Chapitre 1 321
Les trois observèrent la scène un instant, confirmant que les clients allaient et venaient sans avoir à prouver leur identité ni à présenter une invitation. Les mesures de sécurité, quelles qu’elles fussent, se trouvaient à l’extérieur du Domaine mémoriel. Ogras se tourna vers Zac, attendant ses instructions. Après réflexion, celui-ci acquiesça.
Ils attiraient déjà l’attention en restant plantés devant l’entrée comme des péquenauds. Puisque les gens entraient et sortaient librement, autant poursuivre leur enquête à l’intérieur. Zac devait admettre qu’il était très curieux de découvrir les Jardins Joyeux, même si ses raisons différaient de celles d’Ogras.
« Est-ce la première visite des seigneurs aux Jardins Joyeux ? » demanda une accompagnatrice souriante lorsqu’ils s’approchèrent.
« J’espère que vous ne nous en tiendrez pas rigueur, dit Ogras. Et si notre petite sœur nous faisait visiter ? »
« Ce serait avec plaisir », répondit l’accompagnatrice en les guidant tous les trois à travers le portail.
De l’autre côté s’étendait un paradis de rêve. Fidèles à leur nom, les Jardins Joyeux formaient un vaste jardin décoré comme pour célébrer une fête, avec des banderoles et des lanternes brûlant de flammes divines qui baignaient les lieux d’une lueur chaude et brumeuse. Des fleurs spirituelles servaient d’ornements, tandis que d’innombrables pavillons se dressaient au bord d’étangs miroitants et de petits bosquets.
Certains pavillons étaient assez vastes pour accueillir des centaines de clients. Zac remarqua que l’un d’eux abritait une danse, tandis qu’un autre faisait office de taverne en plein air. La plupart des bâtiments étaient conçus pour recevoir seulement quelques personnes. À sa grande surprise, ils étaient généralement occupés par une seule personne. À en juger par leur apparence, ces visiteurs profitaient des lieux pour méditer.
Ce n’était pas vraiment ce à quoi Zac s’attendait, vu le nom et l’atmosphère ambiguë des lieux. La lueur dans les yeux d’Ogras s’était elle aussi quelque peu ternie, mais les paroles suivantes de l’accompagnatrice ravivèrent la flamme.
« Les Jardins Joyeux se composent de trois divisions. La principale est le Pavillon de l’Union joyeuse. Les visiteurs peuvent y explorer les mystères de la vie grâce à la Cultivation duale. Nos disciples sont réputés pour leur talent à guider les visiteurs vers l’illumination. »
« Et où se trouve… » Zac coupa la parole à Ogras avant qu’il puisse poursuivre. « Les disciples ? »
« Les Jardins Joyeux sont une secte orthodoxe reconnue par l’Empire. Nos disciples cultivent en célébrant la Vie sans bornes. Notre sutra principal s’accomplit par l’Union joyeuse, mais la Vie est liberté. Il existe d’innombrables façons d’en explorer les bienfaits. Les quatre Manoirs en explorent quelques-unes. »
« On dirait que vos honorables manoirs se consacrent aux arts ? » demanda Ventus.
« Le Manoir du Son est le plus prisé de nos visiteurs. Il est presque aussi populaire que notre pavillon, grâce à notre Grande Matriarche, qui a atteint son Dao par la musique. Les autres manoirs se consacrent à la danse, aux arts et à la cuisine. Certains disciples explorent des façons plus personnelles de chérir les richesses de la vie. » L’accompagnatrice désigna un bâtiment éloigné, devant lequel une petite foule attendait. « Par exemple, un maître vinificateur très accompli a récemment acquis une certaine renommée.
« Enfin, nous avons la Forêt des Esprits sans bornes. Les Esprits des Jardins sont une particularité unique des Jardins Joyeux. Tous nos disciples ont au moins un esprit lié par contrat. Ceux de la forêt explorent la Vie en cultivant ce lien. Certaines sœurs et certains frères aînés ont à leurs côtés plus d’une douzaine d’Esprits des Jardins. Les visiteurs peuvent se rendre dans la forêt pour tenter leur chance. Avec un peu de chance, ils recevront la bénédiction de ses esprits sans bornes. »
L’accompagnatrice adressa à Zac un regard approbateur. « Je vous conseille d’en visiter au moins un, seigneur. Je suis certaine que les esprits vous trouveront tout à fait à leur goût. »
Zac ne fut pas surpris qu’elle s’intéresse à lui, alors qu’Ogras avait mené toute la conversation. Il était évident que Zac pratiquait le Dao de la Vie, même s’il retenait son aura. Les énergies ambiantes réagissaient directement à sa présence, et Haro comme Verun puisaient avec joie dans cette abondance.
