Chapitre 1 261
« Que se passe-t-il ?! » jura Sorothom entre ses dents. Son lien avec les Ancres stygiennes disséminées dans le Cimetière impérial s’affaiblissait à vue d’œil.
Certains tentaient même de rembourser la dette qu’ils détenaient au lieu de la transmettre à la secte. La fureur de Sorothom ne fit que croître lorsque les innombrables éclairs déviés vers la Base du Centurion disparurent dans des fissures invisibles. L’instant d’après, son Monde intérieur fut de nouveau submergé par le Courroux du Ciel, qui lui infligea une deuxième salve de châtiments par la même vague.
Moro résista farouchement aux Lois éternelles, qui cherchaient à rétablir l’équilibre et à rembourser la dette de Sorothom. Son existence défiait déjà les Cieux, et les désolations s’aggravaient chaque fois qu’il rencontrait le domaine de la Malédiction du Cœur. Leurs destins étant entremêlés, Sorothom devait subir les souffrances de son parasite en plus des siennes.
Ce n’était pas une menace. Sorothom avait passé des éons à se préparer pour ce jour, et une demi-tribulation ne suffirait pas à fissurer ses fondations. Le problème, c’était ce que ces changements présageaient. Il ne s’agissait que de la deuxième des neuf frappes, et la Chambre de l’Ascension s’effaçait déjà. Elle aurait dû fonctionner.
Non, elle avait fonctionné jusqu’à ce que quelque chose change. Sorothom réprima la calamité qui s’abattait sur son monde, s’aidant du Dao pour détourner la Loi tandis qu’il insufflait sa volonté dans son Réseau fille. Quelques avertissements signalant des dégâts s’étaient manifestés, mais rien qui pût expliquer pourquoi le Rite sacrificiel impérial qu’il avait peaufiné si longtemps avait perdu son lien avec la base.
Sans le rite pour alléger la charge, il devrait affronter toute la colère des Cieux. Cela aurait été acceptable s’il ne restait que deux ou trois frappes. Mais avec plus de deux cycles mineurs à subir, c’était impossible. S’il avait pu franchir cet obstacle avec de simples trésors et ses fondations, il n’aurait pas eu besoin de se donner tant de mal ni de gâcher ses meilleures années.
Il ne pouvait pas continuer ainsi. Des milliers de vrilles s’enfoncèrent plus profondément dans les canaux et les circuits, tentant d’extraire davantage de puissance pour la Chambre de l’Ascension. En vain. L’antique dispositif ressemblait à un ballon crevé. Peu importait la quantité d’Énergie stellaire que Sorothom aspirait dans ses réseaux, il parvenait à peine à susciter une réaction.
« Seul, sous ce chef-d’œuvre féerique du ciel », résonna un doux rire dans la chambre.
Sorothom ouvrit de grands yeux en voyant une silhouette familière sortir du trésor, une boîte inconnue à la main. Elle était ancienne, et son aura correspondait à celle de l’Étoile du Centurion. Comment avait-il pu passer à côté ? Sorothom était certain d’avoir sacrifié tout ce qui se trouvait dans le Caveau du Sagittaire pour amorcer le rite et tromper la Chambre de l’Ascension.
Cette boîte était-elle la clé ? L’avoir retirée de son emplacement avait-il modifié l’équilibre et rompu le lien entre Sorothom et le Cimetière impérial ? « Toi ? Qu’as-tu fait ? » gronda Sorothom, presque fou de rage devant le sourire assuré du jeune prince.
« Votre méthode est intéressante. Vous vous servez du Projet du Centurion pour vous faire passer pour un représentant de la Cour de la Chute des Étoiles. Ensuite, vous incitez les esprits captifs du cimetière à accueillir volontairement le Courroux du Ciel, persuadés de servir les intérêts de l’Empire. C’est bien votre plan initial, non ? Créer une Grande Formation fondée sur le sacrifice volontaire, par le biais de la Guerre intersectorielle, puis détourner cette volonté vers vous. »
Le prince secoua tristement la tête. « Hélas, sans foi, il ne peut y avoir de cause. Sans but, il ne peut y avoir d’Empire. »
La prochaine frappe se rassemblait au-dessus d’eux, presque entièrement concentrée sur Sorothom. Il n’avait qu’une envie : réduire en charpie cet enfant suffisant. Malheureusement, il lui était plus utile vivant. Un fil sanglant jaillit de l’ongle de Sorothom et transperça sans effort le sceau protecteur apparu depuis le collier d’Yrin Tobrial. Le jeune Impérial n’eut même pas le temps de dégainer son épée que le fil était déjà profondément fiché dans son cœur.
