Chapitre 1 262
L’octogone avait déjà dû encaisser l’assaut d’une Dimension du dieu étranger et la pression croissante du Ciel. Comme Zac s’était emparé de ce qui restait de la Foi impériale, celle-ci n’était plus que l’ombre de sa gloire passée. L’aura colossale du dragon d’os avait déjà poussé ses limites, et celles-ci furent complètement franchies lorsque le bourbier temporel de Kator se répandit dans la salle.
Le sol céda, révélant un gouffre qui semblait sans fond. Les murs et le plafond suivirent, et une pluie de gravats s’abattit sur les structures flottantes. Seule la flèche et les salles de contrôle subsistèrent, maintenues en l’air par des mécanismes cachés. Les Réseaux de formation du Noyau n’avaient pas cette fonction, et Zac sortit deux de ses Trésors volants pour les empêcher de sombrer dans les profondeurs.
Zac n’eut d’autre choix que de rester en arrière. S’il franchissait le domaine protecteur de la Foi impériale autour de la flèche avec l’un ou l’autre de ses corps, il s’exposerait à la véritable puissance du Courroux du Ciel. À travers le trou grand comme une capitale, déchiré par la Dimension du dieu étranger, il put enfin voir toute la situation à l’extérieur. Le ciel aurait pu être une mer déchaînée, composée du plus noir des ichors. Les nuages de tribulation étaient extrêmement instables, comme s’ils se dévoraient eux-mêmes.
Les mers se soulevaient, et la pression diminuait tandis que, très loin, des forces à vous glacer le sang se déchaînaient. Son plan fonctionnait-il ? Zac avait concentré ses efforts sur le siphonnage de la Foi impériale de la Chambre de l’Ascension, espérant ainsi perturber la Confirmation du Dao du pape. À en juger par la brusque montée en puissance de sa tribulation, le résultat dépassait ses attentes.
En contrepartie, sa propre tribulation avait ralenti après la redirection du Courroux du Ciel. Zac n’avait pas été oublié, mais la lente accumulation l’obligerait à attendre encore un moment avant l’arrivée du troisième éclair. C’était comme si les nuages de tribulation prêtaient main-forte à Kator. Zac ne serait pas contre une conclusion rapide, mais il s’en sortait manifestement bien mieux que son adversaire face aux Quatre Désolations.
Les cieux n’étaient pas les seuls dangers à rôder hors de la chaleur réconfortante de la Foi impériale. La corruption ambiante avait connu une ascension fulgurante depuis leur fuite dans l’octogone. Dans la guerre entre l’Étoile du Centurion et le Plan perdu, ce dernier prenait l’avantage. Au moins les deux tiers des innombrables déchirures au-dehors laissaient suinter de la corruption plutôt que de la lumière stellaire.
Un brouillard dense empêchait Zac de voir les Gardiens éternels et leurs proies. Leur combat se poursuivait néanmoins. Des éruptions lointaines l’ébranlèrent jusqu’au plus profond de lui-même. Il pria pour que le déséquilibre entre lumière et ténèbres au-dehors ne reflète pas leur combat, car il ne pouvait rien faire pour eux à ce stade. Même s’il l’avait pu, il avait déjà fort à faire.
Les mâchoires du dragon s’ouvrirent sur un hurlement silencieux, libérant un souffle virulent chargé des Daos mêlés et de la corruption de Kator. Le dragon comme le bourbier ressemblaient à Kator : tous avaient changé après avoir absorbé trop de brume violette. La scène rappela à Zac l’époque où les vestiges ravageaient son corps, même s’il restait à voir si Kator pourrait se remettre de son contact avec la folie ancestrale.
Zac était différent de Kator, qui avait bénéficié d’une année de préparation et de convalescence. Son corps était en piteux état, et la deuxième tribulation n’avait toujours pas été expulsée de son Noyau cosmique. Heureusement, il n’était pas seul. Une immense colonne de lumière solaire déchira la folie. Elle dégageait la chaleur brûlante du plein été, dissipant les ténèbres et asséchant le marécage.
