Chapitre 1 378
« À quoi tu penses ? »
Zac leva les yeux et vit qu’Ogras était revenu. Tavza et lui avaient attendu près des portes pendant que le démon faisait rapidement le tour de l’avant-poste, à la recherche d’informations cachées et d’autres occasions à saisir. Tavza s’était occupée d’étudier les boussoles et les graines du[Lotus de Ketumati], tandis que Zac était plongé dans ses pensées.
« Je pensais aux derniers mots du Templier, répondit Zac après que le démon eut dressé un voile d’ombres isolantes. Dire que le voyage comptait autant que la destination ne ressemblait pas à un simple conseil général. Et les différences entre les Cours extérieures deviennent de plus en plus évidentes à mesure que nous avançons. »
Ogras acquiesça. « C’est ce que j’ai remarqué aussi. Est-ce qu’on doit revoir nos plans ? »
« Je crois qu’on trouve moins de mérites dans la Cour creuse que dans la Cour mercurielle. Si on fonce à travers les différentes couches, on risque de ne pas avoir assez de points pour atteindre nos objectifs une fois arrivés », songea Zac. « Dans ce cas, mieux vaut réussir ici que de se concentrer sur les épreuves. »
Si ses soupçons étaient fondés, ses deux corps avaient atteint la même étape de l’épreuve. Son côté Draugr lui envoyait des nouvelles de son exploration de la Citadelle, et il se dirigeait actuellement vers les Îles du Pèlerin pour récolter de la Potentialité. La tâche ressemblait beaucoup à la leur. Par curiosité, Zac insuffla un peu d’énergie mentale dans la boussole que lui avait donnée le général Vatnus. Aucun message indiquant le nombre de mérites n’apparut.
Comme une boussole ordinaire, elle se contentait de pointer dans une direction. Zac secoua la tête et la rangea de nouveau. « Le prêtre aurait dû remarquer qu’on était pressés de rattraper notre retard, vu que l’épreuve a commencé il y a quelques mois. »
« Ce n’était pas le seul indice », dit Tavza en franchissant le mur d’ombres.
« Je t’en prie, fais comme chez toi », marmonna Ogras.
« Je pense que tu as raison. Ça ne change pas le plan général ; il faudra simplement mettre un peu plus d’efforts à accomplir ces tâches », dit Zac. Comme il ne voyait pas l’intérêt de demander à Tavza de partir, il poursuivit. S’il avait quelque chose à discuter en privé avec Ogras, ils pourraient toujours le faire par télépathie. « Et de ton côté, ça donne quoi ? »
« Rien qui mérite d’être signalé. Trois factions ont l’autorisation de commercer par cette Porte de Royaume. En général, elles restent un jour ou deux avant de repartir ensemble pour Kabaton. L’union fait la force, et tout ça. Entre leurs visites, l’avant-poste pourrait aussi bien être en hibernation. La venue de Porteurs de sceau comme nous est l’événement le plus palpitant que les soldats stationnés ici aient connu depuis des années, répondit Ogras.
— Tu as réussi à savoir…
— Cent cinquante-trois personnes sont déjà passées par cet avant-poste, et il y en aura au moins une autre. Impossible de dire combien sont des nôtres, reprit Ogras. Le voyage jusqu’à Kabaton devrait prendre une semaine, mais qui sait si ce sera toujours le cas maintenant. »
« Et le bazar ? »
« Inutile d’attendre qu’il rouvre. Ce ne sont que des commandes passées par les soldats qui sont là, en ce moment. Les marchands les apportent en passant et vendent les articles à des prix exorbitants. On a plus de chances de trouver de bonnes choses à Kabaton, si l’endroit ressemble à celui-ci. »
« Et ce grand bâtiment ? »
« Aucune idée. Les habitants du coin n’en savent pas plus. Seule une poignée de personnes peut y entrer, et les Porteurs de sceau n’en font pas partie. »
« C’est un accordeur, dit Tavza en contemplant le pilier de vie. Il harmonise le Dao de la Vie de la Prairie sereine avec le Ciel plus vaste de l’Étendue impériale occidentale. Je crois que cet avant-poste appartient à la fois au continent et aux Plans inférieurs. La Foi et le Destin les fusionnent. »
Cette théorie concordait avec les soupçons de Zac, puisque l’aura de la Prairie sereine était naturellement mêlée à la Foi impériale du camp. Que ce soit la fonction principale de l’avant-poste et de Kabaton ou la tâche confiée par le général Vatnus, tout cela ressemblait à ce que faisaient les Jardins Joyeux avec leurs Esprits des Jardins Joyeux.
