Chapitre 1 393
Zac savoura le calme revenu. Comme un moteur qui ralentissait peu à peu, les énergies tumultueuses qui l’habitaient s’apaisèrent. Même pas un demi pour cent de l’ancienne Intention meurtrière n’avait été purifié et assimilé, et rien n’indiquait que le reste allait partir. Elle s’était installée, comme une carpe koï nageant nonchalamment dans son bassin. Elle pouvait bien rester, maintenant qu’elle ne déclenchait plus de réaction de lutte ou de fuite incontrôlable.
Il était tout à fait possible qu’elle se manifeste de nouveau à l’avenir. Zac ne s’en inquiétait pas outre mesure. Il était depuis longtemps habitué à héberger des énergies dangereuses. Comparé aux Vestiges instables, ce flot d’Intention meurtrière était loin d’être aussi gênant, et les avantages qu’il lui procurait étaient évidents.
L’harmonie entre cette intention et sa technique lui avait apporté des éclairages qui amélioraient sa capacité à prendre des décisions. Cette sensation ressemblait un peu à l’arrogance que suscitaient certaines méthodes de frénésie, à ceci près que la clarté d’esprit était bien réelle. C’était un atout subtil, comparé aux attaques dévastatrices rendues possibles par les Vestiges. Mais c’était exactement ce que Zac recherchait.
Le savoir était permanent et lui appartenait, tandis que les Vestiges impliquaient toujours de dépendre de méthodes extérieures. À vrai dire, les éclairages qu’il avait tirés de cette expérience demeuraient en lui et se mêlaient silencieusement à toute son expérience. C’était comme s’il avait livré deux batailles au lieu d’une ; cette meilleure assimilation de l’expérience accélérerait ses progrès dans le Dao de la Guerre comme dans ses techniques. Et ce n’était là que la cerise sur le gâteau.
Il lui faudrait du temps pour comprendre comment fonctionnait l’accord de son esprit et comment poursuivre le processus une fois qu’il aurait épuisé l’Intention meurtrière étrangère. Heureusement, il lui faudrait probablement des années pour en venir à bout, à supposer qu’elle ne se dissipe pas d’elle-même d’ici là. Zac en doutait, vu qu’elle s’était obstinément accrochée à lui depuis avant l’Âge sombre.
Zac entrevoyait déjà la voie à suivre. Au lieu d’employer des méthodes comme les Réseaux d’intention de Kator, il dirigerait son Intention meurtrière vers l’intérieur et s’en servirait pour tremper son esprit. Cette approche directe lui convenait mieux que de dessiner des réseaux complexes ou de la fusionner avec des compétences.
Peu importait que le fait de transformer son intention en force intérieure l’empêche de la déployer pleinement. La force de suppression dégagée par son intention devenait de toute façon négligeable. Ses adversaires actuels étaient des Monarques du stade initial ou des Élus du Ciel approchant des limites de l’Hégémonie. Qui, dans ce groupe, n’aurait pas un cœur assez ferme pour encaisser une décharge d’Intention meurtrière ?
« Quel fou ! »
Zac ouvrit les yeux et vit Idiche qui le regardait avec dégoût. Son apparence actuelle justifiait indéniablement cette expression. La pluie n’avait fait que laisser des traînées dans les couches de crasse qui le couvraient. Le reste était si incrusté qu’on aurait dit qu’il l’avait fait exprès. Même après avoir passé des jours à combattre sur les lignes de front, Zac n’avait jamais été dans un état pareil.
« Moi, pas fiable ? » s’étrangla Zac en se relevant.
Ce faisant, il libéra des bouffées de miasmes qui repoussèrent la saleté dont il était couvert. Il se secoua, projetant au loin les dernières traces de sang. Sa nouvelle tenue fut encore plus facile à remettre en état. D’une simple pensée, ses vêtements illusoires retrouvèrent leur apparence d’origine. Ses brûlures et ses entailles n’avaient pas guéri, et une aura sanglante et palpable l’entourait toujours, mais au moins, il n’avait plus l’air d’un homme des cavernes complètement dérangé.
