Chapitre 1 329
« Mox ? Ce nom me dit vaguement quelque chose, mais impossible de me rappeler où je l’ai entendu. Par précaution, j’ai scellé la plupart de mes souvenirs les plus dangereux », dit le crapaud après que Zac eut raconté ce qui s’était passé aux Jardins Joyeux. « Mais le démon a raison. Mieux vaut être prudent. Un bon voleur sait s’arrêter quand il est encore temps. Même si les chances de tomber sur cette chose sont minces, pourquoi prendre le risque ? »
« Alors, il va falloir éviter les domaines mémoriels jusqu’à ce que j’aie rencontré le margrave ? » Zac grimaça en imaginant des occasions irremplaçables lui glisser entre les doigts.
« Mieux vaut ça que de finir riche, mais mort », dit le crapaud en haussant les épaules. « Pas la peine de faire cette tête. D’abord, toi et moi sommes en sécurité. Ensuite, ton autre moitié n’aura plus besoin de se retenir une fois que tu auras atteint la Cour creuse. Tu seras en sécurité quand ton autre équipe aura parcouru autant de chemin que nous. »
« Hein ? »
« Déjà, les Cieux primordiaux sont des boules d’interférences d’une taille colossale. Te repérer est plus facile à dire qu’à faire, même si Mox a une piste. Il lui faudra percer des éons de Karma complexe, de terrifiants courants d’énergie et les volontés persistantes de générations de Suprématies », dit le crapaud. « Et surtout, nous sommes dans l’Empire Sans-Limites. Un seul faux pas, et elle finira comme Antuka. »
« Mais Mox est manifestement douée pour se cacher, dit Zac. Elle a probablement réussi son plan dans la chronologie originale. »
« Oui, en restant prudente et en traînant dans les périphéries, répondit Esmeralda. Cette secte ne devait pas être située au cœur du continent, si ? »
« La province de Freydrift était une région de rang C supérieur, sous la supervision d’un Monarque divin, dit Zac. Je ne sais pas si ça suffit pour en faire une région centrale. »
« Non. Seuls les royaumes de rang B et leurs alentours comptent, répondit Esmeralda. Comme le Métier à tisser de Terren. »
« Le Métier à tisser de Terren se trouvait dans un royaume de rang B ? » demanda Zac, surpris. Son environnement était incontestablement supérieur à tout ce qu’il avait vu dans les confins, mais ne correspondait pas à l’idée qu’il se faisait d’un lieu adapté aux Autarques. « Imagine l’Étendue impériale occidentale comme des centaines de continents entassés les uns contre les autres. La plupart sont de rang C, certains de rang B, et il y en aura quelques-uns de rang A. Même les territoires de rang B auront leurs zones peu profondes, quoique bien supérieures à des endroits comme Black Zenith, dit Esmeralda. Pour la plupart des Hégémons, ils ressembleraient à de bons terrains de cultivation de rang C. »
« Alors, quelle est la différence ? »
« Un Autarque érige son Échelle céleste pour relier son Dao aux Cieux. Les continents de rang B ont fait de même. Ils sont reliés aux Cieux. Un Autarque pourrait séjourner en permanence au Métier à tisser de Terren sans nuire à sa cultivation, expliqua Esmeralda. »
« Donc, si Mox apparaissait dans une région centrale, elle devrait se méfier des Autarques susceptibles de surgir de nulle part, conclut Zac. Il lui faudrait faire sortir son vrai corps pour les affronter, au risque de se faire repérer. »
« Oui, mais ce n’est pas pour ça qu’elle éviterait ces endroits. Quel Autarque perdrait son temps dans un environnement de rang C ? Ils ne s’affaibliraient pas, mais ne deviendraient pas plus forts non plus. Au mieux, on y trouverait des Autarques qui tempèrent leur cœur mortel dans un environnement sûr ou des fauteurs de troubles qui se cachent. Mox n’irait pas au Métier à tisser de Terren parce qu’il est protégé par l’Autorité d’un Impérial. »
« Tu parles de l’Autorité des Suprématies ? »
« Exactement. Les terrains de cultivation de rang B peuvent supporter le poids du Territoire céleste d’une Suprématie, ce qui permet de fusionner les deux. »
« Qu’est-ce que tu veux dire par fusionner ? Les territoires ne sont-ils pas des parties intangibles du Grand Dao ? » demanda Zac.
