Chapitre 1 235
Zac s’émerveilla devant la couvée de larves qui ne cessait de croître. À les voir, on aurait pu parler d’une marée de bêtes. Il y en avait déjà des centaines de la taille de Rois des bêtes. Zac ne remarquait aucun signe inquiétant, mais Ibtep ne se tromperait pas. S’il ne voyait rien, c’est que le problème couvait sous la surface.
« Tu ne devrais éliminer que celles qui sont possédées, qui ont mangé jusqu’à leur limite ou qui s’en prennent aux autres, ajouta Ibtep. Si elles continuent de manger, ignore-les. Élever les petites prend du temps et des efforts. J’ai à peine de quoi m’acquitter de cette tâche. »
« Je vais essayer, mais si on attend trop, ça risque de coûter plus cher, répondit Zac. »
Les autres arrivèrent bientôt. Ses subordonnés connaissaient tous la classe d’Ibtep, et même ceux qui ignoraient tout des larves dévoreuses d’espace comprirent rapidement ce qui se passait. Seul Kator n’était pas au courant et regardait autour de lui, perplexe.
« Qu’est-ce que c’est ? demanda Kator.
— Des larves dévoreuses d’espace. On en a amené pour nous occuper des turbulences spatiales, répondit Zac. » Il fut surpris de remarquer la petite entaille à son poignet gauche. La blessure infligée par Joanna n’avait toujours pas cicatrisé après plus d’une semaine ? Ou était-ce intentionnel ? Il n’en dit rien et reprit avant que Kator ne se lance dans un interrogatoire. « On a dû s’arrêter ; l’équipage a besoin de repos. »
« Voilà ce qui arrive quand on embarque des faiblards pour une mission cruciale.
— Mieux vaut ça que d’emmener des gens à la loyauté douteuse, répliqua Zac en jetant un regard au Reaver. Je parle bien sûr de nos nouvelles recrues.
— Bien sûr, ricana Kator. Alors, c’est quoi, le problème ? »
« Certains sont sur le point de perdre le contrôle après avoir ingéré trop de ressentiment. On aura des ennuis s’ils deviennent fous furieux ou explosent avec toute cette énergie accumulée, alors il faut les repérer et les neutraliser avant. Chacun couvrira une section de la barrière.— Ça n’a pas l’air bien compliqué. Elles sont comme des canards au stand de tir, fredonna Emily, tandis que des dizaines de tomahawks jaillissaient de la poche d’armes accrochée à sa ceinture.
— Je n’en suis pas si sûr, marmonna Kator en faisant apparaître une javeline d’un noir de jais dans sa main.
Zac n’avait jamais vu le Reaver s’en servir, et elle n’avait pas l’air d’être un véritable trésor. Les matériaux étaient de grande qualité, mais les gravures n’avaient rien de remarquable. On aurait dit une arme de jet à usage unique. Le Reaver la lança sur une larve au hasard, au loin ; elle fila à une vitesse telle qu’elle ressemblait à un laser noir.
Imprégnée du Temps et du Conflit, la javeline transperça le faux Roi des bêtes et déclencha une explosion spatiale qui détruisit des dizaines de ses congénères. Le bilan aurait été bien plus lourd si les bestioles n’avaient pas été conçues pour résister aux vents spatiaux violents.
« La corruption rend leurs cellules de stockage si instables ? marmonna Ibtep. Voilà des données précieuses. Merci, Marche-os.
— Ces créatures sont ton invention ? demanda Kator, qui regardait Ibtep avec curiosité pour la première fois. Quelqu’un d’aussi intéressant se cachait donc parmi les sans-visage.
— Rapportez-moi quelques cadavres corrompus de celles qui sont les plus douées pour intégrer la force chaotique à leur chair, s’il vous plaît, dit Ibtep. Je les étudierai et verrai si je peux améliorer la prochaine génération.
— Je m’en charge, répondit Zac en se tournant vers ses guerriers qui attendaient à l’écart. Vous avez vu ce qui s’est passé. Il faut éliminer les corrompues, sinon on sera à court de larves en quelques minutes. Tuez tout ce qui vous paraît suspect, mais n’en faites pas trop. Ces créatures coûtent cher et sont difficiles à élever. Ne dépassez pas la ligne de nourrissage et retenez vos coups. Les carapaces risquent aussi de poser problème, alors ne les abîmez pas. »
« Comme au bon vieux temps, soupira Kator en faisant grandir sa matraque. Zac se dit qu’il aurait souri s’il avait eu une bouche. On dirait que je suis de nouveau une recrue envoyée dans un portail de guerre. J’ai perdu le compte des fois où j’ai vécu ça.
