Chapitre 1 300
« Ça fait combien de temps ? » demanda Ogras.
« Un peu plus de deux semaines », répondit Zac avant de lui résumer brièvement ce qui s’était passé pendant qu’Ogras absorbait sa proie.
Tandis qu’il mettait Ogras au courant, le démon entama une conversation parallèle par télépathie. « Pas étonnant que ce salaud se soit soudain comporté comme s’il avait reçu une injection de sang de poulet. Après l’explosion du Dao, il a failli me submerger. »
« Ça va, maintenant ? » demanda Zac.
Zac n’avait pas manqué les changements subtils dans l’apparence du démon. Ses cornes avaient gagné deux centimètres et leur surface était plus rugueuse. Le contour de ses écailles, semblables à de la peau, était aussi devenu légèrement plus marqué, évoquant davantage celui d’un crocodile. Ogras dégageait également l’aura brutale d’une bête primordiale, même s’il apprenait déjà à la contenir.
« Je peux m’estimer heureux que le malheur aime la compagnie. Les autres invités de mon Physique de verrouillage spirituel m’ont prêté main-forte. J’imagine qu’ils ne supportaient pas l’idée qu’un nouveau venu arrogant rafle le prix qu’ils convoitaient depuis des années », répondit Ogras. « Vu comment les choses ont tourné, je devrais allumer un bâton d’encens pour cette vieille peau de cuir, qui a interrompu ma percée. »
« Au final, ça t’a quand même aidé ? »
« La lignée d’Antuka a gagné en puissance, et l’énergie supplémentaire m’a épargné des mois de trempe corporelle pour stabiliser ce stade. Le vieil ancêtre m’a même transmis quelques souvenirs recelant des révélations extrêmement profondes sur le Dao des Ombres. »
« Et la lignée en elle-même ? »
« Mes ombres sont devenues plus résistantes, comme on l’espérait. Cette capacité s’applique presque partout. » Zac en comprenait bien le principe. La résistance était au cœur de sa lignée d’Eoz, au point que sa branche Draugr avait reçu le surnom d’« Avant-garde ». Une robustesse accrue procurait un avantage global, qu’il s’agisse d’explorer des environnements hostiles ou d’augmenter la puissance de maintien des attaques.
Ogras semblait se réjouir d’être celui qui tirait son épingle du jeu et poursuivit. « Le petit m’a même offert un joli bonus : le cannibalisme des ombres. »
« Hein ? »
« Le crocodile pouvait dévorer les ombres pour se renforcer, et une partie de cette capacité m’a été transmise. Je peux absorber les ombres des autres pour récupérer, et les miennes devraient naturellement exercer une pression sur les autres cultivateurs de l’Ombre. »
« On dirait une capacité anti-assassins », commenta Zac.
« Exactement. Ceux qui suivent la même voie finissent forcément par se croiser. J’ai davantage de chances de survivre à ces rencontres », dit Ogras avec satisfaction.
À ce stade, Ogras avait été mis au courant de tout, et le trio reporta son attention sur le domaine mémoriel au centre du bassin.
« J’imagine que c’est notre prochaine destination ? » demanda Ogras.
« Si tu es prêt à y aller », répondit Zac.
« J’ai assez traîné. Allons-y. »
Ils privilégièrent la discrétion à la vitesse et avancèrent prudemment, dissimulés sous plusieurs couches d’illusions et de détournements d’attention. Zac surveillait sans cesse la mer de fumée azur, prêt à réagir au moindre remous. Elle resta silencieuse tout du long, ce qui ne fit que hérisser davantage ses instincts.
Quelque chose clochait sérieusement au fond du cratère. À force d’observer, Zac se demanda toutefois si ce n’était pas la brume, plus que tout le reste, qui les protégeait. Elle bloquait complètement le Dao et l’énergie, faisant office de puissant sceau entre les profondeurs et la surface. La mer taciturne ne jugea pas bon de répondre, et Zac finit par reporter son attention sur le domaine qui approchait.
Ce n’était pas vraiment ce à quoi Zac s’était attendu après avoir aperçu une cité flottante. Ogras, surtout, partageait sa déception ; son regard avide avait cédé la place à l’agacement. « Pas étonnant qu’elle soit si haut dans le ciel. Adieu, la cité des célestes cachée dans un nuage de providence. »
De près, le domaine mémoriel, qui avait attiré tous les regards, avait une tout autre allure. La brume dissimulait une bourgade étonnamment ordinaire, bâtie sur le flanc d’une montagne. Le brouillard azur avait remonté la pente d’un cône formé par la partie manquante de la montagne, faisant de la ville la pointe d’un iceberg. Et, comme pour un véritable iceberg, la majeure partie du domaine pouvait très bien se trouver sous la surface.