« Alors, inutile de traîner ici », grogna Zac en se levant. « On y va. »
Le trio présenta une nouvelle fois ses laissez-passer pour franchir les portes extérieures. Une brume opaque s’étendait jusqu’à la limite du domaine et les empêchait d’observer ce qui se trouvait au-delà. Quelques tests confirmèrent que l’environnement était stable de l’autre côté, et Zac s’avança pour jeter un coup d’œil. Les brumes s’écartèrent, et il put enfin voir la Prairie sereine dans toute sa splendeur.
On aurait pu s’attendre à trouver une immense forêt à l’extérieur. En réalité, la Prairie sereine ressemblait davantage à la Calamité de l’Immense Étendue de Perenne, avec une poignée de petits mondes flottant çà et là comme dans un champ d’astéroïdes infini. Cela dit, le chaos de la gigantesque tempête était totalement absent, remplacé par une tranquillité absolue que Zac n’aurait pas imaginée dans un royaume Accordé à la Vie.
Des centaines d’îles flottantes s’étendaient à perte de vue, et pas deux ne se ressemblaient. Certaines ne dépassaient pas la taille d’un terrain de football, tandis que d’autres étaient aussi grandes que son île, chez lui. Elles avaient toutes en commun une force vitale puissante. Elles étaient vivantes, et pas seulement au sens vague ou abstrait du terme. Quelques-unes rappelèrent Mossy à Zac : de grandes masses de végétaux. D’autres formes de vie empruntaient leurs traits au monde naturel. Il y avait des montagnes, des champs flottants, et même des rivières et des formations orageuses.
Un nombre tout aussi important était né d’objets fabriqués par l’homme. Plus d’une douzaine de bâtiments flottaient dans les environs, tous traversés par une puissante étincelle de vie. Il y avait aussi des sculptures et de gros objets que Zac ne parvenait pas à identifier. Il supposa qu’ils provenaient de l’Empire Sans-Limites et que l’atmosphère singulière de la Prairie sereine leur avait conféré la conscience depuis bien longtemps.
Une aura presque effacée, chargée d’un ancien ressentiment, indiquait que toutes les structures n’étaient pas des vestiges de l’Empire Sans-Limites. La grande guerre qui avait ravagé l’Étendue impériale occidentale dans les derniers jours de l’Empire avait atteint la Prairie sereine ; certaines îles pouvaient donc être constituées d’objets abandonnés par les envahisseurs.
Le Domaine mémoriel était fixé à un énorme coquillage. L’île la plus proche était un grand temple que Zac reconnut. Bien que des changements incompréhensibles y eussent été apportés, il s’agissait de l’église de l’Ordre de la Terre fertile qu’ils venaient de visiter — la véritable, et non une partie d’un souvenir. Hormis la tombe de Tam Brooks et les ruines de la Cour mercurielle, c’était le premier véritable vestige lié aux souvenirs.
Sa présence indiquait que cette partie de la Prairie sereine avait été dissimulée aux Cieux. Sinon, le temple aurait été souillé par les péchés de l’Empire et aurait connu le même sort que les autres.
Rester caché dans les Plans inférieurs avait un prix. Le temple était désormais une entité vivante, comme les autres îles, et il avait remarqué l’arrivée de Zac. Celui-ci se sentit observé par une perception puissante. Elle n’atteignait que le niveau d’un cultivateur du rang D supérieur, mais, comme Mossy, elle s’étendait bien au-delà des limites de son rang.
Le temple ne fut pas le seul habitant du coin à remarquer l’arrivée de Zac. C’était peut-être parce qu’il devait faire tourner ses Daos pour se protéger de l’environnement. L’aura protectrice de l’avant-poste avait contenu l’influence de la Prairie sereine, qui tentait désormais d’insuffler la vie en Zac et dans ses possessions.
Des dizaines d’habitants examinèrent cette présence inconnue au milieu d’eux. Zac ne sut pas trop comment réagir et se contenta de s’incliner en guise de salut.
