Chapitre 1 326
Maseya, la Grande Ancienne du Pavillon, expliqua qu’elle avait fouillé à plusieurs reprises la porte dimensionnelle à la recherche d’indices. Il aurait été impossible que l’aura putride du coupable échappe au balayage d’un Monarque de rang intermédiaire. Elle ressortait comme une tache sur le cristal, dont le Dao de la Vie était parfaitement homogène. Tout s’expliquait par une étrange fissure, pas plus épaisse qu’un cheveu.
Le cristal n’émettait aucune fluctuation spatiale. C’était une porte dimensionnelle reposant uniquement sur le Dao de la Vie, qui reliait la Veine de Nexus accordée à la Vie des Jardins Joyeux aux Pâturages sans bornes. Cependant, le Pic du Chaos était incomplet, et ses imperfections devenaient des points faibles dans le lien entre les dimensions.
La fissure était l’un de ces points faibles, et elle sautait aux yeux d’un cultivateur de la Vie de l’ère moderne. Zac avait remarqué la même chose lors de sa brève rencontre avec le Seigneur des Fils. Il supposa que les anciens des Jardins ne voyaient pas la fissure, tout comme lui ne parvenait pas à saisir les fragments de Vie qui manquaient encore au présent.
Une nouvelle possibilité s’offrant à lui, Zac revint sans hésiter à son plan initial. Il avait déjà vu suffisamment des Pâturages sans bornes pour savoir que ce n’était pas un paradis. Les dangers y égalaient les courants implacables de l’Enfer des Fils. La liberté débridée que le cristal lui faisait ressentir était pire encore que celle de la sphère dorée, et aucun autre Dao ne venait en tempérer l’influence. Le Seigneur des Fils avait eu de bonnes raisons de le mettre en garde contre un retour trop précoce dans les Plans inférieurs.
Zac vida ses réserves de Vide de la Vie, et l’éclat aveuglant qui l’entourait s’estompa. Avec la [Zone du Vide], il avait créé un véritable écran protecteur. Le répit ne dura qu’un instant face au flot incessant de Vie qui jaillissait du cristal, mais c’était assez pour qu’il retrouve ses esprits et frappe la fissure du sceau annihilateur de Dao de la [Montagne du Vide].
La tache s’ouvrit sans un bruit, dévoilant un panorama d’un noir d’encre, radicalement différent des visions surnaturelles qu’offrait le cristal. Zac se glissa à l’intérieur avant que l’ouverture ne se referme, l’esprit hurlant au danger tandis que le monde au-delà du cristal se déformait. Le Lien terrestre tremblant s’effaça lorsque la fissure se referma derrière lui. Le Sens du danger de Zac retomba en un grondement sourd, et ses tripes lui soufflèrent qu’il venait d’échapper à une catastrophe.
De l’autre côté l’attendaient les ténèbres et une pression colossale. Elle lui rappelait certaines de ses téléportations les plus risquées, sauf qu’elle résultait cette fois de deux dimensions qui s’écrasaient l’une contre l’autre. Même Zac aurait du mal à la supporter longtemps. Heureusement, il n’aurait pas à le faire. Cette poche cachée ne faisait que quelques centaines de mètres de large, et sa cible était la seule autre chose qui s’y trouvait.
Une silhouette déformée, faite de lumière dorée, flottait au milieu de l’espace. Elle vacillait comme l’image d’un téléviseur mal réglé, et Zac mit un instant à comprendre ce qu’il avait sous les yeux. C’était en fait un Esprit des Jardins Joyeux, du moins le croyait-il. Sa forme ressemblait étrangement à celle d’un humain, mais sa spiritualité était trop semblable à celle d’un Esprit des Jardins Joyeux pour qu’il s’agisse d’autre chose. Il était même relié au lien correspondant, malgré un sombre courant sous-jacent.
Sa forme n’était pas la seule chose qui clochait. C’était le plus grand esprit qu’il eût jamais vu. Le plus grand qu’il eût rencontré jusque-là avait la taille d’un chat, tandis que cette aberration mesurait près de trois mètres. Il n’était pas difficile de comprendre comment elle avait pris des proportions démesurées. Ses entrailles n’étaient qu’un amas d’énergies chaotiques et hétérogènes, issues de plus d’une douzaine d’esprits dévorés.