— Alors, je compte sur toi, lança Zac avant de s’envoler dans une autre direction.
Les paroles de Kator n’étaient pas de la vantardise. L’Izh'Rak Reaver menait une guerre perpétuelle contre plusieurs forces, dont la plus puissante était le Conseil primordial. Cette organisation peu structurée regroupait des tribus de beastkins et des factions de bêtes ataviques. Si vous pensiez que les hommes-bêtes étaient plus tendres avec leurs cousins animaux qu’avec les autres cultivateurs, vous vous trompiez.
Le Conseil primordial suivait la loi de la jungle. Les bêtes dépourvues d’étincelle d’intelligence devenaient de la chair à canon, jetée sans répit contre les phalanges d’Izh'Rak. Le Conseil gardait des secteurs entiers comme terrains d’élevage et recourait à des moyens inconnus pour les transporter en masse.
La stratégie ressemblait à celle qu’Ogras avait employée lors de son Incursion désastreuse, sauf que les effectifs étaient assez nombreux pour masquer le soleil. Le Conseil envoyait des bêtes pendant des siècles, jusqu’à ce que les défenseurs soient à court de ressources et que des continents entiers soient ravagés et submergés. Alors, les véritables guerriers fondaient sur eux et écrasaient d’un seul coup la résistance chancelante. Cette situation convenait parfaitement aux Reavers, qui aimaient la guerre ; ils en avaient même fait une méthode d’entraînement.
Cette situation chaotique tranchait nettement avec la guerre ordonnée menée par les Draugr. Ils affrontaient une alliance d’empires dirigée par des humains, dont l’Empire Havarok faisait partie. Les Draugr n’étaient en aucun cas pacifistes, comme l’avait démontré le clan Sharva’Zi. S’ils en avaient l’occasion, ils réorganiseraient toute la coalition pour renforcer leurs rangs.
Zac parcourut la ligne de nourrissage du regard à la recherche de cibles. La tâche n’avait rien de difficile. L’ordre s’effondrait rapidement parmi les bestioles dépourvues d’esprit. Des centaines des plus grosses tressautaient de façon erratique sous l’effet des énergies souillées qu’elles avaient ingérées. La plupart souffraient simplement d’avoir trop mangé, mais le Regard draugr de Zac lui révélait que, chez certaines, la force vitale était devenue instable.
Le monde ralentit tandis que Zac se changeait en traînée de Mort abyssale et sillonnait le champ de débris. Lorsqu’il réapparut, il avait presque doublé de taille, et la cape ainsi que l’armure de l’[Arbitre des Abysses] s’étaient matérialisées par-dessus ses robes habituelles.
Six chaînes jaillirent de son dos, chacune débordant de la force dominatrice de la [Soumission inexorable]. Les bestioles dont la force vitale semblait sur le point d’exploser sentirent leurs énergies tourbillonnantes ralentir jusqu’à ramper lorsque les chaînes les atteignirent.
L’une d’elles dévia soudain de sa trajectoire et transperça la tête charnue d’une larve, juste au moment où celle-ci pivota à une vitesse étonnante pour tenter de mordre sa voisine de son immense gueule pareille à un tourbillon. Elle ne possédait aucune compétence ni capacité innée pour se défendre contre quoi que ce soit, à l’exception du Dao de l’Espace.
La plupart des bêtes visées moururent sur-le-champ. Elles étaient déjà au bord de l’effondrement, et une poussée du Dao de la Mort le long des chaînes accueillit ces créatures souffrantes dans l’au-delà éternel. Leurs carapaces durcirent, ne laissant échapper qu’une infime quantité des énergies spatiales accumulées, grâce au pouvoir de scellement de la [Soumission inexorable].
