Chapitre 1 420
Bien qu’ils fussent en deçà de ce qu’ils avaient obtenu dans les royaumes précédents, ils repartirent tout de même du Neuvième Jardin avec un butin respectable. Ogras avait prélevé divers matériaux accordés à la Vie sur les esprits qu’il avait massacrés, dont certains regorgeaient d’Essence de sang et d’intention bestiale — des matériaux de choix pour nourrir Verun.
Le véritable trésor, c’étaient les organes coralliens chargés de filtrer l’Essence de sang. Leurs tendons filiformes avaient accumulé une spiritualité extraordinairement dense après des millénaires à absorber du sang. Difficile de leur attribuer un rang, mais Zac estimait qu’ils équivalaient à des trésors naturels de qualité supérieure, de rang D intermédiaire. En réunissant les dizaines de tendons que contenait chaque gueule, on obtenait de quoi égaler un trésor de rang D supérieur.
Ces organes pouvaient servir à tout, de la création de bêtes au renforcement du corps, grâce à leur Énergie démoniaque intense, accordée à la Vie. Mais une meilleure option s’offrait à eux. Haro s’y intéressait énormément, au point que la Liane Fendeur-de-Ciel sortit enfin de sa torpeur. Zac avait eu du mal à garder l’Anneau du Monde de Haro scellé et à le protéger de l’aura du Bassin de l’Émergence.
Zac hésitait à donner les tendons tels quels à son compagnon sans les traiter au préalable, mais les traiter risquait de les rendre inutilisables. D’une certaine manière, c’était la puissance condensée du Bassin de l’Émergence que Zac cherchait à obtenir. En laissant la Liane Fendeur-de-Ciel dévorer les tendons, il pourrait peut-être provoquer une mutation bénéfique.
Les plantes spirituelles poussaient naturellement bien plus lentement que les bêtes, et à plus forte raison que les cultivateurs. Haro progressait déjà à un rythme effréné grâce à l’observation des Daos de Zac par le biais de la[Symbiose adaptative]et à son régime régulier de cadavres et de trésors naturels. Mais cela ne suffisait pas à suivre le rythme, et les moyens de compenser son retard étaient moins nombreux que pour les Esprits d’outil de Zac.
En s’appropriant une partie des caractéristiques du Neuvième Jardin, Haro pourrait progresser plus vite en dévorant ses ennemis. Quant aux tendons, ils absorbaient l’Essence de sang avec une efficacité remarquable. L’essentiel était d’éviter toute mutation indésirable et de tirer davantage parti des cadavres dont Haro se nourrissait.
S’approprier des caractéristiques du Neuvième Jardin réduirait inévitablement la longévité de Haro, même si l’expérience réussissait. Mais le futur Empereur des plantes avait de la marge. Surtout, Haro pourrait compenser cette perte en passant à des rangs supérieurs. Zac ne pouvait pas prendre cette décision à sa place, mais il soupçonnait la liane d’accepter volontiers le marché. Haro n’avait jamais oublié la mort de Vivi ni le prix de la faiblesse.
À en juger par la dissipation progressive de la spiritualité, Zac avait quelques mois pour se décider. Il leur restait sept autres jardins à visiter avant d’atteindre la Cour creuse, et de meilleures occasions pouvaient les y attendre — peut-être même des objets qui, absorbés avec les tendons, se compléteraient à merveille.
Avant cela, Zac et ses compagnons n’eurent d’autre choix que de subir la douloureuse opération consistant à exciser toutes les parties mutées apparues dans leurs corps. Si on les laissait en place, elles formeraient des tumeurs. Tandis que l’un de ses camps s’affairait à se torturer, l’autre moitié de Zac avait enfin regagné les quartiers extérieurs de la Citadelle, dans la Cour mercurielle.
« Celui-là devrait nous emmener tout près », dit Esmeralda en désignant un vent mémoriel à quelques dizaines de kilomètres.
