Chapitre 1 344
D’aussi près, Zac voyait que son adversaire avait largement puisé dans ses réserves. L’esprit embrumé de Tevrin peinait à comprendre ce qui se passait, comme en témoignait la jubilation confuse qui se lisait sur son visage. Croyait-il que Zac avait renoncé à l’épreuve sans même entrer dans le labyrinthe ? Après tout, ils offraient un contraste saisissant : Zac était aussi propre et intact qu’au moment où il s’était envolé vers l’autel.
Zac adressa un regard mitigé au challenger, puis se détourna. Sa colère s’était en grande partie dissipée au cours des dernières minutes. À présent, Tevrin n’était qu’une âme de plus qui avait tout perdu, sa providence venant nourrir le chemin de Zac. Esmeralda, elle, ne s’embarrassait pas de tels scrupules. Des croassements de rire se répandirent sur la place, brisant le silence qui l’avait ensorcelée.
Cette épreuve n’avait pas opposé deux adversaires de force égale. Ça avait été un massacre. Zac avait déjà attendu trois minutes que son challenger sorte, ce qui lui avait laissé largement le temps de se renseigner sur son passé. Comme il l’avait pensé, Tevrin Seaswift n’avait aucun lien avec Everit Draom. Il était le seul héritier d’une petite mais puissante coalition appelée la Société des Traverse-mondes, à mi-chemin entre une secte et un groupe de recherche.
Avec une dilatation temporelle de dix pour un, Tevrin avait mis près d’une heure, contre dix-huit minutes pour Esmeralda. L’écart ne se limitait pas au temps. La Cour mercurielle avait eu la gentillesse de fournir de quoi suivre la course. En se concentrant sur le labyrinthe spatial, chacun pouvait zoomer sur l’un ou l’autre des concurrents ; les énergies spatiales étaient mises en évidence de façon à rendre la scène compréhensible même aux profanes.
La course désespérée de Tevrin n’avait rien à voir avec ce que Zac avait vécu, tranquillement installé dans la bourse d’Esmeralda. Le parcours de celle-ci dans le labyrinthe aurait tout aussi bien pu être une promenade dans son jardin, à l’exception d’une course effrénée à travers le centre. L’écart était si énorme que les spectateurs jetaient parfois des regards incrédules vers la scène centrale.
Zac avait entendu quelqu’un demander à voix basse si Everit Draom était apparenté à un ancien de la Cour mercurielle. D’autres tentèrent de revenir sur leurs paris, invoquant des circonstances exceptionnelles. Zac devait reconnaître que la scène avait de quoi éveiller les soupçons. Seuls les cultivateurs de haut rang et les participants à l’épreuve qui cultivaient le Dao de l’Espace pouvaient comprendre que cette différence s’expliquait par un écart terrifiant en matière d’expérience et de méthodes.
Les discussions s’étaient tues à mesure que Tevrin approchait de la ligne d’arrivée. La foule attendait une annonce qui confirmerait que ce qu’elle avait vu était bien réel. Ne voulant pas faire durer les choses, Zac s’inclina une nouvelle fois devant le Gardien du Dao.
« Puis-je vous demander de rendre votre verdict ? »
La vieille bossue aux côtés d’Astora Theomore posa un regard appuyé sur Esmeralda, puis confirma le résultat. « Le Destin a été défendu avec succès. »
Ses paroles tirèrent Tevrin de sa stupeur. Son visage blêmit lorsqu’il vit le Mérite impérial s’écouler de son Jeton des Liés. Une seconde suffit pour vider entièrement le sceau, qui se transforma alors en cendres et s’envola. Une rivière en avait absorbé une autre, et la Cour des Liés avait perdu l’un de ses porteurs de sceau. « Vous avez fait concourir votre bête contractuelle à votre place ? »
Quelqu’un avait dû prendre le challenger en pitié et lui raconter ce qui s’était passé. Zac s’en moquait.
« Et alors ? Va donc te trouver ton propre crapaud si tu crois que c’est si facile. »
Tevrin n’avait pas l’air en colère. Son regard était surtout empreint de désolation lorsqu’il se retourna et s’envola. Zac ne s’attarda pas non plus près de l’autel. Astora Theomore avait déjà ouvert les yeux quand Esmeralda était sortie du labyrinthe. Zac ignorait si elle avait remarqué quelque chose ou si elle était simplement curieuse de sa méthode inhabituelle pour défendre son Destin. Inutile de rester pour le découvrir.
