Chapitre 1 323
Zac acheva la quatrième couche de la [Sublimation Vajra du Vide] peu après son combat contre Yselio Tobrial, brisant ainsi les Entraves de l’Homme. Dans la méthode bouddhique d’origine, ces limitations renvoyaient aux basses préoccupations du monde mortel. Les briser signifiait laisser le passé derrière soi pour ne faire qu’un avec le Cosmos sans limites.
Cette voie n’était pas pour lui, et elle recelait la menace cachée de la Sangha bouddhique. Zac avait modifié les Entraves de l’Homme de la [Sublimation Vajra du Vide] pour qu’elles représentent son désir de se libérer et de maîtriser son destin. En devenant un Vajra du Vide, il se tiendrait à l’écart des machinations et des luttes de pouvoir du Multivers.
La cultivation était une guerre solitaire contre le Ciel, mais une indépendance aussi farouche était rare. Même les Graines éoniques, comme les autres Porte-Flammes, ne suivaient pas cette voie. Leurs prédécesseurs éclairaient le chemin qui les menait au sommet. Ils savaient toujours jusqu’où ils étaient montés et ce qu’il leur restait à accomplir pour atteindre l’étape suivante. Une fois assez puissants, ils hériteraient de tout le système et se l’approprieraient, devenant les dirigeants de la génération suivante.
Ce n’était pas une confiance absolue en lui-même qui avait conduit Zac jusque-là. Au contraire, elle lui avait causé bien des problèmes. Sa solitude était une nécessité. Sa lignée était unique, ce qui lui interdisait de suivre les traces de quiconque. Il n’avait pas non plus d’ancêtres puissants ni de protecteur en qui il pouvait véritablement avoir confiance, ce qui le privait des avantages de la voie conventionnelle.
Le choix de Zac se reflétait dans sa Voie du Vide. Il constituait sa propre hiérarchie, une pyramide à lui seul. Du moins, c’était l’idée. En pratique, briser les Entraves de l’Homme ne l’avait pas rendu plus libre qu’avant. Des chaînes invisibles continuaient de contrôler ses actes, tout comme les machinations cachées d’existences antiques.
C’était inévitable. L’écart de puissance entre Zac et ceux qui convoitaient ses secrets ou s’immisçaient dans sa vie était un gouffre infranchissable, qu’aucun manuel de cultivation ne pouvait combler. Pourtant, Zac pensait qu’en gagnant en puissance, la [Sublimation Vajra du Vide] compléterait la capacité de son Noyau de duplicité à protéger son Karma, et partagerait avec lui la charge de le dissimuler.
Plus facile à dire qu’à faire. Tracer sa propre voie avait un prix. Des années s’étaient écoulées depuis qu’il avait brisé les Entraves de l’Homme, et la méthode pour pratiquer la cinquième couche restait inachevée. Le manque de temps et de compréhension du Dao de la Vie expliquait en partie ce retard. Mais un problème plus fondamental le freinait également.
Modifier ses Entraves de l’Homme constituait une rupture majeure avec les écritures d’origine. Il avait même récupéré une partie du sens des Entraves de la Terre de la [Sublimation du Vajra sans limites] pour réussir sa percée précédente. Les Entraves de l’Homme, de la Terre et du Ciel occupaient une place centrale dans les couches intermédiaires du Manuel de tempérage du corps. Les modifier bouleversait le contexte de la méthode et entraînait une cascade de conséquences.
Sans comprendre d’abord ce que représenteraient les prochaines entraves, Zac ne pouvait pas créer une cinquième couche parfaite pour la [Sublimation Vajra du Vide], ce qui nuirait gravement à son potentiel à long terme. Il ne pouvait pas résoudre ce problème par la force brute, même avec les enseignements d’Ultom. Il devait s’introspecter et choisir une direction qui lui correspondait.
Zac avait déjà quelques idées, et la prestation de Mei’Er lui offrait l’occasion de les cristalliser en une réponse plus tôt que prévu. Pressé de retrouver cette sensation avant qu’elle ne lui échappe, il relégua les affaires moins urgentes au fond de son esprit. « Que devrais-je faire ? M’asseoir ici et écouter mademoiselle Mei’Er jouer ? » Mei’Er sourit à Zac. « Mei’Er fera de son mieux pour être à la hauteur de l’intérêt soudain de Lord Atwood. Pour commencer, j’aimerais demander à Lord de libérer son aura, afin que je puisse adapter ma prestation en conséquence. »
Cette demande lui fit l’effet d’une douche froide, et Zac hésita. « Ma voie a été… tumultueuse. Je crains que mon Dao ne crée un déséquilibre si je le révèle. »
Son aura sanguinaire n’était certes pas adaptée aux Jardins Joyeux, mais Zac avait une préoccupation plus immédiate. Les Plans inférieurs l’avaient déjà marqué, et le seigneur de l’Enfer des Fils avait laissé sa carte de visite en lui accordant sa bénédiction. Ces liens échappaient à ses sens, et il ignorait ce qui pourrait les déclencher.