Ragaillardi, Zac désigna sa compagne. « C’est toi qui t’es endormie au gouvernail et nous as menés droit sur l’île avant qu’on soit prêts. C’est toi qui as volé l’œuf et déclenché la vendetta que j’ai dû régler. »
« Ce n’était pas moi, mon grand. Je ne peux pas être tenue responsable de ce que fait mon corps quand je dors », répliqua Idiche avec un sourire. « Et même si c’est moi qui ai lancé l’œuf, je suis sûre que j’avais une bonne raison. Peut-être que je voulais révéler ta vraie nature à mon moi éveillé. »
Zac soupira et laissa tomber. « J’imagine que c’était mieux ainsi. J’ai perdu le contrôle d’une partie de l’Intention meurtrière qu’on m’avait transmise, et le combat m’a aidé à le reprendre. »
« Une Intention meurtrière transmise ? Une cabale de criminels t’a jeté un sort ? » demanda Idiche avec curiosité. « Je comprends pourquoi. Je n’ai jamais vu personne se battre comme ça. Vous autres, les étrangers, vous ne plaisantez pas. »
« Ce ne sont pas des criminels, et ce n’est pas une malédiction. C’est un cadeau des martyrs de l’Empire », dit Zac en lançant un regard appuyé à Idiche. « Des gens qui se sont sali les mains pour que les autres puissent vivre en paix. »
Idiche ouvrit de grands yeux et s’inclina même pour s’excuser. « Pardon, je ne savais pas. »
« Ce n’est rien », dit Zac en agitant la main. C’est alors qu’une exclamation stupéfaite retentit depuis le Sanctuaire de Kanba.
« Ah ! Mais quelle est cette énergie étouffante ? »
« Oh, tu es réveillée ? » demanda Zac tandis qu’Esmeralda promenait autour d’elle un regard écarquillé depuis la mare de boue du sanctuaire.
« Comment veux-tu que je continue à dormir avec tout ce vacarme dehors ? » se plaignit Esmeralda. « Qu’est-ce que j’ai raté ? »
Zac la mit rapidement au courant, laissant Idiche ruminer dans un silence gênant.
« Hmm… Fais attention. Raffiner la cultivation des autres frôle l’hérésie », le prévint Esmeralda. « Assure-toi qu’on ne te gave pas comme un cochon. »
« Je garderai l’œil ouvert », acquiesça Zac.
Il avait envisagé la même chose tandis que l’agitation retombait. La quantité d’Intention meurtrière perfectionnée logée dans son corps devrait suffire à réaligner les corps spirituels de ses deux facettes, draugr et humaine. Ensuite, il serait bien plus facile d’élaborer une méthode pour tremper et raffiner le produit fini. Le processus lui-même lui apportait déjà des éclairages sur son Dao de la Guerre des Défiants.
Les cadeaux aussi généreux s’accompagnaient rarement d’aucune contrepartie. Il attendait toujours des nouvelles convenables de l’Enfer écrasant, mais il n’arrivait pas à se défaire du sentiment qu’on le manipulait. L’Empire Sans-Limites était encore plus effrayant que la Sangha bouddhique à bien des égards, et Zac avait fait l’expérience directe des méthodes néfastes de la Sangha. S’il n’y prenait pas garde, il risquait de se raffiner lui-même pour devenir un autre Vengeur éternel.
Mais, après tout, la situation n’avait rien de nouveau. Il devenait expert dans l’art de tirer profit des puissants sans leur céder son avenir.
« Et ne laisse pas cette intention entrer dans mon sanctuaire. C’est déjà assez pénible de l’avoir pour voisine », ajouta Esmeralda avant d’émerger pour prendre place sur la tête de Zac.
« Bref, nous voilà ici, et je crois que nous avons tous compris que quelque chose cloche », dit Zac. « Vous avez vu la vision de la mort de Sevona ? »
« Oui », répondit Idiche d’un air grave, tandis qu’Esmeralda confirmait d’un signe de tête. « Cette chasse est clairement différente des autres. Aucune n’a jamais présenté un scénario aussi sinistre. D’habitude, l’ambiance était toujours festive, avec les élites du royaume réunies. Ensuite, selon la personnalité de la Sevona de la génération en cours, les bêtes et leurs récompenses prenaient une certaine direction. »
Esmeralda observa le sol en fronçant les sourcils, des runes archaïques scintillant dans ses yeux. « La pluie perd lentement du terrain. Une éruption pourrait se produire avant la fin de la chasse, selon la situation au centre de l’île. Et cela, sans même compter les ingérences. »
« Tu crois que Sevona vivait au même endroit que les envahisseurs ? Ceux-ci pourraient-ils être d’anciens membres du royaume de Sevona ? » demanda Idiche.
