Chapitre 1 281
Zac avait emporté trois traqueurs longue portée dans l’épreuve pour retrouver ses compagnons. L’un était l’appareil officiel fourni par l’Empire des morts-vivants pour leur mission. Zac l’avait abandonné dans une zone dangereuse peu après son arrivée. Il avait sans aucun doute été trafiqué, et après la trahison de Kator, hors de question pour Zac de se trimballer ce truc.
L’Anneau spatial de Kator devait contenir une version supérieure, sans pièges cachés. Esmeralda s’employait toujours à déverrouiller le sceau de l’anneau. Le deuxième traqueur lui avait été donné par Tavza, dans l’espoir qu’ils puissent se regrouper avant que Kator ne prenne les commandes. C’était un trésor spécial que seules les lignées supérieures de la Race Draugr pouvaient utiliser, ce qui signifiait que seuls Tavza et lui pouvaient se détecter l’un l’autre.
Le dernier était le trésor de pistage de l’Empire Atwood, partagé entre lui et ses porte-sceaux. C’était ce trésor qui venait de s’activer. Zac avait privilégié la portée plutôt que des fonctions complexes ; impossible, donc, de savoir de qui il s’agissait. De toute façon, peu importait. Zac ne pouvait pas simplement les laisser seuls. La marée de bêtes n’était pas le seul danger à prendre en compte.
Ils se trouvaient dans un domaine mémoriel, et l’identité de son compagnon aurait une grande influence sur le traitement qu’on lui réserverait. Et s’ils y entraient avec la marque d’un soldat de bas rang ? On risquait de les envoyer directement en première ligne comme chair à canon.
De retour à l’intérieur de la Formation naturelle, Zac soupira et se tourna vers Esmeralda. « Désolé. Il faut que j’y aille. »
« Évite juste d’avaler des trésors qui pourraient fuir de l’autre côté. Même de petites fluctuations risquent de perturber l’équilibre », l’exhorta Esmeralda.
« Je ferai attention », promit Zac, tandis que sa moitié humaine s’élançait dans la tempête de sable, à la limite du souvenir.
Zac se retrouva aussitôt au cœur d’une bataille chaotique, cerné par des milliers d’auras puissantes et de violents affrontements. Il lui avait été impossible d’en percevoir quoi que ce soit depuis l’extérieur ; recevoir soudain des informations aussi intenses de toutes parts paralysa ses sens. Il avait l’impression d’avoir pris une grenade aveuglante en pleine figure, mais savait qu’il ne pouvait pas rester sur place.
La bataille se poursuivait au-delà des limites du domaine mémoriel, et ses abords étaient donc l’endroit le plus dangereux. Des attaques et des combattants pouvaient surgir de nulle part, sans le moindre avertissement. Zac activa [Frappeciel] et s’enfonça dans le champ de bataille, écrasant tout sur son passage tout en digérant les informations qui l’assaillaient.
Un cri d’alerte soudain le força à s’arrêter net. Zac pivota sur sa gauche et bloqua la descente d’un épais bâton couvert de runes. Celui-ci était chargé d’une puissance incroyable, assez pour submerger la parade improvisée de Zac et le repousser de quelques pas. Une énorme gueule apparut alors. Les mâchoires se refermèrent sur Zac. Trois rangées de dents tentèrent de le déchiqueter, tandis que sa salive corrosive lui brûlait la peau et qu’un talent de lignée déployait un puissant domaine d’oppression. Il avait failli se faire avaler par un Roi des bêtes de stade avancé. Une créature aussi puissante aurait détonné même au sein d’une marée de rang C, mais la situation ne suffisait pas à faire paniquer Zac.
Zac résista à la morsure broyeuse avec son bras gauche, tout en assénant une série de coups rapides au plafond de la gueule. Les mâchoires étaient l’arme principale de nombreux Rois des bêtes et, de ce fait, incroyablement solides. Malgré tout, elles ne pouvaient résister à des attaques imprégnées de deux Daos terrestres. Chaque entaille s’enfonçait davantage et arrachait des fragments d’os.
Le Roi des bêtes comprit vite qu’il avait avalé une bombe ambulante plutôt qu’une proie, mais il était trop tard pour y faire quoi que ce soit. Trois lianes se précipitèrent dans l’ouverture créée par Zac, qui sentit Haro se déployer avec violence dans tout le corps de la bête. La vie du Roi des bêtes s’éteignit rapidement, son cerveau déchiqueté puis absorbé. Pendant ce temps, sa chair se flétrissait tandis que Haro se repaissait de son essence.
