Chapitre 1 263
Avait-il oublié la grandeur du don d’Ultom, au cours de la décennie écoulée depuis qu’il avait revendiqué un sceau pour la dernière fois ? Ou était-ce la différence entre achever le tableau et confirmer son destin lors de l’épreuve de la quête de la Flamme ? Cinq lignes d’illumination flottaient à présent dans son âme, contre les trois qu’il avait saisies lors des épreuves précédentes.
Aucune de ces explications ne suffisait à rendre compte de la profonde lucidité que ressentait Zac. Il comprit qu’elle était le seul avantage que lui procurait sa situation désespérée. Empereur du Vide ou non, Zac restait un mortel qui trouvait les réponses à sa voie en marchant sur le fil du rasoir entre la vie et la mort. Rien n’avait changé depuis les premières années de son périple, quand il avait arraché de quoi survivre au cœur des combats.
À mesure qu’on gravissait les rangs, il devenait presque impossible de progresser en plein combat, comme le prouvait sa situation actuelle. Pourtant, Zac avait toujours recueilli la plupart de ses révélations lorsqu’il était dos au mur. Son esprit était à présent contraint de retrouver cet instinct de survie primitif qui lui permettait de briser les chaînes de sa mortalité. De ce point de vue, il était en bien meilleur état que lorsqu’il avait récupéré le troisième fragment dans les Ruines d’Ensolus.
De plus, ses fondations théoriques étaient à des années-lumière de celles qu’il avait lorsqu’il cherchait des solutions pour son Noyau cosmique. Les Quatre Lois n’étaient alors qu’un concept lointain, dont il n’avait entendu parler qu’en passant. Aujourd’hui, son corps renaissait à leur image, et on trouvait encore des échos des Quatre Désolations dans chaque recoin de son être. Cela lui en apprenait davantage sur la nature des Lois que des siècles de méditation.
Zac avait même l’impression de mieux saisir la nature du Destin à travers le conflit entre la Tribulation et la Foi impériale. En voyant l’éclair pâle avancer lentement vers lui, il comprit une parcelle d’un indice essentiel sur l’Éternel et les plans de Laondio Evrodok. À contrecœur, il mit cette piste de côté, étouffant les murmures de lucidité pour réfléchir à la suite.
Il passa une décennie de lutte au filtre de son objectif et observa son corps d’un œil neuf. Il avait ses buts, et Ultom lui montrerait la voie. Le Vide et le Dao circulaient dans ses corps, qui atteignaient les limites mêmes de leur constitution pour résister à la menace conjuguée de Kator et de la tribulation. Zac s’arrêta brièvement sur le[Lien de solidarité]et le sablier qui en maintenait la connexion, puis poursuivit son examen. Son cœur s’apaisait à mesure que des réponses venaient éclairer des questions qu’il ne s’était même pas posées.
Zac suivit les chemins de destruction que la foudre avait tracés dans ses membres et son torse. Des ouragans dorés insufflaient obstinément une nouvelle Vie à ses cellules flétries, tandis que des étangs abyssaux scellaient les dégâts avec la Mort. Poussé par des raisons qui lui échappaient, Zac tendit sa conscience et s’enfonça plus profondément que jamais. Une résistance féroce finit par le repousser, mais pas avant qu’il ait entrevu les réalités au-delà.
Lorsqu’il se tourna vers son Espace quantique, Zac contempla les dégâts avec tristesse. La deuxième tribulation ne lui avait pas coûté autant que l’ignition et la maîtrise de son noyau, mais il avait tout de même perdu plus de 15 % de celui-ci. Sans compter l’énergie dépensée pour canaliser ses techniques. Les débris qui avaient survécu et que les Quatre Désolations avaient trempés ne lui seraient guère utiles non plus, puisqu’il devrait ajouter de nouveaux matériaux au cours de l’amélioration. Les imperfections qui en résulteraient annuleraient tous les avantages actuels.
Cette perte avait tout de même un petit côté positif. L’espace temporaire où s’effectuaient les améliorations du noyau avait été submergé par les Lois. Une transformation fondamentale était en cours, et Zac sentit une aura familière à travers quelques fissures calcinées. Son esprit s’ébranla, et la dernière pièce du puzzle se mit en place. Était-ce possible ?
