Chapitre 1 295
L’image de l’Empire Sans-Limites renaissant de ses cendres tel un phénix vengeur laissa Zac bouleversé. Leur résurrection aurait des conséquences extrêmes sur l’espace intégré. Comment réagiraient les factions qui avaient pris leur place au sommet de la chaîne alimentaire ? Et le Système ? Une seule issue était possible : la guerre et le chaos.
Si son intuition était juste, était-il le premier à le savoir ? Zac en doutait. Les factions de premier plan avaient dû remarquer quelque chose dans les remous du destin. Esmeralda avait mentionné plusieurs Suprématies qui attendaient juste à l’extérieur de l’Étendue impériale occidentale. En partie, sans doute, pour protéger leurs descendants ou s’emparer des trésors suprêmes de l’épreuve à leur sortie.
Leur présence cachait-elle autre chose ?
« Admettons que tu aies raison. L’Empire Sans-Limites est maudit, dit Zac. Comment tu expliques les gens que j’ai croisés ? »
Zac ne doutait pas que l’épéiste fût un véritable impérial, quoi qu’en dise Ventus. Si ses théories étaient justes, ils avaient probablement participé à l’épreuve pour s’assurer que le rituel se déroule sans accroc. Les Suprématies à l’extérieur pouvaient chercher à débusquer les derniers vestiges cachés de l’Empire Sans-Limites. C’était leur meilleure chance d’étouffer le problème dans l’œuf.
« Je ne peux pas. Ça devrait être impossible, répondit Ventus, désemparé. Cela dit, le peu que je sais me vient de mon maître. Lui non plus n’est pas expert en la matière. Il m’a simplement mis en garde après avoir appris que l’épreuve était liée à l’Empire Sans-Limites. Les tabous rendent la divination périlleuse.
— En revanche, je reconnais une conspiration quand j’en vois une, ajouta l’elfe. Nous ne sommes que des pions dans un grand jeu, qui remonte peut-être à avant le Système lui-même. »
Zac soupira et abandonna le sujet. « Je vais rejoindre Ogras et me diriger vers la Cour creuse. Ça te va ? »
« N’importe où me convient, tant que je reste dans l’œil de ta tempête. Je peux suivre mon propre jugement jusqu’à ce que je reçoive l’ordre de me rassembler, répondit Ventus, avant de marquer une pause. Bien sûr, je devrais ignorer cet ordre si mes déplacements étaient restreints. »
« Comme s’il était retenu prisonnier, lança Ogras d’un air entendu. On dirait que tu as déjà entendu ça. »
« Pour l’instant, considère que tu es réquisitionné, déclara Zac après réflexion. Tes supérieurs devront venir me le dire en personne s’ils veulent te récupérer. Je pourrais bien refuser, même si notre accord ne m’oblige pas à aller jusque-là. Tout dépendra de ton utilité. Bon, si vous voulez bien m’excuser, je dois parler à mon conseiller. »
Ils se dirigèrent vers l’autre extrémité de la grotte aux racines, où Ogras dressa une bulle d’ombre pour les isoler. Ce n’était pas que Ventus fût particulièrement indigne de confiance, mais il était pris dans un étau semblable à celui de Catheya, à cause des commandements de l’Empire des morts-vivants. Impossible de savoir quelles informations pourraient leur revenir en pleine figure ; mieux valait donc faire attention à ce qu’ils disaient devant le Numérologue.
Ventus semblait parfaitement disposé à rester en retrait. Son objectif principal était de survivre à l’épreuve, et les secrets de l’Étendue impériale occidentale étaient du genre à coûter la vie à ceux qui les découvraient.
« Ça fait plaisir de te voir encore entier, dit Ogras. Ça s’est joué à peu de chose, un moment. »
« C’est grâce à toi. Le trésor nourricier de l’âme que tu as trouvé était incroyable, répondit Zac avec un sourire. Tu as croisé quelqu’un des nôtres avant moi ? »
« Non, l’elfe est la première vraie personne que j’ai rencontrée. On a découvert les traces d’un autre participant près d’un domaine mémoriel, mais on a préféré ne pas le poursuivre. »
« C’était sans doute la bonne décision. Et maintenant, tu comptes faire quoi ? »
« Je viens avec toi, évidemment. Il faudrait être idiot pour quitter la navette aux trésors maintenant que j’ai réussi à monter à bord, répondit Ogras en souriant. Je partirai peut-être de mon côté une fois qu’on sera à la Cour creuse. On verra comment les choses évoluent. »
« Ce qu’on cherche… » commença Zac. Il ne voulait pas dicter sa conduite à Ogras, mais le Trésor de Primo était lié à la survie de l’Empire Atwood.