« Il y a peut-être un lien, ou peut-être pas… Cette corruption a touché de nombreux royaumes », répondit Zac. « Mais les infiltrés comptent clairement exploiter la souillure d’une manière ou d’une autre. »
« Allez, dépouille les bêtes avant qu’on se mette en route. Les récompenses nous donneront peut-être des indices », insista Idiche. « Cette chasse est pleine de problèmes, et on ne devrait pas rester ainsi à découvert. Les autres explorateurs doivent être réveillés, maintenant. »
Un sourire revint sur le visage de Zac tandis qu’il se tournait vers les carcasses qui attendaient, mettant momentanément de côté les problèmes liés à l’épreuve. Avec tout ce qui se passait, il avait oublié le but initial de la chasse. Zac comprit aussi pourquoi les corps étaient en meilleur état qu’ils n’auraient dû l’être. Les trois Rois des bêtes du pic n’émettaient pas autant de corruption qu’à la fin, et leurs subordonnés n’étaient plus brûlés, desséchés ni déchiquetés. On les avait restaurés pour permettre de récupérer les récompenses illusoires.
Zac s’approcha, plein d’impatience. À moins que la chasse ait considérablement accru la puissance des bêtes, la meute de Drakes d’Unvai devait se trouver près du sommet de la chaîne alimentaire de l’île. Ensemble, ils pouvaient presque rivaliser avec un Empereur des bêtes. En comptant leur Sacrifice ancestral, ils pouvaient même l’affronter directement.
Abattre des bêtes puissantes ne garantissait pas forcément un butin de qualité lors de la chasse précédente. Des trésors fabuleux étaient parfois apparus sur des bêtes de rang E ou avaient été trouvés au hasard dans les forêts. Malgré tout, le risque et la récompense étaient généralement liés. Avec vingt bêtes de rang D supérieur ou du pic, porteuses d’une trace de sang draconique, quelques objets de valeur devraient bien tomber.
Zac posa la main sur le drake le plus proche, et l’île fit le reste. La bête disparut aussitôt dans un éclair de lumière illusoire. Un nuage fétide de corruption sans racines s’y mêlait. Zac le repoussa d’un geste, et la pluie le purifia rapidement. Pourtant, après la disparition de l’éclat, pas même un brin d’herbe n’apparut.
Sans se décourager, Zac passa au suivant. Le résultat fut le même. Le troisième laissa bien une récompense, mais elle ne fit que mettre Zac encore plus en colère. C’était un bol d’argile ébréché qui n’aurait même pas valu un rang F entier, même s’il avait été intact. Un pot en terre cuite de rang mortel, brisé, pour avoir tué un drake de rang D supérieur. Même si le butin était aléatoire, pouvait-on vraiment tomber aussi bas ?
Le visage de Zac s’assombrit à chaque tentative. Encore et encore, il ne trouvait rien, ou aurait préféré ne rien trouver. La moitié des drakes avaient déjà disparu, et il n’avait toujours rien obtenu de valeur.
« Tu veux que j’essaie ? Peut-être qu’il leur faut la main d’une femme », proposa Idiche d’un air amusé. « Ou au moins celle de quelqu’un qui n’est pas frappé de sept ans de malchance. »
« Ma chance est très bonne, merci. Ces bêtes ont manifestement un problème », marmonna Zac, qui peinait à concilier les résultats et son immense réserve de Chance.
Esmeralda était tout aussi stupéfaite et le regardait de travers. « Qui es-tu ? Qu’as-tu fait du vrai Zac ? »
« Je refuse de croire que je ne vais rien obtenir », marmonna Zac dans sa barbe avant de reprendre sa tournée.
Enfin, Zac vit la fortune tourner. Au lieu de libérer des vapeurs corrompues, le drake suivant laissa tomber un cristal rempli de la corruption du Plan perdu. Il ressemblait trait pour trait au cristal brut qu’Idiche avait récupéré sur un étranger, mais celui-ci était encore plus saturé d’énergie corrompue.
