Chapitre 1 339
S’emparer de la lanterne d’Everit Draom n’avait rien eu d’une rencontre fortuite, comme lorsqu’il était tombé sur celle de Tam Brooks au beau milieu de la tempête. C’était l’aboutissement d’un travail acharné. Everit était en fait l’une des pistes que Zac avait découvertes lors de sa première visite à la Bastille de Dawndeep, et il avait fallu un autre Domaine mémoriel pour réduire le champ des recherches.
L’effort rendait la découverte d’autant plus gratifiante. La lanterne d’Everit était d’une férocité inégalée. Seuls quelques cas remarquables rencontrés dans la région intérieure pouvaient rivaliser. Elle entretenait un lien puissant avec la Cour mercurielle, et Everit cultivait même le Dao de la Mort. Comme celui-ci était fusionné avec le Dao de l’Ordre, le mariage semblait béni des dieux.
La lune de miel fut de courte durée. Les ennuis surgirent dès que Zac tenta sa première épreuve, et le suivirent jusqu’aux Docks de la Transformation. Il soupira et se dirigea à contrecœur vers la porte. Il savait qu’il n’aurait pas la paix tant qu’il ne se montrerait pas.
Zac prit une profonde inspiration, puis donna un coup de pied dans la porte, de tout son poids. La grille renforcée fut pourtant stoppée en plein mouvement par une seule main, et l’énorme élan qu’il y avait insufflé fut dissipé sans effort. Cinq personnes en uniforme identique attendaient dehors. Trois Hégémons de stade avancé se tenaient en retrait, chacun paraissant plus furieux que le précédent.
Leur colère n’était rien comparée à l’expression orageuse du Monarque qui tambourinait à sa porte. Seul un deuxième Monarque, un habitant des lieux à en juger par son apparence, avait réussi à contenir son irritation. Il semblait néanmoins contrarié d’avoir été entraîné dans cette histoire.
« Je peux vous aider ? » demanda Zac d’un ton qui ne laissait présager aucune aide.
« C’est à vous de me le dire », répondit la femme au regard d’acier, le visage figé en un masque de rage à peine contenue. « J’ai entendu dire que vous cherchiez des assistants. »
« Et alors ? »
« Et alors ? Et alors ? » siffla-t-elle. « Everit Draom, ingrat incorrigible ! Il y a des limites à votre mépris. Qui vous a donné le droit de vendre les places d’assistant du département ? La Magistrature exige des explications. Vous nous avez tournés en ridicule à vous tout seul ! »
« Ah ? Everit Draom ? » dit Zac avec nonchalance, comme si ce n’était pas la quatrième fois qu’il rencontrait la juge Maina. « Vous devez me confondre avec quelqu’un d’autre. » « Oh, Arcaz, c’est ça ? » ricana Maina. « Vous avez dû vous cogner la tête en chemin, vous êtes encore plus idiot qu’avant. Vous avez oublié d’où vous venez ? Qui vous a formé ? Vous pensiez vraiment qu’un déguisement suffirait à nous tromper ? »
« Si vous vouliez vous infiltrer, il aurait fallu vous y prendre correctement », ajouta avec impuissance le constable baraqué aux côtés de Maina. « On ne peut pas fermer les yeux si vous vous présentez sous votre vrai nom. Vous êtes arrivé aux Docks de la Transformation il y a une heure, et tout le monde en parle déjà. »
« Ce n’est pas mon problème. Vous, les sangsues, vous m’auriez harcelé même si j’étais entré comme un fantôme », rétorqua Zac avec mépris.
S’emparer d’un Sceau mercuriel dans une lanterne mémorielle avait des avantages indéniables par rapport à l’utilisation de son Sceau du Porte-Flammes ou à l’achat d’un passage. Mais cela avait aussi entraîné une complication que Zac n’avait pas vraiment prévue. Il avait toujours imaginé que Tam et Terea poursuivraient leur vie dans le courant de l’histoire altérée. Cette théorie avait depuis pris du plomb dans l’aile.