« Ne t’inquiète pas. Si, par miracle, je mets la main dessus avant toi, je te le remettrai. Je préfère encore subir le malheur de ces anciens tabous plutôt que celui de devenir ton ennemi. Je ne sais pas ce que le premier implique, mais j’ai vu ce que le second fait aux gens, dit Ogras en riant. J’ai appris des choses intéressantes sur la Cour creuse et je voulais aller y jeter un œil. » ɌàƝ𝙤ꞖЕ𝐒
« Ah ? »
Ogras lui raconta rapidement ce qu’il avait vécu au cours des derniers mois. Son histoire était moins explosive que celle de Zac, mais elle apportait tout de même une information intéressante.
« La Cour creuse formait les assassins de l’empire sur ce continent ? médita Zac. J’imagine qu’une organisation pareille convoiterait un trésor suprême de Mort pure. »
« Je parie que c’est une arme, qui renferme assez de mort pour massacrer des Suprématies. Primo est déjà monstrueusement fort. Avec un truc pareil en sa possession, il serait invincible, dit Ogras. On pourrait peut-être s’en servir pour effrayer nos ennemis avant de le remettre ? »
Zac s’imagina libérer les écailles qu’il avait vues dans la [Porte de la Montagne Fuxi] et tuer toute Suprématie assez folle pour s’en prendre à la Terre après la fin de l’épreuve. Le fantasme ne dura pas longtemps : la réalité le ramena vite à l’ordre. Même si Ogras avait vu juste, un Hégémon ne pourrait pas manier de tels objets. La « Graine de l’Apocalypse » cachée dans le centre d’entraînement de Rava exigeait au minimum un Monarque divin.
« On en reparlera quand on aura vraiment mis la main dessus, répondit Zac en désignant Ventus du pouce. Tu crois qu’il nous sera utile pour la mission ? »
« Je plaisante, mais ses compétences sont plutôt pratiques, répondit Ogras.
— Tu as découvert qui tire les ficelles derrière lui ?
— Non. Les membres de la Cour radieuse sont tous soumis à des restrictions. Franchement, je ne suis même pas sûr qu’il le sache. On sait que les ordres viennent d’en haut, mais qui peut dire où s’arrête la piste ? »
Zac se rappela le peu qu’il savait de la hiérarchie de la région. Le Temple radieux et l’Empire Havarok faisaient techniquement partie de la même faction, bien qu’ils appartiennent à des camps opposés. Il s’agissait d’une alliance de factions de rang B, formée à l’origine par un pacte défensif contre les agresseurs extérieurs comme l’Empire des morts-vivants. Le Temple radieux et la Dynastie Havarok se situaient dans la moyenne du groupe en matière de puissance.
L’alliance était une organisation indépendante, tout comme Zecia n’avait officiellement aucun lien avec les factions extérieures. Zac avait entendu dire qu’une secte recluse dominait l’alliance et exigeait des ressources en échange de sa protection. Cette secte aurait été suicidaire de se mêler du Sceau du Palais impérial de gauche. Les ficelles devaient être tirées par quelqu’un d’encore plus haut dans la chaîne alimentaire.
Zac s’attendait aussi à ce que le paysage politique ait changé depuis l’ascension du Cinquième Pilier. L’attitude des Havarok indiquait qu’ils avaient noué des liens avec les Sept Cieux. Quant au Temple radieux, il ne dépendait pas nécessairement d’une puissance locale.
« Il a fait quelque chose de suspect ? »
« Non, mais je ne crois pas une seconde à son numéro de petit oiseau tombé du nid. Il prétend avoir atterri près de la Cour creuse à cause de toi, mais est-ce la vérité ? J’ai l’impression qu’il cherche la même chose que nous, répondit Ogras.