Tous deux s’élancèrent avant que le vent ne change de place. Esmeralda voyait désormais un chemin, mais rien ne garantissait qu’il serait encore là s’ils tardaient trop. Le chœur des crieurs illusoires les accueillit dès qu’ils pénétrèrent dans le passé, et Zac repéra quelques véritables disciples parmi la foule de citadins conjurés.
Cette scène animée avait quelque chose de réconfortant. Les Disciples extérieurs arpentaient les rues de la Citadelle sans se presser. Zac estimait en son for intérieur qu’ils devraient se démener un peu plus, saisir les occasions avant qu’il ne soit trop tard, mais cette scène confirmait que la menace des envahisseurs corrompus restait circonscrite.
« Par ici », dit Esmeralda en l’entraînant le long de la rue commerçante jusqu’à une taverne.
Après avoir payé trois unités de Potentialité pour réserver une chambre pour la nuit, ils montèrent au deuxième étage. Zac ne jeta qu’un coup d’œil rapide à la pièce sommaire avant de refermer la porte derrière eux. Elle était immonde, mais heureusement, ils n’étaient pas là pour dormir. Esmeralda lui fit signe d’attendre dix secondes, puis hocha la tête en direction de la porte.
Il fallut tant de force brute pour ouvrir la porte que Zac craignit de voir toute la taverne s’effondrer. Quand elle céda enfin, il n’y avait de l’autre côté qu’un voile noir. C’était exactement comme le tonneau qui les avait conduits à la salle des Écritures, sauf qu’en le franchissant, ils débouchèrent dans une rue familière. Zac traversa un quartier silencieux, bordé de manoirs isolés, jusqu’à atteindre le sien.
Zac et Esmeralda avaient déjà établi un plan sommaire pour leur retour. Ils n’étaient pas pressés d’améliorer son statut pour en faire un Disciple intérieur. Bien des régions, comme l’Archipel des Pèlerines, n’étaient accessibles qu’aux Disciples extérieurs. De plus, Zac avait deux occasions liées à son destin inscrites sur son Insigne de disciple. Comme les occasions et les lieux de cultivation réservés aux Disciples intérieurs ciblaient principalement les monarques, mieux valait conserver encore un peu son statut de Disciple extérieur.
Avant de repartir, ils voulaient comprendre la situation actuelle de la Cour mercurielle. Aucun nouveau halo ne s’était allumé depuis les trois précédents, mais une bonne période avait dû s’écouler à l’intérieur. Par chance, Zac savait exactement à qui s’adresser. Il restait quelques personnes dans le quartier résidentiel qu’il brûlait d’envie de rencontrer.
« Maître Draom, vous voilà. » Un homme à l’allure érudite, chaussé de lunettes cerclées d’or, se leva précipitamment en voyant Zac entrer.
À en juger par la fine couche de poussière sur ses genoux, l’homme étudiait depuis un bon moment un texte de cultivation à l’apparence ancienne, à l’ombre de l’avant-toit.
« Et vous êtes ? » demanda Zac, bien qu’il connût déjà la réponse.
Malgré son allure plus raffinée que prévu, impossible de se méprendre sur les marques discrètes de richesse et l’éclat calculateur qui se dissimulait derrière son masque de noble. C’était un marchand.
« Je suis Yimin An, de la Maison marchande du Grand An », répondit le jeune homme en s’inclinant. « Nous tenons encore une fois à vous exprimer notre profonde gratitude de nous avoir offert cette occasion. »
« Eh bien, je ne l’ai pas fait gratuitement », répliqua Zac d’un ton appuyé. « Vous avez ce que vous m’aviez promis… »
Zac fut interrompu par l’ouverture de la porte du manoir intérieur, d’où sortirent deux hommes radicalement différents. L’un était assez massif pour rivaliser avec Billy, et son aura stable était celle d’un homme qui avait connu bien des batailles. La robe de Disciple-serviteur qu’il portait ne parvenait pas à dissimuler son statut de soldat d’élite. Zac s’y était attendu, mais fronça imperceptiblement les sourcils en remarquant l’emblème familier accroché à sa ceinture.
