Chapitre 1 283
« Je n’ai rien à voir avec le vol dont vous parlez, déclara Zac. Quant à la raison pour laquelle j’ai déclenché votre trésor, je ne peux pas vous la révéler. »
Se proclamer Saint Fils risquait fort de se retourner contre lui. Il n’avait accumulé aucune Foi impériale et ne possédait aucun objet pour étayer ses dires. Même s’il l’avait voulu, il n’aurait pas pu reproduire la résonance de tout à l’heure. À cet instant, il avait vraiment cru être l’élu du Calice empyréen, et rien, au fond de lui, ne venait contredire cette conviction. Elle avait influé sur la réalité, comme lorsque son Cœur avait fait apparaître une hachette à partir de rien.
« Pardonnez-moi, mais je ne peux pas me fier à votre seule parole », répondit le général.
« Et moi ? Je me porte garante de son innocence. Contactez mon maître si vous ne me croyez pas », dit Joanna.
Son affirmation confirma les soupçons de Zac. Ce n’était pas que l’identité des autres participants à l’épreuve soit dissimulée dans des domaines mémoriels. C’était plutôt que Joanna n’empruntait pas une identité. Se présenter sous son vrai nom suffisait amplement, du moins aux yeux des soldats impériaux qui vénéraient le Roi-dieu Eyler.
« Vous n’êtes pas arrivés ensemble, rétorqua le Monarque. Vous ne pouvez pas garantir qu’il n’a pas croisé les hérétiques hors de votre vue. Seule une enquête approfondie, avec une fouille de ses affaires et de sa personne, permettra de prouver son innocence. »
Zac ne pouvait absolument pas se laisser fouiller. Il existait bien des moyens de dissimuler des trésors ; examiner son Anneau spatial ne suffirait donc pas à le disculper. Au contraire, le contenu inhabituel de ses Anneaux spatiaux soulèverait plus de questions qu’il n’apporterait de réponses.
« Voilà donc où nous en sommes », lança Joanna avec mépris, le visage brûlant d’indignation. « À mes yeux, vous vous servez du vol comme prétexte pour remplir vos propres poches. Qui nous dit que vous n’avez pas déjà récupéré la relique ? »
Zac joua le jeu et jeta un regard soupçonneux au Monarque. La parole de Joanna ne suffirait pas à le disculper, mais elle pouvait semer le doute. Tant qu’ils parviendraient à gagner du temps, il y avait de l’espoir. Toute fuite était impossible pour le moment, puisqu’ils se trouvaient au beau milieu du domaine mémoriel. Mais s’ils pouvaient se rapprocher de ses limites…
Le Monarque fixa Joanna quelques secondes, puis leva la main. Deux Hégémons de pointe s’avancèrent. « Par respect pour votre maître, je vais faire un pas en arrière. L’Ordre m’a contacté il y a deux jours pour m’informer qu’un cardinal avait été envoyé en renfort pour les recherches. Il devrait nous rejoindre d’ici dix heures. Je suppose que vous ne verrez aucun inconvénient à lui expliquer votre situation. » Zac ne laissa rien paraître de son inquiétude. Les cardinaux étaient les lames d’un Ordre templier. C’étaient au minimum des Monarques de pointe, capables de se mesurer à des adversaires plus puissants qu’eux. La plupart étaient des Autarques. C’étaient aussi des fanatiques qui répandaient la gloire de l’Empereur dans le sang. Les paroles acerbes de Joanna ne serviraient à rien face à quelqu’un comme ça.
« Ne quittez pas le camp. Si vous le faites, j’y verrai un aveu de culpabilité et je vous abattrai moi-même. L’enquête qui suivra établira votre culpabilité. »
Joanna s’apprêtait à protester, mais Zac prit la parole avant elle. « Très bien. Ce sera un honneur de rencontrer l’un des piliers du Calice empyréen. »
Le général disparut après avoir lancé un regard menaçant à Zac. Les deux gardes restèrent sur place, sans le quitter des yeux. L’instinct bestial que lui conférait [Prédateur inné] lui indiquait également qu’un Monarque l’observait depuis les ombres. Vu l’attention qu’on lui portait, il n’était pas simplement une piste : il était leur principal suspect. Sans Joanna, on l’aurait probablement déjà torturé pour lui soutirer des informations.
