Chapitre 1 395
« Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Zac en insistant devant l’expression tourmentée d’Idiche. « J’espère que tu ne me caches rien. Ça pourrait être une question de vie ou de mort. »
« Ce n’est pas que je te cache quelque chose… C’est juste que je ne sais pas ! » répondit Idiche, exaspérée. « Quand je rêve, je vois des images. Certaines viennent du futur, ou du moins d’un avenir possible. J’ai rêvé de tes chaînes avant notre rencontre. Pourquoi aurais-je accepté une histoire aussi invraisemblable racontée par un parfait inconnu, sinon ? Tu n’es pas si convaincant. »
Zac ignora la pique et s’intéressa à l’essentiel. « Et tu as rêvé de cette montagne ? Quand ? »
« Avant même qu’on quitte la Crique des aventuriers. Il y a une clé dans la fissure. Je ne sais pas ce qu’elle ouvre, mais je dirais sans trop m’avancer que c’est lié au pavillon », répondit Idiche.
« Tu as vu autre chose ? » demanda Zac.
« Non. C’est tout », mentit Idiche sans la moindre ambiguïté.
Esmeralda intervint avant que Zac puisse insister pour obtenir une vraie réponse. « Chut ! Il y a quelqu’un ! »
Zac se tourna vers la sortie. Suivant le regard d’Esmeralda, il distingua vaguement cinq points au loin. Le groupe bravait la pluie et descendait d’une montagne voisine. Il se dirigeait vers la même montagne que le groupe de Zac. Et l’un de ses membres dégageait un panache constant de Corruption qui lui servait de parapluie contre les trombes d’eau.
Cinq, c’était parfait. Un nombre tout à fait gérable, surtout si Idiche pouvait en retenir un ou deux pendant que Zac s’occupait des autres. Le problème, c’était qu’ils se trouvaient à deux montagnes de là et s’apprêtaient à traverser un terrain découvert pour rejoindre le pic jumeau isolé. Un combat serait visible depuis six montagnes différentes, la leur comprise.
« Approchons-nous d’abord. On attaquera si une occasion se présente. Sinon, on les suivra », dit Zac en se tournant vers Idiche. « Les techniques de dissimulation d’Esmeralda sont plus efficaces sur une petite zone. Tu peux te dissimuler ? »
« Aucun problème », répondit Idiche, qui disparut aussitôt.
Zac essaya de la détecter par différents moyens, mais ne sentit rien. Idiche avait complètement effacé sa présence. Pas étonnant qu’elle ait même réussi à tromper Esmeralda l’autre jour. Celle-ci croassa, agacée par le souvenir de s’être fait avoir. Un miroitement spatial autour de Zac confirma qu’elle avait activé sa compétence.
« Suivez-moi », dit Zac en tendant une chaîne pour relier les deux personnes invisibles.
Zac avança aussi vite qu’il l’osait dans cet environnement instable, en gardant un cap qui leur permettrait de tendre une embuscade aux intrus juste avant qu’ils atteignent les pics jumeaux. Comme Esmeralda l’avait dit, d’immenses quantités d’énergie s’étaient accumulées dans la vallée de la chaîne montagneuse. Avec la pluie qui provoquait des rêves, Zac devait rester constamment sur ses gardes pour ne pas sombrer dans le sommeil. Il invoqua même son Idole du Porte-Guerre pour garder l’esprit alerte.
Malheureusement, ses efforts ne suffirent pas. Ses cibles ne se souciaient pas de se faire repérer, et le parapluie de Corruption leur permit de foncer à travers la vallée. Zac ne put que les regarder disparaître au détour d’un col, impuissant et à plus de dix minutes de distance. Quand ils les rattrapèrent, les intrus avaient disparu.
« Leurs traces s’arrêtent net dès qu’ils posent le pied sur la montagne », constata Esmeralda, perplexe. « Je ne détecte ni tunnel spatial résiduel ni royaume des rêves. »
« Il y a un puissant rêve plus haut », dit la voix d’Idiche, surgie de nulle part.
