Chapitre 1 342
Le parfum herbacé de l’océan Peregrine imprégnait le brouillard dense, plus encore que lors de sa visite des docks la veille. Le brouillard n’était pas nocif, mais Zac fut saisi d’une étrange impression de déjà-vu en descendant la montagne. Il lui suffisait de quitter le Premier District pour confirmer que l’immense quantité de Foi impériale ne provenait ni d’un afflux venu des terres ni des innombrables lanternes mémorielles.
Les rues étaient bondées de cultivateurs. Les docks de la Transformation n’avaient été aussi animés que lors des rassemblements des sociétés de cultivation. Comme les gens passaient des mois, voire des années, en retraite entre leurs sorties, on croisait généralement bien moins de monde que dans les villes mortelles. Aujourd’hui, Zac pouvait à peine faire un pas sans heurter quelqu’un, et la foule était presque exclusivement composée de cultivateurs de bas rang.
« Tous ces gens viendraient-ils des banlieues ? » demanda Zac, sans grande conviction. Il doutait que des cultivateurs de rang E puissent s’offrir même les plus modestes résidences dans un endroit comme les docks de la Transformation.
« Il y en a pas mal dans la foule qui ont une spiritualité imparfaite — comme on en verrait dans les Plans inférieurs. Ils doivent être des résidents permanents de Mondes intérieurs, qu’on a fait sortir pour générer de la Foi », dit Esmeralda. « La marche fait probablement partie du dispositif : elle doit éveiller un sentiment de pèlerinage. »
Zac comprit ce qu’Esmeralda voulait dire. L’enthousiasme bouillonnant était manifeste. Pour certains, c’était peut-être la première fois que ces citoyens quittaient les limites de leurs petits mondes. Un Monarque du début ne pouvait accueillir confortablement que quelques centaines de personnes, tandis qu’un Monarque au sommet pouvait soutenir au moins une grande ville. Ceux qui vivaient à l’intérieur de cultivateurs de rang B étaient mieux lotis.
Les Autarques pouvaient transporter des pays entiers, et leurs domaines étaient directement reliés aux Cieux. Leurs Mondes intérieurs gravitaient toujours fortement vers la voie suivie par l’Autarque, mais leurs habitants ne souffraient pas de fondations manquantes, comme l’avait expliqué Esmeralda. Avec autant de cultivateurs de haut rang prenant part à l’événement, un nombre incalculable de citoyens avaient été libérés au grand jour.
Cette foule immense confirma que la cérémonie ne se résumait pas à couper un ruban. Zac resta sur le côté pour observer la marée humaine serpenter vers la place centrale. Sa décision de participer n’en fut pas ébranlée. Il attendit le dernier moment pour enfiler sa capuche dissimulant sa présence. Puis, encore mieux protégé par le domaine spatial d’Esmeralda, il se mêla à la foule.
Son plan pour se fondre dans la masse échoua dès qu’il posa le pied sur la place. Le sceau sur sa main s’illumina de lui-même et un réseau téléporta Zac sur l’un des plateaux flottants, tout devant. Les porteurs de sceaux des docks étaient déjà là, assis, et Zac reconnut des dizaines de participants croisés lors des épreuves.
Xiphos, par exemple, était assis au premier rang. Il discutait avec son voisin et ne jeta à Zac qu’un bref coup d’œil quand celui-ci apparut. Kaltosa Lu et son majordome étaient absents. Zac s’y était attendu, puisque le pilier de la Cour mercurielle ne portait encore que deux halos.
Zac se consola en se disant qu’il avait suffisamment retardé l’élémental pour le forcer à choisir entre achever son fil du destin et participer à la cérémonie d’ouverture. Il n’espérait pas vraiment que cela suffise à faire succomber Kaltosa Lu à l’océan Peregrine, mais manquer l’événement devrait retarder son arrivée et aggraver les conséquences. Sauter du plateau l’aurait fait remarquer ; Zac se dirigea donc calmement vers les sièges vides au fond. Il n’avait fait que quelques pas lorsqu’il sentit un autre regard posé sur lui. Il en suivit la direction, et la surprise faillit lui faire perdre contenance.
