Chapitre 1 392
La vue de leur nouvelle génération étalée sur le visage de Zac et répandue sur le sol rendit les Drakes d’Unvai fous de rage. Le malfaiteur qui leur avait dérobé leur œuf avait disparu sans laisser de trace après l’avoir lancé, et ils déchaînèrent leur fureur contre le seul autre humain présent sur la plage. Des runes s’embrasèrent sur leurs corps, libérant des vagues de suppression draconique. Leur lignée n’était pas aussi pure que celle du dragon que Zac avait affronté dans la Tour de l’Éternité, mais leur puissance dépassait de près de deux rangs la sienne.
La plage trembla, et les galets humides se mirent à fumer et à crépiter sous leurs pas. Ils devenaient rapidement de véritables calamités vivantes, leurs corps abritant des réservoirs de magma volcanique qui bouillonnaient à gros bouillons. Leurs deux longues queues, hérissées d’évents fumants, leur permettaient de courir à toute vitesse en penchant le corps vers l’avant.
Zac sentit une chaleur brûlante monter du sol tandis que la mer argentée derrière lui se mettait à bouillir. L’air lui-même éclatait sous l’effet de la chaleur intense et destructrice qui imprégnait le domaine. Les bêtes parvenaient à harmoniser leurs auras, produisant un effet similaire à celui d’un réseau de guerre. La plupart des Drakes étaient des Rois des bêtes de stade avancé, et trois d’entre eux avaient même atteint le rang supérieur.
À cela s’ajoutait l’ancienne lignée qui coulait dans leurs veines, ce qui en faisait des adversaires redoutables. Zac se tint droit face à la pression grandissante, accueillant les vagues de brume surchauffée qui déferlaient vers lui. Un cultivateur ordinaire aurait perdu la moitié de sa puissance face à la moindre parcelle de l’aura tyrannique d’un véritable dragon.
Zac n’était pas un cultivateur ordinaire. Les lignées qui coulaient dans ses veines n’avaient rien à envier à celles des dragons primordiaux, et[Inflexibilité d’Eoz]repoussait farouchement cette suppression innée. Les yeux brillants, Zac se prépara au combat. C’était précisément ce dont il avait besoin pour apaiser la tempête qui faisait rage en lui. Et même si la troupe avait de quoi impressionner, il n’aurait pas à les affronter tous en même temps.
Chaque Drake d’Unvai dépassait tout juste les cinq mètres de haut. Bien qu’ils fussent plus petits que la plupart des bêtes de rang D, seuls trois ou quatre pouvaient frapper à la fois. Le reste de la meute serait tenu à l’écart et se limiterait à des attaques à distance. Zac comptait bien en tirer parti : il allait les pousser à s’entretuer.
Les pierres sous les pieds de Zac explosèrent et il jaillit comme une balle. Des nuages épais de miasme se répandirent sur la plage tandis qu’il réduisait la distance. La Compétence de domaine de Zac ne faisait pas le poids face à la puissance combinée d’une vingtaine de Drakes furieux, surtout que la pluie incessante réduisait sans cesse ses efforts à néant. Il suffisait toutefois à contenir la chaleur croissante qui transformait la zone en caldeira.
Autre avantage : l’Énergie illusoire dense de l’île se mariait bien avec la capacité de[Champs du désespoir]à bloquer les sens. Privés de vision, les Drakes rugirent de colère et de méfiance, mais ils ne paniquèrent que lorsque leurs sens se retrouvèrent piégés dans un abîme noir comme la nuit. Leurs runes flamboyantes s’embrasèrent avec une puissance accrue et vinrent rapidement à bout de l’effet secondaire de[Propulsion abyssale]. Ce bref délai suffit à Zac pour reprendre l’initiative et faire couler le premier sang.
L’obscurité se dissipa, remplacée par une lueur rougeoyante. Une gerbe de sang mêlée à la pluie et aux flammes jaillit tandis que deux têtes écailleuses s’écrasaient au sol. Zac laissa le sang fumant l’inonder, puis disparut, ne laissant derrière lui que l’écho de chaînes qui s’entrechoquaient. L’instant d’après, il réapparut devant un troisième Drake, sa hache s’abattant avec une brutalité implacable.
