Chapitre 1 441
Depuis le poste d’observation sûr de sa demeure troglodyte, Emir maintenait sa veille, l’esprit aussi sombre que le ciel. Le problème ne venait ni des nuages ni des éclairs qui crépitaient en leur sein. Les habitants de la Fissure de Pesvati n’étaient pas étrangers aux tribulations brutes des Cieux sans limites. Ils croulaient sous une immense dette karmique depuis leur naissance, et la fissure ne pouvait qu’atténuer en partie les contrecoups.
À mesure que l’approche du Zénith renforçait les Cieux, la fissure ne tiendrait plus très longtemps. Si tout se passait comme prévu, elle n’en aurait pas besoin. Non, pas « si ». Il fallait que ça marche.
Après avoir goûté à la lumière, l’idée de retourner se terrer dans l’ombre était impensable. Emir ne pouvait supporter de condamner son sang et ses descendants à venir à une existence misérable, jusqu’à l’ascension du Sixième Pilier. Il préférait devenir le bois qui alimenterait les flammes grandissantes plutôt que de revenir les mains vides. Heureusement, ils n’en étaient pas encore là, même si le Destin jouait contre eux.
Certains agents du changement pouvaient ignorer les trajectoires imposées à la réalité, et c’était précisément ce dont l’Empire avait besoin. Si seulement les changements qu’ils apportaient étaient plus prévisibles. Emir tourna son regard vers le sommet voisin, ou plutôt vers le creux dans la réalité à l’endroit où il se dressait autrefois. Il avait été entièrement dissimulé à sa perception, enveloppé dans le Vide de Fuxi.
Emir sortit le petit chapelet qu’il portait depuis sa naissance. La patine semblable à de la rouille qui le recouvrait lui apportait à la fois réconfort et chagrin. Leur sortie de la fissure leur avait coûté cher, même si leurs souvenirs et leur Karma étaient scellés jusqu’à leur arrivée dans l’Étendue impériale occidentale. Des milliers de personnes étaient mortes en portant leur dette karmique, parmi lesquelles son père.
Le cycle des Cieux s’était réinitialisé une fois de plus, les commencements remplaçant la fin. Un mois de cette répétition avait réduit à néant les plans minutieusement élaborés par Emir. Il se creusait la tête, repassant les anciennes écritures en quête de conseils. Zachary Atwood était une variable qui le laissait constamment perplexe. Le Sage de la Terre avait bien été amené à l’existence, mais il n’était pas censé intervenir de la sorte. En ces temps précaires, tout lien karmique entraînait de lourdes conséquences.
Emir aurait aimé agir plus résolument lors de leur première rencontre. Il avait aussi le sentiment que cela n’aurait rien changé. La providence dont cet homme était porteur était aussi puissante que complexe. Une mauvaise décision pouvait mener à une vie entière de regrets.
Les écritures n’offraient aucune réponse. Les préparatifs avaient été volontairement laissés dans l’incertitude afin d’empêcher le cosmos de leur fermer la porte. La ligne d’urgence qui le reliait au prince ne répondait plus. Celui-ci était soit accaparé par le Pont du Karma, soit peu disposé à prendre les choses en main. Emir n’avait personne d’autre vers qui se tourner et devait porter seul le poids des responsabilités.
Fallait-il intervenir ou rester les bras croisés ? Qu’est-ce qui avait bien pu passer par la tête du Sage de la Terre et du margrave pour qu’ils prennent un rôle aussi actif ? Près de la moitié des auréoles subsistaient, et les fondations n’avaient pas encore été posées. Ils avaient dû voir une occasion dans l’ascension de Zachary Atwood au rang D supérieur, mais une occasion de quoi ? Et Emir faisait-il partie de leurs calculs ?
