Chapitre 1 254
Le vieil homme ressemblait de près aux humains, avec un nombre normal de membres et de traits. Cette familiarité était étonnamment réconfortante après avoir été dans la peau d’une entité totalement étrangère, celle d’un Voyageur stellaire. Il était petit et légèrement voûté, et n’arrivait qu’à la poitrine de Zac. Sa peau grise et rugueuse évoquait une écorce ancienne, et il ne dégageait aucune aura.
Zac percevait néanmoins un soupçon de l’insondable puissance qui se cachait en lui. Les yeux de l’inconnu n’avaient ni pupilles ni iris, seulement une blancheur irisée. C’était exactement le même blanc que celui qu’il avait vu dans l’étoile du Voyageur stellaire, et qui imitait une parcelle du regard de l’Éternelle. Cet homme était d’une puissance inconcevable.
L’inconnu dégageait une aura très différente de celle de Sendor, la seule autre existence antique à laquelle Zac avait été confronté. Sendor avait laissé entrevoir une puissance immense et une grande froideur, avant de reprendre son rôle de vieillard malicieux. Ce vieux monstre, lui, avait à peine jeté un regard à Zac avant de détourner les yeux. Dans ce regard se lisaient le désespoir, le détachement et une profonde lassitude.
Le vieil homme irradiait de nostalgie. On aurait dit qu’il espérait apercevoir encore une fois l’Éternelle, tout en craignant de troubler son souvenir endormi. Les bras croisés derrière le dos, il regardait dans la direction où le Voyageur stellaire était apparu. Le géant avait déjà disparu, et le Plan perdu était revenu à un état plus proche de celui qu’il avait au moment de leur arrivée.
Les millions de souvenirs fragmentés et de scènes étaient revenus, plus lumineux et plus persistants en présence du vieil homme. Pourtant, il n’y avait pas la moindre trace de l’anomalie du Dao mort, et rien ne l’avait remplacée. Zac ne parvenait même pas à sentir le Vide sur la petite plateforme où ils se tenaient.
L’esprit de Zac était déjà en désordre après avoir assisté au voyage du Voyageur stellaire et au réveil de l’Éternelle. Lorsque le vieil homme déclara qu’il portait l’ombre de Karz, de nouvelles vagues le submergèrent. C’était la première fois que Zac entendait ce nom dans la bouche de quelqu’un d’autre. Même Sendor n’appelait Karz que l’Empereur du Vide. Il n’eut pas le temps de comprendre ce que cela signifiait, car le vieil homme reprit la parole.
« L’Éternelle m’a nommé Wal’Zo. Cela signifie passeur dans la langue commune, poursuivit Wal’Zo. J’ai l’honneur de veiller sur les Cours d’Ultom en l’absence de Maîtresse. »
« Vous… quoi… » balbutia Zac, tandis que plusieurs questions se disputaient la priorité dans son esprit.
L’Éternelle l’avait nommé ? Quel âge avait donc cette personne ? Zac soupçonnait déjà que des populations résiduelles se cachaient dans certains Héritages éternels. Mais Ultom ? C’était probablement le plus ancien Héritage qui soit. Il n’imaginait pas une société survivre si longtemps dans cet environnement tortueux. Encore moins une seule personne, qu’il s’agisse d’un esprit, d’un golem ou d’un homme.
Ses sens lui jouaient-ils des tours ? Wal’Zo n’était-il qu’un souvenir plutôt qu’un être réel ? Zac rassembla ses esprits et posa la question la plus urgente. « Senior, avez-vous vu mes compagnons ? Ils ne peuvent pas résister à l’environnement du Plan perdu. »
Le Plan perdu n’était pas la seule chose qui avait changé. Les autres, pas plus que les brèches qui avaient aidé Zac à s’orienter, n’étaient visibles. Il avait même perdu son autre corps. Il s’était rendu compte avec un temps de retard qu’il se tenait devant Wal’Zo sous sa forme humaine, le lien quantique avec son autre moitié étant bloqué.
Ils étaient peut-être inconscients quelque part hors du domaine protecteur de la plateforme, en train d’être corrompus à mesure que les secondes passaient. Même sa moitié Draugr n’aurait pas résisté à une telle chose, sans parler des autres.