Quatre bêtes crachèrent leur souffle draconique, qui, chez les Drakes d’Unvai, prenait la forme de rayons de lave surchauffée. La chaleur n’égalait pas celle de véritables Flammes spirituelles, mais Zac ne pouvait tout de même pas encaisser ces torrents de plein fouet. Pourtant, ses yeux ne reflétaient que de l’excitation tandis qu’il modifiait légèrement son angle. Sa hache ne visait plus le cou du Drake : elle lui déchira profondément la poitrine.
Une bouffée de chaleur intense s’échappa de son poumon perforé. Zac se laissa repousser hors de danger et évita de justesse les quatre rayons de lave. Dans le même temps, une chaîne d’un noir absolu transperça le mur de chaleur et s’enfonça dans la plaie avant qu’elle ne se cautérise. Le Drake se débattit désespérément, obligeant Zac à s’éloigner davantage. Cela ne le sauva pas des griffes de la mort.
Le troisième Drake tressaillit, cracha un flot de sang, puis s’effondra. Des traînées d’un rouge plus sombre vinrent se mêler au sang qui s’écoulait sans discontinuer de sa poitrine. C’était son Essence de sang, qui renfermait les aspects les plus précieux de sa lignée draconique. La plaie se tordit et s’élargit, puis un cœur écrasé, étroitement enserré dans des maillons d’anthracite, fut arraché.
Zac ne consacra qu’une fraction de son attention à la chaîne et aux cinq autres qui s’affairaient à rabattre les Drakes enragés et à semer la confusion parmi eux. Il s’était déjà engagé dans les trajectoires dissimulées de Void pour apparaître devant un quatrième Drake, dans son angle mort. Ses yeux pivotèrent et les runes sur sa poitrine explosèrent soudain.
Une explosion assourdissante secoua la plage et les galets furent projetés comme des boulets de canon. Quelques Drakes eux-mêmes grimacèrent et reculèrent sous l’incroyable force cinétique insufflée aux pierres. Un brasier faisait rage au fond du cratère. Les flammes furieuses semblaient capables de brûler une éternité, mais elles volèrent en éclats sous une déferlante de mort chargée d’une volonté meurtrière.
Zac émergea des flammes, roussi mais indemne, la tête d’un Drake dans sa main libre. Des flots de sang jaillirent de la plaie béante et éteignirent les dernières flammes. Il prit une profonde inspiration avant de repartir à l’assaut, savourant au passage les changements qui s’opéraient dans son corps. Il combattait comme une bête, libérant toute son Intention meurtrière déchaînée. Pourtant, sous cette folie, son esprit demeurait d’une limpidité parfaite.
« Du sang… Pourquoi est-ce si efficace ? » se demanda Zac tandis qu’une chaîne dégoulinante lui apportait le cœur écrasé.
Zac ne perdit pas un instant et s’enduisit d’une nouvelle couche d’Essence de sang. Il sentit de nouveau l’ancienne Intention meurtrière vibrer de satisfaction et se stabiliser davantage. Puis quelques fragments s’en détachèrent et subirent une transformation magique. Ces brins isolés perdaient rapidement leur aura vengeresse et sanglante, comme si une rancune profondément enracinée venait d’être apaisée.
Il ignorait si ce qui subsistait pouvait encore être considéré comme de l’Intention meurtrière. Quoi qu’il en soit, cette essence semblait encore plus pure, au prix d’une nature éphémère. Il avait observé le même phénomène avec le Dao primordial. Fort de ses expériences précédentes, Zac dirigea aussitôt son Dao terrestre de la Guerre des Défiants vers cette intention pure. Celle-ci accepta volontiers son Dao avant de disparaître dans son corps spirituel.
Pendant ce bref instant, Zac incarna la guerre et se sentit plus proche que jamais de son Dao. Le champ de bataille complexe et obscur qui l’entourait lui apparut avec une clarté absolue. Les subtiles fluctuations d’énergie dans le corps de ses ennemis, dissimulées sous les tempêtes qu’ils déchaînaient, révélaient leurs prochains mouvements. C’était comme s’il pouvait lire l’avenir, et il savait toujours comment réagir au mieux. La sensation d’être guidé par la perspicacité et l’expérience de mille maîtres ne dura qu’un instant, mais elle marqua durablement sa compréhension du conflit.
Cette expérience ne profita pas seulement à sa compréhension. L’abattage d’un Roi des bêtes de rang D inférieur avancé n’avait arraché et absorbé qu’une fraction infime de l’Intention meurtrière en rotation, et pourtant, cela suffit à faire palpiter le cœur de Zac d’excitation.