« Bonjour. Je ne fais que traverser la région. »
Comme leurs formes éparpillées, les habitants avaient chacun leur avis sur l’apparition d’un étranger parmi eux. Quelques îles frémirent et commencèrent à s’éloigner, sans bruit et en veillant à ne pas empiéter sur le domaine de leurs voisines. D’autres cherchèrent à se rapprocher, par curiosité ou par méchanceté. La plupart ne réagirent pas du tout, peut-être incapables de l’entendre ou de comprendre son message. Elles se contentaient de rester dans leur bulle, à absorber les généreuses énergies Accordées à la Vie.
Aucune de ces étranges formes de vie ne s’approcha. Zac eut l’impression que le Domaine mémoriel avait un effet dissuasif. Il créait une zone de sécurité où Zac pouvait examiner les environs à la recherche de menaces. Après avoir attendu quelques minutes et libéré son aura à pleine puissance à plusieurs reprises, il confirma le point le plus important : sa présence n’avait attiré ni l’attention du Seigneur des Royaumes ni celle des habitants de rang élevé. Ce ne fut qu’alors qu’il fit signe à ses compagnons d’entrer.
« La boussole fonctionne toujours, fit remarquer Ogras en regardant autour de lui avec intérêt. On se croirait dans une cave qu’on vient d’aérer. »
La comparaison était étonnamment juste. Le Dao de la Vie, bien que plus envahissant qu’au camp, n’était rien à côté de la Vie débridée qui jaillissait de la Porte de Royaume des Jardins Joyeux. L’intensité spirituelle de leur emplacement actuel égalait à peine celle de l’Étendue impériale occidentale, et le Dao de la Vie dissimulait une part de corruption. En même temps, une fraîcheur s’en dégageait, comme si le royaume avait commencé à retrouver la vitalité qu’il avait perdue.
« Je crois que cette partie de la Prairie sereine a été intégrée à l’Étendue impériale occidentale. Un courant souterrain de Foi impériale maintient le Domaine mémoriel en activité, et je sens l’influence du Destin impérial, expliqua Zac. Peut-être que cette région frontalière a enfin été reliée au véritable jardin lorsque le continent a refait surface pour l’épreuve. »
« Ce sont des vestiges préservés, marqués par une histoire interdite », dit Tavza, le regard complexe, fixé sur le temple voisin. Elle poursuivit dans un murmure à peine audible : « Ce qui est mort peut renaître. »
« Qu’est-ce que tu as dit ? » demanda Ogras, tandis que Zac observait Tavza d’un air pensif.
« Rien. C’est juste quelque chose que j’ai entendu avant d’entrer dans l’épreuve », répondit Tavza, le visage redevenu impénétrable.
« Ça va ? » demanda Zac en examinant le nuage de Mort abyssale qui entourait Tavza. Il la protégeait du Dao de la Vie. Plus étonnant encore, Zac le percevait à peine alors qu’il ne se tenait qu’à quelques mètres d’elle. Tavza avait allié une maîtrise exquise à des applications inédites de l’Oubli pour créer un puissant effet de camouflage.
« Occupe-toi plutôt de toi-même avant de t’inquiéter pour les autres », répliqua Tavza en désignant du regard les pieds de Zac.
Zac jura lorsqu’une fluctuation spirituelle jaillit de ses chaussures. C’étaient de simples bottes du rang D inférieur, qui n’amélioraient même pas sa vitesse. Elles pouvaient créer une couche isolante entre lui et les énergies suintant du sol, mais il les portait surtout pour leur confort. Il en avait une douzaine de paires comme celle-là dans son Anneau spatial, car elles se brisaient parfois au combat.
Il avait été si occupé à protéger la graine et ses trésors les plus précieux qu’il n’avait pas remarqué la vie qui s’infiltrait dans ses chaussures depuis le sol. D’abord décidé à contenir la poussée d’énergie, Zac choisit de ne pas intervenir. Il avait là l’occasion d’assister à un éveil ; il ôta donc ses bottes et les posa à terre.