« Mademoiselle, ne vous inquiétez pas pour moi, l’assura Zac. Allons faire un tour du camp en attendant. Peut-être que certains de mes clansmen sont là et pourront témoigner en ma faveur. »
Joanna hocha lentement la tête. Elle ne semblait pas comprendre pourquoi Zac se disait Wendimar, mais elle en savait assez pour suivre le mouvement. Ils traversèrent le champ de bataille sanglant, déjà nettoyé par une division logistique. On rassemblait les cadavres et on dépeçait les bêtes avec efficacité et précision. Ce n’était pas leur première bataille.
Un vaste camp militaire avait déjà été installé loin des lignes de front. Malheureusement, pas aussi loin que Zac l’aurait espéré. Il lui faudrait au moins dix minutes avec [Frappeciel] pour atteindre la frontière du domaine mémoriel, largement assez pour se faire rattraper ou tuer. De plus, le Monarque qui le surveillait l’empêcherait d’utiliser des talismans de fuite, à supposer qu’ils fonctionnent dans un domaine mémoriel.
Tout espoir n’était pas perdu. Le camp se trouvait juste à côté des vestiges d’un rempart effondré. La ville qu’il protégeait autrefois était assez vaste ; elle s’étendait peut-être jusqu’aux limites du domaine.
« Qu’est-ce qui s’est passé ici ? » demanda Joanna en voyant l’expression de Zac.
« L’une des pistes que notre unité suivait nous a menés à cette ville, répondit l’un des gardes. Le général a envoyé une escouade en reconnaissance, mais quelque chose a dû mal tourner. La marée de bêtes est apparue de nulle part. Quand nous sommes arrivés, la ville avait déjà été rasée. »
« Et les éclaireurs ? »
« On les présume morts. »
« Ils cherchent donc la relique », dit Joanna en désignant les nombreux éclaireurs qui fouillaient les décombres.
« Ou des indices sur ce qui est arrivé aux hérétiques. Notre avant-garde aurait dû avoir le temps de cacher un rapport avant que les défenses de la ville ne soient submergées. »
Zac ne jeta qu’un coup d’œil aux ruines avant qu’ils n’entrent dans le camp. Des quartiers résidentiels bordés de rangées de baraquements formaient un rempart autour d’un ensemble de postes médicaux et de bâtiments administratifs, au centre. On aurait dit qu’ils se préparaient à tenir le siège.
« Quand êtes-vous arrivée ? » demanda Zac.
« Il y a quatre jours, répondit Joanna. J’ai été prise dans une tempête où je ne voyais pas à un mètre devant moi. Soudain, je me suis retrouvée entourée de soldats, tandis que des bêtes fondaient sur nous. Depuis, je n’ai pas cessé de me battre. »
Zac avait hâte de mettre son plan à exécution, mais il ne pouvait pas donner aux soldats davantage de raisons de le soupçonner. « Voyons si ce régiment a quelque chose d’intéressant. Où puis-je échanger mes crédits ? »
Le garde se montra moins loquace en réponse. Il se contenta de grogner et de désigner un grand bâtiment au centre de la base. Ils s’y rendirent, et Zac trouva l’installation assez semblable à la bourse de guerre. De grands cristaux affichaient des listes de marchandises, dont seule une partie était accessible aux auxiliaires extérieurs.
Au lieu d’un Échange limité ordinaire, le système distinguait les achats directs des réservations. Les intendants de l’armée n’emportaient pas une fortune au combat, et il fallait récupérer la plupart des bons articles dans une base. Zac n’en avait évidemment pas l’intention, d’autant qu’après une seule journée de combat, il n’avait pas les moyens de s’offrir de vrais trésors. Il dépensa la majeure partie de ses mérites en Cristaux spirituels, pour donner un peu d’argent de poche à son côté humain. Avec le reste, il acheta un flacon de pilules de guérison de qualité correcte.
Les pilules n’étaient pas pour lui. Elles lui seraient utiles s’il devait aider quelqu’un lors de futurs domaines mémoriels. Zac regretta de n’avoir récupéré aucun Anneau spatial sur les morts en chemin vers Joanna. Se préparer un faux trésor spatial semblait désormais prudent.
Joanna ne s’intéressait guère à la bourse. Ce ne fut que sur les conseils de Zac qu’elle acheta un assortiment de ressources similaire. La déférence dont elle bénéficiait confirmait presque entièrement la théorie de Zac. Joanna obtint une remise de trente pour cent sur ses achats, tandis qu’un descendant d’une famille fondatrice n’en reçut que dix.
« C’est étouffant de rester assis à ne rien faire. Et si on allait se promener ? » proposa Zac avec un sourire.