Il aurait pu davantage contenir ses compagnons, et [Montagne du Vide] aurait parfaitement dissimulé son Dao. Mais Zac avait déjà décidé de ne pas le faire, après en avoir discuté avec eux avant leur entrée. Montrer qu’il partageait une affinité avec le Domaine mémoriel était un moyen efficace de s’intégrer à son scénario. D’une façon ou d’une autre, cela les mènerait aux occasions dissimulées dans cette secte hors du commun.
« Je visiterai la forêt si j’en ai le temps », dit Zac, tâchant de cacher son intérêt sincère.
Après en avoir vu autant, Zac aurait fallu être aveugle pour ne pas faire le rapprochement. Il avait déjà eu des soupçons en découvrant cette pureté exceptionnelle du Dao de la Vie. Le nom de la secte renforçait cette impression, et le fait que ses disciples fussent des contractants d’esprits comme Catheya achevait de le confirmer. Il existait un lien direct entre les Jardins des Plans inférieurs et cet établissement.
L’accompagnatrice hocha la tête, satisfaite, puis lança un regard malicieux à Ogras. « Prenez garde. La forêt n’est pas sans danger. Les esprits sont espiègles. Ceux dont le cœur n’est pas pur risquent de devenir la cible de leurs taquineries. »
« Je vous assure que je ne désire qu’explorer le sens de la vie avec notre petite sœur », répondit Ogras avec un sourire.
« Je ne suis qu’une accompagnatrice, indigne de l’estime d’un seigneur », déclina avec aisance la jeune femme, les lèvres pincées d’un air espiègle. « Il vous faudra attendre que j’intègre officiellement le pavillon avant que nous puissions discuter du Dao. »
La jeune cultivatrice de rang E passa encore quelques minutes à leur présenter l’agencement général des lieux et leurs règles. La plupart étaient celles auxquelles on s’attendait dans n’importe quelle secte ou ville : pas de combat, de harcèlement ni de libération inconsidérée de son aura. Il était strictement interdit de blesser un esprit, qu’il soit libre ou lié à un Disciple des Jardins Joyeux, sous peine de sévères sanctions.
Deux règles sortaient du lot. Les visiteurs ordinaires ne pouvaient se rendre dans les jardins qu’une fois tous les cinq ans, et leur séjour était limité à un mois. Toute visite supplémentaire exigeait une invitation explicite d’un Disciple des Jardins Joyeux. L’accompagnatrice laissa entendre que certains visiteurs offraient des présents extraordinaires aux membres, dans l’espoir de gagner leurs faveurs et d’obtenir un accès direct aux jardins.
L’autre règle stipulait que les visiteurs devaient « explorer les joies de la vie » en tête-à-tête avec un disciple au moins une fois par jour. Ils étaient libres de choisir entre les pavillons dédiés à la Cultivation duale amoureuse et les spectacles d’un cultivateur de la musique. En somme, on les utilisait comme ressources de cultivation, mais sans s’en cacher.
Pendant que l’accompagnatrice leur exposait les règles, Zac s’entretint à part avec Ogras de ses soupçons. Le démon était arrivé à la même conclusion. Aucun des deux ne voyait comment un bordel pouvait aider la Cour creuse à établir un pont vers les Neuf Jardins, ni quelles menaces ils devaient surveiller.
Selon leur meilleure hypothèse, les Jardins Joyeux n’étaient pas construits sur une Veine de Nexus accordée à la Vie. Le domaine était plutôt directement relié à l’un des Neuf Jardins, à l’image du lien entre les Montagnes Dipper et le Plan le plus bas. La biographie de Terre cachée montrait combien il était difficile de trouver des endroits où les dimensions primaires et certains plans étaient parfaitement harmonisés. Quelqu’un pouvait viser ce lien pour contrecarrer le plan de la Cour creuse.
« Enfin, tous nos disciples doivent avoir une connaissance minimale de notre sutra fondamental. Si les seigneurs ont de grandes affinités avec l’une de mes sœurs ou l’un de mes frères aînés des autres divisions, ils auront peut-être l’occasion de discuter du Dao dans un autre cadre. Je vous souhaite un agréable séjour. »
L’accompagnatrice s’inclina et adressa un dernier clin d’œil à Ogras avant de retourner à l’entrée. Il lui avait laissé un pourboire énorme pour une cultivatrice de rang E, espérant peut-être faire parler de lui parmi les sœurs aînées qu’elle avait mentionnées.