L’attaque intercepta le souffle du dragon. Elle fut loin de parvenir à l’arrêter net, mais réussit à épuiser une partie de son énergie écrasante. Sa radiance fit également projeter au bourbier un nouvel ensemble d’ombres, qui s’agitèrent dès leur apparition. Elles scintillèrent et devinrent illusoires, transformant en illusion le domaine bien réel qui les projetait. Les efforts conjugués d’Emily et d’Ogras ne suffirent pas à perturber le domaine oppressif, mais chaque contribution comptait. La pression extérieure sur lui ayant diminué, Zac puisa de nouveau dans l’énergie pure qui s’infiltrait dans son espace quantique. Une partie servait déjà à résister à la tribulation. Il en arracha encore davantage à l’écoutille ouverte pour alimenter ses compétences.
Les options de Zac étaient limitées : près de la moitié de ses Fractales de compétence étaient trop endommagées pour fonctionner. Du côté draugr, ses pertes les plus lourdes étaient[Œil de la Désolation]et[Arbitre des Abysses]. Heureusement, Kator devait probablement être soumis aux mêmes restrictions, puisqu’il n’avait activé que deux de ses compétences, en plus de ses Os miraculeux.
Activer[Exposants profanes]était prioritaire. La compétence fonctionna à peine, et le désaccord entre les énergies provoqua une nouvelle série de fissures. Une jungle foisonnante jaillit au même instant, enserrant Kator et sa créature dans une étreinte violente. Le marécage résista farouchement à leur croissance, mais les nouvelles ombres projetées par les jeunes arbres se sacrifièrent pour permettre à la Vie de s’étendre librement. Enfin, un voile épais se répandit entre les arbres, tandis que[Champs du désespoir]ajoutait une nouvelle couche de confusion.
Les compétences ne pouvaient pas faire grand-chose contre le dragon. La créature colossale était telle le roi de la jungle, et un couloir d’arbres fut réduit en cendres tandis que son souffle se rapprochait de Zac. Chaque perte déclenchait une riposte farouche de lumière de hache, et le souffle de corrosion mortelle avait perdu la moitié de sa puissance lorsqu’il atteignit le cercueil défensif des[Exposants profanes].
Bien qu’affaibli, le souffle provenait toujours de l’une des compétences emblématiques de Kator et était alimenté par le Dao de la Mort. La compétence défensive de Zac se couvrit de fissures après avoir bloqué l’attaque, et un os acéré la transperça. C’était un coup de fouet de la queue démesurée du dragon, qui frappait vers l’avant comme celle d’un scorpion. Mais elle ne trouva que du vide en tentant de le tuer. Zac avait déjà pénétré dans l’un des arbres pour se téléporter ailleurs. Utiliser cette téléportation avec son corps draugr ne posait aucun problème, hormis le contact désagréable de la Vie.
Un essaim d’ombres s’éleva pour entraver le dragon, tandis qu’une salamandre flamboyante, grande comme un Roi des bêtes, surgissait du sous-bois épais. Derrière elle se dressait un totem aussi haut qu’un gratte-ciel, qui renforçait la Vie et réprimait la Mort. Le duo apparut même en personne, déployant toute sa puissance pour immobiliser l’invocation de Kator pendant que Zac s’occupait du maître. Du moins, c’était le plan tacite.
Zac n’eut pas le temps de ressortir de l’autre côté que Kator apparut dans un voile de miasme suintant d’un brassard à son bras gauche.[Champs du désespoir]n’avait absolument pas réussi à dissimuler la position de Zac ; son embuscade s’était retournée contre lui. Il n’avait ni le temps ni l’espace pour manœuvrer. Il devait affronter la menace de front. Un champ d’annulation se déploya soudain, emprisonnant Kator à l’intérieur.
Kator se contenta de rire tandis que la puissance du voile de miasme explosait. Zac jura intérieurement en le voyant submerger[Zone du Vide]par sa seule quantité. Le talent fonctionnait toujours, mais Kator avait à peine à en subir les effets lui-même. Zac ne pouvait que continuer. Des chaînes exhalant une odeur d’inexorabilité transpercèrent le voile, cherchant à ralentir Kator grâce à[Soumission inexorable].
