Chapitre 1 294
La première pensée de Zac fut qu’on l’avait précipité au cœur d’un mirage inspiré de ses souvenirs. Pourtant, son cœur lui disait que le duo éberlué n’était pas une illusion. La forêt délavée du souvenir de Tam avait cédé la place à un monde noyé dans les ténèbres. La région dégageait une atmosphère indéniablement sinistre, mais Zac préférait une menace suggérée au danger manifeste de la tempête accordée à la Nature.
Rien de tout cela ne correspondait aux souvenirs épars de Tom, ni aux informations qu’il avait recueillies ailleurs. Il avait presque l’impression d’être arrivé dans le Monde gris, le Plan inférieur sur lequel reposait une partie de l’héritage d’Ogras. Tout était fait d’ombres, du sol aux rares pousses qui parsemaient le paysage rocheux.
La source semblait être les épais nuages qui flottaient haut dans le ciel. Ils sortaient clairement de l’ordinaire et n’avaient rien à envier en puissance à la tempête accordée à la Nature. Heureusement, ils gardaient l’essentiel de leur force pour eux. Au lieu de ravager les terres, ils ne laissaient tomber qu’un mince filet de pluie anthracite.
L’environnement se redessinait là où tombait une goutte. Des buissons ou de jeunes arbres apparaissaient de nulle part, et la forme des escarpements pouvait changer radicalement. Chaque goutte recelait une puissance égale à l’une des techniques de Zac et à une portion considérable du Dao de Taiji. Heureusement, il n’était pas très difficile d’éviter d’être touché. À un instant donné, moins de cinq gouttes apparaissaient dans son Sens de l’âme.
C’était exactement le genre d’endroit où Zac s’attendait à croiser Ogras. Il échangea rapidement avec lui les questions rituelles par télépathie afin de confirmer son identité. Le démon, d’ordinaire si méfiant, accepta étonnamment facilement l’apparition soudaine de Zac. Il sourit et rangea sa lance.
« Enfin quelqu’un d’utile. J’en ai marre de porter tout le poids de l’expédition.
Cette remarque fit baisser son bouclier de fortune à Ventus. Il se tourna vers Ogras avec l’expression d’un amant éconduit. « Porter tout le poids ? C’est entièrement grâce à moi ! J’ai dit qu’on trouverait ici ce qu’il te fallait. Je n’ai jamais prétendu que ce serait un trésor.
— Annoncer à un cultivateur de l’ombre qu’il trouvera quelque chose de bien dans un royaume des ombres ? Et quoi encore ? Je vais affronter un ennemi puissant quelque part dans cette épreuve ? » ricana Ogras.
Zac n’était pas convaincu non plus que leurs retrouvailles fussent dues à la Numérologie de Ventus. La perplexité totale dans le regard de l’elfe à son arrivée ne trompait pas. Leurs retrouvailles étaient plus probablement l’œuvre de Roan. L’Enfant de la Terre lui avait dit que le Sylphide le guiderait, et Zac avait été trop accaparé par d’autres soucis pour demander où. Il avait simplement supposé qu’il le conduisait à la Cour creuse, puisqu’il volait dans cette direction générale.
« Ça fait plaisir de vous voir tous les deux. Changeons d’endroit avant de rattraper le temps perdu. La dernière fois que je suis sorti d’un souvenir, j’ai failli me faire dévorer par un Monarque, dit Zac.
— Ça ne m’étonne pas », rit Ogras avant de lancer un regard moins amical à Ventus. « Bon, l’elfe. Fais danser tes bouliers et trouve-nous un coin sûr, à l’abri de cette pluie maudite.
Ventus leva les yeux au ciel et réorganisa les boules de son boulier. « Par ici. »
Zac jeta un coup d’œil à l’Esprit d’outil inhabituel tandis qu’ils s’éloignaient. Ce n’était pas celui qu’utilisait le Numérologue du Temple radieux lorsqu’ils s’étaient rencontrés dans l’Océan du Crépuscule. L’ancien boulier avait été magnifiquement ouvragé, avec des boules de pierre semblables à des étoiles. Son remplaçant était nettement moins réussi, du moins d’un point de vue esthétique.
Il était simple et moins accordé au Dao de Ventus : fait de bois massif, il n’émettait aucun Dao particulier. De petits réseaux recouvraient les boules pour compenser l’affinité limitée du matériau avec le Dao des Étoiles. La seule chose qui ressortait était son apparence antique.
