Chapitre 1 288
La brutalité implacable du Dao évolutif de Zac ne parvint même pas à égratigner la paume. Ce fut au contraire Zac qui fut projeté en arrière par le contrecoup, sur des dizaines de mètres. Autour de lui, des centaines d’arbres s’effondrèrent sans prévenir. Pour un observateur extérieur, on aurait dit que la jungle s’écroulait d’elle-même. La réalité était bien plus terrifiante.
Zac se remit debout, le visage grave. La cicatrice dorée sur le front d’Insik s’était élargie jusqu’à atteindre la largeur d’une main, et elle descendait jusqu’à l’aine. Le supposé Technocrate ressemblait à un costume qu’on ouvrait en tirant sur une fermeture éclair, impression que renforça l’apparition d’une autre personne, qui sortit de la déchirure.
La scène, ajoutée aux vêtements d’Insik, rappela à Zac l’apparence de Leandra le jour où elle avait emmené Kenzie. L’énorme forme mécanique de sa mère avait créé un portail de ses mains, d’où son corps de chair avait émergé. Zac avait appris plus tard de Sendor que cette capacité faisait partie de l’héritage unique des Kayar-Elu, issu du Codex des Technocrates.
Malgré leurs similitudes, il était évident qu’Insik n’appartenait pas à la faction de sa mère. D’abord, l’homme qui émergeait du rideau doré était une entité distincte — et bien plus puissante qu’Insik. La cicatrice dorée n’avait pas non plus été créée par le Dao de la Technologie. Elle provenait d’une Foi impériale intense, une bénédiction qui s’étendait au mystérieux nouveau venu.
C’était une couche de Foi impénétrable qui avait empêché[Morsure de Verun]de s’enfoncer dans la chair. La transpercer s’était avéré aussi impossible que de fendre l’Étendue impériale occidentale. Pire encore, ce que le nouveau venu avait fait allait au-delà d’un simple appel à la foi sans bornes rassemblée sur le continent. Il avait fait preuve d’un contrôle stupéfiant pour un Hégémon tardif. D’une manière ou d’une autre, il avait dispersé l’énergie de Zac à l’aide d’un vent invisible. C’était l’attaque de Zac qui avait endommagé[Jungle Apex].
Lui, c’était du sérieux.
Zac se prépara à un combat difficile, tout en tâchant de cerner son adversaire. L’homme à la peau olivâtre était humain, comme Insik, mais ses robes étaient très différentes. Plus que tout, ses magnifiques vêtements verts rappelaient le style des anciens cultivateurs de l’Étendue impériale occidentale. Zac n’avait encore croisé aucun véritable noble dans les souvenirs, mais il s’attendait à ce qu’ils ressemblent à ça.
L’inconnu n’était même pas un pugiliste. C’était un épéiste, et il avait déjà dégainé une fine rapière. Sa posture décontractée faisait hurler son instinct de danger. Le Qi impérial utilisé par Yselio lors de leur combat lui avait paru n’être qu’une pâle copie de la grande foi insufflée dans la lame. Zac avait peut-être un léger avantage d’attribut, mais il craignait que cela ne pèse pas lourd quand ils en viendraient aux mains.
On aurait presque dit qu’Insik avait mis la main sur un talisman protecteur provenant d’une lanterne, capable d’invoquer le clone d’un ancêtre. Pourtant, l’ébauche d’un sceau de Brise-ciel sur la main de l’homme confirmait qu’il était lui aussi un participant à l’épreuve. Faisaient-ils partie de la mystérieuse faction évoquée dans le dossier d’Iz, celle de la Fissure de Pesvati, dans la Tempête éternelle ? Cela expliquerait les vêtements d’Insik.
Si c’était le cas, il n’était pas étonnant qu’ils aient réussi à s’emparer d’un sceau de Porte-Flammes. Zac ne voulait pas imaginer à quel point Eouso devait être puissant si son subordonné dégageait une présence aussi menaçante. Dans tous les cas, il n’avait rien à gagner à se mêler à ces gens. Même s’il l’emportait, il s’attirerait des ennuis par la suite. « Je suis désolé si je vous ai offensé. J’ai capturé votre subordonné pour obtenir des réponses. Lui et ses compagnons ne sont pas armés. »
L’épéiste ignora ses salutations, ce qui ne fit qu’accroître le malaise de Zac. Son regard impassible parcourut les environs et s’arrêta brièvement sur la tempête déchaînée. Il finit par se poser sur Zac, qui comprit que les mots ne suffiraient pas. Zac activa[Édit primordial]et[Conformation de la Suprématie]au moment où l’épéiste disparut.