Le plus grand regret de Zac était d’avoir gaspillé l’occasion unique de sa révélation finale à survivre, plutôt qu’à progresser. Il croyait désormais que les deux ne faisaient qu’un. À la suite de cette étincelle de génie, des centaines d’impressions surgirent des profondeurs de son subconscient. Même des souvenirs enfouis et des expériences que son esprit n’avait pas réussi à retenir lui revinrent en cascade, les uns après les autres. Les vérités fondamentales qu’il avait aperçues dans les yeux de l’Éternel et dans le soleil de Starclad se mêlèrent aux enseignements de Rava. L’immense majesté de la Montagne du Vide se confronta à cinq parcelles de Chaos. Les moments qui avaient défini sa vie convergèrent, jusqu’à l’affrontement de deux mers.
Zac entendit le soupir de Laondio résonner dans son esprit. Tout semblait si clair qu’il crut presque que l’Empereur Sans-Limites était revenu et qu’il ne se contentait pas de se rappeler le dernier éclair du Trône de la Tribulation. Celui-ci l’avait poussé à choisir un camp : Foi impériale ou Destin cosmique. À l’époque, il n’avait pas vraiment compris ce qu’il avait fait en choisissant sa propre voie.
Même les cinq lumières chatoyantes dans son esprit ne pouvaient répondre à cette question, mais la route qu’il avait choisie ne lui semblait plus dissimulée sous un brouillard opaque. À mesure que le passé se précisait, le chemin vers l’avenir devenait plus solide. Chaque impression formait une brique sur le pont qui s’étendait dans les ténèbres.
Dao, Loi, Destin. Corps, Cœur, Âme. Rien n’était supérieur ni inférieur. Tout était lié, chaque élément dépendant des autres.
La[Sublimation Vajra du Vide]fut disséquée et confrontée à ses souvenirs d’Eoz, ainsi qu’aux fragments de l’Héritage Draugr qu’on lui avait transmis. Même les chapitres de la[Domination stellaire]qu’il avait déduits alors qu’il était coincé dans le Coffre-fort de Polaris contribuèrent à apporter stabilité et croissance durables. Cette fusion fut comparée et mise en relation avec le[Chapitre des Mille Lumières]et les méthodes de nutrition du Cœur de l’Ordre du Calice empyréen.
Zac savait qu’il se montrait avide en voulant tout saisir d’un coup. Mais une telle ambition était le seul moyen d’ouvrir sa Voie du Vide. Comme pour le Chaos, certaines choses ne pouvaient se matérialiser que lorsque toutes les conditions étaient réunies. La réponse qu’il cherchait ne pouvait laisser de côté le moindre aspect, du moins à ce stade. Malheureusement, cela signifiait qu’il ne trouverait pas de réponse complète aujourd’hui. Il lui faudrait des centaines, voire des milliers de traits de lumière pour combiner tous ces fils avec ses fondations lacunaires et le temps dont il disposait.
Quatre lumières suffisaient à peine à lui indiquer la direction à prendre. La cinquième n’ajouterait rien ; Zac avait besoin qu’Ultom lui fournisse autre chose. Il tira de toutes ses forces, arrachant la dernière traînée de vérité immaculée à son Ouverture de l’âme pour la faire passer dans son corps Draugr. Elle fut broyée et dispersée, sa lumière insondable se déversant dans les innombrables soleils cachés au cœur de ses cellules.
La dernière lumière d’Ultom consumée, l’esprit de Zac commença à s’apaiser. Il savait que la seconde suivante déciderait de tout, tandis que le temps reprenait peu à peu son cours : la vie ou la mort, le génie ou la folie. Le troisième éclair acheva son parcours, et une foudre furieuse se lança dans une compétition avec le blanc sans limites pour déterminer qui détruirait le corps de Zac le plus vite.
Zac s’accrocha de toutes ses forces, autant à son intégrité physique qu’à l’idée vaste qui venait de naître : la méthode unificatrice, somme de son existence. Les soleils miniatures étaient essentiels à sa survie. En avalant l’une des traînées de lumière d’Ultom, il les avait fait renaître et transformés en projecteurs éblouissants qui maintenaient son corps ancré au cœur de la tempête.