La méthode fonctionna comme prévu, et Zac traîna les carapaces, grandes comme des gratte-ciel, loin de la tempête qui avançait. Quelques coups de hache les réduisirent en morceaux plus petits, qui rejoignirent les autres débris. Zac les garda tout de même à proximité, voulant les observer un peu plus longtemps pour vérifier qu’elles étaient vraiment stables.
La méthode ne fonctionna pas aussi bien contre toutes ses cibles. Des quantités effroyables d’énergie fuyaient de celle qui avait attaqué ses congénères. Elle était clairement sur le point de devenir une supernova. Si on la laissait exploser, elle en emporterait bien plus que la petite créature tuée par Kator, leur faisant perdre un temps de repos précieux.
Une impulsion de répulsion parcourut la chaîne du [Lien d’amour], et l’insecte déchaîné fut soudain projeté à une vitesse impossible. Même les flots chaotiques d’énergie spatiale qui s’échappaient des fissures de son corps changèrent de direction, lui fournissant une poussée supplémentaire. L’insecte s’envola dans la tempête tourbillonnante, qui l’engloutit tout entier.
Quelques instants plus tard, une onde de choc chargée de turbulences spatiales déferla en sens inverse. Elle s’écrasa contre le mur charnu des larves géantes, dont les qualités naturelles neutralisèrent presque entièrement l’effet. Bien sûr, le résultat aurait été tout autre si la tempête n’avait pas absorbé l’essentiel de la force.
De nouvelles larves prirent la place des mortes, indifférentes à leur fin prochaine. Seule la quête de nourriture occupait leur esprit. Zac était déjà passé à autre chose et s’attaquait à un nouveau groupe d’insectes comme il l’avait fait avec le premier. Certaines bêtes furent tuées et ajoutées aux débris ; d’autres furent repoussées et projetées dans la tempête à l’aide de l’[Arbitre des Abysses].
La compétence de transformation de Zac avait été la dernière à passer au rang E. Elle avait donc été mieux accordée à sa voie que ses premières compétences de rang E. Le travail accompli à l’époque avait porté ses fruits lorsqu’il avait fallu faire évoluer de nouveau la compétence, cette fois au rang D. Zac en était plutôt satisfait et ne s’était contenté que de quelques ajustements mineurs en faisant évoluer la Fractale de compétence.
Les caractéristiques de base étaient restées les mêmes. Le domaine provocateur avait plus que décuplé, et son emprise était bien plus écrasante. Zac ne l’utilisait pas pour l’instant, de peur que la pression n’endommage les carapaces et ne les fasse se mettre à fuir leur énergie trop tôt. La chaîne spectrale restait enroulée autour de son bras gauche, prête à frapper une cible. Le seul changement notable tenait aux synergies ajoutées : l’[Arbitre des Abysses] fonctionnait désormais avec la [Soumission inexorable], la version évoluée de l’[Entaille flétrissante].
Chacune des chaînes physiques du [Lien d’amour] pouvait désormais imiter les propriétés de la chaîne spectrale. L’effet n’était pas aussi puissant que celui de l’originale, mais il suffisait à donner du fil à retordre à quiconque était pris pour cible. La [Soumission inexorable] ajoutait un effet de suppression, tandis que la redirection de l’[Arbitre des Abysses] manipulait leurs actions.
Tout cela s’inscrivait dans le projet de Zac : faire peser davantage ses armes dans ses combats au corps à corps. Elles étaient censées lui permettre de maîtriser ses ennemis, mais, pendant longtemps, elles n’avaient guère été plus qu’un désagrément mineur, comme des mouches agaçantes. Grâce à la résistance incroyable du [Lien d’amour] et à la superposition de ses compétences, ignorer les chaînes était désormais synonyme de mort certaine pour quiconque se faisait prendre.
Le seul regret de Zac était que ses Esprits d’outil soient toujours au début du rang D. Verun et Alea avaient tous deux beaucoup progressé, se rapprochant du seuil suivant. Mais il leur fallait du temps pour assimiler et intégrer les nombreux matériaux nécessaires à leur évolution. Rien que réparer les entailles accumulées pendant les années de carnage ininterrompu de Zac demandait beaucoup d’énergie et d’efforts aux Esprits d’outil.
Il existait des trésors capables de les faire monter de force d’un rang. Ce serait comme soutenir sa cultivation avec des pilules et des trésors naturels. Zac avait procédé ainsi pour remplacer le [Rempart ossuaire]. Un trésor avait transformé l’armure de rang D en véritables Insignes de guerre, et un autre lot d’objets l’avait propulsée au milieu du rang D.