Il ne le devrait pas. Ceux de la Fissure de Pesvati bénéficiaient d’une couche supplémentaire d’isolement contre les ancêtres. Le Karma du passé et celui du présent ne pouvaient se mêler avant que le palais ait eu le temps d’émerger. Ils se souilleraient mutuellement et attireraient le désastre. Pourtant, les ancêtres devaient attendre quelque chose. Pourquoi, sinon, piéger les Salles Fuxi dans ce cycle si coûteux ?
Une éruption soudaine jaillit de la montagne dissimulée et apaisa la tempête. Une présence majestueuse emplit le monde et imposa un silence respectueux. Les montagnes semblèrent rapetisser, contraintes de s’incliner. Les nuages récalcitrants furent poussés vers le sol. C’était comme si la conscience éveillée refusait d’être placée sous le Dao céleste.
La Terre s’éveilla de son antique sommeil et emplit les sommets d’une puissance sans limites. Le vide avait déjà été transformé par cette présence cachée ; il avait acquis une profondeur qui lui faisait auparavant défaut. Une foi si tangible qu’elle s’était changée en rivières dorées inondait les vallées, se liant au Vide avant que le cosmos puisse la souiller.
La formation ancienne réprima davantage les Cieux, sans parler des cultivateurs cachés sur les sommets. Face à cette autorité incontestable, même les pensées ne pouvaient survivre. Et pourtant, l’esprit d’Emir fonctionnait parfaitement dans ce paysage figé, grâce à son mantra natal qui s’était déclenché de lui-même. De mystérieuses fluctuations, venues des profondeurs du Fleuve du Temps, descellèrent le reste du corps d’Emir. Il haleta de stupeur lorsqu’un flot de souvenirs conservés au fil d’innombrables générations fut libéré.
Le voile se leva, et toute hésitation disparut. Les Cieux se libérèrent au moment où Emir sortait de la grotte, l’assaillant de pluie et de rafales cinglantes. Comme possédé, il ne remarqua pas ses défenses impénétrables se dissiper tandis qu’il s’agenouillait en direction de la montagne cachée — ou plutôt devant la présence qui l’habitait.
« Ce descendant indigne salue l’Empereur ! La flamme brûle encore, le dessein demeure ! » cria Emir tandis que son mantra se mettait à puiser.
D’innombrables générations avaient souffert pour le sang qui coulait dans leurs veines. D’innombrables générations avaient enduré les tribulations, portant le Karma de l’Empereur et partageant son fardeau. Tout cela pour ce jour.
« Gloire éternelle ! » rugit Emir tandis que le mantra extrayait jusqu’à la dernière goutte de son sang, le condensant sous sa véritable forme.
C’était la plus belle chose qu’Emir eût jamais vue. Contempler cette goutte, c’était comme voir l’Empire Sans-Limites au sommet de sa gloire. Elle recelait des possibilités et un potentiel sans bornes, transcendant les chaînes du Dao céleste. C’était le nectar grâce auquel la civilisation pouvait se libérer des chaînes de la mortalité, et les Cieux ne pouvaient tolérer son existence.
Les nuages de tribulation cessèrent brusquement de tenter de s’échapper du labyrinthe temporel du margrave. L’attention des Cieux n’était pas non plus tournée vers la montagne cachée. Une fureur inconcevable se concentra sur l’unique goutte de sang, et les nuages dépassèrent rapidement tout ce qu’Emir avait connu jusque-là. Même son ancêtre n’avait pas provoqué pareille folie en défendant son Dao.
Un seul coup de tonnerre aurait réduit Emir en poussière si les montagnes ne l’avaient protégé d’une auréole de Destin impérial. Malheureusement, il n’était pas destiné à voir la suite. Il était à bout de forces, et sa vision se brouillait déjà. Il sourit, soulagé de ne pas avoir fini par faire irruption dans la montagne voisine au cours du mois écoulé.