Quelle vitesse ! Zac fut stupéfait de voir la fine lame se ruer vers son ventre. Elle évita parfaitement le périmètre défensif formé par les six lianes de Tranche-Ciel. Elle portait le jugement d’un empire disparu depuis longtemps, et Zac sentit son Énergie cosmique se disperser comme une armée en déroute sous une pression écrasante.
Zac modifia l’angle de son coup et dévia[Morsure de Verun]pour parer l’estoc. Heureusement, la puissance insufflée à l’attaque était loin d’égaler sa vitesse. Son balayage repoussa l’épée sur le côté sans épuiser son élan. Pendant ce temps, Zac ordonna à ses lianes de capturer leur adversaire.
Pour vaincre un adversaire rapide, il fallait l’attraper ou, au moins, limiter ses déplacements. Ensuite, il suffisait d’un coup pour en finir. Haro ne saisit que du vide, et l’épée disparut si vite qu’on aurait pu la prendre pour une illusion. Une mystérieuse ondulation laissée par l’estoc prouva que l’attaque était bien réelle.
Zac n’eut pas le luxe d’en analyser la nature. Un cri de danger le força à tordre son corps dans une position contre nature. La fine lame frôla le bas de son dos avant de disparaître à nouveau. Comme la fois précédente, elle laissa derrière elle un vent invisible.
L’assaut ne faiblissait pas. L’épéiste était de loin l’adversaire le plus rapide que Zac eût jamais affronté. Il portait trois coups pendant que Zac en portait un, tout en se déplaçant si vite que le Sens de l’âme ne parvenait même pas à capter son ombre. Chaque frappe perturbait l’énergie de Zac avec une précision chirurgicale, le forçant à ne compter que sur sa technique pour se protéger.
Les autoroutes énergétiques, toutes neuves et fraîchement améliorées, s’étaient transformées en passoires. Il devenait de plus en plus difficile de maintenir ses compétences actives. Le fait de ne pas les avoir améliorées se révéla être une chance. Avec des besoins en énergie dix fois supérieurs, une compétence de rang D supérieur aurait déjà échoué.
Sa défense solide et son corps robuste lui évitaient de subir plus que des blessures superficielles, mais il avait perdu le contrôle du combat. Il ne faisait que réagir aux attaques grâce au[Prédateur inné]et à son Sens du danger. D’ordinaire, cela aurait été acceptable. Des blessures aussi légères ne pouvaient pas abattre Zac, surtout sous la forme d’Ancien Ent des[Conformation de la Suprématie].
Peu importait que les coups incessants l’empêchent d’activer d’autres compétences sans Énergie du Vide.[Jungle Apex]et[Édit primordial]étaient déjà actifs, et ils suffisaient à faire basculer n’importe quel combat. Il lui fallait seulement accumuler assez de lumières d’axe et de lianes pour perturber le rythme du maître d’armes.
Mais cela n’arriva pas. Zac ne tarda pas à comprendre l’effet des ondulations persistantes. Elles créaient des vibrations discordantes qui perturbaient ses fractales de compétence. Elles en renforçaient une autre, franchissaient ses défenses et pénétraient dans son corps. Zac peinait déjà à fournir l’énergie nécessaire pour maintenir ses compétences, et les vibrations lui faisaient perdre le contrôle.
Une poussée de[Zone du Vide]aurait réglé le problème, mais Zac sentait que recourir au Vide serait une erreur. Toute cette situation sentait le complot. Toute son expérience ne lui servirait à rien s’il ne comprenait pas que son ennemi ne cherchait pas sincèrement à le tuer. Insik, qui était manifestement bien plus puissant qu’il ne l’avait d’abord laissé croire, ne resterait pas sur le côté avec un air respectueux.
Toute l’approche de l’épéiste visait à forcer Zac à dévoiler ses cartes cachées. Zac avait même l’impression qu’ils attendaient qu’il utilise sa Lignée du Vide, sans qu’il y ait la moindre explication raisonnable à la façon dont ils auraient pu en connaître l’existence. Cela pouvait-il avoir un lien avec la Relique sacrée qu’il avait récupérée l’autre jour ?
Quels que fussent leurs plans, ces salauds le sous-estimaient beaucoup trop s’ils pensaient que cela suffirait à le déstabiliser. Et alors s’il ne pouvait utiliser que trois compétences à moitié fonctionnelles ? Il avait surmonté bien pire sans avoir à compter sur sa Lignée du Vide. Il était temps de reprendre le contrôle.