Une telle méthode lui coupait toute voie d’évolution future, à moins que Zac n’apporte des améliorations considérables grâce à la [Forge cosmique]. L’effort n’en valait probablement pas la peine, même s’il acquérait les compétences nécessaires. L’esprit de l’armure accordée à la Vie était de qualité inférieure et dépourvu de véritable conscience. Les trésors nécessaires pour l’éveiller au niveau de Verun auraient été mieux employés à fabriquer une armure entièrement nouvelle ou à nourrir ses véritables compagnons.
Le fait que le [Lien d’amour] soit bloqué au début du rang D ne constituait pas un grand handicap, vu la qualité exceptionnelle des matériaux utilisés pour le créer. Contre les larves possédées, c’était même presque excessif. Le cliquetis des chaînes d’Alea composait une mélodie sinistre qui se mêlait au chœur des combats résonnant dans toute la zone.
Zac dirigeait l’orchestre, tissant la symphonie grâce à sa Posture inexorable. Le champ de carapaces ne remuait pas lorsqu’il passait. Au contraire, elles se stabilisaient davantage quand Zac laissait son aura imprégner les alentours. Il était l’Apôtre inexorable, et la Mort relevait de son autorité. Les morts devaient reposer en paix, et non revenir troubler les vivants.
Il était libéré, affranchi de l’espace exigu du Yphelion et des échéances étouffantes imposées par les Trésors enfouis. Zac pouvait déployer toute l’étendue de sa technique et saisir des intuitions qui lui avaient échappé lors de ses sparrings et de ses expéditions. Il aurait aimé que les larves possédées se défendent davantage, au lieu de chercher à exploser ou d’attaquer par des décharges d’énergie brute.
Des scènes similaires se déroulaient autour du Yphelion, avec des résultats variables. Catheya, Kator et Ogras s’en sortaient le mieux. Grâce à son Dao du Continuum, Kator repérait les larves à éliminer, et sa technique lui permettait de se déplacer à une vitesse extrême sans provoquer de perturbations. Les capacités de Catheya convenaient elles aussi parfaitement à la tâche.
Elle se contentait de geler les larves sur le point d’exploser, gagnant ainsi assez de temps pour les repousser. La maîtrise des ombres d’Ogras le rendait idéal pour cette tâche. On aurait dit que plus d’une centaine de chaînes transperçaient les larves. Il allégeait même la pression pour ceux dont les capacités étaient moins adaptées aux frappes précises.
Ogras avait un autre avantage. Ces dernières semaines, il avait démontré une aptitude singulière à repérer le Karma et le ressentiment, ce qui lui permettait de déceler les situations dangereuses bien à l’avance. Même la vision et le Sens du danger de Zac le trompaient parfois, provoquant l’explosion d’une larve. Pas une seule explosion ne se produisit du côté d’Ogras.
Les heures passèrent, et les accidents diminuèrent peu à peu à mesure que chacun apprenait à repérer les signes avant-coureurs. Mais un autre problème prit le relais. Comme prévu, certains débris se révélèrent moins stables que d’autres, sans qu’il soit possible de le savoir à l’avance. Zac avait perdu le compte des larves qu’il avait abattues, mais il passait bientôt davantage de temps à projeter les morceaux de carapace au-delà de la ligne de nourrissage.
Chaque perte affaiblissait un peu les Sceaux spatiaux, et ils finirent par atteindre un point où les nouveaux morceaux n’arrivaient plus assez vite pour remplacer les anciens. Les réserves d’Ibtep s’épuisaient, et les rivières de bêtes grosses comme des grains s’étaient réduites à de maigres filets. Trop d’entre elles étaient mortes prématurément, et les survivantes avaient moins absorbé que prévu, car les accidents ne cessaient de perturber leur repas.
Mieux prévenir les accidents ne suffisait pas à compenser l’énorme ponction sur leurs ressources. Zac regarda, impuissant, la ligne de nourrissage s’amincir et reculer peu à peu vers le Yphelion. Il ne voyait pas comment soulager les larves.