Alors qu’il regagnait sa place, un dernier message lui parvint à l’esprit. « Il y a trois semaines, on m’a approchée avec une demande. On m’a offert une fortune pour m’emparer de ton Destin. »
« Pourquoi me racontes-tu ça ? » demanda Zac.
« Parce que la personne qui m’a engagée vient de mettre fin à mon avenir. »
Cette confirmation ne gâcha pas l’humeur de Zac. Au contraire, la chronologie était de bon augure. Trois semaines, c’était bien avant son arrivée aux Docks de la Transformation, ce qui réduisait les chances qu’Astora ou la Vigil aient organisé le coup. Il s’agissait plus probablement d’un vieil ennemi d’Everit, et Zac n’avait pas envie de creuser davantage.
Les choses s’annonçaient indéniablement mieux. Zac avait déjà confirmé qu’un porteur de sceau ne pouvait être défié qu’une seule fois. Sa position était désormais plus sûre que celle de n’importe qui d’autre, et il avait engrangé l’équivalent de plusieurs épreuves en Mérite impérial. Il pensait être en tête du peloton même après avoir mis de côté la moitié de son mérite pour sa part humaine.
En prime, Zac avait confirmé la position des anciennes Suprématies impériales et réglé l’épineux problème de sa dépendance excessive aux Chambres temporelles. Il n’avait pour l’instant aucun moyen de rembourser sa dette temporelle, mais ce n’était pas nécessaire. Vu son âge, le temps qu’il avait passé hors du Fleuve du Temps était excessif, mais à l’échelle du Multivers, il était extrêmement jeune. Que représentaient quelques années après avoir vécu des millénaires ? Il pourrait alors ajouter quelques décennies au compte sans problème. Il devait simplement prendre son mal en patience.
À son retour, les autres porteurs de sceau lui lancèrent des regards étranges. Il leur répondit par des gestes grossiers. Le caractère hautain d’Everit lui servait de masque pour dissimuler son inquiétude. Tout s’était mieux passé que prévu, et pourtant son pressentiment de danger ne faisait que grandir. Son instinct lui faisait rarement défaut. Si le problème ne venait pas des personnes sur la scène, quelque chose d’autre se cachait sous la surface.
Zac se sentait terriblement exposé dans cette mer de gens, sachant qu’il ne pouvait que tenir bon. La tentative ratée de s’emparer du Destin n’avait pas suffi à briser la détermination des autres prétendants dissimulés dans la foule. Un deuxième challenger s’était déjà avancé, et une autre série d’épreuves apparut au-dessus de l’autel.
La foule passa à autre chose, et Zac ne demandait pas mieux que de se faire oublier. Le parcours des épreuves prit presque deux heures, même avec l’accélération temporelle. Aucune ne proposait exactement les mêmes options, mais la plupart comportaient un combat. Malgré tout, pouvoir choisir procurait un avantage considérable au défenseur, et la majorité des défis échouèrent.
Le nombre impressionnant de porteurs de sceau qui choisirent de risquer une place garantie dans l’espoir d’intégrer une autre cour était surprenant. Zac soupçonnait qu’il ne s’agissait pas seulement de choisir celle qui convenait le mieux à leur voie. À l’exception des combats, toutes les épreuves étaient liées aux Pics du Continuum ou de la Fantaisie, ce qui confirmait la proximité de la Cour mercurielle avec ces Daos. Les autres Cours étaient probablement dans le même cas, et les challengers avaient conclu qu’il serait plus difficile de défendre leur Destin que de s’emparer de celui d’un autre.
Janos échappa aux défis bien qu’il ne fût qu’un Hégémon intermédiaire. Difficile de savoir si c’était grâce à son identité incertaine ou si tout le monde avait simplement négligé sa présence. Le démon ne s’intéressait pas non plus aux épreuves. Il se consacrait entièrement à nourrir sa sphère avec le mystérieux mélange d’énergies de la place.
Arracher à Janos un bref récit de la façon dont il avait atteint les Docks de la Transformation si vite avait été aussi difficile que de tirer de l’eau d’une pierre. En gros, il avait exploité le même principe que Zac à son arrivée dans l’Étendue impériale occidentale. Kristvan Wendimar avait jeté sa « fille » dans une Déchirure spatiale, la transportant à des milliers de kilomètres de l’avant-poste en ruine.
De même, Janos avait emprunté des Réseaux de téléportation à l’intérieur de souvenirs pour parcourir l’essentiel de la distance. Son dernier saut l’avait directement conduit aux Docks de la Transformation, et il ignorait même que le continent possédait une région intérieure.