Séjourner dans une secte directement liée aux Neuf Jardins mettait déjà à l’épreuve sa capacité à contenir les signaux qu’il émettait involontairement. Révéler son Dao terrestre de la Vie renaissante, ce serait tenter le destin. À sa connaissance, le petit singe pouvait servir de transmetteur vers son monde d’origine, et il était hors de portée de l’extrémité du Domaine mémoriel.
Mei’Er semblait comprendre que les réticences de Zac cachaient autre chose. Sa cithare flotta devant elle, et elle en pinça doucement les cordes. Elle n’insuffla ni Dao ni intention dans l’instrument, pourtant Zac sentit son esprit s’éclaircir. Le petit singe appréciait lui aussi le spectacle. Il sauta même de l’épaule de Mei’Er pour venir s’asseoir à côté de lui. Il avait ainsi une place aux premières loges.
« Lord Atwood sait-il pourquoi nous invitons nos hôtes à cultiver individuellement ? Pourquoi je ne joue pas dans les pavillons publics, où ma musique pourrait réjouir un plus vaste auditoire ? »
« Ça perdrait de son effet, devina Zac.
« En effet. La cultivation collective peut susciter davantage d’émotions, mais celles-ci restent superficielles et chaotiques. Seuls nos disciples extérieurs peuvent s’appuyer sur de telles méthodes pour cultiver. »
La musique changea subtilement, et l’œil de Zac tressaillit lorsque des notes discordantes vinrent s’ajouter à la mélodie simple, la ruinant complètement. Le singe sursauta tout autant et regarda sa maîtresse comme si elle était malade.
« Plus le talent est grand, plus on peut entraîner l’auditoire dans une harmonie unique. Hélas, quel que soit le niveau, il est impossible de partager un lien profond avec une foule. Seule une prestation adaptée à chacun me permet de plonger plus profondément dans les mystères de la Vie et d’offrir un concert qui nous profite à tous les deux. »
La mélodie redevint normale, puis se transforma doucement, et Zac sentit son esprit s’agiter. Il percevait des échos de son Dao terrestre de la Vie renaissante dans le chant de Mei’Er. Elle s’était fondée sur le peu qu’elle pouvait discerner de son aura actuelle, et cela ne faisait qu’aiguiser sa curiosité.
« N’est-ce pas pour cela que Lord Atwood est venu nous voir ? Mei’Er sent bien que Lord n’est pas là pour se divertir et oublier ses soucis », le cajola la courtisane.
« On pourrait dire que je vois où le destin me mène. »
« Lord Atwood n’a pas à s’inquiéter pour sa vie privée. Mei’Er a seulement besoin que Lord relâche ses restrictions, pas qu’il révèle ses secrets. À ce stade, son aura de base suffit pour une prestation. »
Zac observa le petit singe candide à ses côtés, puis hocha la tête après réflexion. « Je peux libérer mon aura, mais mademoiselle Mei’Er ferait mieux de se préparer. »
Les avantages l’emportaient sur les risques et Zac ne percevait aucun danger ni aucune menace cachée. Il décida donc de tenter sa chance. De plus, il doutait que la porte de royaume des Jardins Joyeux dépasse le rang C intermédiaire. Elle s’effondrerait aussitôt si quelque chose de plus puissant tentait de s’y faufiler. Et le Domaine mémoriel était plus petit que Dipper Sept. Il s’écroulerait si un Seigneur des Royaumes posait ne serait-ce que les yeux sur lui.
Sans perdre un instant, Zac ouvrit les vannes. Des vagues tumultueuses de Conflit et de Vie jaillirent de son corps, révélant sa Voie évolutive. Une grande quantité d’Intention meurtrière les suivit inévitablement. Elle brisa la quiétude, étouffa la musique et plongea la forêt de bambous dans une obscurité menaçante. Zac sentit l’odeur âcre du fer du sang frais et entendit, dans la brume de la forêt, les rugissements des combats à mort.