« Comme la dernière fois, messieurs ? On se sépare et on cherche des indices ? » demanda Ogras avec impatience dès qu’ils furent seuls.
« N’oublie pas pourquoi nous sommes ici. Ce lieu ne serait pas devenu un domaine si quelque chose d’important n’était pas sur le point de se produire », dit Zac.
« Il y a des signes annonciateurs de malheur, mais ils sont loin d’être aussi évidents que dans le royaume précédent », répondit Ventus. « Cet endroit est très difficile à sonder. De nombreux fils de la fortune ont parcouru ces jardins. Même les brins d’herbe portent les traces persistantes de la Foi impériale. Les échos d’innombrables destins radieux brouillent l’avenir. »
« À m’entendre, on dirait que l’elfe approuve mon plan », dit Ogras.
« D’accord, vas-y. Je doute que tu nous sois utile tant que tu ne te seras pas défoulé », railla Zac.
Le démon disparut l’instant d’après. Zac comprenait qu’il profitait en partie de la situation comme couverture pour enquêter à l’écart des regards indiscrets de Ventus. Ils n’avaient pas partagé leurs soupçons au sujet des Plans inférieurs et des Cours creuses. Ces informations auraient aidé le Numérologue dans ses déductions, mais Zac ne voulait pas risquer de laisser des renseignements précieux parvenir à la concurrence pour le Trésor de Primo.
« Je suppose qu’il s’occupe des pavillons, dit Ventus avec un léger sourire. Je te suis, à moins que tu ne comptes mener une enquête du même genre. »
« Ça me va », répondit Zac en riant.
« C’est sans doute préférable. Plus le paysage est beau, plus les dangers qui se cachent sous la surface sont grands, dit Ventus. On va explorer la forêt ? J’ai vu qu’elle avait attiré ton attention. »
« Commençons par les cinq manoirs. On en apprendra beaucoup en se mêlant aux autres visiteurs », répondit Zac.
Les deux hommes passèrent les heures suivantes à visiter des dizaines de pavillons, d’échoppes et de scènes. Cette atmosphère détendue et chaleureuse apaisait l’esprit épuisé de Zac. Ses muscles tendus se relâchèrent peu à peu tandis qu’il goûtait diverses spécialités, profitait de spectacles et écoutait les conversations des autres visiteurs. Il aurait été si facile de se laisser emporter par cette ambiance joyeuse et d’oublier leur objectif.
Ventus s’employait à rechercher les fils du destin cachés dans le Domaine mémoriel. De son côté, Zac étudiait les méthodes de cultivation singulières et le Dao des gracieux Disciples des Jardins Joyeux affectés aux zones extérieures. Il avait craint que le Dao de la Vie pratiqué aux Jardins Joyeux ne ressemble au désir frénétique de l’Étincelle de la Création. Dans ce cas, la félicité aurait eu un prix, comme une bougie qui brûle deux fois plus fort.
Plus Zac en apprenait, moins cette hypothèse lui semblait plausible. Les deux voies partageaient certainement quelques concepts, puisqu’elles avaient une origine commune, mais elles étaient fondamentalement différentes. L’étincelle puisait dans son environnement pour nourrir son appétit, ne laissant derrière elle que des coquilles vides. Les Jardins Joyeux suivaient la voie de la véritable Cultivation duale, fondée sur les bienfaits mutuels.
Leurs pratiquants nourrissaient la joie intrinsèque de la Vie en éveillant le bonheur et en élevant l’état d’esprit des visiteurs. Zac ne décelait ni échange d’énergie ni danger caché. Si les jardins recouraient à des méthodes plus sinistres, ce serait lors des séances privées obligatoires. Même cette hypothèse lui semblait peu probable. Les Jardins Joyeux existaient depuis des millions d’années et leur réputation était excellente à tous égards.
Finalement, ils pénétrèrent dans l’un des plus grands pavillons, où trois cultivateurs de la musique créaient une ambiance animée. À la différence des notes bouleversantes que Zac avait brièvement entendues en entrant dans le Domaine mémoriel, le trio jouait des airs entraînants, pleins d’espoir et de promesses. Même Zac, dont l’esprit était bien trempé, sentit son pouls s’accélérer et son humeur s’améliorer.