Les Docks de la Transformation et les environs immédiats de l’Océan Peregrine étaient figés à peu près au même moment de l’histoire. La lanterne d’Everit se déroulait environ dix ans plus tôt : il était donc contemporain de l’épreuve. Sachant cela, Zac avait prévu d’utiliser son jeton de Gardien de la Loi le moins possible. Il n’avait utilisé le nom d’Everit qu’en entrant aux Docks de la Transformation, car il était menacé de mort par les formations qui protégeaient la ville.
La première fois que Maina avait révélé son lien avec la Magistrature, Zac avait tenté de se présenter comme d’habitude. Il avait donné son vrai nom et répondu de manière évasive à propos de ses liens avec la Magistrature impériale, en laissant entendre qu’il était un talent cultivé en secret. Ça avait été un fiasco monumental. Son sceau d’identité lui avait conféré une aura que ses nouveaux collègues reconnaissaient sans peine.
Maina ne s’était pas contentée de l’identifier comme Everit Draom : elle avait aussi supposé qu’il se déguisait pour se tirer de l’organisation. Depuis, elle et les autres Gardiens de la Loi étaient à ses trousses, exigeant des explications. Zac avait prié pour que le véritable Everit Draom surgisse dans les souvenirs et lui fournisse un alibi. Il n’en avait rien fait.
Everit avait été convoqué par Décret céleste, si bien que Zac n’avait pas reçu de sceau physique comme celui de Xiphos. Par conséquent, il ne pouvait pas utiliser ses autres identités pour accéder à la Cour mercurielle. Comme il refusait de sacrifier son dernier emplacement d’identité, il n’avait eu d’autre choix que d’endosser le nom d’Everit. Il avait compris que ce rôle s’accompagnait de nombreuses rancunes. Le statut de Gardien de la Loi n’y était pour rien.
Everit était tout bonnement un sale type. C’était agaçant, mais cela avait laissé à Zac la marge de manœuvre dont il avait tant besoin.
« Peu m’importe le nom que vous utilisez. Vous êtes un Gardien de la Loi avant d’être porteur d’un sceau. Vous conduirez vos camarades cadets à la Cour mercurielle. Fin de la discussion », gronda Maina. « C’est la volonté du Conseil judiciaire. »
« Vous avez une preuve ? Parce que moi, oui », dit Zac avec un sourire en sortant un Jade d’information de son Anneau spatial. Une courte scène y avait été enregistrée.
« Je vous ai dit de vous maîtriser. Vous ne l’avez pas fait », soupira un vieil homme. « Le Conseil judiciaire a voté. Il n’autorisera pas un cadet dont le relevé de dépenses a manifestement été falsifié et dont le dossier personnel est entaché à participer à l’épreuve. Vous n’êtes pas destiné à devenir porteur de sceau de la Magistrature impériale. »
« Voilà. Une preuve irréfutable que je ne fais pas partie de votre délégation », déclara Zac, remerciant intérieurement son alter ego d’avoir enregistré ses conversations avec une obsession telle qu’il pouvait s’en servir comme moyen de chantage ou comme preuve. « Heureusement, ces vieux débris ne peuvent pas étouffer mon rayonnement. J’ai obtenu ce sceau grâce à mon talent exceptionnel et au Destin. Il est donc classé comme revenu hors service. Si la Magistrature veut que j’envoie ces petits corbeaux, il faudra que ça en vaille la peine. »
La Magistrature impériale était l’un des vingt-trois départements de l’Empire Sans-Limites. Sa fonction était la même que celle qu’on trouvait dans la plupart des factions orthodoxes : elle s’occupait de l’appareil judiciaire et du maintien de l’ordre dans l’empire. Tandis que l’Armée Sans-Limites faisait face aux menaces extérieures, la Magistrature veillait au maintien de l’ordre à l’intérieur des frontières impériales.