Zac s’engagea prudemment sur un sentier de montagne, prêt à devenir lui-même la cible d’une embuscade. Il inspecta chaque fissure et chaque ravin à la recherche d’intrus cachés. Il n’y avait rien, et ils finirent par trouver ce qu’Idiche avait senti. On aurait dit que toute la montagne était protégée par une sorte de Formation protectrice de ville, faite d’Énergie illusoire à l’état pur.
Il n’y avait ni faille ni fluctuation instable à exploiter. Pour gravir la montagne, il leur faudrait traverser cette puissante illusion. Zac avait déjà rencontré des dispositifs similaires, à l’époque de la Chasse du trigramme oriental. Quelques palais bâtis sur les sommets étaient protégés par des barrières d’illusion. Zac les avait surmontées à force d’acharnement et en se blessant lui-même.
Ce n’était pas une option aujourd’hui. Il devenait évident que la montagne était l’un des yeux spirituels de l’île et pouvait puiser librement dans ses vastes réserves d’énergie. Zac était presque certain que cette barrière était assez puissante pour l’engloutir, comme à leur arrivée sur l’île. Même s’il parvenait à protéger son esprit et à s’en libérer, cela lui prendrait sans aucun doute un certain temps — pendant lequel il serait complètement exposé.
Après tout, le Sanctuaire de Kanba n’avait pas réussi à protéger Esmeralda des rêves, et ils ne possédaient pas de cape de rang B comme Idiche. Zac se sentait vulnérable même sous la protection du repli spatial d’Esmeralda. Dès qu’ils eurent confirmé que les intrus ne se cachaient pas dans les environs, ils battirent immédiatement en retraite.
« Ils ont dû passer par là. Continuons à chercher. Il y a peut-être une faiblesse dans les environs », dit Zac.
Deux heures de filature confirmèrent que les pics jumeaux étaient bel et bien un point de rassemblement pour les intrus. En étendant leurs recherches, ils trouvèrent les traces de trois groupes distincts qui étaient déjà arrivés. Le premier avait dû se présenter plus de deux heures avant que le groupe de Zac atteigne le bassin. D’autres étaient peut-être même arrivés plus tôt, leurs traces ayant déjà été effacées par la pluie.
« Regarde, encore une trace. » Esmeralda désigna une touffe de mousse devant eux.
« Comment ont-ils pu arriver ici si vite ? Les formations ne les affectent absolument pas ? » marmonna Zac en s’approchant pour mieux voir. La touffe abritait une petite flaque d’eau de pluie, parfaitement dessinée en forme de botte. « Et combien sont-ils à se rassembler ici, au juste ? »
« Plus important encore, comment ont-ils réussi à passer ? » dit Idiche, les yeux rivés sur la montagne qui les dominait, comme si elle lui devait de l’argent.
« Tu es sûre que ton rêve ne mentionnait aucun moyen d’entrer ? Un autre tunnel, peut-être ? » demanda Zac, désemparé.
« Je t’ai dit que non », répondit Idiche avec exaspération.
Zac haussa les épaules. Il avait essayé d’obtenir davantage d’informations d’Idiche pendant leurs recherches, sans grand succès. La seule chose qu’elle avait révélée, c’était une histoire énigmatique de jumeaux qui ne semblait pas avoir de rapport avec leur situation.
« Alors, continuons à chercher », dit Zac, sans grand espoir. Si la montagne avait offert un accès facile, Esmeralda l’aurait repéré depuis longtemps.
Les trois itinéraires suivants menaient tous à la même impasse. À court de meilleures options, ils se glissèrent dans une étroite fissure d’où suintait la Corruption et pataugèrent dans un courant d’eau de pluie glaciale, espérant suivre la crevasse plus haut sur la montagne. Même au fond de la fissure, la vaste barrière leur barra la route.
« La Formation naturelle est incroyablement stable, et l’Énergie temporelle accélère sa régénération. Il nous faudra plus de temps que nous n’en avons pour ouvrir un passage sûr », marmonna Esmeralda en jetant un coup d’œil à Zac. « On pourrait continuer à chercher ; il y a peut-être encore une vraie route cachée quelque part. Mais, s’il y en a une, elle ne serait pas surveillée ? Ils ont sûrement des effectifs à revendre. »
Zac comprit ce qu’Esmeralda voulait dire. « Ça fait deux heures et j’ai un mauvais pressentiment. Soit on abandonne, soit on force le passage. Si on choisit cette option, cet endroit est idéal. Personne ne remarquera nos actes de l’extérieur, tant qu’on limite les fluctuations au minimum. »
« Il faut y aller, il faut y aller ! » insista Idiche, faisant écho aux pensées de Zac.