« C’est un prêt de mes… hum, mécènes, expliqua Ventus en remarquant le regard de Zac. Il est fait de planches récupérées dans le plancher d’un monastère. L’aura qui y persiste rend les calculs plus sûrs sur ce continent.
— Hm », grommela Zac, comprenant que l’elfe lui avait donné cette information pour souligner son utilité.
Zac n’eut pas le temps d’apaiser les inquiétudes du Numérologue. Une lueur scintilla dans la pénombre tandis que la lanterne mémorielle de Tam émergeait de sa poitrine. Elle ne se transforma pas en buste du vétéran. À la place, elle devint un flux instable d’images. Un instant, c’était l’insigne d’un vétéran ; l’instant d’après, une copie du Sceau de la Terre fertile qui se trouvait actuellement dans l’anneau de Zac.
Enfin, elle prit la forme d’une simple pierre tombale et la conserva jusqu’à se disperser en courants de foi qui s’infiltrèrent dans le sol. L’effet était bien plus puissant que celui de Terea, au point de repousser brièvement les ténèbres environnantes. Heureusement, le plus important se passa comme prévu. Une parcelle vint se loger dans la main de Zac et remplit le deuxième emplacement de son sceau d’identité de Porte-Flammes.
Zac observa avec intérêt cet ajout. Il ne dégageait pas l’aura à laquelle il s’était attendu. L’identité de Terea mêlait sa voie à l’aura du Sceau du Palais impérial de gauche. Zac n’avait jamais remis en question cet aspect. Il était un Porte-Flammes doté du Sceau du Palais impérial de gauche — il était donc naturel que celui-ci dégageât cette aura. Le sceau de Tam, lui, ne l’émettait pas.
Son essence mêlait ce que transmettait la lanterne de Tam à la sainteté du Roan transformé. En dessous, Zac percevait vaguement la vaste présence de l’Étendue impériale occidentale. C’était comme si l’identité représentait à la fois Tam et Roan. Était-ce le résultat de la réécriture de l’histoire par Zac ?
Impossible de savoir comment Tam aurait agi dans cette nouvelle ligne temporelle. L’apparition de Terea avait semblé plus puissante parce que Zac avait accéléré son évolution. Tam serait-il retourné à son poste de simple garde ? Zac en doutait. Tam avait été comme un bateau à la dérive. Sauver l’Enfant de la Terre aurait peut-être ravivé sa flamme.
Il aurait pu se servir du jeton pour rejoindre l’Ordre de la Terre fertile, ce qui expliquerait la foi intense qui émanait de la marque.
« Tu ne fais jamais rien comme tout le monde, hein ? »
Zac sourit en voyant la mine déformée du démon, qui se posait manifestement mille questions. « J’imagine.
— Après m’être tué à la tâche pour ce salaud, tout ce que j’ai eu, c’est un ricanement méprisant, se plaignit Ogras en agitant son Sceau Brise-ciel.
— Si ça peut te consoler, je ne sais pas si c’est une bonne chose », proposa Zac.
« Désolé de vous interrompre, dit Ventus en désignant un grand arbre devant eux. Il devrait y avoir un abri sous ses racines.
Ogras envoya une ombre vérifier la déduction du Numérologue, puis conduisit les trois hommes dans un espace étonnamment vaste, à six mètres sous terre. On aurait dit que les racines s’étaient développées autour d’un gros rocher. Plus tard, la pierre avait disparu d’une manière ou d’une autre, laissant un creux idéal pour se cacher. 𝖗𝘼NǒBΕ𝒮
« Donnez-moi un instant », dit Zac avant de se mettre dans un coin.
Zac voyait bien que les deux autres mouraient d’envie de lui poser des questions, mais il devait mettre de l’ordre dans ses idées tant que ses souvenirs étaient frais. Ses nouvelles intuitions sur le Dao avaient élargi sa compréhension de la Vie et de la Mort, au-delà du cycle de vie qu’on observait dans la nature. La Vie pouvait engendrer n’importe quoi, même des souvenirs. Par conséquent, la Mort pouvait les emporter.