Comme le cristal brut d’Idiche, son rapport entre illumination et corruption était bien moins favorable que celui des cristaux d’Ultom raffinés pour le [Boussole de la Cour]. Peu importait à Zac. Il contenait tout de même bien plus d’illumination que l’eau du lac de l’époque, et ce degré de souillure ne représentait pas une menace pour lui. C’était le souvenir idéal à rapporter de l’épreuve.
Il y avait beau avoir beaucoup d’illumination libre dans l’Étendue impériale occidentale, une fois de retour à l’extérieur, Zac devrait à nouveau s’en remettre à sa propre compréhension. Chaque pile de Cristaux corrompus représentait une occasion de franchir un goulot d’étranglement en étudiant des compétences ou des méthodes de cultivation. Plus il en ramènerait avant de partir, mieux il serait préparé à devenir monarque.
« Encore ces machins ? » fit Idiche, le visage plus renfrogné que jamais. « Donc, non seulement je dois risquer ma vie contre une bande de métamorphes maléfiques, mais en plus, il n’y aura même pas de butin en chemin ? »
« Si les autres bêtes ne donnent rien de mieux, il nous restera le pavillon », la consola Zac, en prenant soin de ne pas laisser paraître sa satisfaction. Tant que tout le monde croirait les cristaux sans valeur, il lui serait plus facile de les garder pour lui. « Laisse-moi une seconde, et j’en aurai terminé. »
Sa chance semblait vraiment être revenue : Zac trouva deux autres cristaux sur les drakes de rang D supérieur. Mieux encore, il en récupéra deux de plus sur les Rois des bêtes de rang D du pic qu’il avait gardés pour la fin. Chacun de ces cristaux vibrait de puissance et dépassait largement ce que la [Pureté du Vide] pouvait traiter en une seule fois. Leur Dao de la Mort était aussi d’un échelon supérieur, ce qui signifiait, avec un peu de chance, que leur illumination était de meilleure qualité.
« Comme prévu, ces choses ne sont pas des illusions », dit Zac lorsque le [Sac mercuriel] rejeta les cristaux.
Les bibelots étaient entrés sans problème, puis avaient été recrachés quelques secondes plus tard, ce qui confirmait qu’il s’agissait d’illusions presque parfaites, auxquelles le pouvoir du sac devait donner une réalité. Les Cristaux corrompus furent directement rangés dans le Sac cosmique renforcé de Kaltosa Lu. La corruption restait strictement confinée aux cristaux, mais mieux valait éviter de risquer de les mélanger à ses autres ressources.
« Alors, une idée de l’endroit où nous devrions aller ensuite ? »
« J’ai essayé de trouver ça pendant que tu t’amusais », répondit Esmeralda. « La corruption a brouillé les règles. Sinon, la formation de l’île aurait suivi les mêmes règles que la Citadelle, à quelques particularités locales près. »
« C’est le chiffre de l’Omniprésence », dit Idiche, les sourcils levés de surprise devant la vive réaction de ses compagnons. « Quoi ? C’est comme ça que ça s’appelle. »
« Pourquoi n’ai-je jamais entendu ce nom ? » demanda lentement Zac.
« Je ne connais ce nom que parce que mon maître l’a mentionné quelques fois. Ce n’est pas vraiment pertinent avant de devenir Disciple intérieur. Les Disciples extérieurs n’ont ni les connaissances ni le niveau de cultivation nécessaires pour étudier le chiffre, que ce soit pour s’inspirer dans leur cultivation ou pour saisir le destin », expliqua Idiche. « Les Disciples intérieurs sont autorisés à effleurer les mystères. Les Vrais Disciples sont assez puissants pour contribuer à son achèvement. »
Idiche observa les brumes illusoires qui tournoyaient dans la forêt. « J’ai entendu dire qu’étendre le chiffre était extrêmement lucratif. »
« Il est inachevé ? » marmonna Zac en jetant un coup d’œil à Esmeralda. « Comme l’Immense Étendue de Perenne ? »
« L’approche est similaire », acquiesça Esmeralda. « Même s’ils ne complètent pas le Dao. Ils s’associent pour réparer la machine de ce vieil homme. »
Zac partageait son avis. Il n’avait plus entendu parler de l’Omniprésence depuis qu’il avait posé le pied sur les Rivages mercuriels, mais il aurait été surpris que le concept ne joue pas un rôle central dans le fonctionnement de la cour. Sinon, Janos n’aurait pas activé deux auréoles en sauvant Kadel, qui était devenu le Grand Rêve par la suite.
