Chapitre 1 398
« La marque de traçage a été détruite avec son monde illusoire. On peut toujours la suivre grâce à l’énergie implantée, sauf que… » dit Jimok en fronçant les sourcils.
« Avec l’Île Lodge en pleine mutation, les interférences sont trop importantes. » Royce grimaça en luttant péniblement pour reprendre le contrôle de son corps. « Laisse tomber. Préviens les autres, au cas où. Quels sont les dégâts ? »
« Le chevauchement est incomplet et instable, répondit Jimok. Sans la balise, on ne peut fonctionner qu’à capacité minimale — et encore, après les réparations. Pire, on dirait que le deuxième rituel a complètement échoué, détruisant tout le nœud. »
« On savait qu’il y aurait des imprévus », marmonna Royce, les entrailles encore en pleine tourmente.
Il avait eu de la chance que sa « maîtresse de guilde » ait choisi la prudence. L’espace d’un instant, elle avait semblé prête à jeter toute précaution par-dessus bord, et Royce n’avait plus assez d’énergie pour encaisser le dernier baroud d’honneur d’une Monarque. Il avait déjà été contraint de lever une restriction sur[Premier Sceau] — un choix qui entraînait invariablement de graves conséquences.
« Et les trois autres ? » demanda Royce.
« Deux ont été activés avec succès. Le Cinquième Locus aura besoin d’une heure de plus pour se synchroniser. Aucun problème n’a été signalé, et ils devraient avoir redoublé de vigilance après nos mésaventures. »
« Ça suffit pour lever le rideau ? »
« Oui, même si le chemin sera cahoteux », confirma Jimok.
« Jusqu’où dois-je détailler mon rapport ? » demanda Jimok après une hésitation.
« Dis simplement qu’il y avait une taupe », répondit Royce. Après une brève pause, il ajouta : « Non, envoie tous les détails à Descartes. On ne pourra pas gérer les conséquences s’il découvre qu’on lui a caché une proie de valeur. »
« Descartes… » marmonna Jimok avec appréhension. « Je m’en occupe. Il devrait avoir terminé avec le premier Porteur de sceau, à présent. »
« Incapables, tous autant qu’ils sont », cracha Descartes en voyant le pilier instable s’éteindre et s’effondrer au loin. « C’est là que tu te caches ? »
Une lame brisée se planta dans le dos de Descartes dès qu’il eut le malheur de se déconcentrer. Elle canalisait le désespoir et les réserves cachées d’un mourant pour lui transpercer le cœur. Des éclairs d’épée déchaînés lui lacérèrent le corps tandis que la lame se divisait en un millier de fragments, pour infliger un maximum de dégâts. Descartes renifla, et un grondement profond monta des tréfonds de son âme.
Les lames volèrent en éclats, le Dao étranger fut étranglé, et un gargouillis humide sous le pied de Descartes marqua la fin de sa cible. La plaie perforante et les lacérations internes avaient tout bonnement disparu, comme si elles n’avaient été qu’un mauvais rêve.
Les six lames brisées éparpillées dans la clairière s’effacèrent tandis que la lumière dans l’œil de l’étranger s’éteignait. Descartes sentit le Destin impérial affluer dans son Sceau du Saisisseur de destin, mais il réduisit tout de même le cadavre en bouillie d’un coup de pied. Ces étrangers avaient plus d’un tour dans leur sac ; mieux valait ne prendre aucun risque. Alors qu’il en finissait, un jeton flottant au fond de son[Premier Sceau]se mit à vibrer.
« Hmm ? » fit Descartes après avoir déchiffré les informations transmises par le réseau du Don de la Première Ère. « Encore un ? »
Son regard passa du pilier brisé à la tempête de sable qui commençait à empiéter sur la brume au centre de l’île. Après une brève hésitation, Descartes se lança vers la tempête. Il répugnait à abandonner sa chasse, mais ce n’était qu’un léger détour. Ils ne se dirigeaient pas tous vers le même endroit ?
La réticence et la confusion emplirent les yeux de Zorm tandis que leur dernière lueur s’éteignait. Dans le même temps, le rouge s’intensifia sur le parchemin de[Fin du désespoir], signalant qu’une âme de plus avait rejoint le cycle de la réincarnation. Le Monde intérieur de Zorm Hastor s’était fendu en deux, et son âme, déjà instable, s’était effondrée sous le contrecoup.