« Nous ne devrions pas rester à découvert trop longtemps », les avertit Ventus. « La brume n’est pas la seule chose dont nous devons nous méfier. »
Zac acquiesça. « Je vais essayer d’entrer en tant que vétéran. »
Le groupe avait déjà échangé ses identités avant de traverser le cratère. Ogras avait caché à Ventus qu’il était assassin et ne lui avait révélé que son identité publique de mercenaire errant. Le Numerologist avait réussi à mettre la main sur l’identité d’un scribe de la Cour Sans-Limites. Cela ne signifiait pas que l’alter ego de Ventus venait du Sceau du Palais impérial de gauche ou du continent impérial.
La Cour Sans-Limites était le nom de la branche civile de l’empire, qui comptait d’innombrables départements. L’Atelier céleste, chargé de construire la Route impériale, relevait par exemple de son autorité. Les fonctions de la cour allaient des conseillers impériaux aux simples commis ; un scribe se situait plutôt dans cette dernière catégorie.
En clair, Ventus était un fonctionnaire de rang intermédiaire. Le statut de Zac, vétéran décoré, était plus respecté, sans parler de son identité de descendant d’une Famille fondatrice. Cela ne voulait pas dire que l’identité de Ventus était sans valeur. Elle correspondait à sa personnalité, et personne ne s’étonnerait de voir un scribe surgir de nulle part.
On les envoyait souvent transmettre ou mettre en œuvre des ordres, et prendre un congé sabbatique pour parcourir l’empire était courant, voire encouragé. Pour gouverner, il fallait d’abord comprendre. Le voyage d’un scribe était une forme de cultivation, qui le préparait aux examens impériaux pour devenir un véritable fonctionnaire.
Le trio franchit la frontière du domaine et posa aussitôt le pied sur la terre ferme. Zac sentit son sceau s’activer et se concentra sur celui de Tam Brooks. L’identité de Terea Wendimar se désactiva, confirmant qu’Insik lui avait dit la vérité avant d’essayer de le faire tuer. Zac pouvait choisir librement son identité en entrant dans un domaine. Une autre expérience confirma la suite.
S’il voulait utiliser son autre marque, Zac devait sortir du domaine puis y rentrer à nouveau : impossible de changer d’identité en cours de route pour semer un poursuivant. Il clignota hors de l’existence puis y revint sans provoquer le moindre remous, cette fois sous l’identité de Tam Brooks. Les protections qui poussaient les habitants à ne pas relever les incohérences liées à l’épreuve dissimulèrent ses manœuvres.
L’odeur du feu et de l’acier imprégnait la ville, confirmant la théorie qu’ils avaient échafaudée en l’observant de l’extérieur. Le domaine n’avait pas capturé une secte isolée ni un manoir ancestral, mais une ville minière. Plus précisément, il avait capturé les quartiers les plus proches de l’entrée principale de la mine. Bureaux, forges, tavernes et boutiques s’alignaient le long de six larges rues, toutes orientées vers la mine.
L’endroit était animé ; des rires bruyants s’échappaient des tavernes tandis que des mineurs endurcis allaient et venaient. Le quartier aurait pu passer pour une bourgade mortelle sans l’intense spiritualité qui imprégnait la ville. Les mineurs étaient au minimum des cultivateurs du rang E avancé. La plupart étaient des Hégémons, et Zac sentait une vague pression qui signalait la présence de Monarques.
La ville faisait clairement partie d’une région plus florissante que les zones périphériques que Zac avait surtout découvertes jusque-là. La force et l’apparence de leur groupe leur valurent tout au plus un second regard. Les puissants voyageurs ne manquaient pas parmi les habitants. Certains étaient des cultivateurs itinérants, d’autres des mercenaires voyageant en groupe. Il arrivait que ces guerriers escortent des marchands.
Ce qui frappait le plus dans la ville, ce n’était pas la puissance de ses habitants, mais son étrange spiritualité.
« Je n’arrive pas à mettre le doigt dessus », marmonna Ogras, et Zac n’eut rien à lui répondre.
Son attention était captive de l’intense attraction du Destin qui émanait de la mine. C’était comme si la providence de dizaines de trésors avait été tressée en une épaisse corde de Destin. Sa véritable nature attendait d’être découverte, et Zac dut entrer dans son État du Vide pour ne pas foncer droit dans les profondeurs.