« Plan perdu. » Wal’Zo sembla savourer ces mots. « Le nom est sans doute approprié. »
Le monde fragmenté et discordant se figea, puis les innombrables scènes se réorganisèrent. Bientôt, elles formèrent une cité resplendissante flottant dans l’espace. Hélas, tout remettre en place ne fit que souligner à quel point le royaume était délabré. La vue était incomplète, comme un puzzle auquel il manquait la plupart des pièces. Et les quelques éléments qui subsistaient étaient extrêmement déformés.
« Le temps passe, les souvenirs s’effacent, dit Wal’Zo en regardant la citadelle avec tristesse. Ce fragment que vous appelez le Plan perdu appartenait aux disciples du prédécesseur que vous venez de voir. Il n’a jamais reçu de nom ; le Temple des Origines l’a donc appelé Starclad. C’était ce que vous appelleriez une faction de rang A supérieur. Il ne reste désormais que des ombres de souvenirs. »
Zac avait hâte d’obtenir une réponse à sa question et se retint d’interrompre les pensées du vieil homme. Le mettre en colère ne leur servirait à rien.
« Trop de temps a passé. Les Cieux nous sont étrangers, et les cours ne sont plus ce qu’elles étaient. Ces dernières Ères, il a été contraint d’abandonner des fragments irrécupérables. C’est comme amputer une jambe pour sauver le corps. La plupart ont été déposés dans les recoins de la réalité, où ils devaient s’éroder peu à peu et se réincorporer aux Cieux. Quelques fragments se sont égarés et sont entrés par erreur en contact avec le présent, comme ici. »
D’un geste de la manche, il fit s’effondrer la cité. « Vos compagnons ont été envoyés ailleurs. Ils sont toujours inconscients, en train de digérer l’aura du prédécesseur. Si le destin le veut, ils en tireront profit. »
Zac expira. Du moment qu’ils allaient bien. « C’est vous qui m’avez amené ici, Senior. Je suis prêt à entendre vos instructions. »
Kator estimait que leur groupe de cinq n’était pas apparu par hasard dans le Coffre-fort de Polaris, tandis que les autres avaient été envoyés ailleurs. Selon leur hypothèse, les formations de la Base centurion voulaient se servir d’eux pour refermer les brèches — tâche impossible, pour quiconque en avait déjà vu une. Les brèches étaient renforcées par une puissance qui dépassait de loin leur niveau. Ils seraient déjà morts s’ils avaient insisté pour les faire exploser, comme dans l’Étoile du Vide.
Au vu de la tournure des événements, il était plus probable que Wal’Zo ait manipulé la porte de téléportation pour l’amener ici. Le mystérieux gardien ne pouvait agir à sa guise sous les Cieux actuels. Il était bien plus puissant que Jalach, l’entité fragmentée qui se cachait dans les[Cloche de l’Épiclèse], et le traitement réservé à Zac suivrait sans doute la même logique.
La raison pour laquelle les autres avaient été amenés avec lui dans le Coffre-fort de Polaris était moins évidente. Le résultat aurait été le même sans risquer leur vie. Zac aurait pris tous les trésors qu’il pouvait avant de finir par s’échapper par la brèche.
« Parmi les neuf candidats au titre de Porte-Flammes désignés par le Système, vous êtes le plus décevant », déclara calmement Wal’Zo.
« Euh… » Zac prit un air respectueux qui se mua en grimace, tant la situation était embarrassante. Il ne savait pas à quoi il s’était attendu, mais sûrement pas à ça. « J’avais un peu de retard au départ. Avec le temps… »
« Votre voie encore imparfaite n’est pas le problème. C’est votre état d’esprit qui me préoccupe. » Le vieil homme se retourna et planta son regard dans celui de Zac. « Les prédécesseurs ont tout sacrifié pour allumer la flamme de l’espoir. À quoi vous sert votre titre si vous craignez de vous approcher de cette flamme ? »
Le cœur de Zac se serra sous ce regard scrutateur. Il n’était pas difficile de comprendre ce que Wal’Zo voulait dire. Zac n’avait jamais eu l’intention de se battre pour les Cours d’Ultom ; à quoi bon ? Même s’il parvenait à vaincre tous les monstres qui lui barraient la route, il ne pourrait jamais conserver l’endroit. S’y mêler ne lui apporterait rien d’autre qu’un piège mortel, pour lui comme pour ses disciples.