Le rire du Reaver s’amplifia à mesure que la perception de Zac se faisait réécrire malgré lui. Kator le dominait soudain de toute sa hauteur, presque aussi grand que la Dimension du dieu étranger. Il dégageait une aura tout aussi brutale, empreinte d’une suprématie absolue. Zac avait l’impression d’être un grain de sable au pied d’une montagne vertigineuse ; savoir qu’il s’agissait d’une attaque mentale ne l’empêcha pas de sentir le désespoir lui gagner le cœur.
Une explosion secoua son espace quantique et le tira de sa torpeur. Il avait brièvement perdu le contrôle sous l’effet de l’attaque mentale, et c’était tout ce dont Kator avait besoin. Ses Trésors défensifs automatiques ne s’activèrent pas à cause de[Zone du Vide], laissant Zac presque entièrement exposé. Les chaînes d’Alea formèrent au dernier moment un filet protecteur, atténuant légèrement le coup de masse grâce à l’usage défensif de[Soumission inexorable].
La masse le frappa avec la force d’un train lancé à pleine vitesse. Au moins cinq côtes de Zac se brisèrent, et il eut brièvement l’impression de se noyer tandis qu’un Dao hostile remplaçait l’air dans ses poumons. Cela aurait pu être bien pire. Pour commencer, Kator visait son Noyau cosmique, pas son torse. Les pouvoirs déchaînés imprégnant le coup auraient inondé son espace quantique si Zac n’avait pas, au dernier moment, encaissé l’impact avec le protège-cœur du[Lien d’amour].
Zac laissa la force du coup de Kator le repousser, échappant de justesse à ses chaînes alors que son adversaire le poursuivait pour en finir. Il était trop près, et Zac sentit une autre compétence s’activer à travers l’épaisse paroi de miasme. Il n’avait pas le choix. Le Vide s’agita, et une traînée d’un noir de jais, chargée de Mort, s’éleva silencieusement du sol.
Elle pénétra dans la jungle sans faire de bruit, droit sur Kator. Le parchemin de[Fin du désespoir]eut à peine le temps de se former avant que l’attaque ne les atteigne. Zac sentit l’étreinte de la mort se refermer sur lui malgré le fait qu’il s’agissait de sa propre compétence, et manipula ses chaînes en toute hâte. Kator gronda et recula instantanément de plusieurs centaines de mètres.
C’était comme si la gravité avait changé de sens et décuplé, faisant tomber Kator sur le côté à une vitesse telle qu’on aurait cru à une téléportation. C’était sa compétence de déplacement, fondée sur une combinaison de ses Daos de la Gravité et du Temps. Alors qu’il reculait, un autre javelot fusa. Seule sa pointe réussit à franchir la distance avant que l’immense entaille de Mort ne sépare les combattants.
Une douleur fulgurante éclata dans le flanc de Zac. Il arracha la pointe de lance déchiquetée et disparut dans un arbre. Gaspiller[Fin du désespoir]pour forcer une rupture du combat était une perte immense, mais Zac ne pouvait pas risquer de laisser Kator s’approcher. Il ne connaissait toujours pas toutes les compétences de Kator, et encore moins ses autres ressources. Le premier coup avait servi à vérifier si sa riposte fonctionnerait contre le Vide et si la faiblesse apparente de Zac n’était pas un piège. Le second était destiné à le tuer.
Cela ne suffisait pas à faire reculer Zac. Ogras et Emily risquaient leur vie pour tenir le dragon occupé. La poussière n’eut pas le temps de retomber qu’un enchevêtrement de lianes jaillit d’un arbre ayant survécu à la bataille acharnée. Des traînées de lumière de hache jaillirent les unes après les autres tandis qu’un autre Zac, irradiant de Vie et de Conflit, émergeait, drapé dans l’armure d’os de la Forme ancestrale de[Conformation de la Suprématie]. Pendant ce temps, le Regard draugr de Zac s’assit sur le Réseau de formation du Noyau pour en assurer l’entretien tout en soignant ses blessures.