Les énergies capturées semblaient garder des traces de spiritualité qui luttaient sans cesse pour s’échapper, comme des proies vivantes cherchant à creuser leur chemin hors du ventre d’un prédateur. Certaines y seraient probablement parvenues sans l’intense pression dimensionnelle. Zac supposa que la créature n’avait pas choisi cet endroit pour se cacher par hasard : elle devait digérer ses proies. L’esprit réagit lentement à l’arrivée de Zac. Celui-ci ne lança pas d’attaque surprise ; il profita de cette pause pour récupérer de son approche et analyser la situation. Il s’était attendu à trouver un sorcier, pas un Esprit des Jardins Joyeux muté. Pourtant, il n’avait rien d’innocent comme ses cousins. Il empestait la malveillance et avait déjà tué plus d’une douzaine d’Hégémons de rang avancé ou maximal en un clin d’œil. Zac ignorait aussi s’il agissait seul ou si quelqu’un le contrôlait en secret.
Une seconde ne suffit pas à découvrir grand-chose. L’esprit se retourna, et une vague chaotique d’angoisse mentale brouilla la vue de Zac. Il secoua la tête pour retrouver ses esprits, stupéfait de comprendre que l’esprit possédait une énergie mentale — ce qui aurait dû être impossible. Les Esprits des Jardins Joyeux étaient des incarnations d’énergie faites de Vie pure. Ils n’avaient pas d’âme véritable, une condition indispensable à la production d’énergie mentale.
Le visage de l’esprit avait vaguement l’air d’un marsupial, si l’on imaginait la bestiole greffée à quelques autres espèces avant d’être abandonnée à gonfler dans une mare stagnante. Il perdait clairement le sens de sa propre identité et adoptait les traits de ses proies. Des filaments sombres se répandaient dans son corps comme un second réseau de voies. Leur aura maléfique se distinguait de celle de l’Esprit des Jardins Joyeux. Ils rappelaient à Zac les membres de Kan’Tanu qui avaient succombé à leur Malédiction du Cœur. Ces filaments étaient-ils le véritable ennemi ?
Les soupçons de Zac se muèrent en dégoût lorsque la poitrine de l’esprit se tortilla pour faire apparaître un visage humain. La peau de la femme grouillait comme si des vers rampaient dessous, et ses traits tordus étaient figés dans un cri silencieux. Ses yeux ne brillaient d’aucune étincelle de conscience, seulement de faim et de chaos. Le spectacle était si macabre qu’il fallut un instant à Zac pour comprendre qu’il la reconnaissait.
Une fois les déformations et la folie mises de côté, elle ressemblait beaucoup à la deuxième victime. Elle s’appelait Ching’Ru. Descendante d’une ancienne, elle avait été la première Disciple intérieure à mourir. La victime précédente était une Disciple extérieure, et l’on avait généralement considéré sa mort comme un essai.
« Ching’Ru ? Je travaille avec les Jardins Joyeux. Laisse-moi te ramener auprès des anciens. Ils pourront te libérer de ta malédiction », cria Zac en faisant tourner ses Noyaux d’âme.
Il ne s’attendait pas à une véritable réponse ; il cherchait plutôt à jauger la réaction de la créature à certains noms. Le monstre avait avalé des âmes comme des esprits, et réveiller le ressentiment des prisonniers l’affaiblirait de l’intérieur. La créature lui répondit par la violence. Une nouvelle vague de folie assaillit l’esprit de Zac tandis que l’esprit se changeait en traînée de Vie déformée.
La prudence qui le protégeait d’habitude avait disparu, remplacée par une faim dévorante qui hérissa les cheveux de Zac. Il voulait clairement ajouter une âme au mélange hérétique qui mijotait dans son ventre. Une lame fractale exploratrice le transperça sans lui faire de mal. Si quoi que ce soit, l’effet fut inverse.
La lame fractale s’assombrit en traversant le corps de l’esprit, et Zac grogna sous l’effet d’un léger contrecoup lorsque le Dao de la Vie et l’énergie accordée à la Vie de la technique furent aspirés. Zac fronça les sourcils, ses instincts l’avertissant soudain d’un danger plus grand. Sans prendre de risque, il utilisa les objets qu’il avait préparés dès que l’esprit fut à portée.
Quatre yeux saphir tissèrent un filet azur qui enveloppa rapidement sa proie. Zac lança ensuite une corde de luth, un autre trésor servant à sceller les esprits qu’il avait emprunté aux Jardins Joyeux. Elle émit une mélodie dépourvue de la joie caractéristique de la secte, où ne résonnaient que reproche et soumission. Elle s’enroula autour de la gorge de l’esprit captif, comme un collier.