S’appuyant sur cette stabilité profonde, Zac étendit sa volonté jusqu’au sigil transmis par le Système, qui le reliait au réseau moribond de la Foi impériale. Il tira de toutes ses forces, et une série de vortex s’ouvrirent dans toute la base du Centurion. Ils firent fi des distances immenses et de l’instabilité spatiale pour absorber les trésors restants et la Foi impériale, comme lorsqu’il avait fait progresser sa lignée.
Zac ne s’arrêta pas là. Des centaines de petites entailles apparurent sur tout son corps et engloutirent des morceaux de foudre imprégnée de Loi. Il aurait pu faire de même avec ses cellules, mais cela ne ferait que lui nuire. Le rejet fut instantané. Zac avait l’impression d’être une cocotte-minute prête à exploser, tandis que la foudre, la foi et ce mélange tumultueux d’énergies s’échappaient de ses cellules.
Elles venaient des profondeurs des Étangs abyssaux, du fond de ses ouragans dorés. Il aurait déjà explosé si les soleils ne maintenaient pas le tout en place, mais Zac sentait qu’il approchait rapidement de ses limites. Il n’avait pas d’autre choix. Il devait se servir de sa lignée comme d’un filtre pour combiner un assortiment discordant de concepts et les lier à sa mission.
Cette fois, Kator ne recula pas, malgré la chute de la troisième tribulation. La main tendue vers le sceau désormais disparu se referma en un poing, chargé de la fureur et du désespoir de Kator. Elle s’enfonça dans la colonne de foudre qui entourait Zac, puis, guidée par l’Intention meurtrière et la folie, fonça vers sa tête. Zac l’esquiva de justesse, mais une brûlure cuisante le saisit tandis que le poing lui arrachait la peau sur tout le côté gauche du visage.
La vision de Zac se dédoubla lorsque le reaver massif enchaîna son coup en lui fracassant brutalement le crâne cuirassé contre le sien. Le nez de Zac se brisa et s’enfonça presque dans son crâne. Il s’aida de la douleur aiguë pour reprendre ses esprits ; un avertissement hurlant le mit en garde contre le danger et aiguisa encore davantage sa vigilance. Kator avait fait apparaître une autre Chambre temporelle, bien décidé à les y enfermer tous les deux.
Kator mourrait sans doute du contrecoup s’il quittait le cours du temps à ce stade. Zac, lui, ne survivrait certainement pas. Et pourtant, il ne tenta pas de se dégager de l’étreinte étau de Kator. Zac prit le Dao, la Loi et le Destin mêlés, puis les fit circuler selon le schéma qu’il avait échangé contre quatre traînées d’illumination.
Soudain, ce fut comme si ses deux corps n’en formaient plus qu’un : un déva à quatre bras, dont chacun adoptait un mudra distinct. Les Cieux et la Terre se rejoignirent, et Zac devint le pont. Le chaos s’interrompit. Même le ciel tumultueux se tut, suspendant son désir de destruction. Le cosmos devint le témoin silencieux de l’aura primordiale qui s’éveillait. La véritable aura de l’Empereur du Vide se déploya pleinement, défiant les Cieux et les trajectoires qu’ils imposaient.
Zac aperçut une version de lui-même debout derrière le voile, de l’autre côté du miroir. Il tendit la main, et le Vide lui répondit. Le miroir se brisa, donnant naissance à une singularité. Le Dao s’effondra, la Loi se dénoua et le Destin fut réécrit. Un vortex crépitant de foudre et brûlant des flammes du destin s’ouvrit, et les deux ennemis enlacés dans une étreinte mortelle sombrèrent dans les ténèbres.
Le Ciel blanc s’effaça, ayant perdu le lien avec son maître. Ce fut comme si le cosmos relâchait le souffle qu’il avait retenu, et des os s’abattirent lorsque l’ouragan perdit son élan. Depuis sa position au sommet du Réseau de formation du Noyau, Zac observa le tout, supportant sa faiblesse tandis qu’il attendait que la connexion se rétablisse.