Zac sourit, gagné par la joie que lui transmettait [Symbiose adaptative]. L’Étendue impériale occidentale était une terre aux trésors à plus d’un titre. Les bêtes possédaient toutes des lignées anciennes qui surpassaient de loin tout ce qu’on pouvait trouver dans le Secteur Zecia. Chaque Roi des bêtes était un Trésor naturel ambulant pour une jeune Vigne éventreuse des cieux en pleine croissance.
Au grand regret de Haro, la plupart de ces Trésors naturels lui avaient échappé. Zac ne combattait que lorsqu’il y était obligé, de peur d’attirer une attention gênante. Ce Roi des bêtes de stade avancé était l’un des meilleurs festins que Haro avait eus depuis le début de l’épreuve.
Un nouvel avertissement de danger imminent poussa Zac à écarter les mâchoires et à lancer un trait de lumière hacheur avec [Tranchant de la Nature]. Il bloqua le bâton qui fondait sur lui et permit à Zac de sortir du cadavre de la bête. Son agresseur était un jeune homme dégageant une aura solide de rang D avancé. À en juger par sa tenue, il devait être le jeune maître d’un clan local.
« Espèce de salaud ! Si tu veux mourir, libre à toi, mais tu oses me faire perdre ma contribution ? » jura le guerrier, les yeux fixés sur le Roi des bêtes qui s’effondrait, entre colère et regret.
Zac ricana et laissa davantage de son aura s’exprimer. Il était certes en tort : il avait foncé dans le combat d’un autre, et il savait qu’il n’était pas la cible du premier coup. Mais la deuxième attaque visait clairement à porter le coup de grâce. Celui qui maniait le bâton avait dû comprendre que Zac allait bien et qu’il tuait la bête de l’intérieur, sans s’en soucier le moins du monde.
« Désolé, j’ai reçu un appel de détresse d’un compagnon et j’ai foncé sans réfléchir. Je ne voulais pas te voler ta cible », dit Zac, les yeux brillant d’un éclat menaçant. « Les accidents, ça arrive, pas vrai ? »
« Euh, oui », répondit le guerrier, toute sa bravade envolée après qu’il eut compris que Zac n’avait pas tué la bête par un coup de chance. « Je… Attention ! »
Zac fut surpris de voir un Roi des bêtes de stade initial bondir sur le cadavre de son congénère et se ruer sur lui. Il fut arrêté en plein vol, empalé par une douzaine de lianes sanglantes jaillies de la bête en dessous.
« Qu’est-ce qui leur prend ? » demanda Zac.
Même les Rois des bêtes pouvaient s’emballer pendant une marée, mais ils ne jetaient généralement pas leur vie au vent. Aucune soif de sang n’aurait poussé un Roi des bêtes de stade initial sain d’esprit à s’en prendre ouvertement à quelqu’un qui venait d’abattre sans difficulté un monstre de deux grades supérieurs. Et comme si un seul fou ne suffisait pas, deux autres Rois des bêtes se jetèrent à leur tour dans la mêlée sans se soucier de rien.
« Tu n’as pas entendu ? Ce n’est pas une marée naturelle », expliqua l’homme en écrasant le crâne de la bête d’un coup de bâton. « Un salaud a rendu les bêtes folles. Même les commandants ont perdu la tête. Elles continueront à attaquer jusqu’à ce qu’on les ait toutes tuées. »
« Merci. Je dois retrouver mon compagnon », dit Zac. « Au fait, où as-tu trouvé ce jeton ? »
« T’en ramasses un par terre », répondit l’homme en haussant les épaules. « Il y en a plein partout. »
Zac poursuivit sa route, sans voir l’intérêt de faire toute une histoire de cette embuscade. Quelques instants plus tard, il ramassa un jeton sur le corps d’un cultivateur tombé au combat. Il en avait vu un identique apparaître chaque fois que celui qui maniait le bâton tuait un Roi des bêtes. Zac ne tenait pas particulièrement à gagner des mérites, mais il se dit que ne pas en avoir le ferait remarquer.
Le signal était devenu beaucoup plus clair depuis qu’il avait pénétré dans le domaine mémoriel. Il venait de plus loin, vers l’intérieur. Zac aurait voulu survoler le champ de bataille, mais le chaos rendait cela impossible. Le carnage était d’une violence extrême, et les combattants étaient bien plus nombreux que lors des escarmouches de la guerre intersectorielle.
Zac percevait les fluctuations de dizaines de Monarques et d’Empereurs des bêtes qui s’affrontaient ; des milliers de Hégémons devaient également participer. Les bêtes étant frappées d’une folie artificielle, la ligne de front s’étendait sur des dizaines de kilomètres et était extrêmement chaotique. Des traînées de puissance de rang C tombaient parfois du ciel, semant la dévastation parmi les hommes comme parmi les bêtes.