L’érosion du Temps ne pouvait étouffer l’élan inébranlable de la Vie. D’innombrables lianes surgirent des arbres et de l’air lui-même, submergeant Kator comme une horde de serpents affamés. Kator ressemblait à un dieu de la guerre déchu, semant la destruction et maniant la mort. Tout ce qui s’approchait était détruit, ce qui permettait seulement aux lianes de renaître plus fortes et mieux adaptées à ce prédateur précis. Des dizaines de générations passèrent en un clin d’œil, chacune renforçant la résistance de[Édit primordial]aux Daos du Temps et de la Mort.
La compétence liée à la Voie était limitée dans le nombre de lianes qu’elle pouvait faire pousser et dans leur amélioration. Cette dernière dépendait des Daos de Zac, tandis que le premier était limité par ses réserves d’énergie — et il n’avait ni l’un ni l’autre à profusion. Zac ne s’attendait pas à ce que la compétence vienne à bout de son ennemi à elle seule. Il espérait seulement qu’elle créerait une ouverture dont il pourrait profiter.
Ce ne fut pas le cas, même avec l’aide féroce de Haro et une salve de lames fractales invoquées grâce à[Tranchant évolutif]. On aurait presque dit que Kator brûlait, sauf que les flammes étaient une intention meurtrière violette, renforcée par le domaine dévastateur que créait l’aura de ses Os miraculeux. Il détruisait tout sur son passage en se rapprochant, obligeant Zac à envisager une nouvelle retraite.
Un coup de tonnerre retentissant avertit Zac qu’il manquait de temps. Les nuages descendaient si bas que l’énorme protubérance juste au-dessus de leurs têtes était sur le point de s’enfoncer dans la Base du Centurion. Les forces qui s’accumulaient étaient terrifiantes, dépassant tout ce qu’il avait affronté jusqu’alors.
Même le soleil de la Foi impériale vacilla sous la pression, et Zac sentit dans les éclairs crépitants une menace existentielle. Kator aussi. Il rugit, et un rideau blanc émergea de son corps. Malgré son apparence immaculée, il dégageait une intention meurtrière terrifiante. La pression qu’il imposait à Zac dépassait celle des armées les plus ensanglantées qu’il avait affrontées pendant la guerre.
Était-ce le « Ciel blanc » de la Phalange du Ciel blanc ? Cela ne pouvait être que ça : il dégageait l’impression d’être prêt à faire la guerre aux Cieux. Ce second ciel était trop puissant pour être un talent de lignée, sans toutefois atteindre le niveau d’une méthode spéciale comme le sceau impérial de Valsa Planur.
Partout où il passait, Zac perdait rapidement le lien avec ses compétences, qu’il s’agisse des lianes de[Édit primordial]ou de celles de[Jungle Apex]. Seul Haro parvint à résister, et encore, brièvement. Zac reçut des scènes transmises : des mains squelettiques déchiquetaient les lianes, ou des armes d’os les tranchaient. On aurait dit qu’une légion entière se cachait dans cette blancheur opaque. Elle s’étendait aussi à une vitesse incroyable.
Si personne n’intervenait, elle engloutirait bientôt tout le champ de bataille. Pire encore, Zac sentit le lien avec le soleil de la Foi impériale s’affaiblir de seconde en seconde, comme s’il était réprimé par le ciel des Izh’Rak Reaver. Zac ignorait ce que Kator manigançait. Peut-être croyait-il que le seul moyen de survivre au prochain éclair était de se cacher dans sa capacité ancestrale. Ou peut-être pensait-il que la Foi impériale ne venait réellement en aide qu’à Zac.
