Chapitre 1 385
« Un anneau d’introduction de la Guilde des Explorateurs ? » marmonna Zac. « Ça se tient. On avait déjà compris que les doppelgängers essaieraient de s’infiltrer dans l’un des groupes d’étudiants, et la Guilde des Explorateurs est une bonne option. Mais comment sais-tu que c’était une envahisseuse ? Elle aurait simplement pu être invitée à rejoindre la guilde. »
« Elle possède quelques objets qui dégagent des traces de corruption. On les a nettoyés, et l’environnement finira par faire le reste, mais pour l’instant, ils portent encore une légère empreinte de l’autre côté », expliqua Esmeralda en faisant tourner l’anneau entre ses doigts. « Ensuite, l’anneau lui-même est un indice. Il est authentique et vient de la ligne temporelle principale, mais quelque chose cloche. Mon sixième sens me dit qu’il a été modifié d’une manière ou d’une autre. »
Quelques minutes plus tard, le crapaud le lui tendit, exaspérée. Au début, Zac ne remarqua rien d’inhabituel. Il ne parvenait même pas à déceler ce qui « clochait », comme le disait Esmeralda. L’anneau ne contenait que deux réseaux simples. Le premier fonctionnait à peu près comme son jeton de la Secte extérieure et indiquait la direction d’un lieu prédestiné. Le second était un réseau de sécurité conçu pour protéger contre les contrefaçons.
Aucun des deux ne justifiait la réaction d’Esmeralda, mais Zac aurait été idiot de sous-estimer sa vaste expérience des trésors. Il continua de chercher, allant jusqu’à exercer une certaine pression sur les réseaux avec son Énergie du Vide pour voir comment ils réagiraient. Toujours rien. Alors qu’il était sur le point d’abandonner, un filet de corruption du Plan perdu dériva près de leur embarcation.
« Qu’en penses-tu ? » demanda Zac en désignant l’énergie corrompue. « Ce serait logique si les doppelgängers l’avaient modifié. »
« Essaie, mais ne va pas abîmer les réseaux », répondit Esmeralda. « S’en procurer un autre, c’est toute une histoire. »
Zac hocha la tête et sortit l’[Amande pèlerine] de la [Pureté du Vide]. Après avoir découvert l’amande, il avait expulsé toute l’énergie corrompue du Plan perdu de son Espace de purification. Il n’allait certainement pas l’exposer maintenant qu’elle était en sécurité. Il rangea plutôt le trésor dans une boîte de jade et la tendit à Esmeralda.
« Je t’aiderai à nourrir sa spiritualité jusqu’à ce qu’on trouve un Réseau au trésor correspondant », promit Esmeralda.
Zac acquiesça et fit virer la petite embarcation en direction de l’Île des Singes. C’était la seule source de corruption dans les environs, raison pour laquelle ils étaient venus enquêter. La densité énergétique n’avait rien d’exceptionnel, et il leur fallut une heure pour en accumuler assez pour l’expérience, ainsi qu’un peu de marge pour une éventuelle illumination en cas d’urgence.
De l’autre côté, les choses progressaient lentement, mais sans accroc. Ils atteignirent Kabaton sans autre surprise. Un puissant habitant local de la Prairie sereine, ébranlé par les bouleversements, avait lancé une attaque. Il s’avéra impossible de tuer cette île gigantesque ; Zac et Ogras unirent donc leurs forces et livrèrent un combat prolongé avant d’atteindre le Domaine mémoriel.
On aurait dit que Tavza s’était attendue à voir une mer de Vie sacrée déferler sur le royaume scellé. Elle avait parfaitement choisi le moment de l’éveil de son esprit, et s’était servie du tsunami pour tremper son esprit dans la Foi impériale. Sa récompense avait même été légèrement supérieure à celle d’Ogras, pourtant déjà très généreuse.
Ils passèrent trois jours à Kabaton, mais pas de leur plein gré. Comme aux Docks de la Transformation, une épreuve fut suivie d’une cérémonie de culte. L’événement était bien plus modeste que celui des Docks de la Transformation, et il n’y eut pas d’invasion soudaine de doppelgängers. Le représentant de la Dynastie Theomore auprès de la Cour creuse n’était même pas présent. Apparemment, la cour avait plutôt préparé un événement spécial, prévu un an plus tard pour ceux qui parviendraient à temps à la cour extérieure.