Il aurait été plus rapide de longer l’arrière jusqu’au signal, mais un périmètre de menaçantes Tours de réseau le fit renoncer à cette idée. La loi militaire était absolue dans l’Empire Sans-Limites, et fuir en pleine bataille relevait de la trahison. Les cultivateurs sans affiliation ne faisaient pas exception. Ils étaient considérés comme réquisitionnés dès qu’ils prenaient part à un combat. Zac n’avait d’autre choix que de se frayer un chemin parmi les bêtes en évitant autant que possible les affrontements de rang C.
Ce n’était pas pour autant que Zac était impuissant dans une telle bataille. Au contraire, sous les Monarques, il était la force combattante la plus puissante, et il laissait derrière lui une traînée de destruction. Sa course effrénée modifiait imperceptiblement le cours de la bataille et lui valait plus d’un regard noir quand il choisissait de tailler sa route à travers des bêtes revendiquées plutôt que de faire un détour.
Il ne fut contraint de s’arrêter que lorsqu’un monstre souterrain ressemblant à un naga jaillit du sol. C’était un Empereur des bêtes qui maniait les Daos du Conflit et des Ténèbres. Dès son apparition, il déploya un immense domaine qui engloutit près d’une centaine de Hégémons. Sa venue créa une brèche massive dans la ligne de front et coupa de fait Zac de sa destination.
Zac jura et recula, repoussant furieusement l’essaim de bêtes qui jaillissait du sol. C’est alors qu’une lance d’acier crépitant d’éclairs bleus tomba du ciel, tel un éclair de Jugement céleste. Son champ de vision fut submergé par une mer de bleu et il activa en urgence [Égide empyréenne]. Juste à temps, avant qu’une onde de choc mêlant foudre et ténèbres ne déferle sur lui.
La compétence défensive de qualité suprême, renforcée par les attributs et les Daos de Zac, résista de justesse à l’explosion. Quand sa vision redevint nette, il ne restait plus trace des guerriers ni de la horde de bêtes. Seul subsistait un lac de sang crépitant, au-dessus duquel flottait un général en armure lumineuse. Il n’éprouvait pas le moindre remords d’avoir sacrifié des dizaines de Hégémons pour porter un coup au naga.
« Continue. Laisse-nous nous occuper des chefs », dit le soldat.
Zac fut soulagé que le Monarque ne lui demande pas son aide. L’Empereur des bêtes était manifestement encore en vie sous la mare de sang, et se faire entraîner dans ce combat était la recette du désastre. Zac s’inclina et repartit avant que le général ne change d’avis. Il avait atteint le centre du champ de bataille, où les combattants étaient presque tous des soldats impériaux.
Leurs rangs ordonnés et leur efficacité meurtrière n’avaient rien à voir avec le chaos du champ de bataille d’où venait Zac. Heureusement, quelques mercenaires puissants combattaient à leurs côtés. Ils lui fournissaient le prétexte dont il avait besoin pour poursuivre sa route jusqu’à trouver ce qu’il cherchait.
Leurs regards se croisèrent et l’aura de Joanna explosa littéralement. Zac aperçut brièvement une silhouette illusoire derrière elle. Un instant, elle lui ressemblait beaucoup. L’instant d’après, c’était la terrible Reine divine au regard chargé de montagnes de cadavres : Indra Eyler. Joanna frappa de sa lance et une mer de destruction déferla. L’attaque creusa une tranchée immense, qui mit un certain temps à se remplir de nouvelles bêtes.
Son aura persistante submergea la folie qui tenait la marée de bêtes sous son emprise, déclenchant chez elles l’instinct de fuite ou de combat. Zac profita de cette ouverture pour s’envoler vers elle, mais un légionnaire de rang D suprême lui barra la route.
« Halte », lança le soldat, prêt à abattre Zac sur-le-champ s’il faisait un pas de plus.
« C’est mon frère juré », dit Joanna.
Le regard du guerrier changea radicalement et il s’écarta aussitôt. Zac rejoignit Joanna, jetant un coup d’œil curieux à la troupe d’élites qui formait un périmètre défensif. Quelle identité fallait-il avoir pour être traité ainsi ? L’examiner ne lui donna aucun indice. Elle avait l’air comme d’habitude, et il ne voyait aucune marque sur sa main.
« Tu as réussi », dit Joanna en souriant.