La vie et la mort du royaume mémoriel n’étaient qu’un exemple suggérant une vérité plus vaste. Les concepts d’Évolution et d’Inexorabilité pouvaient être élevés jusqu’à embrasser toute la création. À leur apogée, ils permettaient d’expliquer par le Dao tout ce qui se trouvait sous les Cieux. C’était la voie de l’Autorité.
Pourtant, élargir son champ de vision était une arme à double tranchant. Un Dao vaste deviendrait faible si l’étendue accrue de son domaine n’approfondissait pas aussi sa portée. Zac sentit les mondes en perpétuel changement dissimulés dans ses Apparitions de Dao et les compara à l’attaque ultime du Transcendant. Il devait reconnaître que le monde qu’il avait vu était plus vivant que tout ce qui existait dans son esprit.
C’était une piste qu’il devait explorer davantage. Zac était encore loin de pouvoir faire évoluer ses Daos. Cette révélation n’était que le premier pas vers la clarté. Cela dit, le premier pas était souvent le plus difficile. Zac était extrêmement satisfait de ce qu’il avait tiré de sa deuxième lanterne mémorielle, même si elle ne lui avait pas offert de bénéfices directs, comme les trésors de Terea ou l’Élixir du Zénith.
La seule ombre au tableau était la fin sinistre du souvenir. Elle dépassait le niveau déjà troublant de lucidité de l’Esprit de la Terre. Ce qui s’était passé dans le souvenir de Tam enfreignait les règles que Zac croyait régir l’épreuve. Le monde de la ligne temporelle originelle présentait des différences cruciales qui ne venaient pas de Zac.
C’était la mort du Roan originel qui avait transformé la région en terre bénie, laquelle avait ensuite recueilli l’Énergie de Foi nécessaire à sa transformation. La tribulation ne faisait pas partie de la simulation. Elle s’était abattue à cause du paradoxe temporel, et Zac était devenu sans le savoir un instrument de tout cela. Il n’était pas convaincu que les conséquences se limiteraient à modifier la « mémoire du monde ».
Zac avait l’impression d’être une marionnette qu’on déplaçait à travers l’Étendue impériale occidentale, sans savoir qui tirait les ficelles. Heureusement, il n’avait pas à affronter ces questions tout seul.
« Tu as fini ? demanda Ogras quand Zac les rejoignit.
— Pour l’instant », répondit Zac d’un signe de tête.
« Je vois que vous êtes déjà entré dans l’Hégémonie tardive, Lord Atwood. Vos efforts constants nous font tous honte, déclara Ventus avec un sourire obséquieux. J’espère que mes déductions vous ont été utiles ?
— Ça fait plaisir de te revoir, toi aussi. Et oui, elles m’ont été utiles », répondit Zac, un sourcil levé.
Les instructions détaillées pour déplacer les fronts de bataille de l’Empire Atwood jusqu’aux abords du Cimetière impérial leur avaient grandement facilité la tâche. Sans elles, Zac aurait dû compter sur l’Empire des morts-vivants pour traverser la région. Après avoir découvert le complot de Kator et les Autarques cachés dans la Cloche de l’Épiclèse, ces instructions avaient peut-être sauvé la vie de tous.
« Alors, notre accord ? demanda l’elfe.
— Tu peux voyager avec nous aussi longtemps que tu le souhaites. Je ferai de mon mieux pour te protéger tant que tu seras avec moi », promit Zac.
Zac aurait invité Ventus même si cela n’avait pas fait partie de leur marché. Le Numérologue n’était peut-être pas aussi utile qu’Esmeralda, mais mieux valait disposer de ses calculs que d’affronter à l’aveugle les dangers du continent. Zac n’aurait pas non plus à le prendre constamment en charge. Ils avaient fait jeu égal lors de l’Ascension du Crépuscule, et l’elfe s’était montré particulièrement performant dans l’Immense Étendue de Perenne.
Ventus était actuellement au stade de l’Hégémonie intermédiaire et aurait reçu un entraînement intensif après être devenu porteur de sceau. Il ne serait pas un poids mort pour Zac et Ogras au combat, même si son aura semblait un peu creuse. C’était probablement le prix à payer pour avoir scruté les secrets du Ciel.
« Ton état actuel ? Le contrecoup ? demanda Zac pour s’en assurer.
— Oui. Je récupère petit à petit, mais c’est lent. Je ne pense pas retrouver la pleine possession de mes moyens pendant l’épreuve.
— Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour t’aider ?