Le garde qui avait inspecté Zac à son arrivée était probablement l’un de ses membres, même si les gardes de la ville étaient généralement considérés comme des membres extérieurs, sans lien avec les membres du noyau dur comme Maina. Bien que la Magistrature impériale fût considérée comme une faction de premier plan, elle occupait le bas du classement parmi les vingt-trois départements, surtout dans les colonies reculées comme l’Étendue impériale occidentale. On ne ressentait vraiment sa présence que dans les capitales préfectorales.
Cela ne signifiait pas que la Magistrature était faible. Zac avait lui-même éprouvé les difficultés qu’impliquait le maintien de la loi et de l’ordre dans l’Empire Atwood. Il fallait une puissance absolue pour arrêter les criminels et tenir les factions puissantes en respect. Une arrestation ratée d’un cultivateur de rang E pouvait entraîner la mort de milliers de civils, et tout individu plus puissant encore était une calamité ambulante.
Bien qu’elle constituât une branche martiale de l’Empire, sa réputation était à l’opposé de celle de l’Armée impériale. Les vétérans étaient accueillis à bras ouverts, tandis que les Gardiens de la Loi inspiraient méfiance et peur. Il n’était pas étonnant que les deux factions se disputent souvent leur champ de compétence. Leur rivalité tenace se résumait à un seul problème : le manque de fonds.
L’ouverture des Cours extérieures offrait à la Magistrature l’occasion de combler son déficit et de redorer son image. Le département avait reçu six places réparties entre les Cours extérieures, soit deux fois plus que l’Ordre de la Flamme empyréenne. Bien sûr, si l’on additionnait tous les ordres monastiques et les Ordres templiers, leur nombre dépasserait facilement celui de n’importe quel département pris isolément.
Everit cochait presque toutes les cases pour prétendre à l’une des six places. Il avait l’âge, le talent et les accomplissements requis. Il avait abattu plus de criminels que des départements entiers. Malheureusement, son don légendaire pour s’attirer la haine bruyante de ses pairs et de ses supérieurs avait fini par se retourner contre lui. Le problème était le même que pour la rancune envers l’armée : le manque de fonds.
« Des revenus hors service ? Oui, j’ai entendu dire que vous maîtrisiez parfaitement cette notion », ricana Maina. « Mais il ne s’agit pas des babioles que vous avez saisies. Nous pouvons annuler toutes vos dépenses, à condition que… »
La juge s’interrompit en remarquant la légère vibration de la manche de Zac.
« Merci », dit Zac en rangeant son enregistreur, sans prêter attention aux veines palpitantes sur le front de Maina. « Et vous avez raison, c’est différent. Les Cieux m’ont choisi. À moins que le Conseil judiciaire ne déclare publiquement qu’il est supérieur aux Cieux, vous feriez mieux de ne pas vous en mêler. Poussez-moi trop loin et je me plaindrai à qui voudra bien m’écouter. Bon sang, je rejoindrai l’armée. »
« Mon garçon, on ne peut brandir cette menace qu’un certain nombre de fois avant qu’elle perde son effet. » Le constable secoua la tête, épuisé. Il avait manifestement été mis au courant de toute l’histoire pendant le trajet.
Everit ignorait tous les ordres qui lui déplaisaient, profitant du cruel manque de talents de premier plan dans le département pour n’en faire qu’à sa tête. Passer outre quelques règlements mineurs était une chose, mais Everit avait enfreint à plusieurs reprises la règle cardinale du département : il ne remettait pas les objets de contrebande saisis.
Il était souvent impossible de retracer le butin d’un criminel, ce qui le rendait légalement sans propriétaire. Même lorsque les objets saisis pouvaient être rendus à leur propriétaire légitime, la Magistrature en gardait une bonne part. La contrebande constituait donc la principale source de revenus du département. Les Gardiens de la Loi pouvaient garder quelques objets pour eux lors d’une arrestation, mais ils devaient remettre tout le reste.