Tout au plus, Zac comptait s’infiltrer dans le Sceau du Palais impérial de gauche avec Esmeralda et viser les trésors les moins importants, pendant que les autres Porte-Flammes se disputeraient l’Héritage éternel. Si l’épreuve l’obligeait à affronter directement les autres Porte-Flammes, il choisirait de renoncer, si possible. Ses récentes percées ne suffisaient pas à le mettre à leur niveau, et les bénéfices de la dernière pièce de son sceau ne seraient pas immédiats.
Cependant, tous ses plans reposaient sur sa participation à l’épreuve. Ce vieil homme envisageait-il de lui retirer son statut de Porte-Flammes parce qu’il manquait de courage ? Cela compromettrait non seulement tous ses projets, mais ferait aussi tomber l’accord avec l’Empire des morts-vivants. Sa protection et ses avantages dépendaient entièrement de son statut de Porte-Flammes.
« Le temps nous manque, et ce à plus d’un titre. Je ne peux pas rester les bras croisés, même si je dois fausser un peu la balance », dit Wal’Zo.
L’inquiétude de Zac se transforma en alarme lorsque des traînées de lumière jaillirent de sa poitrine. C’étaient les trois pièces qu’il avait récupérées jusqu’ici. Devait-il mentir ? Non, une promesse en l’air ne réglerait jamais le problème.
En même temps, Zac bouillonnait de réticence et d’indignation devant la situation. Il comprenait le point de vue de Wal’Zo, mais pourquoi tous ses efforts jusque-là ne compteraient-ils pour rien ? Seule la première pièce lui était plus ou moins tombée dans les mains, et cela prouvait à lui seul qu’il avait le destin de son côté.
Il avait obtenu les autres sceaux en risquant sa vie, avant et pendant la guerre. Il avait suivi les règles fixées par le Système, même quand les chances étaient contre lui. Il avait perdu le compte des assassinats et des embuscades auxquels il avait survécu, et il avait même défendu son sceau contre un autre Porte-Flammes. Il avait payé le prix de cette occasion.
« Je ne vous retirerai pas votre candidature aujourd’hui. Rompre le fil du destin ne nous mènerait pas à ce que nous cherchons, dit Wal’Zo, qui avait peut-être perçu le trouble intérieur de Zac. Je suis venu vous tendre la main. »
Zac se détendit en voyant la lumière revenir dans sa poitrine. Il savait néanmoins que Wal’Zo avait voulu lui adresser un avertissement. Le message était clair : aux yeux du gardien d’Ultom, Zac était remplaçable. Il ne doutait pas que le vieil homme puisse mettre sa menace à exécution. Wal’Zo était chez lui, hors de portée du Système. Et même si Zac lui échappait maintenant, qu’adviendrait-il au début de l’épreuve ?
« Je ne sais pas ce que vous attendez de moi, dit Zac, qui cherchait désespérément une solution. Je dois voir les choses dans leur ensemble. Les autres viennent de certaines des factions les plus puissantes de l’Ère actuelle. Je ne suis lié à personne, et des gens dépendent de moi. Ils seraient emportés par la tempête si je revendiquais un Héritage éternel en tant qu’Hégémon. Je veux devenir puissant, mais je ne suis pas prêt à sacrifier mes compagnons et mes disciples pour ça. »
« Revendiquer ? Vous avez de grandes ambitions, en effet. Votre ancêtre était pareil, dit Wal’Zo, dont le regard s’adoucit légèrement. Laondio a dû me demander la permission d’emprunter la puissance d’Ultom, et il dépasse de loin les Trônes et les Sceaux de votre génération. Quant à vous, personne ne revendique Ultom. »
« Quoi ? s’exclama Zac. Alors, à quoi rime tout ça ? »
« Le Sceau du Palais impérial de gauche, les Cours extérieures et l’épreuve : tout cela, c’est l’œuvre de Laondio, dit Wal’Zo avec indifférence. Ultom n’a été conçu que dans un seul but : transmettre le flambeau et former la nouvelle génération de Porte-Flammes. Nous nous sommes simplement retrouvés pris dans la toile de Laondio, et nous extirper de son chef-d’œuvre demanderait trop d’efforts. Je suis également curieux de voir comment il fonctionne. C’est l’une des réalisations les plus impressionnantes qu’il m’ait été donné de voir. »
« Des Porte-Flammes, au pluriel ? demanda Zac.