Les quelques lianes créées par[Édit primordial]ne pouvaient rien changer. Des lames invisibles les avaient réduites en lambeaux avant même qu’elles puissent approcher. Pourtant, une brume verte et épaisse s’était répandue dans la région — d’innombrables spores réclamaient de quoi se nourrir. Ni Zac ni la zone morte ne pouvaient leur fournir ce dont elles avaient besoin. Mais autre chose le pouvait.
Des milliers d’arbres verdoyants se flétrirent à une vitesse visible à l’œil nu. En quelques secondes, la moitié des arbres formés par[Jungle Apex]s’effondra. Les arbres invoqués n’avaient pas de véritable masse physique, mais après leur mort, ils pouvaient remplir le même rôle que la végétation réelle : servir d’engrais à la génération suivante.
La mort de l’un faisait la vie de l’autre. Telle était la loi de la nature sauvage, le moteur qui faisait tourner la roue de l’Évolution. En un rien de temps, des centaines de lianes massives gémirent, dévorées par une faim insatiable. La jungle avait disparu et le Dao mort restait immangeable ; il ne restait donc que deux sources de nourriture : Insik et son maître. Ṟ𝙖NôBƐꞨ
Peu importait que Zac eût perdu le contrôle de sa compétence. Les lianes obéissaient à la loi de la nature sauvage et traquaient des proies pour gagner en puissance. Les deux Impériaux furent submergés par une vague de destruction. D’innombrables lianes furent déchiquetées par des lames invisibles, mais leurs débris furent réabsorbés, permettant à de nouvelles pousses de croître.
La marée de verdure finit peu à peu par épuiser l’énergie dispersée lors du duel, obligeant l’épéiste à s’occuper lui-même de l’assaut. Il tenta de maintenir la pression sur Zac, mais même sa vitesse ne suffisait pas à contrer des attaques venant de toutes parts. Des centaines de lianes assoiffées de sang rendaient toute manœuvre presque impossible, et c’était maintenant Zac qui perturbait les tentatives de son adversaire d’activer ses compétences.
Soudain, l’épéiste disparut. Les lianes, ayant perdu leur proie, formèrent autour de Zac un épais cocon. Ce fut à cet instant qu’il adopta l’autre forme de la[Conformation de la Suprématie], tandis que des runes primordiales s’écoulaient rapidement dans[Morsure de Verun]. Sachant qu’il n’avait pas beaucoup de temps, Zac exécuta une danse de lames à l’intérieur de son sanctuaire.
Des éclats de lumières d’axe apparurent et s’évanouirent, leur existence écourtée par les ondulations de dispersion qui retenaient toujours l’énergie de Zac en otage. Le répit fut de courte durée. Transférer l’énergie d’une compétence à l’autre était bien trop inefficace, et[Jungle Apex]était déjà en mauvais état.[Édit primordial]était presque à court d’énergie lorsque l’épéiste recula, et celui-ci avait déjà compris la situation.
La barrière de bois éclata, et Zac sentit le danger d’un nouveau coup dirigé vers son cou. Il sourit, sachant que le moment était venu. Il dépensa le dernier stock d’énergie de[Conformation de la Suprématie]. Quatre-vingt-dix-neuf runes banales s’illuminèrent d’un seul coup, créant une bulle de destruction au centre de laquelle se tenait Zac.
Même Zac sentit ses cheveux se hérisser. Il venait en quelque sorte de poser une bombe à ses pieds et d’en allumer la mèche. Impossible de reculer, à présent. Zac rugit et brandit sa hache de toutes ses forces. L’épéiste avait déjà été repoussé par cette démonstration, et personne ne pouvait désormais entraver ses larges moulinets.
Les bulles de puissance instable éclatèrent toutes ensemble et donnèrent naissance à un soleil à l’image de Zac. Il ne dura qu’un instant avant de s’effondrer. La force cinétique de ses moulinets poussa l’explosion vers l’extérieur, et une vague de destruction déferla dans toutes les directions. Zac sentit une lance d’énergie concentrée fendre le chaos à toute vitesse. Cette fois, le bolide fut trop lent.
Les ondulations qui dispersaient l’énergie avaient toutes été submergées, laissant les environs de Zac dégagés. Il tenait déjà[Épanouissement fulgurant]. La compétence s’activa, et il se transforma en traînée de flammes qui s’élança dans la tempête déchaînée.
