplémentaire : Ogras avait senti la même chose à l’endroit où Tavza avait disparu.
S’il gardait l’exploration de l’immensité vide du Neuvième Enfer comme plan de secours, les éruptions quotidiennes de la montagne miniature constituaient son objectif principal. S’il parvenait à entrer dans la montagne, il n’aurait plus qu’à attendre la prochaine éruption pour rejoindre le Trésor de Primo. Et tout ramenait au mantra de Fuxi. Les inscriptions accordées à la Foi qui recouvraient la petite montagne différaient de toutes les autres. Zac avait déjà repéré des ressemblances entre elles, les runes de Fuxi et la Mort artificielle.
Encore un peu, et il trouverait une trappe ou un point faible. Il avait déjà transmis les motifs à son autre lui, afin d’obtenir un deuxième avis. En attendant, des auxiliaires s’affairaient ailleurs. Zac entra dans le dôme accordé à la Foi et sortit son communicateur. Il eut l’heureuse surprise de découvrir que la montagne était un petit point chaud, où le signal passait dans le Royaume du Vide.
« Comment ça se passe de ton côté ? » demanda Zac.
« Comme d’habitude, répondit Ogras. J’ai réussi à trouver un autre maillon manquant, mais rien de passionnant. Tavza a parlé des cycles de culture d’une région oubliée avec un des fantômes errants. On dirait presque qu’elle se moque de nous. Tu veux que je te lise la transcription ? »
« Vas-y, ça pourrait faire tilt », répondit Zac.
Zac croyait toujours que les actions de Tavza, avant sa disparition, dissimulaient des indices. Il lui paraissait très improbable qu’elle se soit jetée à l’aveuglette dans la déchirure dimensionnelle. En tant que Maîtresse des formations chevronnée, archéologue et descendante d’une faction de premier ordre, elle avait probablement trouvé une solution sans recourir au mantra de Fuxi. S’il parvenait à mettre au jour ces indices, ils pourraient suffire à combler les lacunes de sa propre équation.
Dix minutes plus tard, Zac dut admettre qu’Ogras avait raison. On aurait vraiment dit que Tavza se moquait d’eux.
« Ça t’a aidé ? » demanda Ogras, sans même chercher à masquer son manque total de confiance.
« … Pas pour l’instant, admit Zac. Ça fait peut-être partie du motif, mais je n’arrive pas à comprendre comment. »
« J’ai peur que ce soit le dernier indice que j’avais. Je peux continuer à chercher si tu veux, mais je ne pense pas que ça change grand-chose. Pour cette fois, tu vas devoir te débrouiller seul, mon vieux, dit Ogras. Combien de temps te faudra-t-il pour déduire un chemin ? »
« Au moins un mois de plus, à moins que je fasse une découverte majeure, soupira Zac. Peut-être davantage. Ces concepts me sont trop étrangers pour que je puisse l’estimer. »
« C’est trop long. On ignore ce qui retient cette fille, mais notre situation empire de jour en jour. L’objectif, c’est de franchir une barrière de Foi, pas vrai ? Je pense qu’il est temps que tu parles à ta patiente, dit Ogras.
Zac regarda dans la direction de la statue de Fuxi, puis acquiesça pensivement. « Je crois que tu as raison. »