En théorie, cette combinaison suffisait à piéger un esprit à un demi-pas du rang C, et ces objets ne contenaient aucun Dao de la Vie susceptible d’être absorbé. L’aura démesurée de l’esprit déchu restait dans les limites de l’Hégémonie : cela aurait dû suffire. Pourtant, l’inquiétude de Zac ne faisait que croître, et il lança deux talismans de plus.
Les talismans éclatèrent en gerbes de lumière imprégnées de son Dao terrestre de la Guerre des Défiants. Ils ressemblaient à des grenades spirituelles assourdissantes. Ils étaient assez puissants pour fracasser directement l’âme de la plupart des cultivateurs de rang E maximal, et les Hégémons dépourvus de défenses suffisantes en auraient l’esprit ébranlé. Les talismans n’étaient que de rang D inférieur, mais un esprit instable devait y être particulièrement vulnérable.
Zac avait prévu d’autres mesures, notamment d’enfermer l’esprit dans la [Zone du Vide]. L’esprit rendit ses plans inutiles en disparaissant soudain, esquivant les ondes de choc tout en se libérant sans effort de ses liens. Zac sentit son Énergie du Vide diminuer légèrement, puis une douleur explosa dans sa tête. D’une manière ou d’une autre, l’esprit avait contourné ses défenses de l’âme et la [Zone du Vide] pour se faufiler dans son Ouverture de l’âme. Pire encore, il était parvenu à apparaître au plus profond de son noyau accordé à la Vie.
Une douleur à lui déchirer l’âme tordit Zac tandis que le parasite se mettait à siphonner son Noyau évolutif. Comme un moustique, il injectait quelque chose en se nourrissant. Une tempête d’images et d’impressions submergea Zac. L’esprit avait fait de sa folie une arme. En son cœur se trouvait une faim si intense, si douloureuse, qu’elle éclipsait tout le reste.
Elle déformait chaque souvenir et orientait chaque pensée vers la recherche d’un moyen d’assouvir ses envies. Cette faim qui lui déchirait l’âme était plus incisive que la plupart des attaques mentales, et Zac ne fut pas surpris que cette combinaison eût causé tant de morts. Malheureusement pour l’assaillant, il avait choisi la mauvaise cible.
Zac connaissait une faim bien plus écrasante, une faim capable de dévorer les Cieux. Cette faim superficielle et irréfléchie ne suffirait pas à franchir le bastion de son esprit. Il se distinguait aussi des victimes précédentes sur un point crucial. Ce dévoreur de Vie s’était jeté sur son Noyau évolutif comme une bête affamée, sans se rendre compte qu’un autre Noyau d’âme se trouvait à proximité.
Il rassemblait déjà ses forces de Mort, tout en gavANT l’esprit d’énergie mentale remplaçable pour l’empêcher de dévorer son âme. La bête se contenta d’abord d’engloutir sans discernement tout ce qu’on lui présentait, mais les traînées d’obscurité dans son corps vacillèrent avant que Zac ne puisse frapper. L’énergie sinistre injecta quelque chose dans la tempête de souvenirs étrangers.
Les souvenirs prirent une forme tangible et s’enroulèrent en une ceinture serrée autour du Noyau évolutif de Zac. Seul le bord extérieur était lisible ; il représentait généralement des scènes de cultivation paisible dans la Forêt des Esprits sans bornes. La plupart des souvenirs venaient de Ching’Ru, quelques-uns étaient ceux de son esprit lié. Les souvenirs enfouis au centre étaient trop tordus et déchiquetés pour être déchiffrés, détruits par ce qui avait donné naissance à cette monstruosité.
L’esprit avait sacrifié les souvenirs extérieurs pour bloquer l’assaut de Zac, tandis qu’il se cachait derrière un souvenir plus vaste que tous les autres réunis. La sphère d’un noir d’encre évoquait une tumeur ou, pire, un œuf parasite. Elle exerçait une étrange attraction, et Zac sentit son esprit se laisser entraîner dans ses profondeurs. Au lieu d’un souvenir, il découvrit un livre extrêmement sinistre.
Ses pages s’ouvrirent d’elles-mêmes, et Zac grimaça de dégoût. Elles étaient faites de visages écorchés, ceux de bêtes comme d’espèces humanoïdes. Des runes serrées d’une écriture étrangère avaient été tracées à l’encre noire, suivant les contours naturels des visages. Comme les traits et les orifices variaient d’une espèce à l’autre, aucune page ne ressemblait à une autre. Cette notation chaotique créait un désordre maîtrisé qui ne respirait que le mal.