Everit ne le faisait pas. Il était l’un de leurs meilleurs pisteurs, et il gardait tout pour lui. Le département ne se contentait pas de perdre sa part : il avait été contraint d’indemniser d’innombrables victimes pour compenser la cupidité d’Everit. Tout son service souffrait du trou noir que représentait le compte opérationnel d’Everit.
Bien entendu, Everit ne voyait pas les choses ainsi. Il s’était tué à la tâche pour le département et avait arrêté plus de criminels que quiconque. Lui donner deux sceaux n’aurait pas été excessif. Le refus l’avait rendu furieux, et il était parti sur un « voyage d’entraînement », vexé.
« Vous n’allez pas nous inviter à entrer ? » demanda Maina en s’efforçant d’adoucir sa voix.
« Même pas en rêve. »
« Très bien, cracha la juge. Que voulez-vous ? »
« Vous le savez déjà », répondit Zac.
Ils négocièrent pendant dix minutes, puis Zac finit par claquer la porte. Tous deux avaient fait un pas vers l’autre, Zac acceptant de réserver une place à un tarif légèrement inférieur au prix du marché. Dès qu’il pénétra dans une partie isolée de son manoir, son expression arrogante s’effondra. Jouer la comédie et parler sans filtre avait cessé d’être amusant depuis longtemps.
Il était épuisant de maintenir les apparences sans offenser accidentellement la mauvaise personne ni laisser paraître ses failles devant des enquêteurs chevronnés. Objectivement, Zac estimait avoir tort sur ce point. Le Destin dont Everit avait hérité provenait sans aucun doute des soins attentifs de la Magistrature impériale. Mais céder sans combattre n’aurait pas correspondu à son personnage.
Jouer ce rôle lui laissait tout de même un goût amer. Everit n’avait vraiment aucune loyauté. Il avait envisagé de changer de camp quelques secondes après avoir reçu son Décret céleste. Cela correspondait à l’objectif de Zac, qui était de devenir un véritable disciple, mais il ne comprenait pas quel potentiel caché la Cour mercurielle avait décelé chez Everit Draom.
Certes, Everit n’était pas pourri jusqu’à la moelle. Sa haine des criminels qui s’en prenaient aux innocents était sincère, et certains de ses griefs contre le département étaient justifiés. Certains criminels étaient considérés comme plus problématiques qu’ils n’en valaient la peine. Ils pouvaient être extrêmement dangereux, avoir des antécédents complexes ou simplement être misérablement pauvres.
Les Gardiens de la Loi soucieux de leur carrière évitaient ces cibles, tandis qu’Everit les traduisait en justice sans hésiter. En somme, Everit était un flic renégat, soupe au lait et enclin au détournement de fonds. De plus, il ne gardait pas toutes les richesses qu’il volait. Sa cultivation passait en premier, mais Everit finançait aussi plusieurs orphelinats et écoles publiques.
Everit se servait de ces dépenses louables comme d’un bouclier, mais d’innombrables vies avaient indéniablement bénéficié de ses dons. En outre, c’était la conviction sincère que la Cour mercurielle lui offrirait l’occasion de mieux servir l’empire qui l’avait conduit au point de trahir son département.
Hélas, les grands rêves d’Everit partirent en fumée alors qu’il était sur le point d’atteindre les Docks de la Transformation. Les dernières étapes du Projet de la Route impériale provoquaient de terribles bouleversements sur tout le continent. Des phénomènes naturels insolites et des ruines inviolées surgissaient comme des champignons après la pluie. Après plusieurs frôlements de la mort, Everit avait péri dans un tombeau ancien.
La lanterne mémorielle d’Everit avait conduit Zac directement dans ses profondeurs, et il éprouvait encore une certaine appréhension en repensant à ce souvenir. Ce qui semblait être un trésor laissé aux générations futures s’était révélé un piège mortel conçu par un cultivateur sinistre, issu d’une voie lointaine. Zac aurait eu du mal à en ressortir entier si Esmeralda n’avait pas réussi à entrer avec lui dans la lanterne.