« Demandons directement », proposa Ventus en s’approchant d’un marchand ambulant, le nez plongé dans un livre. « Excusez-moi, mon brave. Nous sommes des voyageurs venus de loin. Pourriez-vous nous renseigner sur ces montagnes ? Je n’arrive pas à identifier leur racine spirituelle. »
« Hein ? Vous êtes venus aux Montagnes Dipper sans rien savoir ? Mais quel genre de… » Les paroles du marchand restèrent coincées dans sa gorge quand il leva les yeux de son livre. Il reprit d’un ton bien plus respectueux : « Ah, monsieur, eh bien… »
« Je vous en prie, continuez », dit Ventus avec un sourire désarmant, tout en rangeant un jeton d’identité scintillant, imprégné du Dao de l’Ordre.
« Eh bien, les Montagnes Dipper sont bénies par l’un des dix-sept Royaumes célestes, le Royaume caché de la Terre. Son Dao a transformé les minéraux de façon inhabituelle. Certains se sont révélés extrêmement utiles, aussi bien pour la forge que pour les formations. Il y a environ cinquante mille ans, les montagnes ont été déclarées Ressource stratégique de l’Empire. »
Les trois hommes échangèrent un regard. Pas étonnant qu’ils aient senti la marque du Pic inverse sur les parois du cratère. Toute la chaîne de montagnes était imprégnée de son Dao.
« Le Royaume de la Terre se manifeste rarement de cette manière. Voir toute une chaîne de montagnes touchée par sa grâce… » Ventus expira, émerveillé.
Le marchand jeta prudemment un regard autour de lui avant de poursuivre à voix basse : « D’après les rumeurs, c’est parce qu’une porte s’est ouverte dans les profondeurs des montagnes. Le Dao en jaillit. »
« Ah ? Une porte menant où ? »
« Certains disent les Neuf Enfers. D’autres, le Paradis. »
« Vous ne savez pas ? » intervint Ogras.
« Pas nous autres, les petites gens, en tout cas », répondit le marchand avec un sourire ironique. « J’ai entendu dire que même des célestes ont fouillé les souterrains, mais c’était bien avant mon temps. Ils n’ont rien trouvé, pourtant beaucoup d’habitants rêvent encore de découvrir la porte et les fortunes qu’elle pourrait receler. Et avec un peu de chance et beaucoup de travail, on peut toujours faire fortune ici. »
« Vous nous avez été d’une grande aide », dit Ventus avec un sourire en jetant un coup d’œil à Zac, qui sortit l’un de ses cristaux anciens avec une pointe d’agacement.
Ils avaient décidé que Zac et Ogras serviraient de gardes du corps à Ventus pendant leur visite. Apparemment, cela impliquait aussi de jouer les banquiers. Les yeux du marchand s’arrondirent quand il en vit le rang. Il remballa rapidement son étal et partit après les avoir remerciés avec effusion. À en juger par sa marchandise, le cristal valait probablement plus que ce qu’il vendait en plusieurs mois.
Ils passèrent l’heure suivante à parcourir les rues et à glaner les derniers ragots de Dipper Sept. Comme son nom de ville minière l’indiquait, ce n’était que l’une des dizaines de bourgades du genre. En fait, les Montagnes Dipper étaient des centaines de fois plus vastes que le cratère qu’ils avaient vu à l’extérieur.
Les mines portant un numéro inférieur à dix étaient les plus prospères, à l’exception de trois entièrement contrôlées par l’empire. Un Autarque supervisait même la région, bien qu’il ne se montrât jamais dans les villes minières ouvertes au public. Sa seule présence suffisait à tenir les Monarques en respect, et l’ordre régnait dans l’ensemble. La ville était assurément assez stable pour que Zac s’isole et améliore quelques compétences.
Zac résista à l’appel de la mine et opta plutôt pour un repas dans un restaurant fréquenté par les Hégémons et les voyageurs fortunés. Il n’avait rien mangé de correct depuis Black Zenith, et le restaurant employait des chefs spirituels talentueux. À peine sa constitution renforcée, Ogras était tout aussi affamé. Tous deux dévorèrent les plats dès qu’on les apporta, tandis que Ventus picorait à peine dans le sien.
« Tu es bien silencieux », remarqua Zac en voyant Ventus fixer le verre qu’il tenait entre ses mains.
« J’essaie de déterminer si les signes sont réels ou si je les invente », répondit Ventus.
« Quels signes ? » demanda Zac.