Sorothom absorba le Qi impérial dispersé et s’en servit comme d’un pont pour son Dao mineur du Fil rouge. Il sentit aussitôt deux groupes de suppliants rassemblés dans le même espace. Il les ignora : leur destin combiné ne pouvait rivaliser avec la marque de Qi impérial que portait le prince. Ce lien précipité ne permettrait pas le détournement dont Sorothom avait besoin, et il n’y avait pas assez de chair à se mettre sous la dent pour tenir jusqu’à ce que les Cieux soient rassasiés.
Faire subir au jeune prince une partie de son châtiment lui donnerait toutefois assez de temps pour redresser la situation. La torture qu’endurerait Yrin Tobrial constituait un bonus bienvenu, même si Sorothom avait du mal à apprécier le fait de transpercer l’esprit du garçon avec les barbelures d’un destin substitué. Cela le privait surtout de la possibilité de répondre comme il se devait à cette trahison.
« Tu aurais dû tenir ta promesse, mon garçon », dit Sorothom d’un air sombre tandis que l’antique boîte flottait jusqu’à ses mains. « Ton petit gardien, qui traque mes ombres depuis tout ce temps, ne peut plus te sauver. »
« L’éradication du péché est le devoir de l’orthodoxie, et les Sept Cieux mènent ces efforts. J’aurais fait honte à mes ancêtres en respectant un accord avec un hérétique », répondit Yrin. Un léger tremblement dans sa voix était le seul signe de l’immense souffrance qu’il endurait.
« L’orthodoxie ? Nous sentons ton péché. » Une deuxième tête poussa sur l’épaule de Sorothom et contempla le prince supplicié avec une faim macabre. « Le sceau était à toi si tu le prenais. À présent, tu serviras de nourriture à Moro. »
« Pourquoi aurais-je voulu m’en prendre à cet homme ? Il m’a réveillé alors que je m’étais égaré. Et je crois que sa présence introduira des variables intéressantes dans l’ascension du pilier. Je ne veux pas rater ça », répondit Yrin Tobrial en souriant, le visage pâle et couvert de sueur. Il était en train de perdre la bataille.
Un nouveau grondement secoua le ciel. Sorothom manquait de temps ; il redoubla donc d’efforts pour transférer son péché. À cet instant, un Anneau spatial scellé se mit à dégager une chaleur brûlante. Le sceau qu’il avait minutieusement apposé se révéla inutile, et Sorothom n’eut pas le temps d’éviter l’éclat lumineux qui jaillit. Celui-ci s’enfonça dans son Monde intérieur, le laissant stupéfait. Le sceau qui émettait un ordre absolu ne blessa pas Moro et ne déstabilisa pas leur monde assailli.
C’était pire. Le sceau servait de balise aux Cieux. Le blocage de sa Grande Formation sacrificielle avait déjà révélé aux Cieux davantage de sa cultivation qu’il ne l’aurait voulu, et ce sceau remuait le couteau dans la plaie. S’il ne l’arrêtait pas, il serait entièrement exposé. Après avoir passé un million d’années à éviter le regard direct des Cieux, Sorothom n’osait pas imaginer ce qui se produirait.
Comment était-ce possible ? Sorothom avait soigneusement examiné l’Acte de pairie et confirmé qu’il ne contenait ni pisteur ni réseau caché. Malgré cela, il l’avait plongé dans de l’[Extrait de Foi souillée] et enfermé dans un anneau isolant afin d’empêcher toute manipulation ou divination. Qu’il ait perçu la situation extérieure et se soit transformé de la sorte défiait toute logique.
« La volonté de l’empereur est peut-être capricieuse, mais elle ne peut jamais se tromper », dit Yrin en secouant la tête d’un air réprobateur. « Tu te crois supérieur à ces barbares des confins, oubliant que tu as quitté les Terres du Cœur dans ta jeunesse. Ta compréhension des sommets est limitée, ce qui te rend à certains égards plus aveugle qu’un aveugle. Au moins, les barbares savent qu’ils sont ignorants. »
La fureur l’emporta sur la raison. Sorothom referma le poing et réduisit le prince en une boule de bouillie. Son soulagement fit aussitôt place au regret lorsque celui-ci se reconstitua dans une bouffée de Foi et de Qi impérial. Le visage de Sorothom se déforma encore davantage quand une onde de choc secoua son Monde intérieur, y ajoutant de nouvelles fissures d’où suintait la foudre.