Zac avait la ferme intuition que choisir la prudence se retournerait contre eux. Un événement majeur se préparait sur l’île, et le seul moyen de rester en sécurité était d’empêcher les intrus de mettre leur plan à exécution. Ignorer l’appel du Destin et continuer vers le centre de l’île était également exclu. Ils avaient repéré des routes qui s’enfonçaient dans les terres, mais elles étaient noyées dans une brume opaque qui lui inspirait un pressentiment encore plus sinistre que la barrière de la montagne.
Jusqu’ici, les formations s’étaient révélées pénibles, mais sans danger. Rien ne garantissait que cela resterait vrai par la suite. La clé mentionnée par Idiche devait permettre d’ouvrir un passage sûr vers le pavillon, ce qui expliquait le rassemblement de tant d’intrus à cet endroit. Plus ils traînaient à l’extérieur, plus leurs ennemis risquaient de s’emparer de la clé et de poursuivre leur chemin.
Plus de six heures s’étaient déjà écoulées depuis le début de l’épreuve. Entre les détours à répétition dans la forêt et les heures passées à chercher un moyen d’atteindre le pic jumeau, les intrus avaient pris une avance considérable. Maintenir Zac caché épuisait aussi continuellement les réserves d’Esmeralda, et la cape d’Idiche devait bien avoir ses limites.
Zac étudia attentivement le voile miroitant de la Formation naturelle, examinant diverses façons de le traverser sans perdre l’esprit. S’appuyer uniquement sur son Cœur du Dao et sur [Gardien de l’âme] ne suffirait pas. Il était incapable de déterminer l’épaisseur exacte de la barrière. Dans un endroit comme la Cour mercurielle, impossible de le savoir.
Cette pellicule illusoire, qui paraissait si fine, était d’un rang assez élevé pour dissimuler des replis spatiaux larges de plusieurs kilomètres sans même qu’Esmeralda s’en aperçoive. Il risquait aussi d’être ralenti par les énergies temporelles, et il pouvait y avoir des illusions au sein des illusions qui le feraient tourner en rond.
La solution semblait évidente, mais une pensée qui lui revint à l’esprit arrêta Zac alors qu’il s’apprêtait à demander à Esmeralda de retourner au sanctuaire. Devait-il vraiment déclencher [Zone du Vide] pour passer ? S’il n’y avait vraiment aucun passage, comment les intrus étaient-ils entrés ? Zac baissa les yeux, pensif, vers le courant d’eau de pluie qui lui arrivait aux genoux.
Même à une telle densité, l’eau parvenait à peine à empêcher les immenses réserves de Corruption de la montagne de suinter. La pression était si constante qu’ils pouvaient patauger dans l’eau sans difficulté. Toute la spiritualité de l’eau était consacrée à empêcher le Plan perdu d’empiéter sur son territoire.
Son nouveau plan en tête, Zac sortit un cristal corrompu de rang D supérieur. Esmeralda grimaça de dégoût. Elle comprit ce que Zac s’apprêtait à faire et ne voulut rien savoir. Elle retourna précipitamment dans le Sanctuaire de Kanba et le scella.
« Je ne suis pas sûre qu’un ou deux cristaux suffisent », prévint Idiche. « Je crois que tu as raison, les intrus ont utilisé l’énergie impie pour ouvrir un passage, mais ils ont sûrement une méthode bien au point pour la canaliser. »
« Je sais. Je ne m’attends pas à ce que ça nous mène jusqu’au bout. C’est juste que je n’ai aucune méthode assez puissante pour nous faire traverser. Il faut attaquer de tous les côtés », expliqua Zac. « Tu as une idée ? Tu peux absorber une partie des énergies ou les repousser ? »
« Je peux en envoyer une partie dans le royaume des rêves », dit Idiche après un instant de réflexion. « Mais il y a tellement d’énergie accumulée qu’elle sera remplacée en un rien de temps. »
« Une ou deux secondes suffiront », dit Zac en enroulant une chaîne autour de la taille d’Idiche. « Tu ouvres le passage, et j’en pulvérise quelques-uns. »
« Et si ça ne marche pas ? » demanda Idiche.