Le visage de Mei’Er pâlit, mais elle reprit vite contenance. Elle recommença à pincer les cordes de sa cithare et libéra un halo rayonnant, porteur de rédemption et de la promesse de jours meilleurs. Celui-ci créa un havre de félicité dans l’océan d’amertume de Zac. Peu après, l’Intention meurtrière et le Conflit regagnèrent son corps. Il n’avait exposé ces aspects que pour donner à Mei’Er un aperçu de son Dao de la Vie.
Zac avait gardé les yeux sur le singe tout du long. Rien n’indiquait qu’il avait senti le lien de Zac avec les Plans inférieurs, et il ne percevait aucune puissante conscience braquée sur lui. Terrifié par son aura, l’animal s’était enfui en détalant, avant de revenir prudemment lorsque Zac n’avait révélé que son Dao terrestre de la Vie renaissante.
Le singe oublia bientôt sa frayeur et se rapprocha en le poussant du museau. De toute évidence, l’Esprit des Jardins Joyeux était vivement attiré par son Dao de la Vie si singulier.
« Le Dao de Lord est empreint d’un profond désespoir, soupira Mei’Er lorsque l’environnement se stabilisa. »
« Ma compréhension de la Vie vient d’ailleurs », répondit Zac en lui présentant son insigne de vétéran à trois étoiles.
« Ainsi, Lord était un héros décoré de l’Empire. Vous avez tout mon respect », dit la courtisane en s’inclinant avec grâce, sa déférence apparemment sincère.
Le singe doré sembla fasciné par l’insigne. Il le tâta et le renifla longuement. Zac sourit et donna une petite tape à l’esprit, qui agita les mains vers lui d’un air irrité.
« Lord a beaucoup souffert, et pourtant sa Vie brûle toujours d’un vif éclat. C’est admirable. Mais vivre les nerfs tendus comme des cordes, le désespoir guidant chacun de vos pas, ce n’est pas une vie. Comment Lord peut-il profiter de sa retraite alors que d’innombrables chaînes entravent sa marche ? Comment Lord peut-il faire face aux Cieux, le cœur couvert de poussière mortelle ? Que verra Lord au Terminus s’il suit une voie sans joie ? » dit Mei’Er avec tristesse.
Une note soudaine de la cithare devança la réponse de Zac. Elle fit également taire les voix au fond de son esprit, qui passaient chaque parole et chaque geste au crible à la recherche de menaces. Une deuxième corde, vibrant de Vie, le transporta sur un champ de bataille rugissant. Une mer de visages familiers résistait désespérément au mur de vrilles sanglantes des Kan’Tanu.
Zac se raidit devant cette scène inattendue, puis l’image s’effaça. Un examen minutieux confirma quelques points et le rassura. La scène n’était pas une illusion, et Mei’Er n’avait aucun moyen de voir ce qu’il voyait. Sa musique interagissait avec son aura, créant un effet semblable à une méditation guidée. Elle s’était arrêtée en remarquant la résistance de Zac.
« Mei’Er sent que Lord cherche quelque chose. Découvrir ma compréhension de la Vie sans bornes pourrait lui donner de l’inspiration », dit-elle doucement.
« La Vie sans bornes », marmonna Zac en hochant la tête et en fermant les yeux.
La musique d’une beauté envoûtante reprit. Les souvenirs coulèrent comme une rivière, réveillés par la douce mélodie de Mei’Er. La plupart appartenaient à Zac, auxquels s’ajoutaient quelques souvenirs pertinents de Tam Brooks. À chaque note qui sondait son être, Mei’Er approfondissait sa compréhension, ajustant et harmonisant son jeu à la recherche de la perfection. Plus elle avançait, plus les souvenirs devenaient réels.
À la fin, il était impossible de dire où s’arrêtait la musique et où commençait son Dao. Ce n’était pas une composition quelconque imprégnée de Dao. Zac entendait la symphonie de sa Vie renaissante, et ce chant évocateur le fit frissonner. Il y avait eu tant de sang versé.
Il avait regardé d’innombrables ennemis dans les yeux avant de leur ôter la vie d’un coup de hache. Ces morts n’étaient rien comparées aux montagnes de cadavres laissées par ses techniques de grande envergure, comme la [Marque de la Mort] et l’[Édit primordial]. Des armées entières avaient été anéanties, des millions de lumières s’éteignant sur son ordre.
Zac ne regrettait pas ses actes et n’en avait pas honte. C’était une guerre pour survivre, et s’il avait été moins puissant, c’est lui qui serait resté dans la poussière. Pourtant, ces massacres sans fin avaient indéniablement laissé une ombre dans son cœur, une lassitude de l’âme qu’il parvenait d’ordinaire à contenir. Impossible d’ignorer cet épuisement, une fois que la cithare de Mei’Er lui donnait voix.