Sorothom avait l’impression de devenir fou, et il ne put empêcher une graine de peur de germer en lui face à cette tribulation qui avait pris forme humaine. Le prince avait raison. Il avait quitté les Terres du Cœur en tant que disciple extérieur, avant d’accéder aux véritables enseignements de la secte et aux vérités cachées du monde. Il ignorait quels autres moyens un fils des Sept Cieux pouvait encore avoir en réserve, et cette frustration lui était insupportable.
Pourquoi ce bâtard avait-il choisi d’intervenir ? Tout ça pour le coffret au trésor ? Sorothom en doutait. Le prince ne semblait pas se soucier de le perdre. Et Sorothom ne possédait rien qui valût la peine d’aller aussi loin et de gaspiller l’aboutissement de son destin. Il avait déjà utilisé tous ses trésors pour préparer le terrain à sa percée. Un prince impérial pouvait appeler à lui une fortune plus grande d’un simple geste de la main.
Ce n’était pas non plus par sens de la justice. Ce gamin était encore un bleu, mais Sorothom voyait la vérité aussi clairement que le jour. Il nourrissait un cœur démoniaque, plus redoutable que celui de la plupart des hérétiques. Il ne se souciait pas le moins du monde des hérétiques ni de l’orthodoxie. Alors, qu’est-ce qui le poussait ? Sorothom craignait que, s’il ne le découvrait pas, on ne le mène tout droit à une mort prématurée.
« Le Destin approche. Les autres devraient s’empresser d’ajouter davantage de sceaux à leur nom », soupira Yrin en époussetant son col. « Le Système m’intéresse depuis le début. Ce n’est ni par coïncidence ni par commodité qu’il a intégré un événement aussi important à une escarmouche insignifiante dans les confins. Les liens de causalité sont lointains. »
Le regard du prince se durcit, avec cette cruauté que Sorothom avait déjà vue tant de fois. La volonté de tout faire pour atteindre ses objectifs, même s’il fallait pour cela enfreindre la Loi des hommes comme celle des Cieux.
« À vrai dire, cela m’importe assez peu. Le Zénith reste un problème lointain. Ce qui compte, ce sont les bénéfices cachés que l’on peut tirer en aidant le Système dans son entreprise. Jusqu’ici, la plupart d’entre nous ont lamentablement failli à cet égard, trop concentrés sur l’épreuve de la Quête des flammes. Seul le Sangha semble en avoir compris la volonté. »
Sorothom n’écoutait presque plus, déployant toutes ses forces contre le sceau. Chaque seconde qui passait concentrait davantage l’attention des Cieux sur lui. Pourtant, les derniers mots du prince, qui disparut dans un tourbillon de Qi, auraient aussi bien pu s’imprimer sur son âme.
« Je me demande à quel point mon destin changera quand j’aurai coupé court à ton avenir. »
Sorothom rugit de fureur tandis que la boîte s’ouvrait d’elle-même, révélant son intérieur vide. Son aura explosa et parcourut des dizaines de kilomètres en un instant, s’arrêtant juste avant de plonger dans les nuages tourbillonnants. Il n’avait pas perdu la raison au point de provoquer ouvertement les Cieux.
La mer de sang putride finit par submerger le sceau, et Sorothom sortit aussitôt douze gros cristaux. Chacun renfermait un doigt de l’un de ses descendants, dont le destin correspondait le mieux au sien. Après un rapide examen, il en écarta deux. Sorothom les avait entraînés depuis leur naissance, mais ils n’étaient pas stupides. Ils comprenaient la Voie du Sacrifice mieux que la plupart des Kan’Tanu.
Aivea et Wirbli avaient réussi à affaiblir leur lien familial. Sorothom doutait que leur maîtrise leur permette de provoquer un retour de flamme. Cette incertitude suffisait à leur sauver la vie, car Sorothom ne pouvait se permettre un autre contretemps. Cette situation empreinte de nostalgie apaisa même sa colère et lui rappela les nombreuses manœuvres grâce auxquelles il avait échappé à l’emprise de son maître.
« Mes enfants, j’ai besoin de votre aide », murmura Sorothom en infusant des traînées de foudre emprisonnée dans les cristaux restants.