Zac comprit ce qu’il voulait dire. « C’est possible. Les factions locales de rang A doivent en avoir assez de traiter avec la Croisade éternelle. Se servir du Trésor de Primo comme moyen de pression serait un bon moyen de se débarrasser de cette épée de Damoclès. Céder du territoire pour empêcher Primo de récupérer son objet, c’est un marché que les Izh'Rak Reaver accepteraient sans hésiter. »
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« Exactement. Le Trésor de Primo peut acheter la paix à celui qui le détient, ce qui fait de lui notre ennemi. Peu importe qu’il agisse seul ou avec les squelettes. Si c’est lui qui repart avec le trésor, nous perdons tout moyen de pression. » Ogras haussa les épaules. « Ce n’est qu’une hypothèse de travail, et ça ne veut pas dire que l’elfe est un espion. Je suis plutôt enclin à croire qu’il garde ses options ouvertes. »
« Il a fait pareil dans l’Océan du Crépuscule, dit Zac en riant. Je ne serais pas étonné que Ventus se soit fait capturer exprès à l’époque pour obtenir la protection des Havarok. Cette fois, c’est nous qui lui servons de bouclier. »
« Ça devrait aller. On n’aura qu’à le faire trimer comme un cheval jusqu’à ce que nos intérêts divergent. »
« Qu’est-ce que tu penses de ce qu’il a dit ? De la conspiration ? demanda Zac.
— Je dirais que ça dépasse mes compétences, répondit Ogras en regardant Zac d’un air résigné. Mais pourquoi ai-je l’impression que tu vas m’entraîner en plein milieu de tout ça ?
— Tu me connais trop bien, dit Zac avec un sourire en coin. Malgré tout, je pense qu’il vaut mieux savoir que de rester dans l’ignorance.
— Très bien, accouche. Qu’est-ce que tu as encore fait ? soupira Ogras.
— Rien… pour l’instant, répondit Zac en toussotant, avant de lui raconter tout ce qu’Esmeralda et lui avaient découvert jusque-là.
Il lui fit aussi part de ses soupçons les plus récents. La seule chose qu’il garda pour lui fut la [Porte de la Montagne Fuxi] et tout lien éventuel avec le Vide.
« Aïe, gémit Ogras. Il y a quelques instants, je débarrassais tranquillement un royaume des ombres de ses trésors. Et voilà que tu débarques et que je dois soudain m’inquiéter d’anciens rituels et du fantôme du vieil Empereur venu nous hanter. Ce n’est pas du tout ce que j’imaginais quand j’ai dit que je monterais dans la navette aux trésors. »
« La chance est à double tranchant, dit Zac, désemparé. Je ne dis pas qu’on devrait choisir un camp ou s’en mêler. Mieux on comprend les courants sous-jacents, plus on a de chances de survivre. Il faut rester vigilants et continuer à enquêter. On dirait presque qu’ils attirent les gens dans les cours pour en faire des sacrifices à leur rituel. »
« Je ne vois pas trop ce que le sacrifice de quelques fourmis pourrait accomplir, marmonna Ogras. Il doit y avoir un moyen de s’en tirer entier. Les Cieux impitoyables laissent toujours une voie de survie. »
« D’habitude, je serais d’accord avec toi, sauf qu’il s’agit d’un complot mis au point par l’Empire Sans-Limites il y a des lustres. Le Système n’est peut-être pas en mesure d’intervenir. »
« Il est resté inhabituellement silencieux, reconnut Ogras. Je pense que la clé se trouve dans l’avertissement de cet Esprit de la Terre. Il faut nous démarquer du passé. Il est facile de se laisser emporter par les intrigues d’autrefois, de prendre les souvenirs pour des personnes réelles. Et ce que l’on croit peut façonner la réalité, surtout dans un endroit pareil.
— Ne les considère pas comme des humains. Ne t’attache pas à eux et évite de les aider si tu le peux. Concentre-toi uniquement sur la mission. Récupère les objets et tire-toi, en laissant le moins de traces possible. » Ogras regarda Zac d’un air résigné. « La dernière partie est probablement impossible pour toi, alors essaie de faire retomber les conséquences sur nos ennemis. Je propose les chauves. »
« Je verrai ce que je peux faire. La Sangha sera peut-être prête cette fois. Je leur ai déjà fait le coup plusieurs fois, dit Zac avec un sourire. »
Ils se mirent d’accord sur quelques dispositions préliminaires avant de rejoindre Ventus. Zac était en assez bonne forme grâce à la bénédiction de Roan, mais ils ne reprirent pas immédiatement la route. Ventus avait déduit que la pluie dangereuse allait s’intensifier, et tous trois pouvaient profiter de cette pause pour souffler.