Un projet défiant le destin comme la Chambre de l’Omniprésence, fondé sur la nature unique des Voyageurs stellaires, présenterait forcément de nombreux défis. Les disciples d’élite de la cour avaient probablement tenté de surmonter ces goulots d’étranglement pendant des générations. Zac avait le sentiment qu’ils n’avaient jamais atteint leur but dans la ligne temporelle d’origine.
Ils avaient probablement manqué de temps, ce qui les avait obligés à prendre des raccourcis. C’était peut-être pour cela que les lignes temporelles se chevauchaient autour de l’Océan Peregrine, et que la corruption d’Ultom avait réussi à s’infiltrer dans la Chambre de l’Omniprésence. Si les missions liées à la Cour creuse visaient à stabiliser les ponts vers les Plans inférieurs, celles de la Cour mercurielle faisaient perfectionner aux participants de l’épreuve la technologie qui préservait et modifiait l’histoire.
« Je ne sais pas ce que vous marmonnez tous les deux, mais j’ai une idée », dit Idiche. « Je crois qu’il y avait une deuxième raison pour laquelle je suis allée attirer cette meute en particulier. J’ai vu un tunnel souterrain et des bassins de lave dans mes rêves. Je pense qu’ils barraient le chemin que nous devions emprunter, et les affronter chez eux aurait été dangereux. »
« C’est toujours mieux que de choisir une route au hasard », dit Zac. « Tu les as trouvés où ? »
« Là-bas, je crois ? » répondit Idiche en désignant l’un des sommets les plus proches.
« D’accord. Suivons simplement leurs traces. Ça ne devrait pas être trop difficile », dit Zac.
« J’aimerais que tu arrêtes de dire des choses pareilles. Rien de bon n’arrive jamais après », soupira Esmeralda, qui s’enfonça plus profondément dans la crinière argentée de Zac.
« Je… » Zac leva les mains en signe de reddition lorsqu’Idiche le foudroya du regard, comme si elle allait le mordre s’il continuait à tenter le destin.
Le trio finit par quitter la plage, Zac en tête. Il se tendit dès qu’il franchit la première rangée d’arbres. L’énergie ambiante avait grimpé en flèche. Il s’agissait toujours principalement d’Énergie onirique, tandis que la corruption tentait d’émerger des profondeurs ; Zac remarqua également une légère nuance de Dao temporel. Cette faible spiritualité liée au Temps ne pouvait pas lui faire de mal, surtout après l’aide du Grand Rêve. Le problème, c’était l’écrasante puissance de la Fantaisie.
S’il n’y prenait pas garde, son esprit dériverait. Ce ne serait pas si grave chez lui. Sur une île couverte de formations, cela pouvait le mener droit dans un piège mortel. Tout aussi dangereux, les illusions pouvaient le distraire et offrir aux murmures du Plan perdu une porte d’entrée dans son esprit.
Ce niveau d’énergie ne suffisait pas à faire perdre la raison ou le sens de l’orientation à Zac, mais ils venaient à peine d’entrer dans la forêt. L’énergie ambiante n’était pas le seul sujet d’inquiétude. Les brumes tourbillonnèrent, et un tronc renversé explosa soudain, laissant surgir un troupeau de cerfs frénétiques. Leurs bois d’un beau vert jade contrastaient avec leurs yeux noirs de jais, ravagés par la folie.
La bave aux lèvres et puant l’hostilité, les bêtes chargèrent droit sur Zac. L’Intention meurtrière qui venait de s’apaiser se mit à s’accélérer, et son cœur battit d’impatience. Au lieu de Rois des bêtes enragés, cette meute de huit cerfs ressemblait à de l’illumination sur pattes. Ils n’avaient même pas parcouru cent mètres dans la forêt qu’une deuxième meute se jeta déjà sur eux. À ce rythme, le trajet jusqu’au pavillon serait un combat incessant.
Zac n’aurait pas pu être plus heureux.