Zac décocha tout de même un autre coup à la tête du Monarque mort, par précaution. Un troisième le réduisit en bouillie sanglante, à l’exception d’un[Sac mercuriel]de rang D supérieur, d’une armure de rang D qui avait failli céder lors de l’explosion de l’autel et de l’un des yeux de Zorm. Zac les rangea tous avant que les turbulences spatiales grandissantes ne les emportent.
Le combat contre Zorm Hastor avait duré moins de deux minutes, mais on ne pouvait qualifier la victoire ni de facile ni d’indolore. Zac et Idiche n’avaient pas perdu leur temps pendant les heures d’attente nécessaires à la réalisation du plan d’Esmeralda. Idiche lui avait raconté tout ce qu’elle savait sur la Société Hastor et Zorm lui-même. Tous les membres du Clan Hastor suivaient une voie unique appelée Ascendance illusoire, assez proche, en réalité, de la[Conformation de la Suprématie]de son côté humain.
Ils tissaient et nourrissaient sans cesse un lien avec un ancêtre imaginaire, au point de pouvoir puiser dans sa force comme dans la lignée d’une bête. Cette méthode se distinguait de la compétence de Zac en ce qu’elle accordait un renforcement permanent qui touchait tous les aspects de leur cultivation. Elle permettait à leur famille de tirer parti de toutes sortes d’êtres mythologiques puissants. Dans le cas de Zorm, il s’agissait du géant borgne dont la simple présence rendait l’[Œil de la Désolation]presque inutile.
L’avantage de cette méthode était qu’elle conférait une puissance réelle et permanente. Même le talent pouvait s’améliorer peu à peu en nourrissant la lignée de ces êtres anciens. Son défaut, c’était que le Clan Hastor n’avait réussi à imaginer que quatre ancêtres capables d’apporter des avantages concrets à la cultivation. D’après Idiche, ils s’inspiraient tous d’Existences innées ayant réellement vécu au début de l’Ère.
Ces Primordial étaient puissants, mais simples, et comptaient généralement sur leur force brute au combat. Ce n’était pas forcément que ces races manquaient d’intelligence ; c’était plutôt le fruit de leur époque. Le Dao était fragmenté et toute énergie extrêmement chaotique, ce qui ne se prêtait ni à une cultivation subtile ni à des voies raffinées. Comme les descendants du Clan Hastor devaient imiter leurs ancêtres adoptifs, ils avaient fini par devenir de véritables brutes.
Même Zorm, l’un des descendants les plus talentueux de sa génération, se battait comme Zac avant que celui-ci ne commence à approfondir les techniques. Il comptait sur son endurance et sa force brute pour vaincre ses adversaires, et puiser dans la Corruption n’avait fait que rendre ses gestes plus prévisibles. L’Ascendance illusoire était une voie qui accélérait la progression, mais limitait le potentiel maximal — ce qui expliquait comment le Clan Hastor parvenait à former un flot régulier de cultivateurs de rang intermédiaire au sein de la Cour mercurielle.
Zac n’avait jamais sous-estimé cette voie, et à juste titre. Il avait su que l’attaque finale de Zorm allait venir, et elle manquait totalement de finesse. Pourtant, sa technique renforcée par le Vide ne lui avait pas permis d’esquiver le coup. La puissance écrasante de l’attaque avait forcé les voies secrètes du Vide à se refermer.
Ses défenses n’avaient pas mieux résisté qu’une feuille de papier à l’effleurement de l’attaque, et le moignon sanglant juste sous son épaule gauche prouvait que son corps n’était pas assez bien trempé pour encaisser le coup de plein fouet.
Heureusement, perdre un ou deux membres ne pouvait plus être considéré comme une blessure invalidante à ce stade. Un nouveau bras repoussait déjà de lui-même, sans qu’il ait besoin de puiser dans l’Énergie de Création. Le processus était lent, mais s’accélérerait une fois qu’il aurait purgé l’énergie restante logée dans la cicatrice. Zac n’était pas pressé de hâter les choses.