Les Gardiens de la Loi avaient cessé de faire du tapage, mais ils n’étaient pas partis. Le groupe avait pris position devant son portail. Ils étaient probablement restés pour couper court aux manœuvres. Rien n’était joué, et ils craignaient qu’Everit ne conclue un autre marché en coulisses. Zac repassa leur échange en revue pour s’assurer de ne rien avoir laissé échapper. Son interprétation avait dû être parfaite.
Jouer le rôle jusque dans les micro-expressions aurait été bien plus difficile sans le réveil des Cours extérieures. Chaque halo imprimait sa marque à l’Étendue impériale occidentale, mais ils avaient tous deux points communs. Ils étendaient la barrière vers les régions intérieures, permettant aux participants aux épreuves d’atteindre plus facilement les Cours.
Ensuite, les halos débloquaient de nouveaux souvenirs issus de ses identités enregistrées. C’était comme si l’épreuve avait fonctionné au ralenti au début. Il restait davantage de fragments manquants que de souvenirs intacts, mais Zac avait considérablement approfondi sa compréhension de Terea, Tam et Everit. L’expérience avait un goût doux-amer.
Les épreuves que Tam avait traversées sur les champs de bataille l’avaient ébranlé. On pouvait en dire autant des souvenirs de Terea, qui avait étudié auprès de son père. Bien qu’ils fussent issus de la noblesse déchue, Kristvan Wendimar n’avait jamais renoncé à redresser le Destin de son clan. Il avait donc dispensé à son unique héritière une éducation complète sur l’empire. Leurs connaissances combinées apportaient un contexte indispensable à la situation politique complexe autour des Cours.
Une fois tout réglé, Zac s’enferma pour se concentrer sur son rétablissement. Invitations et demandes de renseignements arrivaient sans cesse, et les Gardiens de la Loi postés dehors faisaient office de filtre idéal. Ceux que le regard noir de Maina suffisait à intimider n’étaient pas des candidats sérieux pour les places d’assistant de Zac. Ceux qui insistaient ne se montraient pas aussi catégoriques que la Magistrature. Ils laissaient simplement leurs coordonnées, en laissant entendre ce qu’ils pouvaient offrir.
Zac évita d’organiser des rencontres à cause de ses blessures. Ce n’était pas une excuse en l’air. Kaltosa Lu l’avait sérieusement amoché, et il devait se concentrer sur sa guérison s’il voulait retrouver sa forme de combat avant la cérémonie. Les offres devenaient chaque jour plus alléchantes, ce qui constituait un agréable effet secondaire.
Cinq jours passèrent dans un flou. La cérémonie d’ouverture aurait lieu le lendemain, et Zac sortit enfin de son isolement. Ses blessures n’étaient pas tout à fait guéries, mais il ne pouvait plus retarder sa collecte d’informations. À tout le moins, il devait se rendre aux docks et inspecter lui-même les [Gondoles Peregrine]. Par chance, une réaction se manifesta enfin dans le Sanctuaire de Kanba.
« Nous sommes en sécurité. Comment vous sentez-vous ? Ça va ? » demanda Zac dès qu’Esmeralda émergea de son cocon mortuaire.
« Je m’en sortirai », soupira Esmeralda. « Mais je vais devoir rester encore quelques jours dans le sanctuaire. Je suis toujours techniquement une créature morte-vivante, et je suis trop épuisée pour maintenir mon isolation spatiale. Je serais empoisonnée dès que je mettrais un pied dehors, vu toute l’énergie qui m’entoure. Où m’avez-vous emmenée, au juste ? »
« Aux Docks de la Transformation », répondit Zac, puis il lui expliqua ce qui s’était passé après l’embuscade.