Le soldat que Zac avait rencontré dans la cour d’Astora portait le même. C’était celui-là même dont Descartes avait jeté le cadavre en pâture au pavillon. Les cadavres n’étaient que des illusions servant d’offrandes symboliques pour conclure la chasse, mais la salle de l’Exécution avait bien confirmé qu’Anton Eilin était mort sur l’île. Zac n’avait rien à voir avec sa mort, mais voir un deuxième membre de la Phalange de l’Arcane apparaître comme son suivant sentait les ennuis.
Le dernier homme était mince et dégingandé, et arrivait à peine à l’épaule de Zac. Pourtant, il dégageait inconsciemment une pression mentale qui le faisait paraître bien plus imposant. Cette pression pesant sur son esprit et son Cœur du Dao réveilla l’un des souvenirs d’Everit Draom. Elle n’était probablement pas intentionnelle.
C’était un effet secondaire de l’un des manuels de cultivation de la Magistrature impériale. Ce n’était qu’une fois l’art perfectionné que son utilisateur parvenait à se maîtriser. Même alors, la plupart ne s’en souciaient pas, car ce manuel était celui des interrogateurs de la Magistrature — ou de ses tortionnaires, comme on les appellerait dans une société civilisée. Des gens comme Everit étaient chargés de traquer les criminels, tandis que les interrogateurs avaient pour tâche d’arracher des réponses aux hérétiques comme aux cultivateurs endurcis.
« … m’aviez promis ? » acheva Zac. « Parfait, vous êtes tous là. Ça m’arrange. »
Le soldat sortit sans un mot un petit coffre de sa besace, tandis que le marchand tirait une bourse brodée de sa manche. Zac se serait attendu à ce que le collègue d’Everit proteste, mais il lui remit le paiement promis sans discuter. Il avait l’air sombre, mais c’était sans doute son expression naturelle.
Zac accepta les contenants avec un plaisir évident. C’était la principale raison de son retour. Il n’avait jamais oublié que le véritable paiement pour la vente de ses places de suivants devait encore lui être remis. Il savait qu’il allait faire des allers-retours pour préparer sa percée au rang D supérieur, et nul ne pouvait dire ce qui se passerait après qu’ils auraient volé la[Seconde Singularité]. Avec toutes les autres variables susceptibles de surgir, c’était peut-être sa seule chance de toucher son dû.
Le cœur battant d’impatience, il ouvrit le coffre. Le paiement de l’Armée impériale était un morceau de cuivre qui dégageait une aura si violente que Zac en eut les yeux larmoyants rien qu’en le regardant. Et cela malgré le sceau formé d’écritures dorées qui retenait l’objet, comme pour la[Porte de la Montagne Fuxi]. Zac hocha la tête, satisfait de voir que l’Armée impériale n’avait pas lésiné.
Sceller des objets de rang C pour pouvoir les ranger dans des Outils spatiaux était un vrai casse-tête, d’après Esmeralda. C’était pourquoi elle transportait ceux qu’il avait récupérés jusque-là. Kristvan Wendimar avait transmis une fleur de rang C à sa fille, mais son sceau n’avait tenu que quelques heures avant de commencer à défaire la poche spatiale dissimulée dans l’insigne du Clan Wendimar.
Le sceau du trésor accordé au Conflit pourrait probablement tenir une décennie sans problème, mais laisser un objet de rang C scellé aussi longtemps n’était pas une bonne idée. Rester dans un état scellé abîmait lentement sa spiritualité, aussi recourait-on rarement à cette méthode. Les objets de rang C et supérieur étaient soit conservés dans le Monde intérieur d’un Ancien, soit entreposés dans un trésor doté de Formations nourricières jusqu’à ce qu’on vienne les réclamer.