Ventus ne tarda pas à engager la conversation avec un autre visiteur et à l’inviter à leur table. Après quelques politesses, l’elfe commença à chercher des renseignements. « Jeune maître, vous n’êtes pas de Bassis-Sud ? »
Bassis-Sud était une ville dont ils avaient entendu le nom au détour d’une conversation un peu plus tôt. L’elfe s’en servit pour leur couverture après avoir appris que l’homme, qui se nommait Patroso, venait d’une autre région. Celui-ci resta vague sur ses origines, mais Zac le soupçonna de faire partie de l’armée. Sinon, il appartenait à un clan martial comme les Wendimar.
« Frère, se pourrait-il que vous ne soyez pas au courant ? » demanda leur nouvelle connaissance d’un air étrange.
« Nous ne sommes pas du coin. Je suis un scribe itinérant qui poursuit le Dao de la Gouvernance. Je voyage avec mon ami depuis quelques années », expliqua Ventus.
« Oh, jeune seigneur, vous êtes membre de la Cour Sans-Limites ? » demanda Patroso avec intérêt. Sa réaction indiquait qu’il respectait cette fonction, mais son statut était assez élevé pour ne pas exiger davantage de déférence.
« En effet. Pourriez-vous nous expliquer la situation autour d’un verre ? » proposa Ventus avant de sortir une bouteille faite de feuilles luisantes striées d’or.
« Vous avez vraiment acheté une bouteille de [Délice du Crépuscule] ! Frère Kalavan est un véritable connaisseur ! » s’exclama Patroso avec ravissement, tendant aussitôt son verre comme s’il craignait que Ventus ne retire son offre.
Zac comprenait son enthousiasme. Cette bouteille contenait un véritable vin de rang D moyen qu’ils avaient acheté une petite fortune dans un bâtiment voisin. Selon le vinificateur, c’était un tonique rare capable de purifier la souillure terrestre. Ces bienfaits ne se manifestaient que la première fois, mais les gens continuaient d’en acheter pour son goût surnaturel.
« Maître Dason a encore perfectionné son art. Qui sait, peut-être y aura-t-il un sixième manoir dans quelques millénaires », soupira Patroso d’un air béat après avoir pris une petite gorgée. « Pour répondre à votre question, la porte que vous avez empruntée n’est que l’une des nombreuses entrées. Plus d’une centaine de portes de jardin sont disséminées dans la Province de Freydrift et quelques régions voisines. »
« Voilà qui explique la diversité des visiteurs, dit Ventus. Les Jardins Joyeux doivent jouir d’une grande renommée pour attirer autant de personnages éminents. Je crois avoir aperçu un Héraut du Vide tout à l’heure. »
« Il leur arrive de venir. En fait, il est impossible de franchir les portes sans jouir d’un certain statut dans l’Empire. Les Jardins Joyeux sont donc un endroit idéal pour faire de nouvelles connaissances », dit Patroso avec un sourire en levant son verre.
Zac leva le sien à son tour, amusé par la situation. Les relations étaient une nécessité incontournable, que ce soit dans le monde de l’entreprise avant l’Intégration ou dans les sociétés anciennes peuplées de demi-dieux en quête d’immortalité.
« Notre rencontre avec le seigneur Patroso peut être considérée comme le fruit du destin », dit Ventus, rompu à cet art depuis son passage au Temple radieux.
Ils continuèrent à échanger des compliments jusqu’à ce que Zac n’en puisse plus et change de sujet. « J’ai l’impression qu’il y a autre chose derrière tout ça. Seuls quelques visiteurs cherchent à nouer des liens avec les autres, mais je ne crois pas que tous les autres soient venus ici simplement pour s’amuser. Quelqu’un dont le Cœur du Dao est assez puissant pour devenir un seigneur évolué ne se laissera pas sombrer dans la débauche. »
« Tu as raison. Nous ne sommes pas ici parce que nous avons perdu nos convictions. On pourrait même dire le contraire. Certains sont dans une impasse sur leur voie ; d’autres ont compris que leur état d’esprit s’était détérioré. Une visite aux Jardins Joyeux leur donne une chance d’inverser la tendance et d’éviter la déviation. Bon, certains viennent ici pour s’amuser parce qu’ils ont renoncé à progresser davantage », répondit Patroso en jetant un regard vers une certaine table.
Le groupe de cinq avait l’air composé de jeunes héros, mais Zac ne pouvait manquer la faible flamme de Vie qui brûlait en eux. Ils avaient tous largement dépassé leur apogée et recouraient à des techniques ou à des pilules pour préserver une apparence juvénile. Comme l’avait dit Patroso, leur allure vigoureuse dissimulait une aura fanée.