« Espèce d’ordure, suis-moi si tu l’oses ! »
Impossible de savoir si son assaillant avait entendu ses derniers mots. Zac parcourut des dizaines de kilomètres en un clin d’œil et continua sa course. La destruction qu’il avait lui-même provoquée avait cédé la place à la fureur du monde, et l’agonie qu’elle lui infligeait était bien plus intense. Comme prévu, son Trésor d’évasion ne pouvait pas passer d’une dimension à l’autre dans l’Étendue impériale occidentale ; il ne pouvait donc que forcer le passage à travers ce terrain dangereux.
Zac tint aussi longtemps que possible avant de désactiver[Épanouissement fulgurant]. En une minute, il avait parcouru une distance supérieure à celle qu’il franchissait habituellement en une journée, et pourtant l’autre côté de la tempête restait invisible. C’était peut-être mieux ainsi. La tempête chaotique dissimulait parfaitement sa position. Même les meilleurs scanners portables ne couvriraient pas plus de quelques kilomètres dans cet endroit. Les Impériaux devraient compter sur leur chance pour le retrouver.
Des vents acérés comme des rasoirs déchirèrent le corps déjà meurtri de Zac, insufflant dans ses blessures une volonté de destruction inéluctable. La tempête était imprégnée de diverses puissances calamiteuses issues du Dao de la Nature. Le sang de Zac bouillonnait sous la fureur ardente des volcans, tandis que ses os craquaient sous le déplacement tectonique des continents.
La Vie de Zac s’érodait au fil des saisons. Il était entraîné vers le même destin que[Jungle Apex], transformé en engrais pour des terres stériles. La Nature était la véritable souveraine du Multivers. Quand elle souriait, le Cosmos prospérait. Quand elle se mettait en colère, ses sujets devaient se mettre à l’abri s’ils voulaient survivre. Une carapace d’os enveloppa le corps de Zac, et une barrière secondaire vint renforcer sa protection.
[Rempart ossuaire]ne parvint à bloquer qu’une partie de la force rassemblée dans les vents brûlants. Il absorba l’essentiel de l’impact physique, mais le Dao chaotique se glissa dans le corps de Zac. Celui-ci résista avec acharnement, libérant une tempête de Vie, de Mort et de Conflit depuis son Ouverture de l’âme. Surmonter la nature faisait partie du parcours de tout cultivateur, et il refusait de céder.
Sortir l’armure permit à Zac de reprendre son souffle et de rassembler ses esprits. Depuis qu’il s’était mis en route vers le Cimetière impérial, il utilisait rarement[Rempart ossuaire], même s’il était bien plus robuste que celui qu’Yselio avait détruit. Le rempart de remplacement était un équipement de rang D moyen, qu’on pouvait tout juste considérer comme des Insignes de guerre.
Le trésor éveillé était à peine parvenu à former un esprit ; il était donc encore loin de pouvoir rivaliser avec le véritable artefact. Sa capacité à se réparer seule avait ses limites, et les forgerons de l’armée de l’Alliance Zecia étaient hors d’atteinte. Si l’armure se brisait au début de l’épreuve, Zac n’aurait plus rien pour affronter les vrais dangers, plus tard.
La nature était cruelle, mais juste. Quiconque le suivrait subirait le même sort, et Zac refusait de croire que quiconque puisse tenir plus longtemps que lui dans un environnement aussi hostile. Il avait affronté des dangers similaires à maintes reprises, notamment lorsqu’il avait exploré les profondeurs du Gouffre du Crépuscule.[Zone du Vide]pouvait presque passer pour de la triche.
Cinq minutes plus tard, Insik et son maître ne donnaient toujours aucun signe de vie. Comme prévu, ils ne voulaient pas ou ne pouvaient pas le suivre. Zac poursuivit sa route. Il visait toujours la même destination : le pilier, à peine visible à l’horizon.
Zac n’aimait pas fuir un combat sans avoir donné tout ce qu’il avait, mais ces deux-là étaient trop louches. Dans l’ensemble, tout s’était plutôt bien passé. Il avait obtenu les renseignements dont il avait besoin et s’était enfui sans dévoiler aucun de ses secrets. La prochaine fois que ce maniaque le retrouverait, il lui donnerait ce qu’il voulait. La tempête offrirait un champ de bataille idéal pour un véritable affrontement.
Une seule question restait sans réponse. Qui diable était cet homme ?