« La plupart des Suprématies choisissent de le faire descendre dans le plan physique. Cela offre toutes sortes d’avantages, comme faciliter la capture de l’Énergie de Foi. Mais surtout, cela atténue en partie l’immense pression que subissent toutes les Suprématies », soupira Esmeralda, visiblement envieuse. « Dommage qu’on se retrouve alors enchaîné à son domaine. On devient encore plus fort sur son propre territoire, mais nettement plus faible dès qu’on le quitte. Pas une option viable pour une voleuse. »
« Une Suprématie peut voir tout ce qui se passe dans son royaume ? » demanda Zac, alarmé. « Tu veux dire qu’une Suprématie nous espionnait au Métier à tisser de Terren ? »
Esmeralda ricana. « Pourquoi s’en donnerait-elle la peine ? Qu’est-ce qu’une Suprématie peut bien faire des fourmis qui vivent dans son ombre ? Elles auront toutes été remplacées d’une séance de cultivation à l’autre. En outre, leurs domaines ne fonctionnent pas vraiment comme ça. Leur sphère d’influence est une projection de leur Autorité, et elles ne remarquent vraiment quelque chose que lorsqu’une Autorité rivale empiète sur leur royaume.
« Les intrus dépourvus d’Autorité ne méritent pas l’attention d’une Suprématie. En revanche, quiconque possède une Autorité représente à la fois une menace et une occasion de progresser. Piller l’Autorité des autres est bien plus rapide que d’incorporer des poches inoccupées du Dao céleste. Voilà pourquoi l’Empire Sans-Limites aimait autant traquer ces « Anciens » que faire la guerre. Chaque fois qu’ils en éliminaient un, une place se libérait au panthéon. »
« L’alarme ne peut pas être infaillible, puisque tu as volé plusieurs Suprématies », fit remarquer Zac.
« Ce n’est pas comme si je pouvais aller et venir à ma guise. Il me fallait faire d’importantes préparations pour m’infiltrer sans me faire remarquer. Mox ne prendrait ce risque que si c’était crucial pour ses plans, et une infiltration pourrait prendre des millénaires. Tu serais parti depuis longtemps avant que ça ne devienne un problème. » Esmeralda tapota la tête de Zac. « Franchement, tu n’en vaux pas la peine. »
« Peut-être, mais combien d’endroits ressemblent au Métier à tisser de Terren ? Il ne peut pas y avoir tant de Suprématies que ça, même dans un endroit comme l’Étendue impériale occidentale », dit Zac.
« Je dirais entre dix et quinze en temps normal, selon la génération. Certaines époques sont plus favorables que d’autres », répondit Esmeralda en levant les yeux au ciel devant l’air surpris de Zac. « N’oublie pas que les vestiges d’un seul Ciel primordial peuvent soutenir plusieurs factions de rang A dans les Terres du Cœur du Multivers. Et nous visitons une époque où les ressources étaient plus concentrées.
« En fait, tu peux probablement ajouter quelques Suprématies au compte, puisque l’Empire Sans-Limites s’est emparé du continent. Tout ce qu’ils touchaient se changeait en or, poursuivit Esmeralda. D’autres ont été envoyés depuis la capitale pour s’occuper du Cinquième Pilier. Comme le margrave et ce terrifiant manieur de lance. L’Étendue impériale occidentale était un piège mortel avant le réveil du Système. »
« Un Ciel primordial, ça fait quand même beaucoup de terrain à couvrir pour deux douzaines de Suprématies, objecta Zac. Il doit bien y avoir une limite à la taille du territoire physique d’une Suprématie. »
« Tu as raison. Elles ne pourront pas tout couvrir. Mais elles n’en ont pas besoin. Le Métier à tisser de Terren ne faisait pas réellement partie du Territoire céleste d’une Suprématie. La ville se trouvait simplement dans les limites d’un réseau couvrant tout un royaume et imprégné d’Autorité. Ce n’est pas aussi efficace que le vrai, mais c’est largement suffisant pour ce qui te concerne. Les Impériaux garderont l’œil ouvert pour repérer Mox, alors une entrée précipitée signerait son arrêt de mort. »
Après avoir posé quelques questions pour y voir plus clair, Zac se sentit beaucoup mieux. Esmeralda avait raison : même les Suprématies devaient avancer avec prudence tant que l’Empire Sans-Limites restait debout. Elles élimineraient sans la moindre pitié tout ce qui pouvait être perçu comme une menace pour leurs desseins. En apprendre davantage sur les capacités et les limites des Suprématies pourrait aussi l’aider à éviter certains pièges une fois l’épreuve terminée.