Zachary Atwood était bel et bien un agent du changement nécessaire. Seule une trace de l’image de l’Empereur pouvait déverrouiller le Sang sacré. Ce n’est qu’en les réunissant que le phare pourrait s’allumer, annonçant le retour du Sceau du Palais impérial de gauche. Quant au désastre qui continuait de croître au-dessus de lui, c’était le problème de quelqu’un d’autre. Il avait bien mérité un peu de repos.
Emir rêva d’une pluie sacrée abreuvant des terres desséchées, d’un Empereur à trois visages. Il rêva du passé et du présent reliés par un nœud gordien de Karma. Il vit le plus haut sommet et le plus profond abîme converger en un même point, accomplissant un antique mandat. Il vit la balance pencher, la Vie et la Mort converger vers le Chaos.
La pluie fut portée jusqu’au cœur de l’Étendue impériale occidentale par les veines de la Terre, dispensant ses bienfaits sur son passage. Les Cieux la poursuivaient de près. Ils avaient senti une parcelle d’eux-mêmes, dissimulée depuis d’innombrables années, et brûlaient de la récupérer. S’ils parvenaient à s’emparer de la goutte de pluie, ils pourraient en retrouver la source.
Guidée par le Vide, la goutte s’enfonça plus profondément. Des piliers de foudre larges de mille lieues creusèrent un passage à travers la réalité, déterminés à la suivre jusqu’aux confins mêmes du monde. C’était une lutte de volontés entre les Cieux et l’Homme, et aucun des deux camps ne cédait.
La haine était sans bornes, insondable. Gravée dans la trame même de la réalité, elle tordait la causalité et dénouait l’ordre naturel. Les ténèbres se prolongeaient à l’infini tandis que le Cosmos abandonnait sa neutralité dans sa lutte pour survivre. Le Dao de l’Espace s’effondrait, et la distance n’avait plus aucun sens. Des Portes spatiales franchissant les dimensions et de vastes distances s’ouvraient sans cesse pour laisser passer les vengeurs des Cieux.
Hommes et bêtes montrèrent les crocs face aux derniers bastions de l’Empire, ces grands pivots du péché. Les Larmes du Cosmos avaient souillé le raisonnement des envahisseurs, ne leur laissant qu’une vérité inexorable : le Dao céleste s’effondrerait si l’ennemi n’était pas arrêté, entraînant avec lui les myriades de voies de cultivation. D’anciens ennemis combattaient côte à côte dans une tentative désespérée de faire tomber l’Empereur fou et son Empire maléfique.
Joanna ne pouvait pas respirer. Le Dao était épuisé, et l’énergie du monde s’était retournée contre elle. Celle qu’elle détenait déjà luttait de toutes ses forces pour s’échapper, tandis que celle qui subsistait autour d’elle se changeait rapidement en poison mortel. Elle avait perdu un bras, un œil, et les assaillants ne semblaient jamais devoir s’arrêter. Pourtant, elle combattait.
Ses soldats loyaux étaient déjà tombés, luttant jusqu’à leur dernier souffle contre l’essaim ininterrompu d’ennemis. Une fois leur énergie épuisée, ils sacrifiaient leur chair pour continuer. Quand leur chair cédait, leurs âmes brûlaient. Et lorsque le champ de bataille les avait vidés de tout le reste, ils sacrifiaient leur essence même pour tenir encore un peu.
La lance de Joanna transperça la tête d’un tigre ailé, perforant la rune royale sur son front. Le tigre poussa un rugissement d’agonie qui lui éclata les tympans, et un épéiste furtif profita de l’instant pour frapper. Une chaleur fulgurante effleura la gorge de Joanna, qui échappa de peu à la décapitation.
Un second coup s’abattit déjà sur elle. Joanna n’eut d’autre choix que de lâcher son arme, plantée dans le crâne du tigre. Elle repoussa la lame du moignon de son bras gauche juste avant qu’elle ne l’atteigne, déséquilibrant l’épéiste. Sa main valide se tendit vers lui et, d’un geste, lui arracha les yeux. Les cris de l’homme se muèrent en gargouillis humides lorsqu’une petite dague lui fut enfoncée dans la gorge.