Choisissant une place au hasard, en apparence, Zac se retrouva au dernier rang, à côté d’un homme au regard absent. C’était Janos, vêtu en érudit et tenant une sphère métallique sur ses genoux. L’objet avait subi plusieurs changements depuis la dernière fois que Zac l’avait vu. Le plus notable était qu’il absorbait peu à peu la Foi impériale ambiante. Il avait même adopté une part de l’aura de l’océan Peregrine.
Zac n’avait pas du tout remarqué la présence de l’illusionniste lors de son premier balayage. Cela ne signifiait pas forcément que les capacités de Janos avaient augmenté, même si son aura était indéniablement plus robuste. Les illusions fonctionnaient mieux sur des cibles prises au dépourvu, et Zac ne s’était certainement pas attendu à croiser son subordonné ici.
Il n’avait pas oublié que Janos était un Chantre des Royaumes de la Cour mercurielle, mais il avait plus ou moins supposé que celui-ci s’arrêterait en chemin. Les zones étaient devenues plus dangereuses à mesure qu’ils s’approchaient des limites du continent, et les régions plus sûres offraient encore de nombreuses possibilités. Non seulement le démon lui avait donné tort, mais Janos avait même suivi un rythme comparable à celui de sa moitié humaine.
Pourtant, Zac sentait que quelque chose clochait dans le regard du démon. On aurait dit que Janos peinait à se rappeler qui il était. La frontière entre réalité et illusion s’était brouillée pour l’illusionniste après son emprisonnement dans les ruines d’Ensolus, et son séjour dans l’Étendue impériale occidentale avait peut-être aggravé son état.
« Ça va ? » demanda Zac en voyant une lueur de reconnaissance s’allumer dans les yeux de son subordonné.
« Je n’arrête pas de m’endormir, mais le rêve finira bien par prendre fin », répondit lentement Janos, le regard passant de Zac au pilier de la Cour mercurielle. « C’est presque l’heure. »
Zac n’eut pas le temps de lui demander ce qu’il voulait dire. Il avait attendu aussi longtemps que possible, et la cérémonie allait bientôt commencer. Un tourbillon de flammes dorées jaillit dans l’espace vide où aurait dû se trouver une scène. Il accapara toute l’attention de Zac, et être assis au fond du plateau ne gâcha rien du spectacle. Les flammes déformaient la perception et l’espace afin d’offrir à chacun une vue parfaite, sans obstacle.
Le silence tomba. Un million de regards observèrent les flammes exploser en une voie gigantesque qui atteignait le plafond du Domaine mémoriel. De l’autre côté s’étendait un ciel étoilé, différent de celui que Zac avait contemplé au cours du mois écoulé. Il débordait de couleurs et n’était pas vide. D’innombrables vaisseaux et forteresses encombraient le ciel, tous dégageant une aura héroïque et imposante.
Les vents de la guerre s’engouffrèrent par la porte et se mêlèrent à la Foi ambiante. Les docks de la Transformation, jusque-là un lieu saint, étaient devenus une ville en pleine croisade sacrée. Plus l’énergie affluait, mieux Zac saisissait l’immensité et l’ampleur de l’armée stationnée de l’autre côté. La base Centurion ne faisait pas le poids face à certaines de ces structures.
Était-ce le périmètre défensif protégeant la frontière extérieure du continent ? Cela expliquerait pourquoi la forteresse familière qui se dressait en son centre était absente.
Le Sceau du Palais impérial de gauche ne ressemblait pas tout à fait aux vestiges ravagés par la guerre de la vision de Zac. Ses murs immaculés et vertigineux semblaient capables d’écraser la Terre. Ils formaient une séparation absolue, au point qu’il était impossible d’espionner l’intérieur. Neuf flammes majestueuses brûlaient aussi sur ses bastions, une pour chacune des Cours extérieures.
La plus grande différence avec la vision de Zac était l’immense structure qui s’élevait au centre de la forteresse, dépassant même les limites du palais. Elle était si vaste que l’esprit de Zac ne parvenait pas à l’embrasser. Une compression spatiale inimaginable avait permis de la placer au-dessus de l’entrée des Cours d’Ultom. Elle ne s’élevait que deux fois plus haut que les murs avant de disparaître dans une porte semblable à la fenêtre de la place centrale, mais il était évident qu’il s’agissait de la base d’une tour gigantesque.