Seules les bouches des visages écorchés étaient alignées, toutes figées dans un cri muet, comme celle de Ching’Ru. Leur disposition formait un trou au milieu du livre, où tourbillonnait une énergie noire. C’était exactement la même que celle des traînées sombres de l’esprit, qui empestaient la pourriture, mais à l’état pur, sans la moindre trace du Dao de la Vie. Son esprit hurlant au danger, Zac s’arracha de force à la sphère noire.
Une fois encore, ses instincts ne l’avaient pas trompé. Il fut alarmé de découvrir que son Noyau de duplicité était brûlant, signe qu’il résistait désespérément à l’imposition d’un Lien karmique. Comprenant qu’il avait affaire à quelque chose d’extrêmement dangereux, Zac privilégia la vitesse à la finesse. Les filaments de Mort interrompirent leur assaut contre le rempart de souvenirs pour laisser passer l’artillerie lourde : son Noyau inexorable.
Les deux Noyaux d’âme entrèrent en collision, déclenchant une scène apocalyptique familière. La Vie et la Mort se mêlèrent, donnant le coup d’envoi d’une nouvelle manche de leur guerre éternelle. Le choc délogea l’esprit, et l’effroyable sphère s’effaça de moitié. Une deuxième collision expulsa le parasite et pulvérisa entièrement la sphère.
L’œuf brisé redevint des filaments noirs. Une montagne renversée, grouillante d’antiquité, déferla sur eux avant qu’ils ne puissent rejoindre leur hôte. Le Vide et le mal s’affrontèrent, et le mal fut repoussé. Le Noyau de duplicité se calma alors qu’il lui restait encore de l’énergie, confirmant que la crise avait été évitée. Le livre n’avait pas réussi à laisser de marque karmique.
La perte des filaments noirs tira l’esprit de sa frénésie alimentaire. Comprenant le danger, il prit la fuite. Zac le poursuivit à l’aide d’une tempête de Mort. Son âme avait été blessée, et il refusait de repartir les mains vides après avoir laissé cette chose faire de son Ouverture de l’âme un terrain de jeu. Des dizaines de tentacules imprégnés de Mort scellée s’enroulèrent autour de l’esprit maléfique avant qu’il ne puisse s’échapper, tandis qu’une barrière extérieure d’Énergie du Vide l’isolait de l’univers.
L’esprit se débattit furieusement. Chaque choc ébranlait l’Ouverture de l’âme de Zac, mais sa prison tint bon. Ce n’était pas seulement grâce à l’avantage inné qu’il avait sur une créature accordée à la Vie. La perte des filaments noirs avait aussi affaibli l’esprit.
Zac savait également qu’il n’avait pas éliminé la menace. Il avait détruit une partie des filaments en les frappant de plein fouet avec la [Montagne du Vide], mais la plupart s’étaient échappés. Leur fuite était aussi inexplicable que l’apparition de l’esprit dans son Ouverture de l’âme.
Sans son armature interne ni la pression dimensionnelle pour la maintenir en place, la composition bigarrée de l’esprit devenait plus instable à chaque seconde. Il perdait des morceaux de son corps chaque fois qu’il se heurtait à sa cage, sans avoir l’air de s’en soucier. Bientôt, Zac dut s’employer autant à le garder entier qu’à le maintenir prisonnier.
Il n’y avait aucune trace des traînées sombres dans l’espace caché. Zac soupçonna qu’elles avaient déjà disparu depuis longtemps. Ce livre sinistre était lié à quelqu’un ou quelque chose d’extrêmement puissant. Il avait prêté une partie de son pouvoir à l’Esprit des Jardins Joyeux pour provoquer sa transformation. Puis l’entité avait abandonné son sbire après son échec face à Zac.
Zac secoua la tête et retourna vers le point faible de la paroi dimensionnelle. Il avait accompli ce qu’il était venu faire. Plus vite il se débarrasserait de son passager indésirable, mieux ce serait. Une bande d’anciens furieux l’attendait dehors, et ils pourraient élucider le mystère des filaments sombres.
Il ressortit par le même chemin, s’appuyant sur la [Montagne du Vide] pour ouvrir une brèche temporaire. Il n’était parti qu’un instant, pourtant Zac ne sentait plus de menace imminente près du cristal. L’entité de l’autre côté était-elle si capricieuse qu’elle s’était désintéressée de lui en quelques secondes ? Zac n’avait aucune intention de vérifier si rester là l’exposerait de nouveau.