Emir observa sans un mot le spectacle élaboré qui s’estompa. Dire qu’un guerrier d’une telle trempe avait eu recours à une méthode de fuite aussi grossière. Il ne s’était pas attendu à ce que les enfants du Précepteur impérial soient aussi vulgaires. Enfin, les talents avaient souvent leurs petites manies.
« Je vous prie de m’excuser de vous avoir appelé si tôt. Je sais ce que cela coûte, dit Emir.
— C’est un honneur de vous servir, mon Seigneur, répondit Insik en s’inclinant. Nous n’aurions pas dû rencontrer un Porte-Flammes si tôt. Activer la porte pour enquêter était tout naturel. »
« Connaissez-vous son identité ? »
« Je crois qu’il s’agit de Zachary Atwood. C’est un autochtone de la région où se trouve le Pilier. »
« Un Porte-Flammes autochtone ? demanda Emir en fronçant les sourcils. Le Clan Sindris compte-t-il intervenir ? »
Il y avait déjà assez de variables sans qu’ils viennent encore brouiller les pistes.
« Il fait partie du Clan Sindris ? s’étonna Insik. Rien ne l’indique dans les rapports. Le Clan Sindris a respecté son exil. Depuis la chute, ses membres gardent la Frontière. Zachary Atwood est peut-être le descendant d’un vagabond. »
« Peut-être, dit Emir en baissant les yeux vers sa main. »
Les échos du carnage persistaient. Il était surprenant qu’un simple coup imprégné de Dao ait failli lui coûter la main. Impossible de prévoir l’issue si son adversaire avait choisi de rester au lieu de rompre le combat. Emir regrettait toujours de ne pas avoir insisté un peu plus, même si cela lui aurait coûté des ressources précieuses, réservées à d’autres tâches.
Cela en aurait valu la peine s’il avait pu confirmer son soupçon tenace. Peu de choses feraient bouger le Clan immortel. Mais lui, il le ferait. Cette lignée monstrueuse expliquerait aussi la pression intangible qu’il exerçait sur l’étendue assoupie. Mais l’Empereur du Vide ne figurait pas dans la prophétie. Son chapitre était censé être terminé. S’étaient-ils trompés, ou ses soupçons étaient-ils infondés ? Emir avait trop peu d’éléments et aucun moyen d’obtenir des réponses.
« Qui étaient les compagnons dont il parlait ? »
« Des inconnus que j’ai rassemblés pendant l’épreuve préliminaire. J’ai altéré leurs perceptions pour les inciter à m’aider, expliqua Insik en jetant un coup d’œil à la tempête. Je comptais les utiliser pour accomplir ma mission. Je crains de ne pas pouvoir y parvenir seul. Je devrai recruter de nouveaux assistants avant de partir. »
Emir suivit le regard de Harbinger. Rien n’indiquait jusqu’où Zachary Atwood s’était enfoncé. De toute façon, il était impossible de le poursuivre. Les Harbinger étaient là pour préparer le terrain, pas pour s’occuper des Porte-Flammes.
« Peu importe, dit Emir après un instant de réflexion. Je change ta mission. Recrute de nouveaux assistants et emmène-les au relais le plus proche. »
« Et le saint ? Sans ses conseils, la Cour creuse pourrait… commença Insik, avant de s’interrompre en comprenant. Lui ? »
« Tant qu’il sera là, la flamme s’embrasera, qu’elle le veuille ou non. Nous devrons nous adapter aux déviations que sa rencontre avec le Destin entraînera, soupira Emir. »
« Où avez-vous besoin de moi ? »
« À la Cour Daedalian. Les bouddhistes ont trouvé des indices sur le pont du Karma, répondit Emir. »
« La Sangha ? » Insik pâlit. « Je ne peux pas les arrêter dans mon état actuel. Devrions-nous appeler le Maître ? »
« Ce n’est pas nécessaire. La Sangha était destinée à devenir une épine dans notre pied. Évite les affrontements directs. Retarder leur enquête suffira, dit Emir. Ne perds pas confiance. Ici, les contrecoups sont fortement atténués. La tendance générale a été fixée lorsque l’Étendue impériale occidentale a été autorisée à refaire surface. Tu n’as qu’à tenir bon. »
« Ce qui doit arriver arrivera. » Insik s’inclina tandis que la porte s’ouvrait à nouveau. « Mon Seigneur, vous devez rentrer. »
Emir jeta un dernier regard à la tempête avant de la franchir.
« Zachary Atwood, donc ? Es-tu une bénédiction ou une malédiction ? »