Les Cours d’Ultom étaient peut-être dissimulées dans la base du Cinquième Pilier, mais leur aura transcendant les Cieux restait exposée au grand jour. Sauf qu’elle faisait désormais partie de la gloire de l’Empire Sans-Limites, qui l’élevait à des sommets transcendants. Zac était déjà submergé par le spectacle, et on ne lui laissa pas le temps de souffler.
Les portes du Sceau du Palais impérial de gauche s’ouvrirent pour laisser sortir un immense char de guerre couvert de runes flamboyant d’une Foi impériale aveuglante. Son aura était si écrasante qu’elle éclipsait les six dragons qui le tiraient, et ceux-ci n’avaient rien à voir avec le petit dragon bâtard que Zac avait combattu dans la Tour de l’Éternité.
Ces dragons devaient être de véritables Bêtes primordiales, dotées de lignées assez pures pour écraser la plupart des Autarques du même stade. Pourtant, ils tiraient le char vers les docks de la Transformation sans la moindre protestation. Si quelque chose transparaissait, c’était la fierté d’avoir été choisis.
La réalité se déforma tandis que le char fendait le ciel étranger. Les dalles familières de la Route impériale apparurent sous ses roues, et le périmètre défensif impitoyable céda la place à un défilé incessant de mondes différents.
Le char traversa des champs de bataille où de valeureux soldats repoussaient l’assaut des ennemis de l’Empire. Des montagnes majestueuses à la sérénité inébranlable succédèrent à de vastes cités embrasées par la flamme de la civilisation. Le char portait en lui des vents de changement. Son voyage ressemblait au pèlerinage qui se déroulait à l’extérieur.
« Quel faste ! » ricana Esmeralda, sans parvenir à dissimuler l’admiration dans sa voix.
Zac ne valait pas mieux. Sous l’influence de la puissance sans bornes de l’Empire Sans-Limites, il peinait à réfléchir. Il devait lutter pour ne pas se laisser emporter, et ses efforts s’intensifièrent à mesure que le char approchait. Les souvenirs profondément ancrés de ses trois identités résonnaient tous avec la cérémonie, brouillant les lignes entre le présent et le passé.
Les autres élites sur le plateau n’avaient pas ce problème. Elles accueillaient la bénédiction avec ferveur, devenant des phares d’adoration dévote, leur Foi confirmée par la puissance. Inutile de parler de l’immense foule rassemblée en contrebas. La place flamboyait du feu du fanatisme, et Zac avait l’impression que la Foi impériale était sur le point d’évoluer vers quelque chose de supérieur.
La place était devenue l’œil d’une tempête de providence. Impossible de dire si le char avait franchi des milliers de kilomètres en quelques minutes ou si son vol jusqu’à la porte n’avait été qu’un bref saut. Les dragons s’arrêtèrent à l’extérieur tandis que le char passait, et seules quelques lueurs de leurs auras meurtrières filtrèrent à travers.
Bien qu’un char eût franchi la porte, ce fut un vaste autel qui apparut au-dessus des docks de la Transformation. Il ressemblait à la base du Cinquième Pilier. Devant l’autel se dressait une scène assez grande pour accueillir quelques dizaines de personnes, et elle était déjà pleine. La porte se referma, mais il était impossible d’effacer la trace laissée par le spectacle de l’autre côté. Zac jeta un coup d’œil furtif à Janos pour voir s’il avait besoin d’aide. À sa surprise, il le trouva alerte et plus présent que jamais.
Le regard de l’illusionniste était fixé sur le vieil homme déconcertant qui occupait le siège d’honneur. Ce n’étaient pas ses gestes qui troublaient Zac. Il était assis là, peut-être en train d’observer la foule. Zac ne pouvait en être certain, car son esprit n’arrivait pas à distinguer un visage ou une expression précise. Il aurait tout aussi bien pu s’agir d’un million de personnes enfermées dans un seul corps, chacune luttant pour prendre le dessus.
Le phénomène rappelait quelque peu les Voyageurs stellaires. Ces êtres primordiaux étaient trop puissants pour être contenus dans une seule dimension ; leur présence se répandait donc à travers toutes les couches de la réalité. Ayant vu un véritable Voyageur stellaire, Zac savait que le vieil homme n’était pas comme eux. On aurait dit qu’il n’avait aucun point d’ancrage le rattachant à un état précis, ce qui brouillait la frontière entre le réel et le faux. Il était également d’une puissance extrême.