Tavza fut défiée par un Porteur de lumière d’Ultom qui devait être aveugle. Elle subit une défaite écrasante, mais le Mérite impérial de la descendante des An’Azol augmenta considérablement. Après avoir franchi une porte dimensionnelle, ils réapparurent dans le Gouffre creux. Depuis, ils étaient restés dans le Troisième Enfer, à l’exception des quatre jours qu’il leur avait fallu pour trouver les passages secrets menant à la porte suivante.
Saṃghāta était aussi appelé l’Enfer écrasant : les morts causées par chacun y étaient transformées en une pression écrasante. Ce royaume aurait normalement dû être le pire cauchemar de quelqu’un comme Zac, qui avait tué un nombre incalculable de victimes. Pourtant, la partie scellée du Troisième Enfer avait manifestement subi des modifications, et le Destin impérial qu’il avait accumulé contrebalançait cette pression.
Grâce à l’incroyable quantité de Destin qu’il possédait, le poids du monde s’était mué en une pression supportable, qui l’aidait rapidement à stabiliser sa Constitution du Vajra du Vide améliorée. Le Miasme unique de Saṃghāta était également l’énergie la plus efficace qu’il eût trouvée depuis longtemps pour faire progresser la lignée d’Eoz. Bien sûr, il devait d’abord passer par le raffinage du [Cœur du Vide] ou de son Vide personnel avant de pouvoir être absorbé — et de préférence à l’abri du regard de Tavza, afin d’éviter de susciter d’autres questions.
Zac guettait donc sans cesse les trésors naturels propres à renforcer le corps, tout en cherchant la sortie et la quête cachée qui aiderait à réintégrer le Troisième Enfer à l’Étendue impériale occidentale. Jusqu’ici, ses recherches avaient surtout porté leurs fruits du côté des trésors, même si Tavza avait repéré des indices révélant qu’un vaste réseau ancien manipulait l’Enfer écrasant.
Puisque tout était en ordre de l’autre côté, Zac se concentra sur ses propres affaires. Il balaya plusieurs fois son corps avec ses Daos pour en chasser les dernières énergies étrangères, puis extraya un filet d’énergie corrompue encore non raffinée de la [Pureté du Vide]. Sans tenir compte de ses chuchotements déments, il la maîtrisa grâce aux fils spirituels de la [Forge du Vide] et en infusa une petite quantité dans l’Anneau des Explorateurs.
Lorsqu’il tenta d’infuser l’énergie, le réseau de repérage montra des signes de détérioration due à la corruption. Il passa aussitôt au réseau d’authenticité. Celui-ci réagit bien mieux et absorba sans difficulté une infime parcelle de l’énergie du Plan perdu.
« Voilà qui confirme mes soupçons », dit Esmeralda.
« Tu peux savoir ce qu’il fait ? »
« C’est un motif d’authentification secondaire dissimulé », répondit Esmeralda. « Les réseaux ordinaires de la Guilde des Explorateurs n’y verront que du feu, tandis que les envahisseurs pourront se servir de ces anneaux pour retrouver leurs semblables. »
« S’ils ont besoin de ce genre de méthode, c’est qu’ils ne connaissent probablement pas l’identité des autres envahisseurs. On pourrait peut-être infiltrer leur cercle rapproché », dit Zac, sans grand espoir. Il savait douloureusement bien que ce genre de mission n’était pas son fort. « Qu’en penses-tu ? On retourne à Westharbor pour recueillir des informations ou on suit la piste ? »
« On devrait aller directement au quartier général de la Guilde », répondit Esmeralda. « À l’époque, les Formations naturelles qui s’étendaient sur les Îles du Pèlerin étaient des centaines de fois plus complexes. Si on passe par Westharbor, on n’atteindra jamais le quartier général en une seule étape. Il faudrait ressortir et perdre un temps précieux. En plus, on en sait déjà assez sur la guilde. Ce qu’on ignore pourra s’expliquer par le fait qu’on vient d’arriver. »
« Tu as raison. Allons-y », approuva Zac en modifiant le cap de l’embarcation.
Dire qu’il était cent fois plus facile de traverser les Îles du Pèlerin de nos jours n’était pas loin de la vérité. L’archipel d’eau douce qu’ils avaient vu dans leurs souvenirs formait un monde aquatique sans limites et déroutant, rempli de catastrophes naturelles et de phénomènes imprévisibles.