« J’ai réussi à m’en tirer, je ne sais trop comment », répondit Zac en riant. « J’aurais dû me douter que je te trouverais au beau milieu d’un champ de bataille. Je suis content que tu ailles bien. »
« Aller bien » était exagéré, mais Joanna n’était pas plus mal en point que d’habitude. Ses blessures ne la ralentiraient pas. Plus elle était couverte de sang, plus ses ennemis allaient le regretter. Des volutes d’aura maléfique tourbillonnaient autour de sa lance, que sa Foi transformait en armes meurtrières.
« Je n’ai jamais été aussi en forme », dit Joanna. « On devrait en avoir fini d’ici un jour ou deux. Finissons-en avant de discuter ? »
Le bruissement des lianes dansantes ajouta un vote en faveur du combat. Zac contempla le champ de bataille, puis acquiesça lentement. Depuis son arrivée dans l’épreuve, il avait tué quantité de Rois des bêtes et de plantes hostiles, mais il s’agissait presque toujours d’exécutions rapides suivies d’une fuite. Un combat prolongé contre une marée de bêtes maîtrisée était l’occasion idéale de mettre son Noyau cosmique à l’épreuve.
Il voulait aussi savoir qui avait déclenché la marée, et pourquoi. La bataille pouvait bel et bien être liée à un trésor. Zac griffonna un mot, qui disparut dans un éclair.
« Comme au bon vieux temps, hein ? »
« L’autre côté est stable. Ils ne feront que combattre des bêtes pendant toute la journée de demain », confirma Zac.
« Parfait, nous tombons à pic. Je crois comprendre à quoi nous avons affaire », dit Esmeralda. « Il ne devrait rester qu’une couche avant que nous puissions entrer. Attends. Ça risque d’être douloureux. »
Zac rassembla ses pensées et lui fit signe de commencer. La fontaine vacilla, mais ne disparut pas. Ce fut la conscience de Zac qui se sentit repoussée. Les brumes alentour s’écartèrent, dévoilant une vaste capitale bâtie d’argent et de vert. Les édifices de métal et la nature vivaient en harmonie entre eux et avec le Cosmos. La ville prospérait, auréolée d’une lumière qui promettait un avenir radieux.
Zac observa d’abord par intérêt, puis parce qu’il n’avait pas le choix. Des fragments de son esprit furent entraînés dans toutes les directions, formant un réseau qui traversait les quartiers et les manoirs. Ils allaient toujours plus loin, bien au-delà de ce dont Zac aurait dû être capable. La capitale n’était que le début. La Formation exigeait de Zac qu’il assiste au spectacle d’une civilisation entière.
La quantité d’informations le submergea. L’âme de Zac peinait à tout assimiler, mais cela devenait vite insupportable. Le ciel s’assombrit au-dessus du petit royaume au moment même où Zac crut ne plus pouvoir tenir. Une énorme griffe descendit des cieux, ses trois serres vibrant d’une puissance absolue. Le destin fut tranché et la vision s’effondra.
Zac gémit en comprenant qu’il était de retour dans son propre corps, étendu par terre, Esmeralda à ses côtés.
« Nous y sommes », haleta Esmeralda, qui ressemblait à une figurine de cire à moitié fondue.
Zac se remit debout en titubant et regarda autour de lui. Ils se trouvaient toujours sur la place octogonale. Ou plutôt, sur une place semblable à celle de la couche précédente. La fontaine avait été remplacée par les décombres d’une grande statue. Des morceaux de métal rouillé formaient une montagne qui s’élevait à plus de huit cents mètres. À son sommet reposait une tête colossale, qui ne ressemblait à aucune race que Zac eût jamais vue.
Elle n’avait aucun trait discernable, seulement un ensemble d’arêtes complexes dessinant un motif vertigineux. On pouvait à peine la considérer comme humanoïde. Et pourtant, quelque chose en elle exprimait un chagrin si profond qu’une larme coula sur la joue de Zac.
Le seul autre élément intact était un bras qui dépassait des décombres. Il semblait avoir tenu quelque chose, mais l’objet avait disparu. Malgré tout, la main dégageait un profond mystère. Elle lui faisait le même effet que la colline à l’extérieur : c’était le centre de l’univers, parfaitement aligné et exactement à sa place.
« Qu’est-ce que c’était ? » demanda Zac après avoir avalé une gorgée d’eau.