« J’ai un atout dans ma manche. Si ça ne nous fait pas passer, ça nous ramènera au moins ici », lui assura Zac. « Bien sûr, tu peux rester ici pendant que je vais voir. »
« Non », refusa Idiche sans hésiter. « Je dois le faire. Si tout ce que tu as dit est vrai, comment pourrais-je reculer maintenant ? Si tu es prêt à te battre pour protéger la Cour mercurielle, moi aussi. »
« Bien. Fais attention », dit Zac en agitant le cristal de Corruption qu’il tenait à la main. « C’est la première fois que tu seras vraiment exposée à cette énergie. Protège ton esprit et souviens-toi que les chuchotements mentent. Ça passera une fois qu’on aura traversé. »
Zac ne demanda pas à Esmeralda de les aider, même si contourner les restrictions était sa spécialité. Elle devait assurer leur soutien, qu’il s’agisse de masquer les fluctuations ou de les emmener loin de là dans une fuite désespérée.
Tout étant prêt, Idiche souffla sur ses mains face à la barrière miroitante. Son souffle forma une rivière étoilée sur laquelle voguaient des centaines de petites gondoles. Zac sentit son esprit attiré par l’une d’elles. On aurait dit qu’elle renfermait un monde entier et des mystères sans fin ; et Zac ne fut pas le seul à en ressentir l’effet.
Des quantités incroyables d’énergie ambiante furent attirées par les embarcations. Les gondoles se remplirent une à une d’une nouvelle cargaison, puis filèrent sur la rivière et se changèrent en points. C’était le signal. Lui et Idiche se ruèrent dans la barrière affaiblie, et Zac pulvérisa deux cristaux d’un coup. Des niveaux effroyables de folie jaillirent, bien au-delà de la densité de toutes les zones corrompues qu’il avait visitées.
L’éruption ressemblait à la rencontre entre le Vide et le Dao. La pluie était conçue pour contrer l’expansion du Plan perdu, et la barrière s’en prenait violemment à l’invasion. Dans une telle guerre, même les innocents n’étaient pas à l’abri. L’assaut conjugué de la folie et des rêves intrusifs déchirait l’esprit de Zac.
Zac réprima furieusement la folie grandissante et entraîna Idiche, abasourdie, quand elle se mit à traîner. Il pulvérisa même deux autres cristaux pour gagner du temps, tout en cherchant le moindre signe de l’autre côté. Il ne voulait pas dépenser son Énergie du Vide avant le dernier tronçon, mais il n’eut bientôt plus le choix.
Le conflit devenait insupportable. Zac approchait rapidement de ses limites, et Idiche était déjà dans le coma. Pulvériser une nouvelle paire de cristaux ne lui servirait à rien ; cela ne ferait qu’aggraver leur situation. Zac ne put que prier pour qu’ils aient parcouru assez de chemin avant d’activer [Zone du Vide], faisant ainsi naître un calme béni.
Les deux camps furent réprimés par le traitement impartial du Vide, mais Zac ne s’était pas rendu compte que le tissu dimensionnel avait été si fragilisé par le combat qu’un nouvel apport d’Énergie du Vide le fit basculer. Il eut à peine le temps de pousser un cri de terreur qu’une fissure dans la réalité l’engloutit. Il se retrouva entouré d’une multitude de scènes disparates.
Au premier abord, il crut avoir débouché dans la dimension aux mille fenêtres. Pourtant, le lieu ne ressemblait que vaguement à celui qu’il avait brièvement visité avec Ogras après Dipper Sept. Les réalités sans nombre qui entouraient Zac s’étendaient dans une quatrième dimension et finirent par évoquer moins des portes que des cordes sans fin.
Il n’eut pas le temps de faire quoi que ce soit. Il remarqua seulement qu’Idiche n’était plus là, avant de fusionner avec les innombrables cordes et de ne faire plus qu’un avec elles. L’étrange dimension éclata comme une bulle de savon, et les lumières vacillantes cédèrent la place à une chaleur sèche et brûlante. La pluie qui avait trempé Zac jusqu’aux os pendant des heures s’évapora aussitôt.