— Bien. Vous avez saisi l’essentiel, répondit Wal’Zo. Personne n’a dit qu’il ne pouvait y en avoir qu’un. La cour ouvre ses portes quand le moment est venu. Cette Ère n’a pas fait exception. Ce que vous appelez l’Ascension du Cinquième Pilier n’est que la troisième quête de la Flamme de l’Ère de l’Ordre. »
« La troisième ? dit Zac. Les précédentes ont échoué ? »
« Il n’y a pas d’échec, répondit Wal’Zo. Même un maillon brisé provoque un changement, et celui-ci est nécessaire à la continuation d’Ultom. Mais vous avez raison : aucun des candidats n’a été choisi lors de la première quête. »
« Ce qui veut dire qu’il y avait au moins un Porte-Flammes à la deuxième ? » songea Zac.
La première quête aurait-elle eu lieu au début de l’Ère, entre les Primordiaux et les premières races ? Il était logique qu’ils n’aient pas réussi. Les Primordial étaient clairement différents des Voyageurs stellaires, même si leurs origines étaient très proches. Les Primordial étaient nés imparfaits, car le Dao l’était devenu après sa reformation. Les Voyageurs stellaires, en revanche, étaient parfaits d’une manière que Zac doutait possible avant qu’ils n’atteignent l’apogée de l’Ère.
« Si je réussis l’épreuve et deviens un véritable Porte-Flammes, bénéficierai-je de protections spéciales ? demanda Zac.
— Non. Le destin doit suivre son cours, répondit Wal’Zo. Je déploierai toutefois un peu d’énergie pour qu’il soit impossible de discerner qui a repris le flambeau. Si vous le souhaitez, je peux le cacher même au Système. »
Zac hocha lentement la tête. Il ne savait toujours pas s’il devait tenter sa chance, même si l’idée lui paraissait moins absurde qu’avant. Wal’Zo avait, au moins, confirmé indirectement que l’épreuve ne serait pas une mêlée générale où tous les Porte-Flammes s’affronteraient directement. En même temps, il aurait été stupide de faire aveuglément confiance à un inconnu sorti de nulle part. Son apparition n’avait manifestement rien d’un simple geste de bonne volonté.
Il avait un objectif.
« Puis-je vous demander pourquoi vous m’aidez ? »
« Vous pouvez vous dire que je suis vieux et que j’en fais à ma tête, répondit Wal’Zo. Et même si j’attends avec impatience l’aboutissement de la promesse de Laondio, j’ai mes limites en matière d’ingérence. »
« La promesse de Laondio… » Zac hésita. « Comment se fait-il que vous soyez le seul à vous souvenir du nom de Karz ? D’après ce que j’ai compris, son identité est devenue taboue. »
« Techniquement, son identité a été éjectée du Destin cosmique, répondit Wal’Zo. Et comme je précède le concept même de Destin, cela n’a aucune prise sur moi. Si vous parvenez à faire grandir la graine que vous avez plantée, vous pourrez peut-être rendre son identité au Fleuve du Destin. »
« À l’époque, que s’est-il passé… »
« Ce n’est pas à moi d’intervenir dans ces affaires. D’autant que ce chapitre n’est pas encore clos. En portant la marque de Laondio, vous découvrirez la vérité, que vous le vouliez ou non, dit Wal’Zo. Je suis seulement là pour jeter du bois dans le feu en éclairant certains sujets liés à Ultom et à la Première Ère. »
Zac se retint de pousser le vieil homme à en dire davantage. C’était comme s’il se retrouvait de nouveau devant Sendor, à essayer de troquer des informations. Sauf que cette fois, il n’avait rien à offrir. Wal’Zo en savait plus sur ses origines que Zac lui-même, et il abordait clairement sa recherche de nouveaux Porte-Flammes avec pragmatisme. Si Zac ne faisait pas l’affaire, il n’aurait qu’à relancer ses filets.