La transformation subtile de son corps spirituel ne se limitait pas à le rapprocher de l’affinité de Conflit qu’il recherchait. Ces infusions faisaient également progresser son corps spirituel, dont le développement avait pris du retard ces derniers temps. C’était la conséquence inévitable de son emploi du temps surchargé. Le[Chapitre des Mille Lumières]était avant tout une technique conçue pour les cultivateurs spectraux, et Zac ne pouvait en pratiquer que le stade introductif.
Son corps spirituel s’était renforcé en même temps que son âme, permettant un transfert plus rapide des énergies et des Daos. Il avait aussi quelque peu amélioré sa résistance aux Daos étrangers, et posséder un corps spirituel complet lui avait sauvé la mise lorsqu’il avait affronté l’Hégémonie. Malgré tout, ces avantages ne pouvaient rivaliser avec les stades intermédiaires du manuel. Zac ne possédait même pas les niveaux suivants de la méthode, mais il ne pouvait que supposer qu’ils lui apporteraient des avantages encore plus grands.
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Zac comblait désormais cet écart en massacrant ses adversaires de façon simple et directe. C’était comme s’il faisait des offrandes au Dieu de la Guerre et recevait en retour des bénéfices tangibles. Peu importait que chaque mise à mort ne lui apporte qu’un progrès négligeable. S’il y avait bien une chose qui ne manquait pas à sa voie, c’était le sang versé.
Mais pourquoi s’enduire du sang de ses ennemis se révélait-il plus efficace que de simplement les tuer ? Le sang représentait-il le massacre ? Ou était-ce lié à la lignée draconique qu’il renfermait ? Zac analysa le phénomène tout en poursuivant son assaut contre les Drakes déboussolés. Un cinquième Roi des bêtes tomba, puis un sixième. Chaque cri lugubre s’accompagnait d’un léger afflux de bienfaits, tandis que le domaine bouillonnant s’affaiblissait.
Zac comprit bientôt que tuer ses ennemis en les poussant à s’entretuer, tout en s’appuyant sur sa technique, créait une résonance plus forte avec l’Intention meurtrière tourbillonnante. Celle-ci se pliait plus volontiers à sa volonté lorsqu’il imposait la pression inexorable de la Mort. Zac sentit que cela venait de l’intégration de ses Daos et de ses déplacements au sein de sa technique. Ses postures étaient le moyen le plus efficace d’harmoniser sa voie en la rassemblant autour d’un objectif unique.
Si Zac avait maîtrisé la manipulation de l’énergie autant que quelqu’un comme Iz, l’utilisation de compétences aurait probablement produit le même résultat. Mais qu’il s’agisse d’énergie mentale ou réelle, son contrôle restait rudimentaire et reposait généralement sur des raccourcis. Il n’entretenait donc pas avec ses compétences un lien aussi fort que la plupart des Élus du Ciel, même s’il en avait créé beaucoup de toutes pièces.
La sensation qui liait l’ancienne Intention meurtrière à son objectif avait quelque chose d’addictif, et il poursuivit cette ivresse sans la moindre retenue. Une menace grandissante l’arracha à ses découvertes. Douze bêtes étaient tombées en cinq minutes sous son assaut incessant, tandis que leurs contre-attaques frénétiques ne lui avaient infligé que des blessures superficielles.
Les Drakes semblaient n’avoir que peu, voire aucune expérience du combat contre des cultivateurs, et ils comptaient excessivement sur la suppression imposée par leur puissante lignée. Quand celle-ci ne parvint même pas à ralentir Zac, ils eurent du mal à trouver une autre réaction. Malgré tout, le combat était loin d’être terminé.
Plus de la moitié des Drakes avaient péri, mais la meute conservait l’essentiel de sa force de combat. Les trois Rois des bêtes de rang D supérieur étaient toujours en vie, et deux d’entre eux portaient des blessures cautérisées. Leurs écailles étaient bien plus solides que celles de leurs congénères, et Zac n’avait réussi à leur infliger aucune blessure invalidante avant que leur riposte ne le force à battre en retraite.