Cette explication laissa Esmeralda sans voix. Elle avait passé six mois à courir, traversant des dizaines de royaumes dangereux et de zones interdites. Pendant ce temps, Janos avait passé l’essentiel de ses journées à cultiver dans les domaines mémoriels. Dès qu’il devait avancer, il montait sur un téléporteur et se retrouvait propulsé ailleurs.
Zac n’avait pas écarté cette possibilité, mais aucun de ses deux corps n’avait croisé de téléporteur à l’intérieur des frontières d’un souvenir. Avant l’apparition du Système, les téléporteurs étaient beaucoup plus rares, mais leur emplacement semblait presque avoir été prévu. Zac n’insista pas pour obtenir plus de détails, même s’il soupçonnait que l’histoire de Janos n’était pas complète. Chacun avait ses secrets. De toute façon, ils allaient enfin aborder le plus important.
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Zac attendit avec une appréhension fébrile qu’Astora se lève enfin pour faire face à la foule. Les épreuves étaient terminées et, comme l’avait dit le Gardien du Dao, les trajectoires étaient désormais fixées. Pourtant, au lieu de révéler les secrets de l’Océan Peregrine, Astora décida de tenir une cérémonie de prière. La foule joignit les mains, y compris les cultivateurs de haut rang installés sur les autres estrades. Agacé, Zac n’eut d’autre choix que de l’imiter.
La prière collective généra une force qui n’avait rien à envier à un Réseau de guerre, et le sigil doré de l’Empire Sans-Limites s’illumina au-dessus de l’autel. Sa majesté donna à Zac l’impression de se retrouver une fois encore devant le Calice empyréen. La rune incarnait à la perfection le Destin impérial, concentrant la volonté et la conviction suprêmes de l’Empire Sans-Limites. Zac dut se rappeler de ne pas se laisser submerger par sa grandeur. Sa Voie du Vide faisait pâle figure en comparaison, mais son voyage ne faisait que commencer.
L’apparition de la rune créa un cercle vertueux avec la foule. Plus sa lumière brillait, plus la ferveur des fidèles s’approfondissait. Même s’il assistait à cela pour la première fois, Zac savait qu’on pouvait voir la même chose lors de n’importe quelle fête dans l’Empire Sans-Limites. Pourtant, la prière du jour semblait plus efficace que d’habitude.
Des halos denses apparurent autour des fidèles qui priaient pour la paix et la prospérité à venir. Le phénomène dépassa rapidement toute mesure raisonnable. Même les mortels émettaient des forces bien supérieures à ce qu’ils auraient dû pouvoir mobiliser. La scène aurait eu du sens si la place avait accueilli un million de Templiers et de prêtres ordonnés, pas un rassemblement quelconque de cultivateurs de bas rang.
« Ce n’est pas naturel », fit remarquer Esmeralda. « C’est à cause de toute cette énergie qu’ils ont absorbée ces dernières heures. »
« Mais leurs halos sont bien plus puissants que l’énergie absorbée, et ils ne peuvent pas avoir des réserves assez importantes pour combler l’écart. »
« Je ne suis pas convaincue que l’Énergie de Foi soit réelle. Tu sais, leur préparation contenait une sacrée quantité d’énergie illusoire de l’Océan Peregrine », dit Esmeralda d’un ton appuyé. « Si elle est réelle, cette foi ne vient pas d’ici. »
Zac hocha lentement la tête. La seule explication logique était que ces halos naissants étaient le fruit d’une influence extérieure. Si l’Océan Peregrine n’y était pour rien, un cultivateur de haut rang devait amplifier l’atmosphère par une illusion. Zac soupçonnait toutefois qu’une telle manipulation ternirait la sincérité de la cérémonie et entraînerait des conséquences plus graves.
Il ne fallut pas longtemps pour qu’Esmeralda ait la preuve de ses dires. Des traînées argentées de l’océan apparurent au-dessus des civils dont les halos étaient les plus puissants. L’odeur herbacée s’intensifia, puis une terre étrangère vacilla un instant sous leurs yeux. Une image en devint deux, puis deux se multiplièrent jusqu’à former d’innombrables mirages. Bientôt, l’air au-dessus de la place ressemblait beaucoup à la dimension dans laquelle Zac était tombé en fuyant Dipper Sept. Aussi étrange que fût la scène, personne d’autre ne réagit. C’était comme si leurs halos les avaient isolés du monde.