Certains tourbillons vous réduisaient en poussière ; d’autres vous expédiaient à des millions de kilomètres et deux dimensions plus loin. Seuls les voyageurs expérimentés pouvaient savoir à l’avance à quel genre ils avaient affaire. Certaines îles étaient des illusions, d’autres se cachaient dans des replis spatiaux qui exigeaient un positionnement précis. Tout autant étaient transformées par de puissantes énergies temporelles, et il fallait trouver le moment exact pour s’y rendre.
Aucune carte fixe de l’archipel n’était disponible dans les quatre ports qui l’entouraient ; on n’y trouvait que des itinéraires incomplets, auxquels on ne pouvait pas se fier entièrement. Bien sûr, nombre de passages secrets étaient gardés jalousement, et les moyens d’accéder aux îles les plus précieuses étaient des secrets bien protégés. La plupart des disciples n’avaient d’autre choix que de s’en remettre au destin, en espérant trouver une occasion plutôt qu’un désastre en haute mer.
Les Îles du Pèlerin avaient perdu une grande partie de leur mystère depuis la chute de la Cour mercurielle. L’archipel ne semblait pas relié au véritable Océan Peregrine et était totalement dépourvu de l’aura mortelle de décomposition spatiale qui caractérisait ce dernier. Isolé comme un recoin de la Prairie sereine, il avait subi d’importantes dégradations spirituelles après des éons passés loin de sa source.
La plupart des Formations naturelles s’étaient complètement effondrées, révélant les îles qu’elles dissimulaient. D’innombrables couches spatiales et royaumes illusoires avaient été simplifiés à une douzaine tout au plus, ce qui rendait l’exploration à la fois plus facile et plus sûre. Le seul danger supplémentaire venait des failles qui laissaient suinter la corruption. Les propriétés uniques de l’Océan Peregrine facilitaient clairement les liens entre les dimensions et les lignes temporelles ; les failles étaient donc plus nombreuses que dans le reste des Cours mercurielles.
Il en résultait une présence excessive de Qriz’Ul, mais heureusement, les monstres de rang C étaient rares. Suivre le signal de l’anneau s’avéra donc bien plus facile que prévu. C’était un peu comme survoler une chaîne de montagnes impitoyable au lieu d’en suivre les sentiers sinueux. Ils n’avaient qu’à faire quelques détours lorsqu’ils détectaient de dangereux Qriz’Ul, et disposaient de tout le temps nécessaire pour revoir ce qu’ils savaient et planifier la suite.
La Guilde des Explorateurs était l’une des factions locales les plus célèbres, et ils en connaissaient les grandes lignes sans avoir besoin de se renseigner spécialement. Face à l’attitude désinvolte, presque paresseuse, de la Cour mercurielle, certains étudiants avaient décidé de s’organiser eux-mêmes. De nombreux groupes étaient répartis dans toute la Citadelle.
Les plus puissants existaient généralement depuis des générations et bénéficiaient du soutien d’anciens élèves diplômés. Plusieurs Porteurs de sceau ne manqueraient pas de créer leurs propres organisations à leur arrivée, et Zac pouvait techniquement être considéré comme membre de l’organisation naissante d’Astora. Certains groupes fonctionnaient comme des sectes subsidiaires, avec une hiérarchie stricte et des systèmes de contribution. D’autres étaient plus détendus et servaient surtout de lieux de rencontre et de réseautage. Il existait aussi quantité de groupes de recherche spécialisés.
La Guilde des Explorateurs était particulièrement active dans les Îles du Pèlerin. Elle existait depuis longtemps et comptait parmi ses membres des Disciples véritables ainsi que de puissants anciens à la retraite. Elle n’imposait par ailleurs aucune restriction à ses membres. Ils pouvaient rejoindre d’autres organisations et partir quand bon leur semblait.
La rejoindre offrait de nombreux avantages, de l’accès à des Rencontres commerciales exclusives à des informations privilégiées sur les innombrables îles et leurs richesses. Beaucoup souhaitaient en devenir membres, mais la guilde était sélective et n’acceptait pas n’importe qui. Pour commencer, il fallait un parrain ; demander à un membre actuel ne suffisait pas.