Le seul problème, c’était que Zac n’avait aucun moyen de savoir si un domaine mémoriel était protégé par l’Autorité de quelqu’un. Esmeralda, elle, le remarquait parce qu’elle avait autrefois manié l’Autorité.
« Ça ne devrait pas poser problème. L’elfe pourra peut-être calculer ce genre de chose. Sinon, on se renseignera pendant que tu attendras dehors. Si on ne peut pas confirmer l’emplacement et le statut du domaine, on passera notre chemin », dit Ogras après que Zac lui eut exposé la solution.
Zac et Ogras discutèrent encore une demi-heure du problème avant de retourner auprès de Ventus. Les secousses s’étaient encore intensifiées et Zac sentait sous ses pieds les puissants courants de Vie. Ils auraient tout aussi bien pu se tenir au sommet d’un volcan en activité. Heureusement, le Dao corrompu du Plan perdu attirait les immenses énergies qui suintaient du sol.
L’impasse entre la Vie et la corruption avait volé en éclats, et le combat s’éloignait peu à peu. La corruption ne se laisserait pas abattre sans lutter, et Zac ne se sentait pas de taille à faire traverser ce chaos à deux personnes. En revanche, l’endroit où se trouvait le domaine mémoriel était parfaitement sûr. Du moins pour lui. Ogras et Ventus devaient recourir à des réseaux d’isolation pour tenir la Vie déchaînée à distance.
Zac choisit de s’asseoir à l’extérieur du campement provisoire pour profiter des vagues rafraîchissantes de Vie. Adossé à un arbre, il regarda la pluie de lanternes mémorielles qui contribuait à reconstruire les Jardins Joyeux. Au bout d’un moment, il se leva et s’approcha d’un arbre de rang D. Son tronc couleur jade s’accordait parfaitement à la forêt de bambous de Mei’Er. Un coup de [Morsure de Verun] abattit l’arbre, puis quelques autres suffirent à extraire une douzaine de blocs de son cœur.
Quelques minutes plus tard, l’un des blocs se trouvait sur un établi. Hache d’artisan en main, Zac lui faisait face. Il ne bougea qu’après avoir élaboré un plan détaillé dans son esprit. Chaque taille était lente et délibérée, afin de respecter fidèlement son souvenir. De temps à autre, Zac s’arrêtait pour s’imprégner de la Vie ambiante et des vestiges d’une foi antique. D’autres fois, il sortait la feuille gravée et écoutait son enregistrement.
La vague silhouette d’un personnage assis se dessina peu à peu dans le bloc. Zac se mit alors à ajouter les détails. Une partie du pied se transforma en cithare exquise, dont il reproduisit fidèlement jusqu’aux ornements et aux lignes naturelles du bois d’origine. Les robes flottantes furent sculptées avec tant de soin qu’elles semblaient ondoyer dans le vent. Vint ensuite le singe à trois queues, agrippé aux robes de soie tandis qu’il contemplait l’instrument avec curiosité.
Petit à petit, Mei’Er renaquit du bois, telle qu’elle était lors de sa première représentation. Zac était déjà absorbé par son travail. Il ne pensait qu’à rendre justice à ses souvenirs. La hache d’artisan suivait la danse violente de la Vie renaissante, révélant la Vie sans bornes qui sommeillait dans le Bois spirituel. Les deux s’unirent en parfaite harmonie, suivant le modèle laissé à l’intérieur de l’Espoir.
Zac ne sortit de sa concentration absolue que lorsqu’un flot de Foi impériale, de Dao et d’Énergie divine jaillit du sol pour se déverser avec empressement dans la figurine. Il n’intervint pas, laissant le continent bénir sa création et lui offrir une ultime renaissance. L’aura de la statue se distingua bientôt de celle du Bois spirituel et se rapprocha peu à peu des souvenirs de Zac.
Cette aura familière rendait Mei’Er d’autant plus vivante. On aurait dit que ses yeux clos pouvaient s’ouvrir à tout instant, ou que ses doigts gracieux allaient se mettre à pincer les cordes de bois — des cordes qui se doraient rapidement sous l’onction. Lorsque le phénomène prit fin, Zac insuffla sa volonté à la statue, et une mélodie ténue apparut dans son esprit.