Le chant changea avant que toute cette souffrance accumulée ne souille ses innombrables souvenirs. La mélodie ne représentait plus son Dao à la perfection. Elle se scinda en un duo, une seconde voix venant compléter la sienne à la perfection. Elle donna un sens nouveau aux images moroses. Zac vit le soulagement dans les yeux de ses subordonnés couverts de sang lorsqu’ils regagnaient les téléporteurs. Il vit des enfants rire dans les rues malgré la guerre qui faisait rage partout dans le Secteur Zecia.
Dans les souvenirs de Zac se cachaient d’innombrables scènes d’espoir et d’optimisme, rendues possibles par son Dao. Il comprit ce que Mei’Er cherchait à lui transmettre et sentit un vent chaud apporter le printemps à son Dao de la Vie.
Son Dao terrestre de la Vie renaissante était un Dao de lutte désespérée, de dépassement des limites et du destin. Il reflétait la loi de la jungle sur laquelle il reposait, mais cela ne suffisait pas. Les Cieux étaient froids et impitoyables ; lui ne l’était pas. Sans but, son cycle évolutif de lutte générationnelle était incomplet.
Seul un animal enragé se battrait à mort sans raison. Seul un imbécile risquerait sa vie pour vaincre le destin sans être porté par ses rêves et ses aspirations. Sans but, l’évolution se réduisait à un cycle nihiliste de souffrance. Les forces qui la motivaient n’avaient pas besoin d’être de nobles idéaux ou de grandes ambitions. Il pouvait suffire de savourer encore un jour le miracle de la Vie.
Zac sentit que cette révélation touchait à une vérité plus profonde des Daos terrestres. Pourquoi un Dao créé par l’homme devrait-il être stérile et dénué d’émotion ? Pourquoi devrait-il imiter les Cieux impitoyables ? Le Dao de Zac était le sien. Il ne devait pas seulement refléter sa compréhension du monde : il devait représenter celui qu’il voulait voir. Avec suffisamment de temps, ce désir façonnerait la réalité.
Sur la lancée de cette révélation inattendue, Zac trouva également ce qu’il cherchait. Sa vague idée des Entraves de la Terre se transforma rapidement en certitude. Comme un éclair venu d’en haut, la marche à suivre lui apparut clairement. Ses Entraves de la Terre prolongeaient sa percée précédente et renforçaient sa voie libre de toute entrave.
Les Entraves de la Terre représentaient le pouvoir que les autres exerçaient sur sa voie. L’Apogée de l’Ère approchait à grands pas et les Cieux étaient déjà revendiqués. Les puissants s’étaient emparés de leurs territoires du Dao et guerroyaient pour étendre leur domaine. Qu’ils en aient conscience ou non, les cultivateurs empruntaient aux Territoires célestes pour former leurs Daos, souvent à plusieurs d’entre eux.
Zac ne faisait pas exception. Il cultivait peut-être le Pic du Chaos inachevé, mais des Suprématies s’étaient déjà emparées de son Autorité. Il avait déjà rencontré plusieurs entités détenant une Autorité liée à sa voie, et le Cœur ainsi que l’Étincelle de la Création avaient manipulé son destin plus que quiconque. Primo en était un autre, tout comme les seigneurs des Rivages abyssaux. Zac soupçonnait même l’ancêtre d’Iz Tayn de détenir une petite part d’Autorité liée à son Dao de la Vie, d’après une remarque d’Iz après leur duel.
La liste continuait. Zac ne doutait pas que le Seigneur des Royaumes de l’Enfer des Fils était une Suprématie détenant l’Autorité du Dao de la Mort. Il fallait y ajouter les Neuf Jardins et sept autres Enfers, sans compter les Autorités liées à son Dao de la Guerre. Zac ignorait qui détenait ces Autorités, et encore plus qui possédait l’Autorité suprême du Pic du Conflit.
L’Autorité ne signifiait pas que ceux qui cultivaient ces aperçus étaient entièrement contrôlés, mais elle conférait une certaine influence. Ceux que bénissait l’Autorité de leur ancêtre, comme Iz Tayn, progressaient plus facilement, et leur Dao brillait davantage. Ceux que l’Autorité rejetait se retrouvaient à nager à contre-courant.
Le Multivers recelait aussi d’innombrables techniques et trésors mystérieux. Zac était certain que certains pouvaient exploiter le lien ténu d’un Dao partagé, permettant à la Suprématie d’utiliser son Autorité pour espionner ou manipuler ceux qui dépendaient de son territoire. Le prix devait être élevé, mais qu’importe ? Même une simple possibilité représentait une menace latente pour quelqu’un comme Zac.