Joanna trébucha en avant. Une flèche lui avait transpercé la cuisse pendant qu’elle achevait son adversaire. La boue rouge éclaboussa sous son pied lorsqu’elle le planta fermement dans le sol pour retrouver son équilibre. Puis elle arracha l’épée des mains du mort. Il faudrait s’en contenter jusqu’à ce qu’elle trouve une autre lance.
Elle ne songeait pas à battre en retraite. Où serait-elle allée ? Le carnage l’entourait de tous côtés, comme depuis des semaines. Joanna ignora les supplications de son corps, qui la pressait de s’allonger et de se reposer. S’arrêter, c’était mourir, et son Empereur lui avait ordonné de vivre. À chaque pas, à chaque souffle arraché, Joanna sentait qu’elle se rapprochait d’une réponse.
Il lui fallut un instant pour comprendre qu’aucun ennemi ne lui barrait la route. Elle regarda autour d’elle, les yeux injectés de sang, et vit que le champ de bataille stellaire et l’Armée impériale s’effaçaient. Les ennemis, eux, n’eurent pas droit à une fin aussi douce. Ils fondirent sur place, se mêlant en une mer de sang et de ressentiment.
Joanna observa en silence sa maîtresse s’élever du centre de la mare. Indra Eyler n’expliqua pas pourquoi elle avait interrompu l’épreuve. Son regard était lointain, sa tête tournée vers la Cour creuse. Joanna le savait, car elle avait souvent fait de même durant les quelques instants de répit dont elle avait bénéficié depuis son arrivée à la Cour de l’Indomptable.
« Ne m’en veux pas, mon enfant, dit finalement la Reine divine. C’est l’œuvre de celui auquel tu t’accroches avec tant d’obstination. »
« Quoi ? » s’exclama Joanna, alarmée, en levant les yeux vers sa maîtresse. Qu’est-ce que Zac avait encore fait ? « Je suis sûre que ce n’était pas inten— »
« Neuf cours, neuf missions. Les tâches n’étaient pas difficiles ; elles étaient impossibles. Cela ne nous a pas arrêtés. Si le Cosmos ne pouvait contenir nos ambitions, nous changerions le Cosmos, dit Indra en se tournant vers Joanna. La mission de la Cour de l’Indomptable est à la fois la plus facile et la plus difficile. Nous combattons. Nous abattons les ennemis de l’Empire. Même si cet ennemi est les Cieux eux-mêmes. »
« Qu’est-ce que ça… »
« Mon enfant, sois témoin. Cette lance explique pourquoi j’ai été envoyée ici, loin des côtés de l’Empereur en un moment si crucial, dit Indra tandis que la mer de sang et de gore se condensait en une lance écarlate. »
Joanna frissonna devant l’intention accumulée dans la lance. Elle ne contenait pas seulement le ressentiment d’un milliard d’ennemis tombés ; elle incarnait les grandes aspirations de l’Empire Sans-Limites. Une gloire bâtie sur les conflits. Le renversement de l’ordre établi par le sang.
« Après avoir réprimé les Huit Directions et ouvert tes portes intérieures, tu dois exhumer ton Extrémité véritable. C’est l’Extrémité de l’Homme, déclara Indra tandis que la puissance croissait jusqu’à exclure toute autre chose. Un jour, tu te souviendras de ma lance. Alors, prépare-toi, car cela signifiera que l’Armageddon est arrivé. »
Les discussions s’étaient tues. Ceux qui attendaient sur les rives observaient solennellement l’Étendue impériale occidentale. Son calme apparent dissimulait un immense bouleversement du Dao céleste, et tout changement était synonyme d’occasion. Déduire les progrès des jeunes n’était qu’un passe-temps avant le véritable jeu, et les premiers signes apparaissaient bien avant l’heure. Même ceux qui se cachaient dans les plis les plus profonds de la réalité s’étaient rapprochés de la surface, dans l’attente de ce potentiel inattendu.