Ils ne tardèrent pas à rire en écoutant Ogras raconter avec force détails comment il avait failli pousser un pauvre marchand au désespoir, dans sa première lanterne mémorielle. Zac enchaîna avec l’une de ses histoires les moins glorieuses. C’était agréable de pouvoir discuter tranquillement sans parler d’anciens complots ni de vie ou de mort.
Une demi-journée plus tard, le déluge s’apaisa. Ogras les fit sortir par les ombres, et Zac découvrit un paysage qui ne lui disait absolument rien. Des montagnes entières avaient poussé à partir de rien. De minces filets d’eau grise dévalaient leurs pentes et continuaient de transformer les environs.
Seul l’arbre qui les avait abrités pendant la tempête n’avait pas changé. Ses branches avaient été déplacées, mais sa forme générale restait la même. Il semblait s’être en partie adapté à l’instabilité du royaume des ombres. À cet égard, il était plus réel que les plantes éphémères, qui seraient remplacées à la prochaine averse.
« J’ai hâte de sortir de cette région, dit Ventus avec frustration en déplaçant frénétiquement les boules de son boulier. Chaque averse remet tout à zéro et m’oblige à refaire mes calculs. »
« Est-il vraiment nécessaire de calculer les dangers dans cet endroit ? demanda Zac. En dehors de la pluie, ça a l’air plutôt sûr. »
« Ce qu’on voit n’est que la partie émergée de l’iceberg, expliqua Ogras. Ce royaume comporte plusieurs strates, des ombres dans les ombres. Il y a des zones fragiles où l’on peut tomber à travers. Ou quelque chose de déplaisant peut surgir pour se dégourdir les pattes. Seule la surface est vide à cause de la pluie. »
« Les points de connexion servent aussi de raccourcis. On peut voir la surface comme une projection, ajouta Ventus tandis qu’une petite étoile apparaissait derrière lui. Elle dessina la silhouette d’une vingtaine de mètres sur une colline voisine. Si on reste sur cette strate, on va perdre un mois. »
« Comment tu calcules les passages sûrs ? »
« Ce continent est brut, encore vierge de l’influence du Système. L’énergie, la spiritualité et le destin s’écoulent comme des fleuves sauvages. Comprendre l’ordre naturel, c’est comme voir l’histoire se dérouler. Je peux déduire comment notre environnement s’est formé et, à partir de là, prévoir son évolution. »
Ça ressemblait beaucoup aux concepts du feng shui, pour Zac. « Tu peux utiliser tes capacités pour trouver des lanternes mémorielles intéressantes ? Ou au moins des domaines mémoriels ? »
« Pas directement. Toute tentative de tirer des vérités du Destin impérial m’attirerait des ennuis. Mais on peut dire sans risque que les lanternes capturent des moments importants. Qu’il s’agisse d’un individu ou d’une société, les changements majeurs ont plus de chances de se produire dans des lieux chargés d’une grande providence. Comme pour repérer les filons de trésors, je peux m’en servir pour trouver des régions plus susceptibles d’attirer des lanternes et des domaines. »
« Donc, il suffit de rester dans les régions où l’énergie est dense ? »
« Pas forcément, répondit Ventus. Un grand tournant de l’histoire aurait affaibli, voire épuisé, le destin des environs. Au lieu de suivre les filons d’opportunités, tu devrais chercher les signes d’une gloire passée. Imagine un océan asséché. Tu trouveras forcément des souvenirs puissants dans son bassin. Mais attention, ce n’est pas la même chose que de chercher des poches d’énergie médiocre. Un destin épuisé n’équivaut pas à une énergie faible. »
« Intéressant, dit Zac. C’est toujours mieux que de chercher au hasard. »
C’était une approche inédite, qui ne reposait pas uniquement sur la Chance ou le Destin. Malheureusement, Zac ne savait pas comment repérer une providence affaiblie. Il progressait surtout à l’instinct, un instinct affûté face au danger et aux occasions, pas à leur absence.