« L’empreinte d’une Suprématie ! » murmura Esmeralda, se réfugiant plus profondément dans l’étang du sanctuaire.
Zac avait déjà détourné le regard. Sans qu’Esmeralda le lui souffle, il avait une bonne idée de l’identité de cet homme à l’apparence singulière. Il devait s’agir du Grand Rêve, le mystérieux chef de la Cour mercurielle. Hormis son nom taoïste, Zac n’avait rien découvert à son sujet ces derniers mois. Le vieil homme était bien plus reclus que le margrave à la tête de la Cour creuse.
C’était pourquoi Zac fut surpris de le voir apparaître, même s’il n’avait envoyé qu’un avatar. Sa présence expliquait pourquoi les jeunes princes de la Dynastie Theomore avaient été relégués sur le côté. Un simple Hégémon assis aux côtés d’une Suprématie recevait déjà un immense honneur, qui témoignait de l’influence des neuf Lignées impériales.
Le statut d’Astora Theomore au sein de son clan était manifestement exceptionnel. La vieille femme voûtée qui se tenait à la gauche d’Astora dégageait une aura qui ne cédait que de peu à celle du Grand Rêve. Elle ne pouvait être qu’une ancienne Theomore chargée de protéger la princesse pendant sa visite à la Cour mercurielle.
« Une autre Suprématie ? » demanda prudemment Zac.
« Presque. Une Autarque au sommet qui possède une grande quantité d’Autorité héritée. »
Ce n’était pas la première fois qu’Esmeralda évoquait des Autarques dotés d’Autorité, mais Zac n’était pas en état de demander des précisions. Il sentait sa lignée s’agiter sous l’effet d’une force invisible émanant de la princesse. Il contint sa Lignée du Vide et observa attentivement Astora, à l’affût du moindre signe qu’elle avait ressenti la même chose. Rien ne l’indiquait.
La plupart des traits d’Astora Theomore étaient dissimulés par un voile flottant, et ses yeux étaient clos en méditation. Elle respirait l’assiduité, comme si elle détestait perdre une seule seconde de cultivation. Son attitude appliquée et sa robe de cultivatrice dépouillée conféraient à sa beauté bouleversante une aura familière. Mais rien ne pouvait masquer l’immense bénédiction d’affinité que les Cieux lui avaient accordée.
Si Iz Tayn était un avatar du feu, Astora Theomore était une apôtre de la Nature. Zac n’aurait pas été surpris de voir des oiseaux se poser sur ses épaules ou des Esprits de la Nature pointer le nez hors de ses boucles brunes. Dans ces circonstances, impossible de discerner le genre de voie ou de capacités de lignée qu’elle possédait, et Zac n’osa pas la regarder trop longtemps.
Les autres personnes sur le plateau formaient un groupe de dignitaires puissants, étroitement liés à l’Empire, parmi lesquels se trouvait le Gardien du Dao de Xiphos. Zac aperçut aussi un juge de la Magistrature impériale qu’il ne connaissait pas et détourna rapidement le regard. Il passa à la personne qui se tenait au bord de la scène, et reçut un choc encore plus grand.
Il fallut un instant à Zac pour comprendre que la femme qu’il regardait n’était pas Leyara Lioress. Elles avaient suffisamment de traits communs pour passer pour des sœurs, mais cette femme dégageait une tout autre impression. L’aura de la nonne était cachée, mais elle respirait l’expérience de quelqu’un qui avait traversé d’innombrables saisons et vu des dynasties s’élever puis s’effondrer. Même un Hégémon n’aurait pas pu imiter cela, malgré tous ses efforts.
Malgré leurs différences, la femme appartenait clairement à la Vigilance, mystérieuse organisation mère de la Porte du Vide de Zecia. La fausse Leyara portait une robe presque identique à celle de la nonne apparue aux côtés du Monarque Everfast. Comme la plupart des personnes sur scène, la nonne inspectait le plateau des porteurs de sceaux.
S’était-elle arrêtée en le repérant ?