C’était tout de même une occasion en or. Quels que soient ses véritables objectifs, Wal’Zo semblait décidé à lui révéler certains secrets antiques. Zac était certain que la vision était la clé. Ce n’était pas un hasard s’il avait vu précisément ces souvenirs-là.
« Celle que j’ai vue à la fin — l’Éternelle… C’est elle qui a bâti Ultom ? »
Cela faisait longtemps que Zac n’avait pas prononcé ce nom à voix haute. Comme prévu, cela ne déclencha aucune vague du destin en présence de Wal’Zo.
« Oui, avec de l’aide », répondit le vieil homme en hochant la tête.
« Est-ce l’être le plus puissant qui ait jamais vécu ? demanda Zac. Elle semblait transcendante, au-delà des Suprématies. »
« La plupart des Ères en comptent quelques-uns qui atteignent des sommets similaires. Les Voyageurs stellaires étaient tous à ce stade. La différence tenait au potentiel. Si l’on tient compte de cet aspect, Maîtresse est inégalée. »
Le potentiel ?
« Vous avez assisté à la quête de Starclad. Les Voyageurs avaient exploré tous les futurs possibles, sans rien trouver qui puisse changer le statu quo. L’Éternelle a apporté l’espoir. Son réveil a élevé les Cieux, mais cela n’a suffi à atteindre aucun de leurs objectifs. La cage était toujours là, seulement un peu plus grande. Les Voyageurs restaient prisonniers, et l’Éternelle demeurait au seuil de l’Éternité véritable. »
« L’Éternelle n’était pas vraiment éternelle ? s’étonna Zac.
Le plus puissant des êtres n’avait même pas réussi à transcender complètement le rang A ?
« Maîtresse aurait pu atteindre l’Éternité véritable dès qu’elle l’aurait souhaité. Mais cela aurait eu un prix. Elle aurait dû dévorer le Multivers et tout ce qu’il contenait, comme un dragon nouveau-né qui mange sa coquille pour se nourrir, dit Wal’Zo. Cela lui aurait donné la puissance nécessaire pour explorer librement l’immensité de l’au-delà. Avec l’Éternité à ses côtés, elle aurait pu découvrir un Ciel supérieur, s’il en existe un. »
« Elle ne l’a manifestement pas fait, sinon nous ne serions pas là », dit Zac.
« À quoi aurait servi l’Éternité si elle avait été souillée par le sang d’innombrables futurs ? Elle se mit à créer une autre voie. Les Voyageurs l’aidèrent, car c’était leur meilleure chance de dépasser les limites de leur naissance. Malheureusement, ils ne firent que s’éloigner davantage de leur objectif.
« Les Ères n’existaient pas à l’époque. Ce que vous appelez l’Ère perdue a duré plus de douze fois plus longtemps qu’une Ère moyenne, malgré sa fin brutale. Il s’agissait simplement d’un… déclin », soupira Wal’Zo, et les ruines qui les entouraient prirent un nouveau sens. « Malgré tous leurs efforts pour l’enrayer, le Multivers perdait son essence. Leurs tentatives pour en élever la qualité compensaient à peine la perte de quantité. »
« C’est à ce moment-là qu’ils ont bâti Ultom ? demanda Zac.
Wal’Zo hocha légèrement la tête. « Maîtresse n’a pas changé d’avis, même après avoir épuisé toutes les possibilités. Il ne restait qu’une seule option : démanteler le Multivers et le reconstruire de fond en comble, pour créer une réalité qui ne serait pas vouée à un déclin régulier. Une réalité suivant un cycle vertueux de renaissance. Ce cycle limiterait les fuites, et le cycle de renaissance affinerait sans cesse le Dao, expliqua Wal’Zo. Et au gré du flux et du reflux de la réalité, le flambeau serait transmis. »
« Elle a détruit le Multivers ? s’étrangla Zac. Alors, ceux qui vivaient durant l’Ère perdue… »
« Une Ère devait mourir pour que toutes les autres puissent vivre, dit Wal’Zo. Y compris la sienne et celle des Voyageurs stellaires. »