— Certains Trésors naturels et certaines sources peuvent atténuer le contrecoup, mais ils sont extrêmement rares, soupira Ventus. Emprunter aux Cieux pour effectuer des calculs enfreint les Lois cosmiques. Il faudrait quelque chose de puissance équivalente pour réparer les dégâts.
Des trésors nourrissant l’âme imprégnés de Loi ? Même pas en rêve. Zac n’avait trouvé qu’un seul objet imprégné de Loi depuis le début de l’épreuve, et le filon de cuivre ne pouvait rien pour Ventus. Les trésors imprégnés de Loi ne se trouvaient que par hasard. Et s’ils en dénichaient un, Zac estimait qu’il valait mieux le garder pour lui que pour Ventus. Comme il ne voulait rien promettre quant à son rétablissement, il changea de sujet.
« Comment vous êtes-vous retrouvés tous les deux sans aucun traqueur ?
— Le gars est apparu juste derrière moi il y a quelques semaines, répondit Ogras en haussant les épaules. Je me traîne ce boulet depuis.
— Tu ne serais peut-être pas mort sans moi, mais tu serais certainement dans un bien pire état, rétorqua Ventus. Sans parler de ta bourse, qui serait bien plus légère.
— Tu as calculé quelle lanterne choisir ? demanda Zac.
— Pas exactement. Je suis entré dans l’épreuve avec seulement deux fragments de mon sceau. Ceux qui étaient dans la même situation ont été envoyés dans un souvenir collectif pour avoir une dernière chance, soupira Ventus.
— Quelle sorte de chance ?
— Nous n’avons pas réussi à faire nos preuves pendant la guerre intersectorielle, alors on nous a envoyés dans une autre guerre pour nous accorder une dernière chance. Nous avons rejoint l’avant-garde qui a conquis l’Étendue impériale occidentale. C’était assez dangereux, mais il y avait aussi des avantages. Tant que nous faisions valoir nos talents et choisissions les bonnes missions, nous pouvions décider dans quelle partie du continent nous serions envoyés, expliqua l’elfe.
— Après deux années de lutte et de calculs, j’ai pris la route de l’Étendue impériale occidentale de façon à maximiser mes chances de croiser la vôtre.
— Quoi, deux ans ? Ici, ça fait à peine deux mois, s’exclama Zac. Et comment as-tu pu prendre de l’avance sur moi si tu n’es apparu sur le continent principal que quelques semaines plus tôt ? Il y a des téléporteurs dont j’ignore l’existence ?
— À ma connaissance, non, répondit Ventus. Il y a forcément une bonne part d’aléatoire : votre chance et le souvenir que vous avez choisi en entrant. Cependant, les Porte-Flammes sont peut-être apparus plus près du centre, puisqu’ils n’ont d’affinité avec aucune des cours inférieures.
— Ça expliquerait pourquoi je n’arrête pas de croiser des gens.
— Nous devons rester prudents. Je pense que le Système limite la proximité des cours où les participants à l’épreuve peuvent apparaître, mais nous ne sommes pas forcément en tête du groupe, avertit l’elfe.
— Et alors ? Maintenant qu’on a cette brute avec nous, c’est une occasion à saisir ! » rit Ogras. « Les chances de tomber sur un autre Porte-Flammes doivent être faibles. On a plus de chances de croiser l’un des nombreux jeunes maîtres fortunés qu’on a envoyés sur ce continent. Ils auront tous des richesses dont on n’aurait même pas rêvé chez nous.
Zac voyait les flammes de la cupidité couver dans les yeux du démon. « On ne doit sous-estimer personne. La semaine dernière, j’ai failli me faire botter le cul par un Brise-ciel.
« Comment c’est possible ? Tu as croisé un frère ou une sœur de ce Primordial complètement fou ? » Ogras n’en croyait pas ses oreilles, tandis que Ventus avait l’air de découvrir que le navire sur lequel il venait d’embarquer était percé de toutes parts. Zac leur raconta son combat contre les mystérieux Impériaux qui l’avaient forcé à fuir dans la tempête.
« Toi, dit Ogras en désignant Ventus. Au travail. Calcule ses origines.
— Hors de question ! » Ventus agita les mains, paniqué. « S’il est lié au destin du continent, comme l’a dit Lord Atwood, ce serait comme espionner les règles cachées de l’épreuve. Le contrecoup me réduirait en tas de cendres.