Les contenants virèrent au rouge sombre avant de se désagréger en un brouillard opaque, et Sorothom sentit l’attention des Cieux faiblir d’un tiers. C’était un pas dans la bonne direction, mais pas suffisant pour survivre. Débarrassé du prince roublard, il chercha une issue. Une lame de lumière solaire perçant le ciel couvert lui fournit la réponse.
C’était un pari désespéré. Mais cela ne l’avait jamais arrêté.
Un pilier d’un rouge furieux descendit, se scindant en deux pour viser la forme humaine de Zac, toujours assise au sommet de la plateforme de Formation du Noyau. Il lui fallait au moins une personne sur le réseau pour le maintenir actif. La présence de son côté Draugr à proximité ne diminuait guère l’efficacité du réseau, puisqu’il ne disposait pas des Énergies accordées nécessaires pour exploiter sa barrière à plusieurs couches.
Un cri d’alerte força Zac à renoncer à laisser Kator encaisser directement la frappe. Il s’écarta, le corps secoué par l’objet apparu dans la main de Kator. Celui-ci fit de même et réapparut à l’autre bout de la chambre. Zac n’avait plus le luxe de s’inquiéter de ses actes. La deuxième tribulation était arrivée.
Le contrecoup temporel que la première frappe n’avait pas réussi à purger fut balayé. Zac avait une inquiétude de moins, mais avait troqué un supplice contre un autre. La petite part de foudre porteuse du pouvoir de la Loi transformait la punition dans son ensemble. Elle tentait d’effacer tous les aspects de la Voie de Zac, de sa cultivation à son Dao, et s’en prenait même à sa Longévité.
La douleur était d’un autre ordre, mais Zac se rendit compte qu’il résistait bien mieux qu’il ne l’avait prévu à la désolation. Les bienfaits de ses rencontres répétées avec les Quatre Désolations commençaient à se manifester. Chaque fois, il s’accordait davantage aux Quatre Lois, ce qui réduisait les dégâts de leur tribulation.
Ce n’était pas la seule raison. Les petites parcelles de lumière stellaire, demeurées imperturbables au milieu des bouleversements, jouaient le rôle de stabilisateurs et augmentaient sa résistance à l’effacement de ses cellules par la Loi. L’effet restait modeste, car ces parcelles étaient tout simplement trop petites et trop faibles.
À ce stade, ce n’était qu’une preuve de concept qui le rendait à la fois curieux et méfiant. S’il trouvait comment renforcer ces parcelles, sa résistance aux tribulations s’améliorerait considérablement, réduisant sa dépendance au Système pour ses percées. Les étoiles ne semblaient même perdre aucune énergie en résistant aux Quatre Désolations, ce que Zac ignorait possible.
Mais suivre cette voie revenait à pactiser avec le diable. Zac ne savait ni comment ni pourquoi ces étoiles étaient apparues dans son corps après sa rencontre avec Wal’Zo. Les avait-il laissées là, ou Starclad avait-il tendu la main à travers le temps ? Accepter leur présence sans en découvrir la nature pouvait le conduire à sa perte. Il n’avait pas oublié le complot du Sangha contre lui avec la [Sublimation du Vajra sans limites].
La foudre agissait comme une meute de chiens qui avait flairé une piste. Certains éclairs visaient l’Ouverture de l’âme de Zac, jusqu’à ce qu’il dissimule sa [Montagne du Vide]. Un autre paquet dévia vers le [Lien de solidarité], qui s’était déplacé sur son épaule mutilée après la destruction de son bras gauche.
Les Quatre Désolations ne s’en prenaient pas au lien lui-même. C’était le sablier qui avait attiré leur attention, ce qui ne surprenait pas Zac. Le trésor d’Esmeralda semblait défier la Loi de l’Impermanence en ancrant un objet à un point antérieur dans le temps.
Les grains de sable qui s’écoulaient accélérèrent à l’approche de la foudre et l’affaiblirent en retour. Le prix de cet échange était bien trop élevé. Si le sable venait à manquer, Zac perdrait son meilleur atout contre Kator. Heureusement, la tribulation était contrainte par son objectif et se dirigea à contrecœur vers le noyau de Zac, laissant le sablier intact, quoique vidé d’une partie de son sable. Il était impossible de savoir s’il résisterait à la prochaine frappe.