Le trio observa avec intérêt le cuir se tordre et se couvrir de poils, tout en puisant frénétiquement de l’énergie dans les environs. Le phénomène suscita chez les habitants une réaction bien plus forte que leur arrivée, mais celle-ci ne dura pas. L’une après l’autre, des centaines de perceptions se retirèrent, et Zac comprit vite pourquoi.
Au lieu d’atteindre le seuil nécessaire à la cristallisation d’une conscience, l’énergie accumulée à l’intérieur des bottes se déstabilisa rapidement. Tavza agita la main et les enferma dans une cage d’eau transparente avant qu’elles n’explosent. Elle dissipa la barrière et l’énergie retourna dans la Prairie sereine, accompagnée de lambeaux de cuir emportés par le vent.
« Pauvres petites choses, s’éveiller à la spiritualité avec en mémoire tes petits petons de cochon tout transpirants ! » ricana Ogras. « Je comprends qu’elles aient préféré en finir vite. »
Zac ne releva pas la pique du démon. Ce qui l’intéressait davantage, c’étaient les mécanismes de l’éveil — ou plutôt les raisons de son échec complet.
« On ne peut pas laisser les graines évoluer comme ça. Le résultat est imprévisible, et ce sera extrêmement dangereux. Il faut une forme de contrôle », marmonna Zac.
« L’endroit compte. Tes chaussures ont absorbé une partie de la nature de ce plateau. Même si elle est infime par rapport à leur propre spiritualité, elle ajoute une hétérogénéité instable. Nous avons deux possibilités. La première consiste à trouver une source intacte du Dao de la Vie de la Prairie sereine. La pression qui pèse sur nous pour encadrer l’éveil diminuera alors considérablement », dit Tavza en désignant le temple devant eux. « La deuxième se trouve à l’intérieur. »
Zac comprit que Tavza ne parlait pas précisément de ce temple, mais de l’aura qu’il dégageait. En raison de son origine liée à l’Ordre de la Terre fertile, il portait une empreinte de Foi impériale bien plus forte que les autres formes de vie. L’éveil des graines poserait moins de problèmes en sa présence, car leur spiritualité avait davantage de points communs. Le temple faisait aussi partie des formes de vie qui leur manifestaient de la bienveillance ; il était donc peu probable qu’il se retourne contre eux pendant le processus.
« On devrait sans doute attendre d’avoir trouvé Kabaton avant de réveiller les graines. Ça nous laissera le temps de chercher de meilleures options en chemin. On ignore aussi quelles réactions un éveil réussi déclenchera. Les autres créatures pourraient y voir une menace », suggéra Ogras. « Vu les quantités terrifiantes d’énergie contenues dans les graines, il se peut qu’on ne puisse pas les contrôler une fois éveillées. Ce sera plus facile si on peut les traîner rapidement jusqu’à Kabaton avant que la situation ne dégénère. »
« J’aimerais quand même examiner cette structure. Elle pourrait renfermer des enregistrements importants », dit Tavza. « Cette épreuve consiste à modifier le passé et à éviter la catastrophe qui a frappé l’Empire Sans-Limites. Pour y parvenir, nous devons mieux comprendre ce qui a mal tourné. »
« Nous devrons interagir avec plusieurs habitants pour atteindre notre destination. Ce serait une bonne idée de commencer par échanger avec quelqu’un de sympathique », acquiesça Zac. Tous trois s’envolèrent vers le temple qui les attendait. Les ennuis commencèrent dès qu’ils quittèrent l’immense coquillage.
« Bon sang, toute la gorge est vivante ! » jura Ogras.
« Vite ! » lança Zac, sentant une présence immense se rassembler lentement autour d’eux.
On aurait dit que tout l’espace vide entre les habitants appartenait à une créature démesurément gigantesque. Impossible de savoir si elle était amicale ou hostile, et Zac n’avait aucune envie de le découvrir. L’attention d’une entité aussi puissante pouvait être mortelle, même sans la moindre malveillance. Son rang n’y changeait rien. Comme Mossy, une conscience aussi puissante pouvait submerger leurs âmes sans le moindre effort.
Le trio accéléra et fila à travers la gorge. Deux autres couches d’habitants s’étendaient en contrebas. Il pouvait très bien y en avoir d’autres, mais un voile de brume verte leur cachait la vue. Ils ne virent plus rien en atterrissant sur les marches du temple, et le sentiment d’oppression disparut avec le paysage. Ils n’eurent toutefois pas le temps de souffler : le temple s’éveilla.