Ils passèrent l’heure suivante à déambuler sans but dans le camp, avec l’air de gens qui ne s’inquiétaient pas le moins du monde de l’interrogatoire à venir. Leurs conversations anodines leur apprirent beaucoup de choses. Une capitaine venue présenter ses respects à Joanna leur fournit même une carte très détaillée.
Ils se trouvaient à une époque bien plus tardive que celle de Black Zenith. Le Projet de la Route impériale était en phase avancée, et les principales villes situées sur son tracé avaient déjà été purifiées de la souillure terrestre. En revanche, le monde extérieur était devenu incroyablement dangereux. La souillure déplacée et les bouleversements incessants ravageaient les terres. Des régions entières avaient été reconquises par la nature sauvage, causant d’innombrables morts.
Cette instabilité offrait un terreau idéal au mécontentement. Partout où l’empire perdait le contrôle, les rebelles et les profiteurs étendaient leur influence. L’attaque contre le monastère n’était qu’un raid parmi tant d’autres dans la région. Les Légions impériales éteignaient des incendies de tous côtés. Les soldats murmuraient même que les Selvari étaient impliqués, alors que l’Étendue impériale occidentale était bien loin de ce front-là.
Au fil des minutes, Zac prit de plus en plus conscience de la menace qui planait. Les dix heures annoncées par le général pouvaient n’être qu’un leurre. Au bout d’un moment, Zac estima qu’ils avaient suffisamment attendu. Il jeta un coup d’œil à Joanna. Mieux valait la laisser prendre les devants.
« Bon, allons dans les ruines. »
« Pardon ? » répondit un garde, déconcerté.
« Ça ne sert à rien de rester plantés là. Le moyen le plus rapide de laver notre nom, c’est de trouver la relique. Alors appelez quelques auxiliaires et demandez-leur de nous aider. »
« Des milliers d’éclaireurs la cherchent déjà, hésita le garde. S’ils ne la trouvent pas… »
« C’est un Wendimar, et mon maître m’a appris quelques astuces. Ça ne coûte rien d’essayer. »
Le garde accepta après avoir pris l’avis de ses supérieurs. Cinq minutes plus tard, ils furent conduits dans la ville, accompagnés de quatre autres gardes et de deux éclaireurs. Zac sentit également un second Monarque se joindre à leur escorte. Toutes ces précautions ne serviraient à rien. Comment pourraient-ils prévoir qu’ils s’échapperaient simplement en quittant le domaine à pied ?
La seule chose qui méritait qu’on s’y attarde, c’était la relique sacrée. À peine avaient-ils franchi le rempart que Zac sentit déjà deux appels du destin sous les décombres. Les éclaireurs passaient juste au-dessus sans rien remarquer : Zac était donc le seul à les percevoir. Ces signaux ne provenaient probablement que de trésors quelconques cachés dans des caveaux souterrains. Mais s’ils avaient mis la main sur le véritable objet ?
La relique sacrée devait être un sacré trésor pour susciter une réaction aussi intense. Puisqu’on le traitait déjà comme un voleur, autant en jouer le rôle.
« Alors, comment ça se passe ? » demanda Esmeralda.
« Ce n’est plus qu’une question de temps », répondit Zac, confortablement installé dans la poche d’Esmeralda. « Et nous, ça va ? »
« On n’est pas bien, là ? Bien sûr, ça risque de s’agiter bientôt. Mon illusion ne tiendra plus très longtemps. »
Ils avaient quitté le royaume de poche depuis plus d’une heure. Esmeralda avançait à toute vitesse, mais il leur faudrait encore une demi-journée pour sortir du royaume de la reine des fourmis. Zac sentait déjà cette nausée qui précédait généralement une catastrophe causée par lui. Esmeralda, elle, affichait un sourire si large qu’on aurait dit que son visage allait se fendre en deux.
« Pourquoi es-tu si contente ? »
Esmeralda gloussa et bondit en avant, sautant d’une tige à l’autre. « Voir leur réaction de loin, en toute sécurité, c’est le plus amusant. La récompense passe après. Enfin, presque. »
« Je ne sais pas si on peut vraiment appeler ça être en sécurité. Et ça veut dire que tu ne veux pas de ce que tu as emporté ? »
Esmeralda détourna soigneusement le regard. « Emporté quoi ? De quoi tu parles ? »
Zac secoua la tête, se demandant comment une voleuse aussi douée pouvait avoir un visage aussi peu impassible. « J’étais peut-être dans les vapes, mais je ne suis pas aveugle. Tu ne crois pas que je t’ai vue fouiller les décombres ? Et ce que tu as fait ne se limitait pas à installer un Réseau d’illusion. »
« Ceux qui posent trop de questions risquent de finir brûlés. Tu ne devrais pas convoiter le butin que les autres ont gagné à la sueur de leur front », dit Esmeralda en tapotant le crâne de Zac du doigt, comme pour le pousser plus loin dans la poche.