Il jeta un coup d’œil vers un recoin caché de la réalité et ricana en le voyant se vider. On aurait dit que son public en avait assez vu.
« Tu… » souffla Ogras en apparaissant à côté de la moitié humaine de Zac.
Le démon était couvert de blessures qui vacillaient dans les ombres. Son aura était faible, mais stable. Il semblait essayer de reconstituer la chair qui lui manquait en transformant ses blessures en illusions, mais le Dao hostile résistait farouchement. Emily était dans un état encore pire ; agrippée aux murs de la salle de contrôle, elle se penchait pour voir si tout allait bien.
« Ça va, pour l’instant. Il en reste un. » Zac hocha la tête vers le ciel, puis sortit une autre poignée de pilules et de trésors.
Trouver une voie pour aller de l’avant ne réglait pas magiquement tous ses problèmes, et il ne pouvait pas se contenter d’attendre que le Lien quantique se stabilise. Les Cieux étaient sortis de leur silence stupéfait et rugissaient déjà de fureur, leur punition ayant été arrachée à leur domaine. Zac devait effectuer les réparations de fortune possibles pour se préparer au quatrième et dernier éclair.
« Encore un ? Depuis quand… » marmonna Ogras, perplexe, avant de secouer la tête. « Laisse tomber. Cette dimension va bientôt voler en éclats. Galau coordonne avec Carl et Jaol pour évacuer tout le monde. Et toi ? Le reaver ? »
« Il ne nous suivra pas. » Zac acquiesça, la détermination dans le regard, tandis que la connexion se rétablissait.
Dans un espace au-delà de l’espace, l’affrontement avait repris de plus belle. Zac abattait furieusement sa hache sur Kator, qui faiblissait et laissait s’écouler corruption et Dao comme une passoire. Leurs collisions produisaient des sons étouffés, comme s’ils se battaient sous l’eau, et l’impression d’observer le Dao depuis l’extérieur n’en était que renforcée.
La réalité était bien plus complexe. Des nuages tourbillonnants d’énergies touchées par le Vide et assez de débris pour rebâtir une civilisation flottaient tout autour d’eux. C’était le Royaume du Vide caché dont Zac avait toujours su l’existence, sans parvenir à le trouver avant aujourd’hui. Et pour cause : Zac savait qu’il était trop tôt, mais il avait tout de même forcé l’ouverture d’un passage vers un royaume qui n’aurait pas dû exister.
L’apparence actuelle du Royaume du Vide avait été matérialisée par le Destin et stabilisée par la Loi. Elle dépendait aussi de l’espace temporaire où s’effectuait la Formation de son Noyau. Ce royaume durerait jusqu’à la fin de sa percée, tout au plus ; il s’effondrerait très probablement bien avant. Ensuite, il redeviendrait inaccessible. Mais avant cela, Zac devait en finir.
Kator avait d’abord perdu le sceau, puis son atout, car le Ciel blanc ne l’avait pas suivi dans le Royaume du Vide. La Chambre temporelle qu’il avait tenté d’ériger en dernier recours s’était effondrée avant même de pouvoir se stabiliser. Il avait également perdu son lien avec les Cieux, ce qui l’avait fait perdre la guerre contre les Quatre Désolations. Même le Dao mort du Plan perdu abandonna le navire, tandis que tous les os noircissaient avant de disparaître.
Zac s’en sortait bien mieux. En utilisant la tribulation pour stabiliser le Royaume du Vide, il avait évité plus de la moitié de la punition. Son autre moitié, humaine, s’occupait du reste et avait commencé à se servir de l’empreinte de la[Montagne du Vide]pour effacer des pans entiers de foudre. Il n’avait aucune raison de s’en priver, puisque de grandes quantités d’Énergie du Vide se déversaient dans son corps Draugr depuis les alentours. Était-ce donc cela, être cultivateur ?
Contre toute attente, Kator se battit avec acharnement, sans céder un pouce de terrain. Mais sa détermination ne put vaincre son destin. Son attaque accélérée dans le temps s’interrompit lorsqu’une partie de son épaule droite disparut. Kator tenta de se reprendre en écrasant son adversaire avec son bouclier, mais Alea l’entrava avant qu’il ne puisse pivoter.