« Montre-le-moi la prochaine fois qu’on tombe sur quelque chose de ce genre, reprit Zac. Tu as trouvé l’itinéraire ? »
« Oui, si on vise toujours l’opportunité du royaume des ombres. »
« Tu n’as pas dit qu’on l’avait trouvée quand ce type est apparu ? demanda Ogras en lançant un regard narquois à Zac.
— Tu veux ton trésor des ombres ou pas ? répliqua Ventus en le fusillant du regard.
— Ça suffit, vous deux, dit Zac avec un léger sourire devant leur dispute. Il devait reconnaître qu’Ogras avait le don de créer des relations amour-haine avec tous ceux qui l’entouraient. »
Le trio se mit en route, et il apparut bientôt que ce détour ne leur ferait pas perdre de temps. D’ordinaire, Zac aurait passé les jours suivants en retraite pour assimiler son expérience et récupérer de l’Énergie du Vide. Il aurait peut-être même attendu la fin de la tribulation que le [Cœur du Vide] était en train de raffiner. Le Nœud caché ne donnait jamais le moindre signe avant-coureur, et un éclair pouvait surgir au pire moment.
Avec deux compagnons compétents dans son équipe, il n’avait pas besoin de prendre ces précautions. Malgré le peu de temps qu’ils avaient passé ensemble, Ventus et Ogras faisaient preuve d’un travail d’équipe sans faille à mesure qu’ils s’enfonçaient dans les ombres. Le premier mesurait le terrain et analysait les résultats à l’aide de son boulier. Le cliquetis des petites boules de bois, au rythme régulier du Dao de l’Ordre, devint un élément familier de la vie de Zac.
Ogras épaulait le Numérologue grâce à son armée d’ombres. Ils fouillaient le moindre recoin, fournissant des données concrètes pour combler les lacunes des équations de l’elfe. Lorsque les déductions ne suffisaient pas à obtenir une réponse claire, une ombre spectrale était envoyée en reconnaissance. L’approche était moins rapide que l’exploration à l’instinct de Zac, mais elle donnait parfois des résultats surprenants.
La « zone fragile » dont Ogras avait parlé inspirait de mauvais pressentiments à Zac, mais elle se révéla sans danger. S’il avait voyagé seul, il aurait cherché un autre chemin. S’ils avaient pu franchir le passage sans encombre, c’était en partie grâce à Ogras, qui était aussi chargé de dissimuler le groupe. Son mélange d’ombres et d’illusions n’avait rien à envier au domaine spatial d’Esmeralda dans le royaume des ombres.
Cela leur permit d’éviter bon nombre d’ennuis le jour suivant. Comme Ogras l’avait dit, seule la surface était inhabitée. Dès qu’ils atteignirent les strates inférieures, Zac sentit des présences menaçantes de toutes parts.
Contrairement au domaine souterrain qu’il s’était imaginé, les niveaux cachés de la région ressemblaient beaucoup à la surface. C’était un monde ouvert sous un ciel couvert. À ceci près que le temps était meilleur. De rares nuages gris tachetaient un ciel autrement noir comme l’obsidienne. Zac comprit qu’ils ne regardaient pas l’espace, mais un dôme d’obscurité véritable.
Depuis qu’ils avaient atteint les strates inférieures, la pluie mortelle n’avait pas reparu, ce qui expliquait la plus grande robustesse de l’environnement. La végétation ombrageuse avait le temps de pousser avant d’être prise dans une boucle de réinvention. La nature avait atteint un stade où elle pouvait survivre à une bruine, et cette stabilité suffisait à permettre l’existence d’une faune durable.
Zac se sentait presque comme un touriste, tandis qu’il observait les environs depuis la sécurité de la bulle d’ombre d’Ogras. Ses compagnons abattaient tout le travail, lui laissant le loisir de méditer sur le Dao ou de s’occuper de sa cultivation. C’était presque aussi relaxant que de se faire transporter dans la bourse d’Esmeralda.
« Quoi ? demanda Ogras en remarquant que Zac le regardait.
— Je me disais juste que je pourrais m’habituer à ce traitement.
— Ne t’installe pas trop confortablement. Tu auras bientôt du travail, dit Ogras avec un sourire. On approche du lieu sacré. Tu as déjà entendu parler d’un endroit pareil laissé sans surveillance ? »