« La deuxième couche. Un réseau de destin, j’imagine ? » marmonna Esmeralda en regardant autour d’elle. Son regard s’assombrit lorsqu’il se posa sur la main de la statue. « Je le savais, bande de bons à rien frivoles ! Gaspiller un Trésor natal comme ça ! »
« Qu’est-ce qui se passe ? demanda Zac. Tu sais qui étaient ces gens ? »
« Aucune idée », soupira Esmeralda, comme si elle venait de perdre sa maison sur un pari. « Je dirais qu’il s’agissait d’une race mineure de première ou de deuxième génération. »
« Les premiers à être apparus après les Primordiaux ? Pourquoi y aurait-il des ruines à leur nom ici ? »
« Où voudrais-tu qu’elles se trouvent ? Les Cieux primordiaux étaient le berceau des civilisations. D’innombrables races avaient déjà vu le jour et disparu lorsque l’Empire Sans-Limites était arrivé et avait unifié l’Étendue impériale occidentale. »
« Tu as aussi vu la griffe à la fin ? » demanda Zac. Elle acquiesça. « Ça aurait pu être un Primordial ? »
« J’en doute. Elle n’avait pas l’oppression innée qu’on aurait ressentie chez un Primordial. C’était probablement une Existence innée de deuxième génération. »
Zac jeta un coup d’œil à l’expression presque boudeuse d’Esmeralda, puis secoua la tête en regardant autour de lui. « Il n’y a pas de trésor, c’est ça ? »
« Seulement son souvenir. Quel dommage. »
« La bête l’a emporté ? »
« Soit ça, soit il a volé en éclats pendant la lutte, répondit Esmeralda. Ça devait être un Trésor natal qui renfermait du Destin cosmique cristallisé. C’est le genre de trésor qui ferait bouger même des Suprématies chevronnées, mais ces imbéciles l’ont détruit ! Ils ont dû le mélanger à quelque chose pour laisser une trace aussi étrange. Une prière, peut-être ? Ou alors un ensemble de commandements ? »
Zac ne comprenait pas vraiment ce qu’Esmeralda racontait, hormis qu’il n’y avait pas de trésor. Il pouvait aussi sentir qu’il ne restait pas la moindre parcelle de Destin sur la place. Le monde semblait fané, privé de tout avenir. « Alors, on part ? »
« Non. Le Trésor natal a disparu, mais son souvenir peut servir. Le dissiper devrait faire beaucoup de bien à ton Cœur du Dao. »
« Ah ? » Zac se redressa, soudain attentif.
Le Cœur avait été le point faible de Zac lors de l’épreuve du Pèlerinage, dans les Ruines d’Ensolus. Il avait réussi les quatre autres tests avec des notes exceptionnelles, mais n’avait passé le Pèlerinage du Cœur qu’au prix d’un cheveu. Il avait dépensé la majeure partie de ses points de Templier à tremper son Cœur, mais celui-ci était encore loin d’égaler son Âme et son Corps.
Le Cœur était une pierre brute que l’on polissait lentement au fil de la vie. On pouvait accélérer ce processus avec un Manuel de nutrition du Cœur, mais les progrès rapides étaient extrêmement rares. Zac n’avait jamais entendu parler de trésors capables de renforcer le Cœur. Il existait des occasions spéciales, comme les appareils illusoires utilisés par les Templiers, mais leur efficacité déclinait vite.
« Il y a autre chose que je devrais savoir ? » demanda Zac pour s’en assurer.
« Euh, eh bien… » Esmeralda hésita, éveillant la méfiance de Zac.
« Accouche. »
« Ce n’est rien ! Sauf que… les objets qui renferment du Destin peuvent être capricieux, et ces imbéciles s’en sont servis pour renforcer la providence de leur race. La destruction de la statue aurait dû déclencher un terrible contrecoup. Ça ne devrait pas t’affecter, mais tu pourrais être frappé par la malchance en absorbant l’énergie résiduelle. »
« Ça ne devrait pas ? Je pourrais ? » Zac fixa Esmeralda, qui leva les mains au ciel.
« Je n’en sais rien, d’accord ? Le Destin de ces gens a disparu depuis longtemps et le trésor était lié à leur race. Seuls eux auraient subi un véritable malheur, mais tu pourrais en ressentir un écho. »
« Donc, plutôt une sorte de retombée », réfléchit Zac. « Enfin, j’ai pas mal de chance. Je devrais pouvoir gérer ça. »
Le risque en valait la peine. Zac sortit une note et avertit son autre moitié. Il regrettait de lui causer encore des ennuis, mais son côté humain comprendrait. Impossible de laisser passer une occasion pareille. La main en harmonie avec le cosmos avait de bonnes chances de résoudre l’un des principaux obstacles qu’il rencontrait avec [Apothéose de l’Empereur du Vide].
Il était temps d’intégrer officiellement la nutrition du Cœur à son système de cultivation.