Les énergies tourbillonnantes et l’aura de corruption qui émanait des trois chefs indiquaient qu’ils s’étaient enfin tournés vers le Dao mort de l’Ère perdue, désespérés de détruire leurs ennemis. Une seconde couche de motifs apparut sur leur corps, rapprochant leur aura de celle de Pseudo-Empereurs des bêtes. À l’inverse, les bêtes restantes de rang D inférieur avancé commencèrent à dépérir à vue d’œil.
Zac haussa les sourcils en comprenant qu’il assistait à un sacrifice de lignée. Il n’y avait rien de bon à laisser le rituel suivre son cours ; il fonça donc vers le chef le plus proche. Dans le même temps, ses chaînes ciblèrent les Drakes sacrifiés pour tenter de retarder le rituel. Gravement affaiblis, les Rois des bêtes n’opposèrent aucune résistance et deux d’entre eux moururent coup sur coup, le front transpercé.
Cela n’empêcha pas son Sens du danger de l’avertir d’un péril imminent. Zac lança un coup titanesque en rugissant, sans plus chercher à tirer le maximum de ses gains. Le tranchant de sa hache brillait de l’aura qui déchirait les âmes de[Fatehew], et frappa le Roi des bêtes de rang supérieur en plein front. Zac sentit son Dao s’acharner sur l’âme du Drake, cherchant à trancher son destin en deux.
Ses défenses spirituelles n’étaient pas très impressionnantes, et un nouveau coup aurait eu de bonnes chances d’en finir. Zac le savait, mais se changea tout de même en traînée de Mort abyssale et évita de justesse un coup de queue, avant de détaler à toutes jambes. Le Roi des bêtes était sur ses talons, ses runes éclatantes illuminant la pénombre, mais il ne pouvait rivaliser avec la brusque accélération de[Propulsion abyssale].
Un rugissement furieux repoussa la pluie, puis un pilier de rouge incandescent et de noir putride jaillit vers le ciel. À cet instant, l’énergie ambiante perdit toute cohésion, et Zac fut expulsé de l’état incorporel de[Propulsion abyssale]. Une odeur écrasante de soufre le frappa d’abord, puis une onde de choc d’air surchauffé faillit le faire perdre connaissance. Zac ne ressentit du soulagement qu’en découvrant l’étendue des dégâts. S’il avait tardé ne serait-ce qu’un peu plus à battre en retraite, le pilier de magma souillé l’aurait frappé.
L’éruption volcanique ne dura que quelques secondes, mais ses conséquences s’étendirent sur plus de seize kilomètres. Une partie entière de la forêt avait été incinérée avant que la pluie ne ramène le chaos sous contrôle. Zac contempla solennellement la plage fumante, resserrant sa prise sur son arme. Le pilier n’avait jamais été à l’origine des sirènes qui hurlaient dans sa tête. La véritable menace n’était pas encore apparue.
Une nouvelle aura draconique avait émergé au cœur de l’explosion, surpassant de très loin les précédentes. Elle avait clairement atteint le seuil de la Monarchie, et continuait de croître. Zac sentit aussi une puissante malveillance dirigée droit sur lui. Il n’avait pas le temps d’attendre. Zac activa rapidement[Exposants profanes]et se précipita dans la brume infernale de pluie vaporisée qui lui bouchait la vue.
La chaleur suffocante n’avait rien à envier à celle qui régnait juste au-dessus du Soleil, mais Zac ne ressentit qu’un léger inconfort grâce à ses squelettes pygmées. L’un d’eux l’entoura d’un tourbillon noir qui repoussait la vapeur d’eau surchargée partout où il passait. Peu importait la vitesse à laquelle l’énergie se consumait. Les efforts combinés de ses quatre pygmées ne suffiraient pas à le protéger si cette chose parvenait à émerger.
La partie dissimulée de la plage s’était transformée en lac de lave, au milieu duquel s’élevait une pointe d’un noir de jais. La crête épineuse draconique était à l’origine de cette aura terrifiante, mais ce n’était que la partie émergée de l’iceberg. Zac n’avait aucune envie de rencontrer la créature qui se cachait sous la surface et reporta son attention sur les trois ennemis restants.
Les Drakes d’Unvai de rang D supérieur s’étaient postés à quelques centaines de mètres les uns des autres. Leurs runes d’origine avaient été entièrement déformées par la corruption, et ils contemplaient l’épine dorsale avec une ferveur démente. Zac fonça sans attendre sur la bête du milieu et engagea un combat acharné au corps à corps. Pendant ce temps, ses six chaînes partirent harceler les deux autres chefs, les tirant de leur transe.