Le trajet de retour hors de la porte dimensionnelle fut pire que l’aller. Il n’avait aucun lien pour le guider, et son âme était à la fois épuisée et blessée. Heureusement, le Domaine mémoriel lui vint à temps en aide. La capture de l’Esprit des Jardins Joyeux avait considérablement modifié la chronologie, ce qui avait encore puisé dans la Foi impériale du Domaine mémoriel.
Le souvenir perdit un peu de sa vigueur, affaiblissant l’influence débridée de la Vie. C’était juste assez pour que Zac s’échappe sans perdre la raison. Il maintint la sphère de neutralisation tandis qu’il trébuchait hors de la sphère dorée. Il aurait préféré garder son Talent de lignée secret aux yeux des élites furieuses qui l’attendaient, mais le désactiver l’aurait exposé à la corruption mentale de la sphère.
« Je l’ai attrapé ! J’ai attrapé le coupable ! » croassa Zac avant que quiconque ne puisse parler ou reprendre ses attaques.
Pour appuyer ses paroles, Zac arracha l’esprit qui se débattait de son Ouverture de l’âme. Il le maintint enfermé dans la [Zone du Vide], de peur qu’il ne s’échappe s’il pouvait se reconnecter au Dao de la Vie. Il ignorait quelles capacités venaient des filaments sombres et lesquelles appartenaient à l’esprit lui-même.
« C’est impossible ! » haleta Liu’An en voyant la monstruosité se débattre.
« C’est Ching’Ru ? Qu’est-ce que… » dit l’un des Disciples du Noyau, le visage blême d’horreur.
« Il faut l’éloigner de la porte ! » insista Zac, anxieux. L’adrénaline retombait et son Énergie du Vide s’épuisait.[La Zone du Vide]ne parvenait déjà plus à résister à l’appel des Pâturages sans bornes.
« Viens », dit Litheweave, mettant une nouvelle fois fin à l’impasse.
Zac se précipita hors du champ, entouré par l’escouade d’élite. Deux anciens restèrent en arrière, sans doute chargés de purifier le nexus. Ils n’eurent pas besoin d’aller loin pour trouver un endroit isolé, à l’écart de l’éclat doré. Lui’An s’approcha pour prendre l’esprit captif, mais bondit en arrière au contact de la [Zone du Vide], comme si elle s’était brûlée.
« Quoi ? Comment ? » haleta-t-elle.
« Peu importe comment. Vous devez trouver un moyen de le garder prisonnier après que j’aurai désactivé mon domaine. Je crois qu’il peut se déplacer sans entrave dans le Dao de la Vie », dit Zac.
Litheweave hocha gravement la tête. « Donne-nous un instant. Nous allons ériger un dispositif de confinement. »
Zac observa avec méfiance l’ancien sortir une corde effilochée. Elle lui inspira un malaise, mais différent de celui que lui avait causé le livre sinistre. La corde dégageait un puissant sentiment d’impuissance. Litheweave noua avec précaution une série de nœuds complexes tandis qu’un autre ancien plantait des piquets en cercle autour de lui.
À la vue de leurs gestes, l’esprit se débattit avec plus de violence encore, mais son état était pire que celui de Zac. Il ne put que regarder, impuissant, Litheweave faire passer la corde dans les boucles des nœuds pour former une clôture dérisoire. Litheweave et deux autres Monarques s’assirent à l’extérieur et récitèrent une formule que la zone scellée ne laissa pas passer.
Se tenir au milieu d’un cercle magique aurait normalement dû faire sonner toutes les alarmes dans la tête de Zac. Cette fois, il s’en fichait. À quoi bon résister ? Rien n’avait d’importance. L’existence était vaine, elle ne faisait que retarder le…
Zac inspira brusquement. Il s’aperçut qu’il était adossé à un arbre, un petit singe sur les genoux. L’esprit et l’étrange corde avaient disparu. À côté de lui, Mei’Er jouait une mélodie apaisante fondée sur leur harmonie commune. Zac ouvrit la bouche pour demander ce qui se passait et ce qu’était devenu l’esprit. Aucun son n’en sortit.
Le sourire de Mei’Er lui indiqua que la situation était sous contrôle. Zac expira et ferma les yeux. Son esprit était dans un état extrêmement fragile ; tout le reste devrait attendre. La chanson continua de nourrir son âme tandis qu’il sombrait dans un sommeil réparateur. Son cœur n’était plus empli de désespoir, mais d’espoir.