Les Outils spatiaux de rang C étaient aussi une possibilité. Mais à quoi bon ? Seuls les monarques pouvaient activer les Outils spatiaux de rang C, et ils disposaient de Mondes intérieurs pour mettre leurs objets en sécurité. Les Anneaux spatiaux de rang C servaient surtout à transporter des artefacts gigantesques ou à réaliser des échanges en gros.
« Combien de temps ai-je été absent ? Cet endroit a tendance à brouiller les perceptions », demanda Zac en passant au contenant suivant.
L’interrogateur avait apporté une pierre qui semblait dépourvue de toute affinité. Plus précisément, sa spiritualité était répartie uniformément de manière à correspondre au Cosmos. Au premier regard, elle n’avait rien de remarquable, mais la contempler manqua faire plier le genou de Zac sous un poids intangible.
Dénué d’affinité et d’apparence modeste, l’objet valait en réalité plus que le trésor accordé au Conflit. Esmeralda avait joué sur la fierté de la Magistrature impériale. Ils ne pouvaient pas surenchérir sur les marchands outrageusement riches du Grand An, mais ils auraient préféré mourir plutôt que de laisser l’armée les battre dans la course à une place.
Cette pierre était un objet de soutien qui pouvait améliorer les résultats lors du passage à la Monarchie. La placer dans le monde nouvellement formé alourdirait celui-ci et renforcerait son attraction sur la Mer cosmique. Tous les cultivateurs voudraient s’en servir, et sa valeur était décuplée pour un Mortel. Le hic, c’était qu’il fallait disposer d’un proto-espace suffisamment stable pour l’accueillir. C’était précisément le rôle de la Fleur spatiale de Kristvan Wendimar.
« Quarante-deux mois se sont écoulés depuis vos exploits héroïques dans l’Archipel des Pèlerines », annonça Yimin An.
« J’ai donc perdu autant de temps en retraite ? Il va falloir que je mette les bouchées doubles pour rattraper mon retard », marmonna Zac avant de regarder le marchand du Grand An, un sourcil levé.
« Je vous serais très reconnaissant si le jeune maître acceptait de m’accorder un entretien privé », dit le marchand avec un sourire avenant, mais dépourvu de la moindre émotion.
« Difficile de refuser quand vous le formulez ainsi », répondit Zac avec un sourire tout aussi faux, puis il conduisit le marchand dans une dépendance.
Outre l’objet de rang C accordé à la Mort qu’on lui avait promis, la bourse contenait douze trésors naturels de rang D supérieur, soigneusement rangés — quatre pour chacun de ses Daos. Ces objets, de premier ordre et adaptés à la Formation du Noyau, ne figuraient pas dans l’accord initial. La guilde avait bien fait ses devoirs : elle savait exactement ce dont il avait besoin. Ses membres avaient probablement enquêté sur les objets qu’il avait échangés au bazar.
Un clan marchand ne distribuait pas d’argent sans raison ; le Grand An attendait donc quelque chose de lui. Zac était tout à fait disposé à rendre la pareille. Ses trois suivants représentaient des factions aux coffres bien garnis, et s’il était revenu, c’était en partie pour voir s’il pouvait obtenir d’autres avantages. Il pouvait sans aucun doute acheter les objets dont il avait besoin sur les marchés, mais tout ce qu’il recevait du trio lui permettait d’économiser de la Potentialité ou du Mérite impérial.
« C’est tout ? » demanda Zac une minute plus tard. « Il suffit que je parle de votre consortium devant la princesse ? Je n’ai pas besoin de conclure un accord ou quoi que ce soit ? »
« Une simple mention suffira, c’est tout ce que demandent mes aînés », confirma Yimin.