— Bon à rien, cracha Ogras. Tu crois qu’il pourrait faire partie des Cieux ?
— Je ne pense pas. » Zac secoua la tête. « Sa foi était très différente du Qi impérial que j’ai vu chez Yselio Tobrial. Je penche plutôt pour de véritables membres de l’Empire Sans-Limites.
— Tu veux dire des survivants qui se sont cachés jusqu’à maintenant ? » Ogras hocha lentement la tête, pensif.
Ventus intervint avant que Zac ait pu présenter sa théorie sur la Fissure de Pesvati. « C’est impossible. L’Empire Sans-Limites a été entièrement éradiqué à l’époque.
— Comment peux-tu en être aussi sûr ? ricana Ogras. Regarde cet endroit. Ces fous ont transformé tout le continent en Disque de réseau, et j’ai entendu dire qu’il y en avait sept autres du même genre. Je n’arrive même pas à imaginer l’étendue de l’empire au sommet de sa gloire. Tu veux me faire croire qu’aucun de ses membres n’a survécu à la purge ? Regarde les Familles impériales d’aujourd’hui. Elles ne s’en sont pas sorties plus puissantes que jamais ?
— Ce n’est pas si simple, dit Ventus. La chute de l’Empire Sans-Limites après la naissance du Système ne fut pas une simple guerre de vengeance. Le Cosmos l’a puni. L’Empereur Sans-Limites a créé quelque chose qui n’aurait pas dû exister. En conséquence, le Fleuve du Destin a submergé ses villes et noyé son peuple. Le contrecoup karmique a frappé chaque citoyen.
— Mon maître disait que de grands tabous entourent encore l’Empire Sans-Limites aujourd’hui, poursuivit l’elfe, le visage empreint de peur. Tu ne crois pas que des gens ont essayé de le ressusciter ? À ton avis, que s’est-il passé dans les premiers temps du Système ? À la fin des Âges sombres, personne n’aurait brandi son étendard ?
— Toutes ces tentatives ont échoué à cause du contrecoup ? supposa Zac.
— Exactement, répondit Ventus. Ce nom attire le malheur comme un aimant. Toute tentative de résurrection est vouée à l’échec, et le Système est soit impuissant, soit peu disposé à intervenir. Les Cieux impériaux n’ont survécu que parce qu’ils ont complètement rompu avec l’Empire Sans-Limites.
L’explication de Ventus tenait la route. Comme il l’avait dit, il suffisait d’y réfléchir logiquement. Un million d’années, c’était long, surtout pour un univers privé de spiritualité. Malgré tout, plusieurs Suprématies draugr avaient survécu aux Âges sombres et utilisé leurs Territoires célestes pour protéger des générations de descendants. Hormis quelques pertes dans leur héritage, la Race Draugr en était ressortie intacte.
Les Draugr étaient peut-être mieux placés que la plupart pour survivre à la tribulation. Ils n’étaient pourtant pas les seuls survivants. Les Technocrates avaient eux aussi traversé la tempête. Il n’y avait aucune explication raisonnable au fait qu’aucune colonie ni aucun dirigeant de l’Empire Sans-Limites n’ait survécu aux Âges sombres.
Selon le récit communément admis, les hautes sphères de l’empire, empereur compris, avaient été absorbées par le Système. Leurs frontières soudain sans défense, l’empire était devenu un trésor sans gardien. N’y avait-il pas au moins une Suprématie partie en mission ou stationnée loin du front ?
Il était possible que toutes les Suprématies marquées par le Destin impérial aient été englouties, où qu’elles se trouvent. Mais aucune ne s’était donc réfugiée dans un Héritage éternel ? Ces lieux étaient conçus pour offrir un asile lors de l’effondrement d’une Ère. Ils auraient forcément pu échapper à un contrecoup cosmique. Comme le soutenait Ventus, il devait y avoir d’autres raisons pour qu’il ne reste que des ruines d’un empire aussi grand.
Soudain, plusieurs pièces du puzzle s’assemblèrent pour former une théorie qui refusait de le quitter. Raviver la foi, réécrire l’histoire et anciens tabous. Et si c’était le but du rituel : laver le péché d’avoir existé ?
L’Empire Sans-Limites cherchait-il à sortir des annales de l’histoire ?