Les Entraves de la Terre que Zac voulait briser étaient ces liens invisibles du Dao. C’était semblable à la façon dont il avait tranché son lien avec les vestiges lors de son Atavisme. En agissant ainsi, Zac ne pourrait plus emprunter la force des générations précédentes. En contrepartie, leur emprise sur lui s’affaiblirait. Sa Vie lui appartiendrait, cachée dans le Vide et à l’abri des regards indiscrets.
Dès qu’il parvint à cette conclusion, Zac relâcha aussitôt son emprise sur la [Pureté du Vide] et la réserve d’inspiration raffinée qu’elle contenait. Heureusement, le Nœud caché était rempli à ras bord depuis qu’il avait franchi le mur de corruption pour pénétrer dans le Domaine mémoriel. La clarté et la compréhension unirent leurs forces pour déchiffrer les théories incroyablement complexes de la [Sublimation du Vajra sans limites] et en déduire une nouvelle approche.
Pièce par pièce, sutra après sutra, la cinquième couche prit forme. Tout le reste s’effaça, y compris la musique de Mei’Er. Lorsqu’il ouvrit enfin les yeux, Zac se rendit compte qu’il était entouré de dizaines de petites créatures. Quelques-unes s’étaient même perchées sur ses épaules, et le singe à trois queues de Mei’Er s’était blotti sur ses genoux à son insu.
Les autres esprits restaient près de lui, profitant de la fraîche aura de Vie qu’il dégageait. Son Dao était le même qu’avant, mais il avait été purifié d’une partie des souffrances de la guerre intersectorielle. À la surprise de Zac, il se découvrit relié aux Esprits des Jardins Joyeux par des fils dorés presque identiques. Des centaines d’autres s’étiraient autour de lui, s’enfonçant dans la forêt de bambous et au-delà.
Zac aurait paniqué si la sérénade n’avait pas élevé son état mental. Il aurait cru que les esprits cherchaient à le parasiter ou à l’assujettir. À présent, il devinait que ces fils étaient les Entraves de la Terre qu’il devait trancher, celles représentant l’Autorité des Neuf Jardins. Ces entraves subalternes étaient faibles et creuses ; Zac ne sentait aucune présence active en elles. Du moins, pour l’instant, aucun Seigneur des Royaumes ne l’espionnait.
Les fils s’estompaient progressivement, et Zac ne fit rien pour l’empêcher. Il ne les voyait que grâce à son état d’éveil, et il n’était pas encore prêt à les briser pour de bon. Son illumination avait ouvert la porte de la cinquième couche de la [Sublimation Vajra du Vide], et les enseignements d’Ultom avaient presque achevé la méthode. Toutefois, il n’avait pas encore pratiqué cette couche. Les occasions qu’il avait saisies et l’[Apothéose de l’Empereur du Vide] avaient déjà raffiné sa constitution Accordée à la Vie au-delà du seuil requis, mais il était encore loin d’en atteindre les limites.
Zac expira, puis se tourna enfin vers Mei’Er. Les fluctuations spirituelles résiduelles qui l’entouraient indiquaient que ses gains n’étaient pas négligeables non plus. Elle examinait les Esprits des Jardins Joyeux, les sourcils légèrement froncés par la confusion. En voyant Zac reprendre ses esprits, elle se tourna vers lui avec un doux sourire. Le cœur de Zac fit un bond et il comprit qu’il se sentait beaucoup plus proche de Mei’Er qu’avant.
Ce n’était pas le résultat d’une technique d’envoûtement. Leurs Daos s’étaient unis intimement pour créer une symphonie unique. L’expérience revenait à contempler l’âme de quelqu’un, suscitant une compréhension mutuelle. La douceur de son regard laissait entendre qu’une véritable cultivation duale n’était peut-être plus exclue, mais Mei’Er voyait aussi que cette limite ne serait pas franchie.
« Merci, Lord, d’avoir bien voulu vous prêter au jeu », dit la courtisane avec un doux sourire en lui tendant une feuille dorée où scintillait une multitude de formes de Vie.
« C’est plutôt à moi de remercier mademoiselle Mei’Er », répondit Zac en acceptant le trésor. « Qu’est-ce que c’est ? »
« C’est notre chanson. La [Feuille sans bornes] ne peut pas conserver la véritable essence de notre prestation, mais Lord Atwood pourra s’en servir s’il souhaite se remémorer notre rencontre, expliqua la courtisane. Mei’Er l’appelle Espoir. »