Ce qu’il restait de l’énergie primordiale de Zorm et de son Dao hostile entretenait l’antique Intention meurtrière, permettant à Zac d’en extraire quelques filaments supplémentaires purifiés. Affronter Zorm seul s’était déjà révélé plus de deux fois plus efficace que de s’occuper de toute la meute de drakes, et le processus se poursuivait.
Zac n’aurait rien souhaité de plus que de se retirer quelque part pour soigner ses blessures et méditer sur ses découvertes. Cela devrait attendre. Une Déchirure spatiale s’était élargie devant lui, assez pour qu’il puisse s’y glisser, et il s’y faufila sous le couvert des dernières traces de l’[Œil de la Désolation]. Il ne put retenir un élan de triomphe en découvrant le spectacle désolé du Monde intérieur de Zorm en train de s’effondrer.
Il l’avait fait. Il avait tué un Monarque en duel. Certes, Zorm subissait un puissant contrecoup et souffrait d’une asymétrie de l’information, mais Zac avait lui aussi eu son lot de problèmes. Il avait dû déployer des efforts considérables pour contenir les cinq lieutenants de Zorm. Quelques envahisseurs avaient également tenté de pénétrer dans son domaine, jusqu’à ce que les coups de poing aléatoires de Zorm les obligent à battre en retraite.
Zac avait même manipulé les cinq lieutenants tandis qu’ils résistaient à la chaîne sans fin de l’[Œil de la Désolation], les déplaçant au gré de son véritable combat. Il avait ainsi emprunté la force de Zorm pour les tuer tous les cinq d’un seul coup, s’épargnant des efforts supplémentaires. Cela lui avait aussi permis d’explorer le Monde intérieur de Zorm avant qu’il ne s’effondre complètement et que son énergie ne retourne à la Mer spirituelle.
Un voile de décrépitude et de Corruption l’attendait de l’autre côté du tunnel spatial. En dessous s’étendaient les fragments brisés d’un petit monde, qui dégageaient les énergies brutes et primordiales du début de l’Ère — sans doute le résultat de la cultivation de l’Ascendance illusoire. La cohésion spatiale du royaume se désagrégeait, signe que ce sous-espace ne tarderait pas à disparaître.
Fendre le cœur du petit continent avec une[Fin du désespoir]renforcée par le Vide avait naturellement précipité l’effondrement, mais les fragments portaient déjà des marques de dégâts. Le monde ne semblait pas entièrement stabilisé. Il n’avait pas eu assez de temps pour se consolider depuis la percée, ce qui le rendait bien plus fragile que celui d’un Monarque chevronné.
Des veines de Corruption imprégnaient aussi tout le continent et s’épaississaient autour du pic montagneux solitaire dressé au centre du Monde intérieur. Cette fusion allait bien au-delà de ce qu’on pouvait expliquer par le recours à l’énergie de l’Ère perdue pour tenter de renverser la situation au dernier moment. Ce Zorm Hastor venait clairement de l’autre côté, et il avait cultivé avec l’aide de la Corruption depuis le début.
Zac avait surgi au cœur du royaume. Il fonça droit vers la montagne, évitant de justesse les violentes traînées de Corruption qui s’échappaient de ses nombreuses fissures. Zorm n’avait pas eu le temps d’aménager son Monde intérieur. Il n’y avait ni bâtiments ni formations ; Zac brava donc la Corruption qui s’en déversait pour se précipiter dans l’unique véritable entrée de la montagne.
À l’intérieur s’étendait une vaste Grotte de cultivation, assez grande pour abriter un petit clan. Zac balaya les passages accessibles avec son Sens de l’âme et disparut en un éclair. Il réapparut devant deux corps sans vie, dans un quartier résidentiel. L’un ressemblait trait pour trait à Zorm ; l’autre était une jeune femme dont la cultivation avait atteint le début du rang D.
Le clone était l’avatar que Zorm utilisait pour gérer ses affaires et cultiver dans son Monde intérieur. Il s’agissait davantage d’une marionnette que d’un être autonome, et il était mort à l’instant même où l’âme de Zorm avait péri. La femme présentait les signes d’un poison spirituel qui lui avait complètement effacé l’âme. À en juger par son expression paisible, elle l’avait ingéré de son plein gré. Tel était le sort de ceux qui vivaient dans les Mondes intérieurs. Leur vie et leur mort étaient directement liées au Monarque qui les abritait.