« La cote d’Astora a dû grimper après que le descendant des Belial s’est fait tuer. Et quand elle prendra du galon dans son clan, elle pourrait avoir besoin d’alliés qui ne soient pas trop impliqués dans les intrigues politiques ni dans les autres branches de sa famille », réfléchit Zac en observant la réaction de Yimin. « Elle se souviendra peut-être alors de mes paroles — celles de quelqu’un qui l’a aidée à consolider sa position. »
« La Matriarche a simplement souhaité tendre un rameau d’olivier après avoir été témoin du courageux commandement de la princesse Theomore aux Docks de la Transformation », déclara Yimin.
« Très bien, je parlerai du Grand An la prochaine fois que nous nous verrons », promit Zac.
Les deux autres suivants traînaient encore dans les parages lorsqu’il revint. « J’ai oublié, déjà, qui êtes-vous ? »
« Doklos, de la Phalange de l’Arcane », répondit le soldat, confirmant les soupçons de Zac.
« Severus », se présenta l’interrogateur maigrelet. « Nous aussi, nous devons vous parler. »
Zac ravala sa fierté et prit un air préoccupé. « Bien sûr, si les astres s’alignent. Mon emploi du temps est chargé et notre séjour ici est limité. »
Le soldat ricana, mais il n’était manifestement pas de ces soldats rigides régis par les règles et l’honneur. Il sortit une autre bourse qui contenait deux trésors naturels de rang D supérieur imprégnés de Conflit. L’offrande faisait pâle figure à côté de celle du marchand, mais sa demande était tout aussi simple.
Le soldat voulait surtout des éclaircissements sur ce qui était arrivé à son camarade sur l’île de Sevona. Zac lui raconta ce qu’il savait, ce qui n’était pas grand-chose. Il n’avait croisé Anton Eilin ni durant son périple dans l’archipel ni sur l’île de Sevona. Il ignorait même qu’il avait participé à la chasse avant de voir son cadavre.
Doklos lui demanda également des renseignements sur les envahisseurs, puis acheta son Anneau sigillaire en échange d’un autre trésor naturel. Pour Zac, c’était une excellente affaire : son identité de membre de la Guilde des Explorateurs ne lui était plus utile. Les matériaux accordés au Conflit fournis par l’Armée impériale étaient de premier ordre, et son Dao du Conflit était celui pour lequel il était le plus difficile de trouver des matériaux.
« Et vous ? » demanda Zac en se tournant vers le dernier suivant.
« Désolé, je n’ai pas de pot-de-vin », répondit l’interrogateur avant de lui lancer une Jade d’information. « Je me suis dit que cela vous serait davantage utile. »
« Qu’est-ce qui me serait plus utile que de l’argent gratuit ? » ricana Zac en parcourant le contenu. « Hein. Des primes ? »
« Quelques Porteurs de sceau ont profité du chaos aux Docks de la Transformation pour s’enrichir », expliqua Severus, les yeux brûlants de colère.
« Si c’est à propos de mes quelques… »
« Rien à voir avec vous. Vous avez peut-être dépassé les bornes, mais vous êtes resté dans la légalité. Ces ordures ont assassiné d’autres Porteurs de sceau ou se sont jointes aux envahisseurs pour massacrer des familles aux Docks de la Transformation. Elles pensaient pouvoir dissimuler leurs actes ou les faire porter à leurs doubles, mais elles ont surestimé leurs capacités », expliqua Severus.
« La Cour mercurielle a décidé de ne pas intervenir, sous prétexte que les crimes ont été commis hors de son territoire. Elle considère chaque Porteur de sceau comme un porteur de destin et laissera donc le destin suivre son cours. La Magistrature, toutefois, se servira de ces criminels pour rappeler que nul n’est au-dessus des lois. »
« Depuis quand ? » ricana Doklos.
Severus lança un regard cinglant au soldat, puis poursuivit : « Le duc Grand Rêve nous a autorisés à accomplir notre devoir dans la Citadelle. Il y a cinq cibles. Si vous en traduisez deux en justice, nous vous fournirons l’objet que vous vouliez au départ. »
« Vraiment ? » répondit Zac, les yeux qui s’enflammaient tandis qu’il fixait la Jade d’information.