Zac comprit soudain. Il n’y avait aucun indice à trouver. C’était là. La cérémonie avait éveillé l’Énergie de Foi dans les réalités alternatives de l’Océan Peregrine, leur offrant l’occasion d’entrevoir les itinéraires. Certaines fenêtres lui inspirèrent une impression de chaos et de danger, et l’aura de la Cour mercurielle y était à peine perceptible. Choisir une gondole dont l’aura correspondait à ce royaume ne pouvait que mener à une traversée mouvementée.
Zac avait un net avantage sur les autres porteurs de sceau, qui étaient toujours absorbés par la prière, mais il s’avéra incroyablement difficile de le mettre à profit. Les auras des gondoles étaient presque impossibles à distinguer, et Zac devait insuffler sa volonté dans chaque fenêtre pour y voir clair. Esmeralda allait bien plus vite, mais même elle avait fort à faire : mille nouvelles fenêtres apparaissaient chaque seconde, dont la plupart ne semblaient correspondre à l’aura particulière d’aucune gondole.
La bonne nouvelle, c’était que les fenêtres gagnaient en intensité au lieu de s’affaiblir, ce qui rendait toujours plus facile le repérage de celles qui étaient le plus étroitement liées à la Cour mercurielle. Ils repérèrent bientôt une première trajectoire prometteuse. Zac contint son anxiété grandissante et poursuivit ses recherches. Comme pour les lanternes mémorielles, rien ne justifiait de choisir la première option si une meilleure pouvait se trouver juste après. La cérémonie touchait à sa fin, mais ils avaient encore le temps.
« On devrait y aller. »
Cette injonction soudaine détourna Zac de sa concentration. Il se tourna vers sa gauche et vit que le siège était vide. Janos se trouvait déjà au bord de l’estrade et sauta dans le vide sans se retourner. Il s’envola, évitant prudemment les portes illusoires en direction des docks. Zac fut stupéfait par cette entorse suicidaire aux convenances. Son inquiétude redoubla lorsqu’il se tourna vers la scène, mais pas pour la raison à laquelle il s’attendait.
Plus de la moitié des personnes assises à la place d’honneur avaient disparu, dont Grand Rêve, Astora et son Gardien du Dao. Ceux qui restaient ne priaient pas tous avec ferveur, mais aucun ne prêtait attention à Janos. Ils regardaient le ciel, le visage impénétrable. L’inquiétude de Zac monta en flèche et il bondit résolument de son siège. Quelques instants plus tard, il avait rattrapé Janos.
« Sais-tu quels bateaux choisir ? » demanda Zac à voix basse.
« Je peux choisir le bon rêve », répondit Janos en hochant la tête. « Si tu peux me protéger. »
« Te protéger de quoi ? » demanda Zac, le cœur lourd. Il comprit que le démon ne parlait pas d’une protection générale, ni d’aide une fois arrivés à la Cour mercurielle. Quelque chose de très grave allait se produire.
Ils atteignirent le bord de la place au moment où Zac posait sa question. Ils traversèrent la dernière couche de brume épaisse, et toute explication devenait inutile. La place centrale était directement reliée aux docks, mais l’Océan Peregrine était introuvable. À la place, ils faisaient face à une immense cité cauchemardesque. Elle s’étendait bien au-delà du possible, dépassant même les limites du domaine mémoriel.
On aurait dit qu’une douzaine de versions des Docks de la Transformation avaient été fondues ensemble pour former un monde vertigineux aux bâtiments déformés. Certains avaient été remplacés par des ruines en flammes ; d’autres avaient été fusionnés contre nature, avec une douzaine de portes ou plusieurs plafonds disjoints. Même le ciel avait cédé la place à des quartiers suspendus à l’envers.
Le chaos ne se limitait pas à cette architecture dérangeante. Les rues étaient ravagées par les massacres et le tumulte. L’air retentissait d’un mélange de cris, de rires tonitruants et de combats désespérés. La scène rappelait les villes conquises par les Kan’Tanu ou par les factions indisciplinées de Zecia pendant la guerre intersectorielle.
Zac eut à peine le temps d’embrasser la scène du regard que son Sens du danger l’avertit d’une menace imminente. Il se transforma en flou et lança un coup de poing monstrueux vers une lueur tremblotante sur sa gauche. Un visage déformé, empreint de malveillance, eut à peine le temps d’apparaître avant que le poing de Zac ne l’atteigne. L’onde de choc comprima l’air alentour jusqu’à le faire éclater dans un coup de tonnerre, mais la tête difforme resta intacte.