« Un grand malheur », soupira le Numerologist. « Tous ces gens mourront dans les prochaines semaines. »
Cette déclaration jeta un froid sur le festin. Zac se pencha en regardant autour de lui. Au moins cinq Hégémons avancés étaient assis dans la salle, et les salons privés en abritaient davantage. En tout, près de cinquante cultivateurs de rang D se trouvaient dans l’établissement ; une force suffisante pour donner mal à la tête à Zac. « Ils vont tous mourir ? Tu peux vraiment deviner quelque chose comme ça d’un seul regard ? »
« Avec des êtres vivants, non. Ces illusions sont différentes. Ce sont des souvenirs enregistrés, avec un début et une fin bien définis. La catastrophe qui s’est abattue sur Dipper Sept était assez violente pour se répercuter sur le reste de l’enregistrement, comme un bruit de fond », expliqua Ventus avant de jeter un regard hésitant à son boulier. « L’impression que j’en ai est différente de celle que me donne mon art habituel ; elle ne semble suivre aucun ordre familier. Je projette peut-être mes propres craintes sur mon avenir dans cette déduction. »
« À ta place, je ferais confiance à mon instinct », dit Ogras. « Je doute que la Montagne Dipper se soit mise à marcher toute seule. Il s’est passé quelque chose d’important ici, et nous avons droit à une place aux premières loges. Cette histoire de porte vers le Plan inférieur pourrait-elle être vraie ? Peut-être qu’elle a jailli et tout englouti. »
« C’est possible. Peux-tu calculer précisément quand ça arrivera ? demanda Zac. Devons-nous partir ? »
« Nous avons encore du temps, une semaine au moins. Il me faudrait réunir beaucoup d’informations pour obtenir une lecture précise. Je dois relier les indices du présent à l’événement à venir. Si nous découvrons ce qui va se produire, je pourrai dire quand. »
« On pourrait chercher des lanternes dans le cratère en attendant que la situation se calme ici », suggéra Ogras. « On reviendra quand la poussière sera retombée et on fouillera ce qui reste. »
« Je ne suis pas sûr que ça marcherait, à moins que l’un de nous reste à l’intérieur. Je crois que ces royaumes ne progressent dans le temps que lorsque des participants à l’épreuve s’y trouvent », répondit Ventus. « C’est notre présence qui fait avancer l’histoire. Sans nous, Dipper Sept restera éternellement figée au même instant. »
Zac était d’accord. Parmi les milliers de milliards de citoyens qui avaient vécu durant des millions d’années de règne impérial, il devait y avoir une raison précise pour laquelle ces domaines mémoriels avaient vu le jour. Le Système ou l’architecte de l’épreuve ne laisserait pas les domaines arriver seuls à leur terme. L’épreuve consistait à réécrire l’histoire, et le passé avait besoin d’une intervention extérieure pour être modifié.
« J’ai vu un autre domaine s’effondrer après que son destin a été épuisé », ajouta Zac. « Attendre dehors pourrait nous faire rater l’occasion. »
« Tu crois qu’il y a une occasion à saisir, ici ? » demanda Ogras.
« Oui », répondit Zac d’un hochement de tête. « Les mines m’appellent. L’attraction est incroyablement forte. »
« Incroyablement forte ? Et si, au lieu d’une brèche, un mineur s’apprêtait à trouver quelque chose de si précieux que ça déclencherait un bain de sang ? dit Ogras, l’air nostalgique. Comme à l’époque. »
Zac expira en se rappelant la mêlée chaotique où Ogras et lui s’étaient rencontrés pour la première fois : la bataille pour le [Fruit de l’Ascension]. « Nous avons quelques jours. Réunissons des indices et prenons une décision quand nous nous retrouverons. »
« Nous sommes passés devant un bureau des impôts tout à l’heure. Ils devraient avoir des rapports détaillés sur les mines et les transactions importantes en cours », dit Ventus. « J’irai en tant que scribe itinérant venu gagner de l’expérience. »
« Une ville comme Dipper Sept aura forcément ses bas-fonds. Je vais voir si les tyrans locaux mijotent quelque chose. »
« Alors… j’imagine que je vais aller voir la mine », dit Zac.
« Avec ta carrure, tu as le profil », ricana Ogras avant de vider sa coupe. « Je te retrouverai dans quelques heures. »
Zac régla l’addition et partit, incapable de patienter une seconde de plus. Sans même s’en rendre compte, il se retrouva devant un guichet à l’entrée, en train de remettre cinq cristaux de rang inférieur.