Le parrain devait d’abord accomplir assez d’exploits en tant qu’explorateur pour mériter un anneau sigillaire. Ces anneaux avaient donc une grande valeur et garantissaient un certain niveau chez les nouveaux membres. Ensuite, atteindre le quartier général de la guilde grâce à l’anneau constituait une épreuve en soi. La guilde se trouvait sur une île cachée au cœur de l’archipel ; connaître l’itinéraire ne suffisait pas. Il fallait aussi avoir les compétences nécessaires pour affronter les mers agitées. Bien entendu, cette étape ne concernait pas Zac, qui empruntait un raccourci par le futur.
Qu’un envahisseur ait déjà un tel anneau indiquait que la guilde avait été transformée en vivier de doppelgängers, et on comprenait aisément pourquoi. C’était une vaste faction qui comptait quantité d’élites, mais dont la gestion était peu stricte. Ses membres venaient des quatre coins de la Cour mercurielle, ce qui permettait une infiltration bien plus large que celle d’un groupe de recherche replié sur lui-même.
La Guilde des Explorateurs autorisait même ses membres à s’inscrire sous un déguisement ou un pseudonyme temporaire, une pratique apparemment très répandue. La secte pouvait interdire de tuer ses condisciples, mais cela ne signifiait pas qu’il n’y avait aucune rivalité. Les Îles du Pèlerin comptaient parmi les principaux terrains de chasse aux trésors de la secte, et les ressources de premier ordre n’étaient pas infinies. Dès qu’une île au trésor majeure apparaissait, c’était le chaos assuré.
S’inscrire sous un pseudonyme n’était pas infaillible, mais cela permettait de repartir des îles avec moins de rancunes à ses trousses. Cela arrangeait aussi Zac, puisque les anneaux d’invitation étaient anonymes. Personne ne saurait quel membre ancien avait échangé l’anneau précis destiné à Zac — sauf peut-être le chef actuel de la guilde.
Deux jours plus tard, Zac aperçut enfin au loin une île de taille moyenne. Elle n’était guère plus grande que l’Île des Singes, et ne dépassait pas de beaucoup trois fois la taille de sa propre île, chez lui. À moins qu’il n’y ait des manipulations spatiales, il pourrait la traverser en quelques heures. Pourtant, il n’avait pas besoin de vérifier le signal de l’anneau sigillaire pour savoir qu’ils étaient arrivés à destination, ni pour comprendre que l’île cachait autre chose que ce qui se voyait à la surface.
L’île dégageait des vagues de spiritualité stupéfiantes, même au crépuscule des Îles du Pèlerin. Elle avait dû être l’un des lieux les plus florissants de l’archipel à l’époque. Son Domaine mémoriel était donc bien plus solide que la normale et regorgeait d’une Foi impériale aveuglante. Malgré cela, le domaine avait été repoussé et ne couvrait plus que les deux tiers de l’île. Le dernier tiers était envahi par un puissant domaine de corruption.
Ce n’était pas la première île où Zac voyait une corruption aussi directe et puissante, mais c’était la première à en avoir un Domaine mémoriel à proximité. Il avait voulu enquêter sur les autres, mais la chance ne lui avait pas souri. Aucun vent mémoriel ne soufflait près des îles lorsqu’il passait, et entrer dans un Domaine mémoriel sur une île voisine n’avait pas fonctionné, car l’espace ne coïncidait pas.
« Regardez comme la corruption est intense. Il doit y avoir un passage stable vers l’autre côté », dit Esmeralda. « On va enfin pouvoir récupérer quelques primes. »
« On suit le plan initial ? » demanda Zac.
Esmeralda acquiesça et se posa sur sa tête tandis qu’il dirigeait sa gondole tout droit vers le Domaine mémoriel. Leur vision vacilla lorsqu’ils le traversèrent, et ils se retrouvèrent soudain à naviguer vers ce qui ne pouvait être décrit que comme une forteresse de pirates. Tout y était clairement pensé pour donner le ton.
Il y avait quantité de palmiers, manifestement peu adaptés au climat plutôt frais de l’île. Pour accueillir la faune tropicale et les tribus de tortues tachetées qui se prélassaient dans une baie voisine, toute la ville était couverte par une vaste formation de chauffage. Deux énormes goélettes étaient même amarrées dans les ports, mais Zac vit tout de suite qu’elles n’étaient que décoratives.