À sa place, une pellicule huileuse de Corruption recouvrait tout. Perplexe et méfiant, Zac regarda autour de lui et comprit qu’il se trouvait de nouveau dans la crevasse — ou du moins dans une version de celle-ci. La chaleur emprisonnée lui donnait l’impression de se tenir dans un four. Il ne parvenait pas à déterminer si elle était réelle ou illusoire, mais elle était si insupportable qu’il fut contraint de remonter à la surface. Un spectacle complètement différent l’y attendait.
Les pics jumeaux avaient disparu, remplacés par un château splendide. Des runes le recouvraient au point de lui donner le vertige, tandis que de puissants cercles magiques tournaient lentement au-dessus. En regardant autour de lui, Zac vit que toute la chaîne montagneuse avait été remodelée en un vaste ensemble de formations soutenant le château central. Et ce n’était que le début.
Plus Zac regardait, plus il s’alarmait. Dans cette réalité, ni la pluie ni la brume illusoire ne gênaient sa vue. À mi-hauteur d’une chaîne montagneuse, il contempla une île entièrement remodelée. À l’exception de quelques réservoirs où l’on avait soigneusement stocké la pluie illusoire, l’île entière n’était qu’un vaste désert. Deux autres châteaux se dressaient au loin, probablement encore plus à l’abri des regards.
Tous absorbaient le Dao mort de l’Ère perdue, omniprésent. Celui-ci s’était entremêlé à l’Énergie cosmique du monde, lui donnant une teinte sinistre. Le monde entier avait-il fusionné avec le Plan perdu ? Zac ne voyait pas d’autre explication à une infiltration aussi complète. Même les gobelins du Royaume de Ra’Lashar n’avaient pas vu leur royaume ainsi contaminé avant d’avoir perdu la guerre.
La Corruption imprégnait tout, rendant l’atmosphère solennelle incongrue. Les châteaux ne dégageaient aucune aura nauséabonde ou sinistre. Ils n’avaient pas l’air différents des autres constructions de l’Empire Sans-Limites. Zac pouvait même sentir la Foi impériale rassemblée dans les cercles magiques. Les habitants avaient soumis la Corruption du Plan perdu à leur volonté, comme ils l’avaient fait avec les Dieux étrangers.
Ou était-ce simplement ce qu’ils croyaient ?
Zac jeta un coup d’œil vers le centre de l’île, brûlant d’envie d’apercevoir ce qui s’y trouvait. Il sentait une présence immense dans cette direction, comme un géant colossal prisonnier de ses chaînes. Une autre montagne lui bouchait la vue, mais s’il s’envolait et… Zac se reprit avant qu’un désastre ne survienne. Après avoir mis Idiche en garde, il avait failli céder aux sollicitations du Plan perdu.
On aurait dit qu’un sort avait été rompu dès qu’il avait résisté à l’impulsion. Une force de rejet colossale le repoussa vers la crevasse, qui ressemblait désormais à un tourbillon noir. Malgré la scène sinistre, Zac se laissa emporter par le courant. Il ne savait pas s’il était vraiment passé de l’autre côté ou s’il n’avait fait qu’entrevoir les lieux à travers l’illusion, mais il savait qu’y rester était extrêmement dangereux.
Zac plongea dans l’obscurité impénétrable et se retrouva aussitôt sur la montagne humide qu’il reconnaissait. Idiche était toujours là, toujours attachée à lui. Sans perdre de temps en questions, Zac reprit sa course à travers la barrière, qui semblait quelque peu affaiblie par son expérience. Pourtant, il fut incapable de dire si quelques secondes ou plusieurs minutes s’écoulèrent avant que l’agitation autour de lui ne cesse.
Ils avaient franchi la barrière et atteint le bout de la fissure, mais Zac se demanda un instant si tout cela n’était pas une ruse en levant les yeux. Les pierres luisantes et l’humidité persistante indiquaient qu’il avait plu récemment, pourtant le ciel était dégagé. Au-dessus de lui, les nuages tourbillonnants avaient cédé la place à un puissant cercle magique qui émanait la Foi impériale.