La chanson ne rendait pas la qualité surnaturelle des interprétations de Mei’Er, ni les émotions et la profondeur du Dao qu’elle insufflait à chaque pincement des cordes. Celle de la statue était primitive, une mélodie estivale tissée des sons de la nature. Elle capturait tout de même de nombreux aspects de la voie de Mei’Er, tout en y mêlant une part de la spiritualité naturelle de Zac et de la région.
Un deuxième bloc apparut à côté de la statue achevée. Lorsque la Veine de Nexus se stabilisa, cinq figurines se trouvaient sur l’établi, une pour chacun des maîtres qui l’avaient guidé sur le chemin de l’illumination. Seule celle de Mei’Er avait reçu la bénédiction du monde et acquis une spiritualité unique, même si la figurine de Litheweave avait plus de sens que les autres. Réunies, elles formaient une troupe itinérante. Satisfait, Zac contempla l’ensemble avant de les ranger avec soin dans des boîtes conçues pour préserver leur spiritualité.
« Merci », souffla Zac en rangeant la statue de Mei’Er.
Il grava « Rêve d’une vie passée » sur le socle de la statue, puis la rangea dans une boîte de jade. C’était comme si Mei’Er avait traversé le temps pour lui offrir un dernier cadeau : un aperçu d’un état supérieur de l’artisanat. Zac comprit qu’il ne pourrait pas reproduire un tel exploit. La sculpture avait acquis une véritable spiritualité, ce qui la rapprochait davantage d’un Trésor naturel que d’un simple ouvrage artisanal.
Zac se prit à espérer qu’un jour, il saurait insuffler autant de sens à ses créations sans aide extérieure. Il pourrait ainsi mieux représenter les gens qu’il avait rencontrés et les expériences qu’il avait vécues. Malgré toutes les souffrances qu’il recelait, le Cosmos était un lieu magique. Zac ne voulait pas oublier les instants de beauté que Mei’Er l’avait aidé à retrouver, ni les raisons pour lesquelles il se battait avec tant d’acharnement.
Les sculptures de rang supérieur pouvaient même se vendre à prix d’or. Si leur spiritualité était assez puissante, elles pouvaient remplir la même fonction que le Grand Mur du Grand Boss du Colisée de la Grande Hache. Les cultivateurs de rang inférieur pouvaient se servir de Rêve d’une vie passée pour obtenir des éclaircissements sur le Dao de la Vie. Bien sûr, Zac n’utiliserait jamais ses sculptures personnelles à cette fin. Chaque utilisation en épuiserait un peu l’énergie, jusqu’à ce qu’elles ne soient plus que de simples décorations.
« Les choses se sont calmées, dit Zac en entrant dans le campement. Allons-y. »
Zac guida les deux autres hors de la zone corrompue et pénétra dans un marécage rempli de plantes toxiques, sur les conseils de Ventus. C’était la moins mauvaise de trois options médiocres. Ou peut-être le Numérologue ressentait-il le besoin de rappeler à ses compagnons qu’il leur était utile. Les cours d’eau et les petits îlots formaient un labyrinthe où les calculs de Ventus étaient indispensables pour avancer. Impossible de voler à cause des énormes nuées d’insectes qui passaient parfois au-dessus d’eux.
Esmeralda n’avait pas pris une seule pause pendant le séjour de Zac aux Jardins Joyeux. Plus d’une semaine s’était écoulée depuis le Métier à tisser de Terren, et Zac ne fut pas surpris d’apercevoir un autre domaine mémoriel au loin. Après une brève discussion, ils décidèrent de le contourner, mais pas à cause de Mox. Aucun d’eux ne s’attendait à ce que le miracle du Métier à tisser de Terren se reproduise. Ils avaient confirmé qu’aucun lien de destinée ne les rattachait à l’itinéraire qu’ils suivaient, et les chances qu’un autre participant à l’épreuve déclenche le même scénario étaient négligeables.
Plus important encore, ils approchaient de leur destination. En atteignant Dipper Sept, Zac avait estimé que son côté Draugr arriverait à la Cour mercurielle en deux mois. Plus d’un mois s’était écoulé depuis, et ils sentaient qu’ils étaient sur le point de franchir une sorte de seuil. Il y avait quelque chose dans l’air, dans le sol, dans le Dao lui-même. La profondeur de cette présence augmentait rapidement, d’une façon que Zac ne parvenait pas à décrire.