« La Province de Freydrift a bien de la chance de disposer d’une ressource aussi merveilleuse », loua Ventus. « J’ai entendu quelqu’un parler d’une Grande Matriarche. Elle doit être une figure remarquable pour protéger un établissement d’une telle valeur. »
« Elle n’a pas besoin de le protéger, répondit Patroso en riant. Quiconque viserait les Jardins Joyeux devrait d’abord se frayer un chemin parmi les élites de la moitié de la province. »
Ventus secoua la tête. « La beauté divine est vraiment plus meurtrière que la plus acérée des épées. »
« Hé, frère a raison, dit Patroso avec un sourire entendu. Mais ce n’est pas la seule raison. Les talents de la Grande Matriarche sont d’une profondeur extrême. On dit que ses représentations vainquent les Démons du Cœur et élèvent l’état d’esprit jusqu’à la perfection. Selon la rumeur, elle aurait même aidé un Héraut divin à défendre son Dao. »
« S’en prendre à elle revient donc à offenser toute la communauté des cultivateurs de la Province de Freydrift », conclut Zac.
« Exactement. Nous rêvons tous de confirmer et de défendre un jour notre Dao, puis de devenir des Célestes au service de l’Empire. La Grande Matriarche et ses disciples pourraient faire la différence entre la réussite et l’échec. Nous ne laisserons donc pas cet endroit subir le moindre préjudice. »
Les conversations autour d’eux s’interrompirent juste au moment où Zac allait poser une question sur la Forêt sans bornes. Tous les visiteurs regardaient une belle femme en robe rouge qui venait d’entrer dans le pavillon. Les musiciens s’arrêtèrent pour s’incliner devant elle, puis reprirent leur morceau.
« Une Envoyée intérieure de l’Union joyeuse ! » s’exclama Patroso en se redressant aussitôt.
En voyant l’air perplexe de Zac et de Ventus, il s’empressa de leur expliquer : « Seuls les disciples de la Cour extérieure doivent se produire dans les salles ouvertes au public, et les visiteurs ordinaires ne peuvent demander que des représentations privées de ces disciples. Leurs talents sont les plus modestes, et les bienfaits pour l’état d’esprit restent limités. Les disciples intérieurs et ceux du Noyau sont d’un tout autre niveau, mais on ne peut profiter de leurs représentations que sur invitation. »
Ventus hocha la tête, comprenant. « Et une envoyée est chargée de remettre ces invitations. »
Patroso acquiesça lentement, n’écoutant déjà presque plus. « Elle regarde notre table ? Attendez, elle vient par ici ! »
Zac soupira en constatant que Patroso ne s’était pas fait d’idées. L’envoyée le regardait droit dans les yeux. Zac devina que la nouvelle de sa constitution accordée à la Vie s’était répandue. Elle s’arrêta bientôt devant leur table, apportant avec elle une bouffée de parfum frais.
« Maîtresse Alteya vous invite sincèrement, seigneur, à discuter du Dao de la Vie », dit-elle d’une voix douce en lui tendant un jeton laqué rouge.
« Je suis désolé, je n’ai pas l’intention de poursuivre le Dao de cette manière », répondit calmement Zac, sans prêter attention aux regards surpris et envieux.
L’envoyée parut légèrement étonnée, mais se reprit vite. « Accepterez-vous au moins le jeton, signe de l’estime de ma maîtresse ? Sans cela, je ne pourrai pas rentrer. »
« D’accord, mais ma décision ne change pas », soupira Zac en prenant le jeton.
« Merci, seigneur. Maîtresse Alteya est disposée à vous recevoir à tout moment pendant votre séjour, si vous changez d’avis », dit-elle avant de s’éloigner.
« Mon vieux, tu rates quelque chose. »
Zac se retourna et vit Ogras s’approcher, le visage rougeaud. « Je pensais devoir venir te tirer de là. »
« Tu n’as pas à t’inquiéter pour moi. Après tout, je ne suis digne de discuter du Dao qu’avec des disciples de la Cour extérieure », répondit Ogras d’un air irrité en s’asseyant et en arrachant le [Délice du Crépuscule] des mains de Ventus.
« C’est rare de recevoir une invitation dès le premier jour, dit Patroso en riant et en observant le nouveau venu avec curiosité. Si frère sait mettre ses atouts en valeur quelques jours de plus, l’envoyée viendra peut-être te chercher la prochaine fois. »
Pendant que Zac faisait les présentations, il envoya un message télépathique. « Tu as trouvé quelque chose ? »
« On peut dire ça », répondit Ogras. « Il se trouve que tout cet endroit est un avant-poste des Lames sans nom. »