« C’était donc vraiment le rejeton de Pryer. Attends que je retrouve mon niveau. Si je ne dépouille pas les Fonderies Centigrade jusqu’à la dernière pièce, je changerai l’ordre des lettres de mon nom », déclara Esmeralda, la colère brûlante. « Alors, l’épreuve avait vraiment besoin que quelqu’un achève un fil du Destin pour progresser. Quelle arnaque. Au moins, nous sommes de nouveau sur la bonne voie. As-tu vu d’autres participants ? »
« Pas encore, mais je n’ai pas quitté le manoir depuis mon arrivée », répondit Zac. « Certains ont peut-être réussi à entrer, mais nous ne pouvons pas être nombreux, les étrangers, à ce stade. Mon autre moitié n’a atteint la frontière qu’il y a deux semaines. »
« La plupart des participants devraient commencer à arriver d’ici deux ou trois mois, si les frontières du domaine intérieur continuent de s’étendre », acquiesça Esmeralda avant de demander avec curiosité : « Votre autre équipe n’est toujours pas entrée ? »
« Ogras est toujours dans le Domaine mémoriel », expliqua Zac, non sans inquiétude.
Douze jours s’étaient écoulés depuis qu’Ogras et Ventus étaient entrés dans le dernier Domaine mémoriel, et Zac n’avait reçu aucune nouvelle depuis une semaine. L’équipe de la Cour creuse avait suivi son plan initial pendant le voyage. Zac restait à l’extérieur tandis que ses compagnons exploraient les souvenirs pour enquêter et chercher des occasions à saisir.
La plaisanterie qu’Ogras avait faite plus tôt s’était révélée prophétique. Le démon avait manifestement le Destin de son côté sur la voie qu’ils suivaient, et sa carrière de Lame sans nom avait connu une ascension fulgurante au cours des deux derniers mois. Il avait aussi acquis une deuxième identité, celle d’un informateur criminel.
Zac n’osait pas entrer, mais cela ne signifiait pas qu’il ne faisait rien. Pendant que ses compagnons exploraient le passé, il se dirigeait vers la zone contaminée la plus proche. Il s’était servi de la corruption pour travailler à la révision de ses modèles de compétences. C’était uniquement grâce aux efforts de sa moitié humaine que Zac avait échappé à Kaltosa Lu. Il avait déjà amélioré [Propulsion abyssale] au rang D avancé.
S’étant surtout concentré sur l’amélioration de sa capacité de survie, Zac avait aussi terminé le modèle des [Exposants profanes]. Il n’avait pas encore trouvé le temps de procéder à l’amélioration proprement dite. La bourse d’Esmeralda ne convenait pas à une cultivation nécessitant des formations, et Zac ne se sentait pas capable d’améliorer des compétences de rang D avancé sans aide extérieure. Comme les épreuves ne récompensaient pas l’usage de compétences, il n’avait accepté de prendre que cinq jours de repos pour améliorer la [Propulsion abyssale].
Une erreur de calcul inquiétante avait laissé à la moitié humaine de Zac davantage de temps pour travailler ses compétences. Voyant les gains extraordinaires d’Ogras, Zac avait eu hâte de retourner dans les domaines. Mais ils avaient sous-estimé la rancune de Mox. Zac était de plus en plus en proie à un sentiment de danger chaque fois qu’il entrait dans un Domaine mémoriel, y compris ceux qui auraient dû être protégés par l’Autorité impériale.
Le dernier domaine, qui jouxtait directement la frontière de la région intérieure, ne faisait pas exception.
« Tu vas partir à leur recherche ? » demanda Esmeralda.
« Je leur laisserai une semaine, à moins qu’un autre halo n’apparaisse », répondit Zac. « J’ai l’impression que je vais devoir passer à l’action, de toute façon. »
« Tu as bien réfléchi ? » demanda Esmeralda. « Chasser des dieux, ce n’est pas une plaisanterie. »