Zac fouilla les deux corps et la demeure, mais ne trouva aucun indice de ce qu’il cherchait : des ordres venus de l’autre côté ou quoi que ce soit qui puisse lui révéler leurs intentions. Les sosies ne semblaient avoir consigné aucune information sur leur dimension d’origine. À quoi bon ? Les cultivateurs avaient une mémoire presque eidétique et n’oubliaient pas les informations essentielles.
Refusant de renoncer, Zac activa la[Zone du Vide]au maximum avant d’entrer dans la salle qui était à l’origine du Dao du Plan perdu. Il y régnait un niveau de Corruption égal à celui du cœur d’une zone corrompue, et Zac sentit ses pensées s’égarer à mesure qu’il avançait. Poussant la[Pureté du Vide]et l’[Immutabilité d’Eoz]à leurs limites, il inspecta le puits au centre de la salle.
Au lieu d’être une porte vers le Plan perdu ou une composante intégrante de la cultivation de Zorm, l’énergie malveillante du Plan perdu était traitée comme une source d’énergie extérieure. Une formation avait été installée autour du rebord, où subsistaient quelques traces de Foi impériale. Le sceau avait été brisé pour puiser dans la puissance du puits, mais Zac avait également repéré plus tôt des signes d’infiltration dans tout le Monde intérieur.
Zac soupçonnait que le dispositif fonctionnait comme la prison des Vestiges. Il avait lentement extrait et raffiné leur énergie afin de renforcer sa cultivation. La formation de ce puits ne semblait pas capable d’éliminer la Corruption. Tout au plus veillait-elle à ce que l’infusion reste à un niveau gérable. La Corruption était donc devenue une composante essentielle des fondations de Zorm, et l’en retirer entièrement aurait probablement provoqué l’effondrement de sa cultivation.
Une lueur au fond du puits incita Zac à y envoyer quelques chaînes. Quelques instants plus tard, elles remontèrent quatre cristaux de la taille de sa tête : des cristaux de Corruption pseudo-rang C. L’esprit de Zac se mit à tourner, et même la[Zone du Vide]ne parvint pas à faire taire les voix. Il scella et rangea rapidement les cristaux, puis détacha les maillons contaminés du[Lien d’amour].
Zac n’en pouvait plus et se précipita dans les salles communes. Sa fouille n’avait duré que quelques secondes ; il décida donc de continuer. Esmeralda avait de quoi le contacter si la situation devenait désespérée de son côté. Une odeur de sang venait d’un couloir latéral, et Zac haussa les sourcils en apercevant les morceaux de plusieurs Empereurs des bêtes de rang inférieur au rang D.
Une formation tribale drainait l’énergie charnelle des morceaux, et une pilule à moitié formée, pleine d’Énergie démoniaque instable, se trouvait au centre. Elle s’effondra lorsque la salle fut perturbée, libérant son énergie dans l’air. Zac s’en souciait peu. Ce qui l’intéressait davantage, c’était la formation elle-même, et il fut ravi de constater qu’il pouvait la démonter sans difficulté.
Toute formation de rang C avait une immense valeur, et celle-ci pourrait réellement servir à la cultivation de Zac. Vu les morceaux de corps éparpillés dans la grotte, elle pouvait sans doute raffiner des pilules démoniaques à partir de presque n’importe quel Empereur des bêtes. Il n’avait pas besoin d’attendre d’avoir formé son propre Monde intérieur pour en tirer profit. En attendant, il pourrait l’installer chez lui, sur Terre, ou à bord de l’Yphelion.
La formation n’était qu’un bonus appréciable, et son objectif — trouver des indices — s’estompait à mesure qu’il fouillait les autres salles, tel un essaim de sauterelles. Malheureusement, le bilan final était plutôt décevant. Zorm ne possédait aucun Trésor spatial, à part un[Sac mercuriel]de rang D supérieur, et les ressources entreposées dans son Monde intérieur étaient bien loin d’égaler la collection de Zac.