« C’est l’hôpital qui se moque de la charité », ricana Zac en écartant sa main. « Et je ne convoite pas ton trésor. J’essaie simplement de comprendre. Tu ne seras pas toujours à mes côtés. Pour l’instant, je n’ai que mon instinct et ma grande Chance pour me débrouiller. »
Esmeralda garda le silence quelques instants. Elle finit par soupirer et sortit une pierre d’un vert profond. Zac l’examina, mais elle n’avait rien de remarquable.
« Ce royaume n’était ni une poche spatiale ni un autre domaine mémoriel. C’était un Monde du Cœur, créé par la volonté insufflée dans le Trésor natal. Le fragment que tu as utilisé pour te tempérer n’en était que le noyau. Le Monde du Cœur existait depuis longtemps ; il devait donc rester un morceau du trésor.
« Pendant que tu t’occupais du noyau, j’ai repéré le fragment et l’ai fait absorber le reste du royaume, expliqua Esmeralda, un sourire fier aux lèvres. Je dirais que quatre-vingts pour cent de l’énergie est stockée dans cette pierre. »
« Donc, j’ai eu la soupe pendant que tu mangeais la viande ? demanda Zac. C’est pour ça que le noyau s’est évanoui plus vite que je ne pouvais le dissiper ? »
« Eh bien, oui, toussa Esmeralda. Dans mon état actuel, je ne pouvais pas contrôler parfaitement l’absorption. Et ça ne change rien. Tu as obtenu ce qu’il te fallait. En prendre davantage aurait gaspillé une ressource aussi précieuse. »
« Et à quoi ça va te servir ? Le manger t’aidera à tempérer ton Cœur ? »
« J’ai autrefois atteint la Suprématie, dit Esmeralda avec dédain. Tu crois qu’on peut arriver jusque-là sans un cœur immuable ? »
« Alors pourquoi ? »
« Pour ce à quoi il servait à l’origine. Ce n’est qu’un fragment endommagé, mais c’était autrefois un Trésor natal où le Destin s’était cristallisé. Avec les bons nutriments, le Destin qui lui manque reviendra peu à peu. Il sera alors très utile pour renforcer une Échelle céleste. Il peut même stabiliser des Territoires célestes. Cela dit, les effets de ce petit fragment sur un territoire seront négligeables. Je doute que le trésor puisse retrouver plus d’un pour cent de son destin originel. »
« Il t’aidera donc à récupérer plus vite quand tu te seras débarrassée de la malédiction », dit Zac en observant la pierre insignifiante avec intérêt. « En gros, c’est un trésor de rang B ? »
« Un embryon de trésor de rang B, mais oui », répondit Esmeralda, qui le rangea aussitôt en voyant le regard de Zac. « Il ne sert à rien aux Hégémons et il n’est pas prêt. »
« Je t’ai dit que je n’essayais pas de te voler ! » Zac leva les yeux au ciel. « Mais tu peux m’apprendre comment tu as fait tout ça ? »
« C’est impossible. Ce que j’ai fait, c’est le fruit d’une expérience et d’un savoir accumulés. Dans quelques centaines de milliers d’années, ça te viendra naturellement. »
« Quelques centaines de milliers d’années ? soupira Zac. J’ai déjà du mal à concevoir une telle durée. »
« Tu n’es même pas encore un têtard », rit Esmeralda. « Je peux te donner quelques conseils, mais certaines choses ne se précipitent pas. Et voici la première leçon : comment échapper à ceux qui te traquent. Vite, bouche-toi les oreilles ! »
Zac s’isola aussitôt l’ouïe avec du Miasme. Ce ne fut pas suffisant pour étouffer complètement le hurlement strident et continu qui montait d’en bas. Toute la steppe trembla sous les cris de milliards de fourmis, qui hurlaient à l’unisson. Les bêtes soumises s’effondrèrent au sol. Les jeunes et les faibles explosèrent sous l’aura terrifiante de représailles qui montait des profondeurs.
La colonie se réveillait, et elle avait soif de sang.
En moyenne, les insectes étaient plus faibles que les autres bêtes de même niveau. Pourtant, les cultivateurs les craignaient généralement plus que tout autre, au point d’exterminer les ruches et les colonies dès qu’ils les découvraient. La raison en était leur nombre écrasant. Ils atteignaient l’âge adulte bien plus vite que les autres espèces et avaient besoin de moins de ressources. Ce qu’il fallait à une seule Bête céleste pour parvenir à maturité pouvait nourrir une ruche représentant une menace bien plus grande pour une faction.