Destin Béni secoua intérieurement la tête en calculant le Karma. Le parfum d’Éternité qui émanait des Cours d’Ultom était un appât irrésistible ; il était peu probable que ceux qui s’étaient rassemblés mordent à l’hameçon. Potentiel ou non, la route était bien trop étroite. Le Sceau du Palais impérial de gauche n’avait pas encore véritablement émergé, et les formations anciennes le protégeaient toujours. La transcendance d’Ultom ne pouvait servir que de feuille de route vers ses cours. Il leur faudrait encore compter sur leurs propres forces pour y parvenir.
La perturbation ne provoqua pas le moindre remous dans le cœur de Destin Béni. Les vieux amis dans l’ombre avaient beau faire preuve de patience, pouvaient-ils rivaliser avec le Sangha bouddhique ? L’Ère de l’Ordre était celle qui avait offert le plus grand potentiel jusqu’ici, mais rien de plus. Le Nirvana attendait forcément au Terminus, aujourd’hui ou demain. Même Laondio Evrodok ne pouvait renverser le Dharma éternel.
Destin Béni s’intéressait davantage à la vague familiarité enfouie dans l’écheveau complexe de l’antique Karma. La voir surgir où qu’il se tourne était un signe du Cosmos, mais le message demeurait obscur.
« Voilà qui est curieux », dit Destin Béni en souriant à son voisin. « Le bienfaiteur aurait-il quelques lumières à offrir à ce pauvre moine ? »
« Quand ai-je jamais eu des lumières ? » grogna le pêcheur taciturne, sans que sa capuche puisse dissimuler son froncement de sourcils.
Un gong lointain, que Destin Béni fut le seul à entendre, couvrit la pique de l’ancêtre de Stillsun. Bouddha se retourna, et le Karma perça soudain le voile. La révélation brisa la tranquillité du Cœur du Dao de Destin Béni, déclenchant une tempête si violente qu’elle faillit désintégrer son avatar. Il se souvint enfin. Après toutes ces années, il comprit enfin la cause de son malaise persistant.
Le Pic du Progrès, l’Empereur de l’Homme ! Quelque chose clochait terriblement avec la Première Montagne.
Envoyer un avertissement se révéla vain. Ses pensées furent réduites en poussière cosmique, sa volonté érodée par la main cachée. Un milliard d’incarnations naquirent d’une seule pensée et se répandirent aux quatre coins du Cosmos. Chacune portait une graine de savoir tabou, dans une tentative désespérée de protéger la vérité. Une puissance implacable les balaya toutes, une puissance que seul Bouddha pouvait endurer.
« Quelque chose ne va pas ? » Un rire diabolique venu de sa gauche s’enfonça dans son cœur comme une nouvelle épine.
« Namo Amituofo », récita Destin Béni. En vain.
Un pilier écarlate jaillit à l’extrême sud du continent, réduisant au silence la tempête et les pensées vagabondes. Des barrières transcendantes se dressèrent le long du littoral pour protéger la région de cette acuité extrême, qui submergeait même les défenses du Système. Le Cosmos se figea, les eaux se figèrent, et le Cœur se figea.
La fenêtre d’opportunité s’était refermée. Comme prévu, les vieux amis cachés dans l’ombre avaient choisi de ne pas agir. Sortir de l’ombre maintenant ferait de vous une cible des Cieux et de la Terre. Ils avaient attendu si longtemps ; ils pouvaient patienter encore un peu. Destin Béni ferait de même. Ce qui devait arriver arriverait.
Et pourtant, il ne parvenait pas à se défaire de l’ombre qui pesait sur son cœur.
« Laondio Evrodok, que dois-je faire pour effacer cette ombre de mon Cœur ? »