Zac vit l’occasion et la saisit.[Dualité de la Mort] s’abattit, apportant avec elle l’inéluctable finalité incarnée par sa voie. Le tranchant anthracite mordit l’épaule de Kator, à l’endroit même où il avait perdu un combat contre les Quatre Désolations. Une douleur fulgurante se transmit à Zac par le lien qui l’unissait à Alea. En déchirant le corps de Kator, elle devait elle aussi affronter le Courroux du Ciel qui y était logé. Sa souffrance dissipa les dernières hésitations de Zac, qui força encore davantage.
Un claquement distordu résonna dans le royaume tandis que Kator était coupé en deux. La hache de Zac avait tracé une diagonale à travers ses os, son Noyau cosmique et le système nerveux central qui commandait les muscles filandreux cachés sous sa cuirasse osseuse. De grandes quantités d’énergie se déversèrent dans les ténèbres, accompagnées d’arcs erratiques de foudre désorientée.
Les os de Kator s’effacèrent, et Zac sentit son aura décliner rapidement. Chez les hégémons, être coupé en deux ne signifiait pas nécessairement la fin d’un combat : beaucoup pouvaient survivre à bien pire. Mais ce n’était pas le cas de Kator. Son âme avait été pratiquement scindée en deux lorsque sa carapace osseuse avait été détruite, et il n’était plus capable de résister aux Lois. Le combat était terminé.
Zac sentit une bande de douleur à l’endroit correspondant à la blessure de Kator, un dernier cadeau du[Lien de solidarité]à l’agonie. Il riposta furieusement à l’aide de ses lignées et du Vide, puis se tourna vers le sablier. Sachant que le moment était venu, il mobilisa une nouvelle fois sa lignée. Il avait déjà épuisé presque toute la lumière stellaire, mais il en restait juste assez pour former un petit vortex au-dessus du trésor d’Esmeralda.
Le sablier disparut l’instant d’après, et Zac sentit au loin une fugace distorsion temporelle lorsqu’il fut déposé dans un recoin aléatoire du Royaume du Vide. Zac le laissa là et se concentra sur le[Lien de solidarité], qui se désagrégeait sous ses yeux. Au tout dernier moment, il imprégna le sigil en ruine de l’empreinte de la[Montagne du Vide]et bloqua une ultime onde de choc. Le sigil disparut, et les souffrances de Zac commencèrent aussitôt à s’atténuer.
Le trésor d’Esmeralda, si tant est qu’on puisse l’appeler ainsi, avait remonté le temps à plusieurs reprises. Malgré cela, les échos des dégâts refusaient de s’effacer complètement. Entre le transfert des Quatre Désolations et les tentatives répétées de Kator pour trancher la connexion, le lien survivait depuis un moment déjà à crédit. Le reaver mourant soupira, et Zac se tourna vers Kator, le regard chargé d’émotions contradictoires.
« Ne me regarde pas comme ça, Draugr. Je n’ai pas besoin de ta pitié », haleta Kator. Sa voix était creuse, et des morceaux de son corps disparaissaient.
« Tu aurais dû retrouver tes esprits quand je t’en ai donné l’occasion. La situation était encore rattrapable », dit Zac.
« Raconte-toi ça si ça te réconforte », ricana Kator. « Au fond de toi, tu devrais savoir que c’est faux. Tout nous menait à cet instant depuis notre rencontre. Il ne peut y avoir deux tigres sur la montagne. Ta simple existence empoisonne ma voie. Je ne sais pas pourquoi. Pour éviter ce dénouement, il aurait fallu que l’un de nous fasse marche arrière, qu’il cède à sa nature. Voilà le choix que nous avons fait. »
« Notre rancune nous appartient. Je ne la retournerai pas contre la Phalange du Ciel blanc, tant qu’elle en fera autant », soupira Zac.
« Qu’est-ce que ça peut me faire ? Je ne suis le pion de personne. J’ai vécu jusqu’au bout pour mon rêve », dit Kator. Il tendit la main vers le ciel et prononça ses derniers mots dans un souffle avant de s’effondrer. « À un pouce près, j’aurais vaincu le courant. »