Kator avait peut-être même compris qu’il ne pourrait pas tuer Zac à temps, et cherchait ainsi à entraîner son adversaire dans l’au-delà. Dans tous les cas, il fallait agir, et vite. Les yeux de Zac brillèrent de folie tandis que d’immenses pans de[Jungle Apex]explosaient, cette fois de sa main. L’onde de choc repoussa la blancheur qui avançait, mais ne fit qu’en interrompre l’expansion.
Alors que les éclairs s’accumulaient dans les nuages au-dessus de lui, Zac, de plus en plus désespéré, déchaîna une salve de lames fractales qui forma un réseau de destruction. Les lames s’enfoncèrent dans l’immensité blanche, mais leur élan fut rapidement étouffé. Juste avant de perdre le lien, Zac activa d’un seul coup les quatre-vingt-dix-neuf runes de[Conformation de la Suprématie], provoquant une déflagration qui ébranla la terre.
Même le Ciel blanc ne pouvait parfaitement supporter toute la puissance de[Conformation de la Suprématie]. Le domaine se gonfla vers l’extérieur, comme s’il peinait à contenir la force, puis se mit à vaciller. Zac aperçut soudain Kator au loin. Il tendait les mains, paumes vers le ciel, comme s’il priait. Ayant repéré sa position, Zac frappa sans hésiter.
Un trait de lumière apparut dans les ténèbres oppressantes du véritable ciel. Ce n’était pas le soleil perçant les nuages, mais une fenêtre ouverte sur Arcadia. La lumière avait une aura céleste transcendante, mais n’était pas douce. Elle était chargée d’un jugement inflexible qui semblait résonner avec les nuages de tribulation.
« Attention ! »
L’avertissement d’Ogras retentit au moment où Zac libérait[Jugement d’Arcadie], précédant de justesse une explosion qui secoua ses deux corps. Les Réseaux de formation du Noyau auraient été détruits s’il n’avait pas rapidement lancé un talisman défensif. Il n’en alla pas de même pour sa moitié humaine, incapable de fuir la force de l’explosion du dragon d’os. Zac poussa[Frappeciel]à ses limites, mais avait déjà des dizaines d’os brisés lorsqu’il échappa à l’onde de choc.
Ce qu’il restait de[Jungle Apex]fut réduit en poussière par un ouragan d’os contondants, animés d’une énergie cinétique aussi puissante que l’une des attaques à pleine puissance de Kator. La tempête d’os pénétra dans le Ciel blanc, et tous deux fusionnèrent en un domaine interdit. Il détruisit tout sur son passage, jusqu’à intercepter[Jugement d’Arcadie].
Les forces qui s’entrechoquaient, approchant des limites de l’Hégémonie, finirent par submerger l’intégrité spatiale et provoquèrent une série de Déchirures spatiales. La lumière solaire et le péché se mêlèrent, créant un mélange impie au cœur même du Ciel blanc. Ce chaos débridé empêchait de désigner un vainqueur. C’est alors que les Cieux choisirent de libérer leur troisième éclair. Les nuages se soulevèrent, et des arcs saturés des Quatre Désolations furent attirés en leur centre.
Plus alarmant encore, Zac aperçut de nouveau Kator au milieu de la tempête. Le fait qu’il soit encore en vie n’était pas le pire, même si la résistance de Kator le stupéfiait. Ses os repoussaient à une vitesse visible à l’œil nu, remplaçant les plaques brisées dès que le tumulte ambiant les endommageait. Ce qui terrifia Zac jusqu’au plus profond de lui-même, c’était ce que faisait le Reaver.
Kator affrontait la tempête non pour s’enfuir, mais pour atteindre le Sceau du Porte-Flammes pris au piège en son centre.
Zac pouvait le laisser faire et permettre à Kator de s’en prendre au sceau. Il y avait de bonnes chances que cela règle tous ses problèmes : le sceau rejetterait Kator, qui serait réduit en poussière. Zac n’était même pas convaincu que le[Lien de solidarité]puisse transmettre une annihilation aussi fondamentale. Pourtant, il ne parvenait pas à se débarrasser du soupçon tenace que les choses ne se passeraient pas comme il l’espérait. Sans parler de l’effet isolant du Ciel blanc sur la Foi impériale, Zac sentait que laisser cette occasion à son adversaire serait une erreur monumentale.