La deuxième frappe pénétra dans son Espace quantique, déclenchant une nouvelle vague de bouleversements. Il était beaucoup plus facile d’opposer une résistance concertée avec les circuits de sa ceinture d’astéroïdes qui protégeaient son noyau, mais cela ne suffisait pas à le mettre à l’abri.
Bien que chaque débris gardât sa position, il restait exposé au courroux des Cieux. Pièces imparfaites d’un tableau plus vaste, ils peinaient à résister à l’épreuve. L’un après l’autre, ils se désintégrèrent, et chaque perte affaiblissait le noyau de Zac ainsi que ses chances de s’en sortir. Cherchant une solution, il se concentra sur l’énorme quantité d’énergie qui inondait le sous-espace temporaire et s’en servit pour renforcer son noyau.
C’était l’énergie pure fournie par le Cosmos, destinée à alimenter la prochaine étape de sa percée. À court de meilleures options, il l’emprunta pour créer une force contraire à la foudre déchaînée. Les deux puissances opposées s’épuisèrent dans une destruction mutuelle. Cette perte lui arracha une grimace, même si elle lui fut plus bénéfique que néfaste.
Gaspiller une partie de l’énergie fournie n’avait pas d’importance, vu le nombre de fragments de son noyau qu’il avait déjà perdus. Si quelque chose, cela allégeait la pression croissante dans son Espace quantique. L’énergie allait vite atteindre un niveau mortel, puisqu’elle ne pouvait aller nulle part tant qu’il n’avait pas repris sa percée. Et il ne pouvait entamer ce travail délicat avant d’avoir surmonté la tribulation et neutralisé Kator.
En gardant ses distances, Kator évitait d’être directement exposé à la tribulation, mais il en recevait tout de même sa part par le biais du lien. Il n’avait pas été préparé à affronter une tribulation soudaine, surtout d’une telle ampleur. Manifestement, il l’était encore moins face à une tribulation chargée du châtiment de la Loi. Des plaques de ses Ossements de guerre furent effacées, et son aura devint encore plus instable.
Le temps frémit. L’instant d’après, l’air autour de Kator sembla imploser et absorber d’un coup toute la corruption de la chambre. Zac s’effondra, submergé par des vagues de douleur transmises par le [Lien de solidarité], qui fluctua à plusieurs reprises jusqu’à ce que le sablier ait perdu près de la moitié de son sable. Zac riposta avec le Vide et la Vigueur, imitant la méthode de Kator pour contenir la transmission par ses propres moyens.
La vue brouillée, Zac vit Kator sortir de l’explosion, brisé, mais entier. Ses Ossements de guerre n’étaient plus fissurés, mais leurs surfaces, autrefois lisses, étaient criblées de trous et déformées. En outre, un motif lilas était apparu sur ses Ossements de guerre, rapprochant son Intention meurtrière du Qriz’Ul. Son aura s’éleva, et tout l’octogone se mit à trembler tandis que l’immense dragon d’os sortait de l’éther.
Zac était encore secoué par le châtiment combiné de la tribulation et du [Lien de solidarité], mais il ne pouvait que sortir sa hache et se préparer à la suite. La menace mortelle qui l’avait précédée n’était pas venue d’une attaque au sens traditionnel du terme. Kator avait produit une Chambre temporelle identique à celles que Zac avait achetées à l’Échange limité, puis l’avait activée après la transmission de la deuxième tribulation.
Un instant seulement s’était écoulé pour Zac, tandis que Kator avait passé un an, voire davantage, à panser ses blessures. Tout ce temps, il avait fixé un Zac figé dans le temps, tandis que la corruption imprégnait ses os. Les secousses du [Lien de solidarité] venaient sans doute des tentatives répétées de Kator pour rompre leur lien. Lorsqu’elles avaient échoué, il avait commencé à se mutiler, et tout avait été transmis à la sortie de Kator de la bulle temporelle. Heureusement, cette stratégie ne semblait pas pouvoir être répétée.
Kator montrait déjà des signes de contrecoup temporel, et réutiliser une Chambre temporelle si tôt aurait eu de graves conséquences. De plus, ses os tordus prouvaient qu’il ne s’était pas remis des Quatre Désolations, même après une année de repos. On aurait dit que même un Izh'Rak Reaver ne pouvait égaler la résilience immortelle qui avait maintenu Zac en vie jusqu’ici.
Affronter un rejet encore plus violent des Quatre Lois pouvait coûter la vie à Kator. Il donnait donc tout pour s’attaquer à la menace à la racine. Cela convenait parfaitement à Zac.