« Entrée en solo », dit sèchement Zac. « Quel est le prélèvement actuel ? »
« Soixante-huit pour cent pour les mineurs en solo », répondit l’employé nonchalant en lui tendant un Sac cosmique couvert de motifs bleus.
« Merci », dit Zac avant de s’enfoncer dans la mine.
Zac fixa le sac à sa ceinture et pénétra dans une immense station de transit. Dès qu’il franchit une ligne de runes bleues, une puissante formation scella tous ses trésors spatiaux. Seul le Sac cosmique qu’on lui avait prêté fonctionnait, et il serait inspecté à la sortie. C’était ainsi que l’empire empêchait les extractions non autorisées et assurait un approvisionnement régulier en ressources importantes.
Les mineurs en solo devaient céder une part colossale de leur récolte : soixante-huit pour cent. Les habitants affiliés aux guildes minières bénéficiaient d’un quota plus avantageux. En contrepartie, les guildes s’occupaient de tout, de l’entretien au maintien de l’ordre. Zac observa les runes qui recouvraient son anneau spatial. Il ignorait comment les briser, mais doutait qu’elles puissent arrêter un maître des formations compétent ou des voleuses comme Esmeralda.
Cela dit, si l’on était assez habile pour déjouer de tels sceaux, perdre son temps dans les Mines de Dipper n’avait guère d’intérêt. Leurs ressources courantes n’étaient pas assez précieuses pour attirer de tels talents. Le sceau de son anneau était également inefficace contre Zac. Il avait appris à utiliser le Vide pour contourner une restriction similaire dans le Monde d’Orom, et ce sceau-là était bien plus puissant.
Le seul hall d’entrée faisait plus de cinq kilomètres de large : une ville dans la ville. À l’autre bout, vingt-huit énormes sphères d’acier étaient alignées, chacune dépassant les vingt mètres de haut. Elles étaient couvertes de runes complexes et dégageaient chacune une aura distincte. Zac prit quelques minutes pour tout examiner. Il ne parvenait toujours pas à localiser l’attraction du Destin : elle imprégnait toute la montagne.
Il se révéla difficile d’engager la conversation avec les mineurs. Ils se méfiaient des étrangers et refusaient de parler de leurs nouvelles découvertes. Zac ne pouvait pas leur en vouloir. Découvrir un gisement inexploité constituait un secret commercial crucial, surtout s’il se trouvait dans la zone sûre. Plus on descendait dans les tunnels, plus les flux d’énergie devenaient dangereux. C’était comme ce qu’il avait vu sur Kavista, à ceci près que les forces en jeu sur un Ciel primordial étaient infiniment plus puissantes.
Finalement, Zac s’approcha de la sphère la plus proche et lança un cristal à un mineur surpris. « Excusez-moi, qu’est-ce que c’est ? »
« Ce sont des ascenseurs, un pour chaque filon. Il suffit d’y injecter de l’énergie et de choisir un emplacement », répondit le mineur, avant d’ajouter après réflexion : « Ne descendez pas trop profond pour votre première exploration. Les profondeurs tuent les novices. »
« Des tempêtes ? »
« Et des bêtes. Et des effondrements. Et… d’autres choses », répondit le mineur en insistant sur les derniers mots. « La loi ne voit pas dans le noir. »
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« Merci », dit Zac en s’approchant de la sphère métallique.
Le nom « Filon de la Mer Verte » était gravé à son sommet. Zac y insuffla sa volonté, et une carte labyrinthique composée d’innombrables couloirs apparut dans son esprit. Des milliers de nœuds s’entrecroisaient, à partir de la position de Zac, chacun correspondant à un point de téléportation possible. Le filon tirait son nom d’un immense lac souterrain situé dix nœuds plus bas.
Le système ne reposait pas sur le Dao de l’Espace. La sphère permettait plutôt de traverser les filons de la montagne à une vitesse incroyable. Il fallait tout de même plusieurs jours pour atteindre la plupart des zones depuis le nœud le plus proche, surtout dans les profondeurs. Le Filon de la Mer Verte était immense, et il y en avait vingt-sept autres du même genre.
Zac ne sentit une réaction que chez une cinquantaine de nœuds. Les autres se trouvaient probablement hors des limites du domaine mémoriel. Ne percevant rien de particulier, Zac examina les sphères métalliques l’une après l’autre, puis s’arrêta brusquement. La sensation disparut aussi vite qu’elle était venue, au point qu’il se demanda s’il ne s’était pas trompé. Puis les contours vaguement familiers du cratère et l’attraction inexplicable fusionnèrent en une certitude.
Un fil de Vide se cachait derrière le voile du Dao terrestre.