Les trois capitaines ne parvinrent à contenir leurs pulsions meurtrières qu’un instant, avant que la folie ne prenne le dessus. Ils quittèrent leur poste et se ruèrent vers leur compagnon sans se soucier de rien. Ils ne se préoccupaient plus d’accueillir leur ancêtre. Ils ne se souciaient pas du parchemin sinistre qui se déroulait derrière Zac ni des lignes écrites avec du sang. Une seule idée les obsédait : déchiqueter l’intrus qui leur avait fait subir tant de souffrances.
L’invocation ne s’interrompit pas quand les Drakes se jetèrent sur lui pour le tuer. Le rituel se déroulait dans leurs veines et se poursuivrait tant que leurs cœurs battraient. Zac ne laissa pas la menace imminente briser son rythme. Sa Mort inexorable représentait une pression suffocante et un contrôle absolu du destin. Il était un marionnettiste : chaque coup avait un but, chaque claquement de ses chaînes rapprochait ses adversaires de leur fin inéluctable.
Grâce à une manœuvre calculée, les trois Drakes d’Unvai se percutèrent soudain en cherchant à mettre Zac en pièces. À cet instant, Zac disparut tout bonnement. Sa technique imprégnée de Vide lui avait permis de se décaler sur le côté et d’échapper brièvement à leurs sens. Avant qu’ils ne puissent le repérer, Zac activa[Propulsion abyssale]avec l’Énergie du Vide, sans leur laisser le moindre avertissement. Une immense lame noire comme la nuit jaillit du sol avant que les bêtes aient le temps de réagir, et trois têtes alignées tombèrent.
Leur désespoir prit fin, tout comme leur vie.
Le lac de magma bouillonna lorsque ceux qui le contrôlaient disparurent, et l’aura draconique écrasante s’échappa comme l’air d’un ballon percé. Forcer la descente d’un ancêtre dépassait déjà les capacités des Drakes d’Unvai, qui ne portaient que des traces du sang des véritables dragons. Ils avaient arraché cette capacité à l’aide de la corruption, et même ainsi, ils n’y étaient parvenus qu’à grand-peine. À présent que les chefs étaient morts, la descente échouait rapidement.
L’issue était scellée, mais le Dragon de lave ancestral refusa de partir en silence. L’esprit de Zac hurla au danger et il détala aussitôt. Il n’alla pas loin : une aura écrasante verrouilla toute la zone. Il n’avait pas le temps de se libérer en s’appuyant sur le Vide. La crête se brisa, libérant une terrifiante lame de magma.
L’attaque fondit sur Zac en un clin d’œil, lui laissant tout juste le temps de pousser[Exposants profanes]à ses limites. Le pygmée porteur du cercueil fut absolument incapable de bloquer le coup et vola en éclats. Le renforcer grâce à la capacité du quatrième pygmée à améliorer ses compagnons ne lui fit gagner qu’une demi-respiration.
Cela suffit tout juste à Zac pour activer un talisman de fuite. Soumis à la même suppression, il échoua rapidement, mais seulement après avoir déplacé Zac de cinquante mètres. Celui-ci réprima la douleur causée par les déchirures de la turbulence spatiale et activa un autre talisman défensif. La distance supplémentaire et le talisman de rang D suffirent tout juste à lui éviter la lame vengeresse de flammes corrompues.
La lame passa au-dessus de lui en fendant l’air et laissa derrière elle une traînée de feu qui se prolongea jusqu’à l’horizon. L’attaque contenait le ressentiment et l’énergie restante du rituel. Sans elle, la lave se dissipa rapidement. Sa retraite révéla les carcasses étonnamment bien conservées de vingt Drakes tombés au combat, chacune scintillant d’une lueur illusoire.
Zac se laissa tomber au sol et fixa le ciel d’un regard vide. C’était comme si les Cieux avaient retenu leur souffle avant de le relâcher enfin. La pluie de Sevona s’abattit sur la plage, emportant la souillure et le péché. Zac n’y échappa pas : une flaque de crasse se forma bientôt autour de lui tandis que des couches de suie et de sang se détachaient de son corps. L’Intention meurtrière pesante se retira peu à peu en lui, telle une bête regagnant son sommeil.
Il avait hâte de recommencer.