Zorm avait dû vider ses coffres pour accéder à la Monarchie. Le reste avait servi à mettre en place des lignes de production et ses salles privées de cultivation. Outre la salle des pilules démoniaques, quatre autres salles troglodytiques étaient conçues pour raffiner lentement des ressources de cultivation de rang C. Comme Zorm avait progressé récemment, aucune ressource n’était prête à être récupérée par Zac.
Un grondement rappela à Zac qu’il était temps de partir. Il n’y avait rien d’autre à signaler, et il avait mémorisé les runes endommagées autour du puits de Corruption. Si Zorm avait caché une méthode de dernier recours pour échapper à la mort, elle était dissimulée trop profondément pour que Zac la trouve dans le peu de temps dont il disposait. Ce ne serait pas la fin du monde s’il passait à côté de quelque chose.
Le jeton n’avait pas actualisé sa contribution depuis qu’il avait posé le pied sur l’île, mais ce qu’ils avaient accompli jusque-là devait valoir une belle somme. Si Zorm avait vraiment préparé une méthode de survie unique, sa force tomberait au point de le rendre insignifiant.
À la sortie de Zac de la montagne, des pans entiers du continent étaient déjà engloutis par des trous dans le sous-espace. Fait intéressant, ces passages rejetaient la corrosion du Plan perdu, empêchant la souillure de se mêler au cosmos. La libération de toute cette Corruption incrustée entraîna une hausse rapide de la concentration ambiante de Dao mort, et Zac s’échappa pour rejoindre les deux pics.
Les compétences de Zac s’étaient désactivées pendant sa brève exploration, et il découvrit enfin la vallée sans entraves, pour la première fois depuis le début du combat. Il remarqua d’abord que l’humidité avait augmenté. Le ciel était de nouveau couvert, et les premières gouttes de pluie tombaient. Seules les dernières traces du cercle magique, englouti par les nuages, retenaient encore le déluge.
Sevona reprenait possession de toute la montagne, et l’invasion du Plan perdu avait été repoussée au fond de la faille nouvellement formée. Même l’énergie qui s’échappait du Monde intérieur de Zorm était refoulée vers le bas et venait alimenter la mare d’un noir d’encre formée au fond. Sa simple vue fit frissonner Zac, qui détourna aussitôt les yeux.
Il n’y avait ni cadavres ni combats acharnés. Pourtant, une tension palpable flottait dans l’air. Zac rassembla ses esprits et rejoignit Idiche en volant, jetant un coup d’œil à l’énorme bulle devant elle. C’était un mélange opaque d’illusions et d’énergie spatiale teinté par la mort. Zac ne voyait pas ce qu’elle contenait, mais les violentes fluctuations indiquaient que quelque chose tentait d’en sortir.
« Enfin ! Tu aurais pu me prévenir que tu allais lâcher cette brute dans la vallée. Je me suis pris un coup en traître comme tous les autres », lança Idiche, meurtrie et le visage plein de reproches.
« Désolé, je n’ai pas eu le temps », s’excusa Zac en regardant la sphère avec surprise. « Tu as piégé l’autre Monarque ? »
Idiche hocha la tête. « Ton crapaud s’en occupe de l’intérieur, mais on est sur le point d’être submergés. »
« Je ne suis pas sûr d’être en état de m’occuper d’un autre », dit Zac, impuissant, en agitant ce qui lui restait du bras gauche. À vrai dire, son bras droit n’était pas en très bon état non plus après avoir encaissé l’attaque oculaire, même s’il avait dépensé un peu d’Énergie de Création pour le réparer en urgence pendant le combat.
« Personne ne s’attend à ce que tu t’en charges. La région intérieure est en train de changer. On devrait pouvoir le semer là-dedans », répondit rapidement Idiche. « Mais d’abord, il nous faut la clé, et toi seul peux la récupérer. »
« Ne me dis pas que… » La question de Zac trouva sa réponse lorsqu’un éclat de lumière transperça la mer de Corruption agitée, piégée dans la fissure.
Zac distingua vaguement un poignard familier fiché dans le sol avant que les eaux souillées ne le recouvrent à nouveau. C’était exactement le même poignard que les membres de l’expédition de Sevona avaient utilisé pour localiser la loge ; on pouvait donc bien l’appeler une clé. Zac soupira, résigné, et débarrassa la[Pureté du Vide]de sa Corruption. Elle serait de nouveau remplie bien assez tôt.