Il devina sans mal de quel objet parlait Severus. Comme le Grand An et l’armée lui avaient fourni respectivement des trésors de rang C liés à la Mort et au Conflit, Zac avait tenté d’obtenir un objet accordé à la Vie auprès de la Magistrature impériale. Elle avait refusé, Everit Draom n’ayant jamais manifesté d’affinité pour le Dao de la Vie, et lui avait plutôt remis le trésor de soutien.
« Sont-ils déjà arrivés ? Comment récupérer les primes ? » demanda Zac.
Les trésors de rang C adaptés aux Mondes intérieurs étaient bien plus rares que ceux utilisables lors de la Formation du Noyau. Leurs exigences étaient extrêmement strictes, puisque même les Mortels comptaient principalement sur la matière tirée de la Mer cosmique pour former leurs Mondes intérieurs. Zac n’avait aucune idée de l’endroit où chercher un tel objet après avoir quitté l’épreuve. Le récupérer dès maintenant et compléter son équipement serait une aubaine.
Surtout pour une mission aussi facile. Une seule des cinq cibles mentionnées inspirait de la méfiance à Zac. Il était sûr de pouvoir éliminer les quatre autres sans difficulté particulière.
« Trois ont été aperçus dans la salle du Mérite, mais leur emplacement actuel est inconnu », dit Severus en jetant un coup d’œil au soldat. « Vous devriez savoir que vous n’êtes pas le seul à pouvoir les traduire en justice. La princesse Theomore et ses suivants y sont autorisés, tout comme l’Armée impériale. »
« Vous connaissez mes états de service. Et si vous me versiez un acompte ? » demanda Zac avec un sourire en coin.
« Je n’ai pas l’objet. Il est entre les mains d’une aînée qui tient un étal au marché. Si vous menez la mission à bien, vous pourrez lui apporter directement leurs têtes », répondit l’interrogateur, avant d’ajouter avec une lueur sinistre dans les yeux : « Vous aurez sans doute droit à une prime si vous les ramenez vivants. »
« Je garderai l’œil ouvert », promit Zac.
Zac passa les minutes suivantes à se renseigner sur les allées et venues de la Cour mercurielle. Il n’y avait pas grand-chose à raconter. Après quelques mois d’affrontements clandestins entre envahisseurs et disciples avides de mérite, le calme était revenu. La menace n’avait pas complètement disparu, mais les envahisseurs s’étaient enfoncés plus profondément dans la clandestinité.
Autre information inattendue : l’Océan Peregrine s’était calmé. D’abord, les Disciples intérieurs pouvaient désormais s’aventurer plus loin dans ses eaux peu profondes, à la recherche d’occasions. Ensuite, la traversée était apparemment devenue plus facile pour les Porteurs de sceau restants. Cinq ans seulement s’étaient écoulés, et l’île comptait déjà plus d’une centaine de Porteurs de sceau confirmés.
Zac ne les enviait pas. Malgré ses dangers, la traversée lui avait apporté des avantages considérables. Raccourcir ce voyage se traduirait forcément par des récompenses moindres. Malheureusement, il n’y avait toujours aucune trace de Janos, ni de Kaltosa Lu, d’ailleurs. Quelqu’un le cherchait manifestement, car une prime avait été offerte pour toute personne correspondant à la description de l’Élémentaire centigrade. Zac supposa qu’Astora cherchait le[Sceau du Saisisseur de destin]sans faire de vagues.
« Enfin bref, je ne reviendrai pas souvent ici d’ici la fin de notre séjour », dit Zac une fois qu’il eut obtenu tous les renseignements dont il avait besoin. « Il y a trop de bonnes choses à faire ici pour rester enfermé. Vous pouvez rester ou partir, comme bon vous semble. Je n’ai prévu ni arrangements ni consignes pour vous. Sur ce, notre Karma est réglé. »
Libéré de tout lien et les poches bien remplies, Zac s’en alla sans ajouter un mot.