Un Monarque pouvait être tué si suffisamment d’Hégémons acceptaient d’y laisser la vie. On ne voyait presque jamais cela chez les cultivateurs, mais c’était la méthode habituelle des insectes. C’était exactement ce que Zac avait vu pendant le Pèlerinage de la Foi. Eleani Ano, la première sainte, avait massacré des billions d’insectes de rang inférieur sans transpirer. Et cela n’avait pas suffi. Ils étaient trop nombreux, et elle avait dû sacrifier sa vie pour en venir à bout.
L’unité des races insectoïdes leur conférait parfois un autre avantage : l’harmonisation de leur énergie. Une race entière pouvait être reliée naturellement, à la manière d’un Réseau de guerre. C’était ce qui se passait maintenant. Des vents tumultueux secouaient la région tandis que des milliards de flux convergeaient vers huit endroits précis. Le plus proche était une fourmilière gigantesque, et Zac devina la suite.
La butte explosa, révélant une fourmi bleu cobalt de plus de deux cents mètres de long. Elle n’avait pas d’ailes, contrairement à certaines de ses congénères. En revanche, ses pattes, épaisses et extraordinairement longues, ressemblaient à des piliers enfoncés profondément dans le sol. Couvertes de motifs, elles dégageaient une telle puissance que l’air crépitait autour d’elles.
La fourmi se contenta de se tenir là, et toute la région trembla. Zac retint son souffle, terrifié à l’idée qu’elle tourne la tête vers eux. C’était au moins une Bête empereur de rang C intermédiaire, et d’innombrables serviteurs décuplaient encore sa puissance.
« Prenons ce gros morceau, par exemple, dit Esmeralda sans la moindre inquiétude. Il nous cherche en captant les vibrations. Les ondes ont probablement déjà recouvert la moitié de la steppe. Même l’herbe a été transformée en capteurs. J’aurais du mal à me cacher sous terre. À l’air libre, l’effet est bien, bien pire. »
Zac se rendit compte qu’Esmeralda ne sautait plus d’une tige à l’autre. Elle glissait plutôt entre elles, en prenant soin de ne rien toucher.
« Même toi, tu pourrais éviter de te faire repérer, poursuivit Esmeralda. Mais ce qu’il fait est un piège. »
« Pour forcer le coupable à s’élever dans les airs, où on peut le repérer ? »
« En partie. Ça sert aussi à te faire oublier la vraie recherche, répondit Esmeralda. Les cris. Le son rebondit dans les galeries souterraines et s’amplifie. Quelque part, la reine ou une subordonnée spécialisée interprète les informations pour créer une image parfaite de toute la steppe. Cacher ton aura ne suffira pas à les tromper. Utiliser tes pouvoirs d’annulation se retournerait aussi contre toi : ça créerait une tache extrêmement suspecte sur leur carte. »
« Alors, comment fais-tu pour ne pas te faire repérer ? » demanda Zac.
« Les ondes sonores traversent un espace séparé, ce qui donne l’impression qu’il n’y a rien ici. Ce n’est ni une technique ni une capacité de lignée. J’utilise simplement mon Dao de l’Espace pour modifier les règles de mon environnement. Tu peux obtenir des résultats similaires avec n’importe quel Dao, à condition d’en comprendre suffisamment bien les propriétés », expliqua Esmeralda.
« Ta compréhension actuelle de tes Daos est limitée et se cantonne principalement à ta voie. C’est normal. Tu dois te comprendre toi-même avant de pouvoir comprendre l’univers. Mais n’oublie pas que la connaissance de soi n’est qu’un début. Ensuite, ta maîtrise doit s’étendre. Ton Dao se manifestera en Loi et modifiera les règles fondamentales d’une zone ciblée.
« À terme, ton Dao deviendra un Dao céleste, et ta perception dictera la réalité. »
Esmeralda n’ajouta rien. Zac ignorait pourquoi elle se montrait si franche aujourd’hui. Peut-être cherchait-elle à lui faire oublier la pierre de rang B. Le détour en valait la peine. Une petite hachette apparut devant lui. L’Idole du Porte-Guerre témoignait du chemin qu’il avait parcouru depuis l’intégration. Elle lui rappelait aussi que la quête du Dao était sans fin.
Il ne pouvait pas se reposer sur ses lauriers à cause de ses progrès récents. Son voyage ne faisait que commencer.