Zac aurait de loin préféré affronter une mer d’ennemis. Là, il aurait pu agir. Mais comment repousser la corrosion spatiale ? L’[Œil de la Désolation] était sa meilleure défense à grande échelle, mais il ne tiendrait que quelques secondes face aux vents extérieurs.
« Je ne peux fournir des larves que pendant vingt minutes encore, lui rappela Ibtep par communicateur. « Après, il faudra que j’utilise les reproductrices. Et ça ne nous fera gagner que quelques minutes de plus. »
Zac soupira. La mission avait paru assez facile, mais ils ne tiendraient même pas les quatre heures prévues, alors qu’Ibtep avait utilisé bien plus de bêtes que prévu. Les larves étaient conçues uniquement pour dévorer l’espace, et les Zhix n’avaient pas eu assez de temps pour les adapter à l’environnement unique de ce cimetière.
À en juger par la vitesse à laquelle la ligne de nourrissage s’amincissait, ils devraient partir presque aussitôt qu’ils cesseraient d’envoyer de nouvelles larves pour remplacer les mortes. Il aurait mieux valu partir encore plus tôt, mais c’était impossible. Le Yphelion était immense, et traverser le champ de débris et la ligne de nourrissage risquait fort de provoquer un effondrement prématuré.
Zac contacta la passerelle. « Que donnent les relevés ? Il y a du nouveau ? »
« C’est… loin d’être idéal, répondit Galau. « Partir une demi-heure plus tôt, c’est très différent d’attendre les quatre heures complètes. »
« Pas de chance, hein ? soupira Zac en regardant autour de lui.
Il sentait la pression monter. On aurait dit que l’espace se repliait sur lui-même, et son Sens du danger grondait sourdement depuis dix minutes. Les carapaces ne tarderaient pas à arriver à expiration plus vite qu’ils ne pouvaient les évacuer. Plus grave encore, elles ne tarderaient pas à perdre la capacité de stabiliser la zone.
Inutile d’utiliser les larves reproductrices. De toute façon, ils ne pouvaient pas rester plus longtemps.
« On va devoir improviser. Réveille Jaol et Mark, et demande-leur de tracer une route. »
Les deux hommes étaient ceux qui souffraient le plus de l’épuisement. On les avait donc placés dans un dispositif spécialisé, semblable à une induction de coma. Il les plongeait dans l’inconscience et leur permettait de récupérer plus vite qu’en s’allongeant simplement pour dormir. En contrepartie, il fallait du temps pour réveiller quelqu’un pris dans ce dispositif ; il ne convenait donc pas à une personne susceptible d’être appelée à tout moment.
Tout le monde savait ce que signifiait pénétrer dans une formation de tempête aussi gigantesque, et chacun lutta de toutes ses forces jusqu’au dernier moment. Quelques secondes de plus pouvaient suffire à faire la différence entre la vie et la mort.
« Revenez ! » cria enfin Zac, et une douzaine de traînées foncèrent droit vers le Yphelion.
Il ne fallut qu’une seconde pour qu’une première explosion retentisse derrière eux. Zac n’y prêta aucune attention et téléporta tout le monde dans le vaisseau. Une violente secousse indiqua que le bâtiment avait démarré, mais ce n’était pas suffisant. Le Sens du danger de Zac s’affola, et il regarda avec horreur le couloir se déformer. L’espace s’effondrait déjà, formant un puits dimensionnel. Se faire entraîner à l’intérieur ne serait guère mieux que tomber dans un trou noir.
Zac se précipita vers la passerelle, serrant dans sa main le déclencheur de Galau, lié au système accordé à la Mort encore non identifié, au cas où ils ne parviendraient pas à s’échapper. Une secousse soudaine les propulsa vers l’avant, et Zac poussa un soupir de soulagement. Ils avaient échappé à l’attraction spatiale, mais ce n’était que le début. Une telle formation n’était pas stable. Elle finirait par s’effondrer, recrachant tout ce qu’elle avait rassemblé et comprimé, y compris toute l’énergie stockée dans les larves.
Les portes s’ouvrirent et Zac posa le pied sur la passerelle. Mark était de retour dans le fauteuil du pilote et avait l’air bien mieux qu’avant.
« Merci, dit-il sans quitter sa console des yeux. Accrochez-vous, mesdames et messieurs. Ça va secouer. »