Cette attaque de front ne fit que repousser l’envahisseur de quelques centimètres dans la fissure spatiale, sans interrompre son apparition. Ce furent les phalanges de Zac qui le lancinèrent douloureusement après avoir frappé son front noueux, à l’opposé complet de ce que ses années d’expérience lui avaient laissé prévoir. L’aura de l’intrus n’était que celle d’un Hégémon précoce, mais son front semblait aussi raffiné qu’un Insigne de guerre de rang C.
Zac n’avait jamais rencontré une telle contradiction. C’était impossible. Même un cultivateur qui ne faisait que tempérer son corps dégageait une Énergie démoniaque ou une Vigueur correspondant à son rang. En émettre moins l’empêcherait de se servir de son corps. Il n’y avait aucun doute sur ce qui rendait l’impossible possible : les envahisseurs débordaient de la corruption de l’Ère perdue.
L’assaillant ressemblait à un humain, à ceci près qu’il avait trois yeux et des protubérances noueuses sur tout le visage. Il empestait littéralement la malveillance démente, et le coup de poing de Zac n’avait fait qu’attiser sa soif de massacre. Troublé, Zac ne recula pas. Si son poing ne suffisait pas, il essaierait avec sa hache. Le front était trop solide, mais Zac n’avait pas affaire à un Izh’Rak Reaver. Tous les endroits n’étaient pas protégés par des os.
Et si tout le reste échouait, la brume rassurante de la place centrale se trouvait juste derrière lui. Il interromprait la prière s’il le fallait. La scène était presque vide, mais l’estrade comptait encore de nombreux cultivateurs de haut rang capables de s’occuper de la menace. Comme si les Cieux ne voulaient pas lui laisser trop d’espoir, des rugissements stupéfaits et des bruits de combat éclatèrent derrière lui. Des fluctuations bien plus terrifiantes que celles que son adversaire pouvait produire filtrèrent à travers la brume.
Heureusement, ils se trouvaient toujours dans les Docks de la Transformation, ce qui donnait à l’Empire l’avantage du terrain. Un filet se détacha de l’immense masse de Foi impériale accumulée au-dessus de la place centrale. Il frappa le mutant avant qu’il ne puisse sortir de la porte, comme s’il ne pouvait tolérer l’existence d’une créature osant souiller cette journée.
L’enthousiasme de Zac devant cette aide providentielle ne dura pas. La lumière dorée ne semblait pas faire de mal au mutant. Mais Zac remarqua vite quelque chose d’étrange. Son bras droit se transforma en flou et un éclair de [Dualité de la Mort] traversa le mutant de part en part. Cette fois, il n’y eut presque aucune résistance. La créature difforme fut proprement tranchée en deux, front adamantin compris.
Le passage se brisa peu après, mais Zac n’était pas soulagé. Il avait déjà pu mieux observer les autres envahisseurs qui remplissaient les rues. Les rues ne grouillaient pas exactement de mutants, mais ils dégageaient tous la même force démoniaque qui dépassait leur rang. Et d’autres apparaissaient à chaque seconde. Zac supposa que celui qu’il avait tué avait simplement eu la malchance de surgir juste à côté de la place.
« Tu me surestimes, soupira Zac. Je pourrais peut-être m’occuper de ces choses si on arrive à les attirer une par une jusqu’à la place. Mais sortir d’ici, c’est exclu. »
« On peut y arriver », dit Janos tandis que sa sphère s’animait. Elle émit une lumière presque identique à celle des halos, en faisant apparaître un autour de chacun d’eux.
Zac bougea un peu et découvrit que le halo les recouvrait, lui et ses armes, comme un film de foi illusoire. Même les chaînes d’Alea prirent une teinte dorée, sans que la Mort inexorable qui se tapissait sous leur surface en soit affaiblie. Zac regarda Janos avec admiration et méfiance. Avait-il su que cela arriverait ? Si oui…
« Comme tu l’as dit. Il faut y aller. Tu connais le chemin ? »
La sphère dans une main, Janos désigna le lointain. « Faiblesse. Décalage. »
« Qu’est-ce que… »
Une traînée de destruction pure qui remplit tout le ciel interrompit Zac. Elle traversa des milliers de bâtiments et anéantit plusieurs quartiers suspendus dans les airs. L’attaque avait au moins été lancée par un Monarque tardif à l’intérieur de la place. Cela ne changea rien. D’autres bâtiments remplacèrent ceux qui avaient été détruits, et de nouveaux mutants surgirent de portes vacillantes.
« … D’accord. Faiblesse, décalage. Ça me va. Tu nous indiqueras le chemin et je nous protégerai », dit Zac tandis que son corps commençait à grandir.