Dans un grondement, la rangée de piliers près de l’entrée se détacha de sa base et avança vers le groupe de Zac, comme les tentacules d’une pieuvre. Les colonnes n’avaient rien de la rigidité de la pierre : elles se pliaient et s’étiraient comme si elles étaient devenues de caoutchouc. Des motifs de vie, nettement différents de l’héritage de l’Empire Sans-Limites, s’illuminèrent sur les piliers tandis qu’une vague d’Énergie divine balayait les trois compagnons.
Les vrilles s’attardèrent un peu plus longtemps devant Zac, et encore davantage devant Tavza. Juste au moment où Zac craignit que le temple ne rejette sa présence, elles regagnèrent leur position initiale. La grande porte était restée ouverte tout au long du processus, mais l’idée d’entrer rendait Zac méfiant. Entre la pierre malléable et le flot constant d’énergie qui jaillissait de l’ouverture, la porte ressemblait davantage à la gueule d’une bête déguisée.
Ils savaient pourtant que le temple équivalait tout au plus à un Roi des bêtes du rang D supérieur ; ils entrèrent donc avec prudence. Le temple semblait davantage surpris qu’inquiet de recevoir des visiteurs. Leurs gestes devaient lui paraître étranges, et la créature acceptait volontiers leurs manies. Leur exploration ne tarda cependant pas à s’interrompre.
La nef était presque méconnaissable, rien à voir avec celle qu’ils avaient découverte dans le Domaine mémoriel. Quant au reste du temple, seules les ombres d’Ogras pouvaient y accéder.
« Tout est tordu et aléatoire. Des couloirs qui ne mènent nulle part, des pièces sans véritable entrée, et rien qui ressemble à un réseau de maintenance. Je ne trouve aucun objet préservé. À moins qu’ils soient rangés quelque part hors de portée, cet esprit les a forcément mangés ou jetés, dit Ogras avec agacement. Un Esprit d’outil né naturellement ne devrait-il pas être plus cohérent que ça ? »
« Tu ne devrais pas le considérer comme un Esprit d’outil. C’est une forme de vie née sans le savoir inné d’un Esprit d’outil, dont l’éveil se rapproche davantage de celui d’un Revenant », répondit Tavza en regardant autour d’elle. « J’ai rencontré quelque chose de semblable en explorant le Cimetière impérial. Dans ce cas-là, une forteresse s’était animée à cause de l’installation d’une formation incompatible. Seules les parties du château dont les défenses étaient intactes avaient été préservées. Je ne sens ici aucune trace persistante de formations. »
« On devrait essayer de lui demander ? Il nous observe clairement à chaque instant », proposa Ogras en haussant la voix. « Hé ! Mon ami, tu n’aurais pas des vieilleries qui prennent la poussière ? On serait ravis de t’en débarrasser. Jade et or, on prend tout ! »
Rien ne se produisit.
Zac réfléchit un instant avant de sortir son Jeton de la Terre fertile. « Mon ami, pourrais-tu nous aider ? »
Une puissante fluctuation s’abattit aussitôt sur l’esprit de Zac. Sa vision dépassa les limites physiques du temple et les frontières spirituelles de son âme. Elle glissa le long d’un immense fleuve invisible à l’œil nu, en direction du cœur de l’univers tel que le connaissait le temple. Bientôt, Zac discerna sous les flots tumultueux de minces fils cachés, ainsi que les innombrables vies qui en tiraient leur subsistance.
C’était une eau souterraine immaculée qui alimentait le fleuve de ses dons vivifiants. Zac suivit les fils jusqu’à leur origine, remontant le cours comme un poisson à contre-courant. Le fleuve gagnait en puissance, tout comme les formes de vie qui vivaient en symbiose avec lui. Zac sentit son corps et son âme, dans le temple, trembler de faim. Il dut se contenir pour éviter de déclencher une nouvelle fois sa Lignée du Vide. Puis il vit la source.
La goutte scintillait d’une lumière archaïque ; des millions et des millions de motifs, à la fois d’une complexité vertigineuse et d’une simplicité inexplicable. Une source de Vie débordant d’une grâce sans limites.