Les cultivateurs qui parcouraient les rues ressemblaient davantage à des pirates aventuriers qu’à des membres de la secte. Moins d’un sur quatre portait réellement les robes de disciple de la secte, et ceux qui les portaient semblaient presque tous être des Disciples serviteurs. Zac hésita un instant, puis décida de ne pas se changer avant de débarquer.
« Oh ? Nouveau compagnon ou pillard ? » lança un jeune homme dont l’aura féroce était au sommet du rang D, lorsque Zac posa le pied sur un ponton mal entretenu.
En réalité, cet aspect délabré relevait lui aussi d’un choix esthétique. Zac voyait bien qu’il s’agissait d’une illusion extrêmement détaillée, sous laquelle se trouvaient des dalles de pierre solidement renforcées. Le ponton aurait probablement pu encaisser sans broncher l’impact d’un Empereur des bêtes au stade initial.
« Je viens prendre part aux réjouissances », répondit Zac en exhibant l’anneau sigillaire à sa main gauche.
« Pas mal », dit le pirate en hochant la tête. « La plupart ont l’air d’avoir traversé un maelström quand ils arrivent sur l’île. Mais tu devrais te trouver des vêtements convenables. Tu ne peux pas partir en exploration habillé comme ça. »
« C’est en haut de ma liste », promit Zac, décidant de jouer le jeu. Il ne voyait pas d’inconvénient à se déguiser en pirate si cela lui permettait de débusquer les doppelgängers. Il avait déjà le mode de vie dans la peau, si l’on pouvait dire.
« Bien. Mais d’abord, va t’installer à la Pomme poussiéreuse », dit l’homme en indiquant une taverne juste à côté des quais.
« Merci », répondit Zac avant de s’y diriger.
En chemin, personne ne l’arrêta pour vérifier son identité, même si quelques regards calculateurs montraient qu’ils avaient deviné qui il était. Rien d’étonnant. L’arrivée de cette bande d’étrangers était le sujet de conversation du jour, et il n’y avait qu’une seule personne qui se promenait avec une grenouille sur la tête. Zac finit par décider de se présenter tel quel, ou plutôt sous le nom d’Everit Draom. En somme, il se servait de lui-même comme appât, espérant que son statut ferait sortir quelques doppelgängers de leur cachette.
« Bienvenue à la Pomme poussiéreuse. Je m’appelle Nathan », dit un jeune homme derrière le comptoir, qui détailla lui aussi Zac. « Vous venez d’arriver, je suppose ? Je crois avoir entendu parler de vous. »
« On m’a dit de passer ici pour m’installer », répondit Zac en désignant les dizaines de clients plongés dans des discussions animées. Malheureusement, tous maintenaient des barrières d’intimité pour empêcher les étrangers d’écouter. « Le quartier général de la guilde est toujours aussi animé ? »
« Pas du tout. La Crique des Explorateurs est presque toujours déserte. Les gens sont généralement en mer et ne s’arrêtent que pour se ravitailler et recueillir les dernières informations. Ceux qui restent plus longtemps sont souvent en retraite. »
« Alors, qu’est-ce qui se passe ? » demanda Zac en s’asseyant au bar.
« Tu as de la chance d’arriver aujourd’hui. Dans deux jours, on mettra la clé sous la porte, faute de volontaires pour tenir le bar. Pas quand le Pavillon de chasse de Sevona est sur le point d’apparaître », répondit Nathan, l’air enthousiaste.
« Le quoi ? » demanda Zac.
« Ah oui, c’est vrai, vous autres, les nouveaux, vous ne savez pas », dit Nathan. « Le Pavillon est l’un des six miracles des Îles du Pèlerin. Ça fait des lustres qu’il n’est pas apparu ; il doit donc regorger d’occasions à saisir. C’est l’occasion de la décennie, peut-être même du siècle ! »
Zac sentit Esmeralda trembler d’excitation sur sa tête. Il voulut lui rappeler de ne pas perdre de vue leur objectif. Ils étaient là pour attraper des envahisseurs. Mais après tout, une chasse au trésor de cette ampleur n’était-elle pas l’endroit idéal pour que des doppelgängers sèment le trouble ? Il semblait qu’ils pourraient faire d’une pierre deux coups.
Dieu merci, ils n’étaient pas retournés à Westharbor.