Kator l’avait déjà poussé au bout de ses ressources, et impossible de savoir ce qu’il ferait s’il recevait une Illumination du Porte-Flammes en plein combat. Même si Zac parvenait à gagner, il lui faudrait sacrifier sa cultivation. Faisant confiance à son instinct, Zac se lança avec pour seul plan une vague esquisse. Ce n’était pas le moment d’avoir peur ou d’hésiter. Il était temps de faire un saut dans le vide.
La moitié draugr de Zac se trouvait en réalité assez près de son sceau, puisqu’il avait déjà rapproché la plateforme. Il restait néanmoins entre eux une tempête d’os lancés à toute allure et le Ciel blanc, qui tenait toujours bon. Zac poussa sa[Propulsion abyssale] activée par le Vide à ses limites, mais le Domaine abyssal de la compétence ne fit pas le poids face au Ciel blanc qui se reformait.
Cela suffisait à peine à éviter les éclats de la taille d’un poing qui fusaient autour de lui, tandis que des milliers de mains invisibles déchiraient son corps intangible. Zac n’eut d’autre choix que de désactiver sa compétence de déplacement à mi-chemin, s’exposant aussitôt à la tempête. Il continua d’avancer, utilisant des talismans et les pygmées squelettiques restants pour s’acheter un instant de répit.
Dans cette brève ouverture,[Montagne du Vide]descendit, et Zac puisa dans les Vides de la Vie et de la Mort du[Vide spirituel]. Le Vide de Mort imprégna son corps, avec le Dao terrestre de la Guerre des Défiants et la Vie renaissante. Ils fusionnèrent pour donner naissance à la véritable Évolution, et Zac eut soudain l’impression de marcher dans un champ paisible. Les os l’évitaient de justesse ; leurs Daos et son Vide suivaient des trajectoires vouées à ne jamais se croiser.
Pendant ce temps, le Vide de la Vie rejoignit une vague de Dao et d’énergie qui déferla sur son épaule droite et pénétra dans la Fractale d’[Événement d’Extinction]. Une lame faite de ténèbres absolues mordit dans le Ciel blanc, faisant taire la pression muette de la légion squelettique qui s’y cachait. Elle passa juste à côté du Sceau du Porte-Flammes et se dirigea vers Kator, qui approchait par l’autre côté.
Les runes lilas sur son crâne s’illuminèrent lorsque la lame le frappa. Ce qu’elles firent permit aux Ossements de guerre endommagés de Kator de résister à la force mortelle de l’Oubli. La lame d’Oubli fut même déstabilisée et s’effondra dans un nuage d’annihilation sans cible. Kator s’arrêta pourtant brièvement lorsqu’il traversa le nuage, les doigts à quelques centimètres seulement du Sceau du Porte-Flammes.
L’Oubli n’était pas seulement un phénomène physique capable de tout détruire. C’était la manifestation la plus pure de l’annihilation, capable d’engloutir jusqu’à la pensée. La plupart des êtres ne se souvenaient même pas de l’attaque après l’avoir vue. Et si Kator faisait preuve d’une force terrifiante, il perdait aussi la bataille de l’esprit — une faiblesse parfaite à exploiter.
Des doigts de chair balafrée rejoignirent ceux d’os calciné, et la lumière transcendante disparut. Le Cosmos ralentit, ses vérités mises à nu. Kator était à portée de main, son aura exhalant une colère profonde et couvante. Juste au-dessus d’eux se trouvait un éclair presque noir, saturé de Loi et d’extinction. Même le soleil brûlant de la Foi impériale devint une sculpture immobile du Destin éternel.
Zac eut brièvement l’impression que la scène était une réplique microscopique du Cosmos, puis écarta toute pensée inutile. Il accueillit la lumière d’Ultom dans son Ouverture de l’âme, aussi émerveillé que les fois précédentes. S’il existait une issue à ce désastre, elle se trouvait là.