Zac se prit soudain à espérer que c’était Leyara, et pas seulement parce qu’il voulait la remercier pour son aide avec la lanterne de Terea. Si cette nonne n’était pas son amie de longue date, son arrêt signifiait peut-être qu’elle avait remarqué autre chose. La nonne aux côtés du Monarque Everfast avait percé ses secrets sans effort et l’avait appelé « jeune Empereur du Vide ». La Vigilance avait également prouvé que sa neutralité affichée n’était qu’une question de convenance.
« Aujourd’hui est un jour de fête », résonna une voix dans toute la place. Le tumulte chaotique de l’énergie s’apaisa aussitôt.
« Nous célébrons l’achèvement de la Route impériale, qui rapprochera nos citoyens. Nous célébrons le sacrifice de générations de héros, qui ont travaillé sans relâche à l’accomplissement de la sainte mission de l’Empire. Aujourd’hui, la Cour mercurielle ouvre la Porte de la Transformation. Ceux que le Destin a choisis auront l’occasion de percer l’illusion et de saisir une opportunité sur les rivages de l’illumination. »
Le visage du Grand Rêve demeurait un flou changeant, mais il ne faisait aucun doute que les paroles venaient de lui. Chaque syllabe était chargée d’un tel sens qu’elle aurait pu être un édit des Cieux, et sa voix pénétrait chaque recoin de la ville. Chacune des innombrables vérités qu’il exprimait aurait suffi à occuper un Hégémon pendant des années, et elles ne se limitaient pas aux Daos majeurs de la Cour mercurielle.
Zac n’eut d’autre choix que de laisser la marée de Dao accompli le submerger, et fut, pour une fois, reconnaissant de son absence d’affinité. Il fut ainsi épargné par l’illumination induite qui gagnait la place, tandis que les gens absorbaient inconsciemment ce mélange de Foi, de guerre et de pouvoir de transformation.
C’était préférable ainsi. Zac savait que sa Voie du Vide n’était pas assez puissante pour filtrer le Dao sans en être influencée. Janos n’avait toujours pas besoin de son aide. Son trésor engloutissait avec joie les énergies qui lui étaient destinées.
« Pourtant, cette gloire ne leur appartient pas », poursuivit le Grand Rêve. « L’Ère est en train de basculer, et l’Empire est le pivot du destin. Cette gloire ne saurait être portée par quelques-uns. La marée montante soulève tous les navires, et jamais la flamme n’a brûlé plus fort. Ne vous complaisez pas dans sa lumière réconfortante, et n’oubliez pas le prix payé pour la maintenir vive. Servez-vous de ces flammes pour embraser votre passion et dépasser vos limites. Une nouvelle aube approche. »
Un silence pensif s’attarda jusqu’à ce que le vieux Gardien du Dao de la famille Theomore tousse et s’avance.
« Aucun doute ne doit subsister avant que nous commencions. Il faut confirmer les trajectoires pour que l’Histoire puisse suivre son cours. Nous invitons donc les candidats à défier le Destin. »
« Des épreuves ? » songea Zac, avec un vague souvenir en tête.
« Euh, tu te rappelles ce qu’a dit le vieux templier sur l’estrade quand on l’a rencontré ? Ne me dis pas que… » Esmeralda n’eut pas le temps d’achever sa phrase qu’une aura d’Hégémon tardif éclata.
Bien que puissante en soi, elle paraissait dérisoire après la majesté véritable du Sceau du Palais impérial de gauche. Les paroles du défiant contrastaient encore davantage avec l’atmosphère solennelle. Zac n’eut pas le temps de s’en soucier.
« Everit Draom ! Je refuse de croire que tu as obtenu ta place par des moyens honnêtes. Si les Seigneurs le permettent, je mettrai moi-même tes qualifications à l’épreuve. »
Le défi rompit le silence qui tenait toute la ville sous son emprise. Des clameurs enthousiastes remplirent bientôt la place, ajoutant une touche de légèreté à la journée. Certains demandaient des précisions sur Everit Draom et son adversaire, se demandant si leurs paroles acerbes cachaient une histoire sordide. D’autres prenaient déjà des paris sur l’issue du combat.
« J’imagine que c’est notre faute si on s’est bercés d’illusions en croyant que tu pourrais rester discret », soupira Esmeralda avec résignation.