Une semaine plus tard, Zac fut soudain tiré de sa méditation silencieuse dans la bourse d’Esmeralda. « C’est là ! »
Zac s’attendait à ce qu’elle l’appelle et apparut aussitôt sur son épaule. Une hache de rechange se matérialisa dans sa main droite, tandis que l’autre s’agrippait à l’énorme tête d’Esmeralda pour garder l’équilibre. C’était l’un des rares moments où le talent de lignée qu’il avait emprunté grâce au Sanctuaire de Kanba se révélait utile : les membranes rétractables entre ses doigts lui permettaient de s’accrocher à presque toutes les surfaces comme s’il avait utilisé de la superglue.
À son apparition, Esmeralda flottait en silence dans l’ombre d’un cristal grand comme une montagne. Ils en avaient vu des centaines au cours de la dernière journée. Ils contenaient peu d’énergie, mais les briser produisait un vacarme si assourdissant qu’il tuerait quiconque n’y était pas préparé. Esmeralda pensait qu’il s’agissait de sons de catastrophes naturelles cristallisés.
Au-delà, le paysage était identique, et Zac mit un instant à comprendre ce qu’Esmeralda avait découvert. « C’est une illusion ? »
Zac ne sentait plus rien à partir d’une quinzaine de mètres devant lui : aucune énergie, aucune Foi impériale, rien. Comme si le monde s’arrêtait là.
« C’est réel, mais ce n’est pas ici. L’espace a été tranché. Impossible de dire ce qui se trouve de l’autre côté, répondit Esmeralda. Ni si nous pourrons revenir après avoir franchi l’horizon des événements. »
Une demi-journée de marche ne changea rien. La barrière invisible s’étendait jusque dans les zones voisines.
« Si tu n’arrives pas à comprendre ce que c’est, ça fait probablement partie de l’épreuve ou de la Cour mercurielle. Il va falloir prendre le risque », dit Zac.
Ils franchirent la limite avec précaution, et tout leur environnement fut entièrement redessiné. Ils se retrouvèrent au milieu d’une chaîne de montagnes dont les sommets regorgeaient d’une énergie aveuglante. Sa densité avait grimpé de plusieurs crans, ce qui inquiétait Zac plus que tout le reste. L’environnement dépassait de loin tout ce qu’ils avaient vu dans l’Étendue impériale occidentale.
Jusqu’alors, les bêtes les plus puissantes qu’ils avaient découvertes étaient quelques rares Empereurs des bêtes de rang C supérieur tardif. Ces créatures étaient peu nombreuses et s’étaient toutes retirées dans l’isolement à cause du manque d’énergie ambiante. Ici, elles n’auraient pas ce problème. Les montagnes débordaient tellement d’énergie que Zac ne serait pas surpris d’apprendre qu’une Bête ancestrale rôdait dans les environs.
Dans un environnement de rang aussi élevé, les dangers liés aux Formations naturelles et aux zones interdites avaient considérablement augmenté. La bonne nouvelle, c’était que la Foi impériale avait plus que triplé, preuve qu’ils étaient arrivés au bon endroit. Le pilier des Cours mercurielles était toujours là. Il n’avait pas changé, mais dégageait désormais une aura suprême.
« Eh bien, il y a des lanternes partout, donc nous ne devons pas être entrés dans un domaine mémoriel », marmonna Zac en observant les lieux. « Pas étonnant qu’on n’ait pas trouvé de bon domaine. Toutes les lanternes fortement liées à la Cour mercurielle ont dû être attirées ici. »
« Je n’arrive pas à comprendre ce que c’est. Ça ne devrait pas être un royaume annexe. Les Cieux primordiaux sont trop lourds pour exister naturellement dans ce genre d’endroit. Et puis, je ne sens pas la moindre fluctuation spatiale. Je ne suis même pas sûre que ce soit un véritable espace, dit Esmeralda. Quoi que ce soit, ça doit faire partie de la Cour mercurielle. »
« Le pli dans l’espace a disparu. On dirait qu’on est coincés », dit Zac en montrant l’endroit derrière eux, où la chaîne de montagnes se prolongeait.
« J’imagine que ça ne change rien. Nous sommes au bon endroit, alors continuons », répondit Esmeralda, dont l’enthousiasme revenait. Elle entraîna Zac vers sa bourse avec empressement. « Tu le sens ? »
Zac renifla docilement. « Ô grande Esmeralda, est-ce l’odeur du trésor ? »
« Tu as vu juste, mon apprenti maladroit », gloussa Esmeralda en se transformant en un trait de lumière. « Un trésor ! »