Chapitre 1 234
Un groupe épuisé se précipita dans le couloir spatial en ruine, sans se soucier des entailles qui s’ouvraient sur leurs corps. Zac lui-même sentit les viscères putrides et les tourbillons de rancœur s’insinuer dans ses plaies, sans parler des autres. Le portail s’effondra quelques instants à peine après leur sortie.
Cette fois, ils étaient prêts, forts des douloureuses leçons tirées de leurs précédentes expéditions. Une équipe de réserve avait érigé une solide barrière pour dévier le dernier déferlement de matière et d’énergie expulsé par le monde en train de s’effondrer. Zac se débarrassa de la crasse qui le couvrait avant de sauter dans la capsule.
Ils abattirent un autre obstacle qui leur barrait la route à force d’efforts et de travail d’équipe. Cela ne suffit guère à remonter le moral à bord de la navette tandis qu’ils volaient vers le Yphelion qui approchait. Zac aurait voulu les encourager, mais que pouvait-il dire ? Tout ce qu’ils avaient à montrer pour avoir risqué leur vie, c’étaient quelques reliques corrompues, une poignée de plantes de rang D douteuses qui empestaient le mal, ainsi que des motifs étrangers recopiés sur un mur.
L’anomalie était un autre trésor, un fragment ordinaire de Monde intérieur rempli de sang putride et de zombies. Il s’agissait probablement des descendants ou des serviteurs du cultivateur ancien tombé au combat. Leur fin avait sans doute été encore pire : ils avaient vu leur monde s’écrouler autour d’eux tandis qu’un Dao hostile inondait leur foyer. La rancœur dense du Cimetière impérial empêchait les Revenants ordinaires de s’éveiller, les transformant plutôt en monstruosités sans esprit, animées par une soif de meurtre.
« Beau travail. Allez vous reposer », lança Zac avant de regagner péniblement ses quartiers.
Catheya était déjà partie s’occuper de ses propres affaires. Zac jeta un coup d’œil à la table où ils avaient pris un café quelques heures plus tôt, se demandant combien d’occasions de ce genre ils auraient au cours des semaines à venir. Il secoua la tête et entra dans la Chambre de cultivation pour entamer une nouvelle séance d’entraînement. Le repos était important, mais la diligence l’était tout autant.
Les jours s’écoulèrent sans répit, et la pression sur le Yphelion et son équipage ne faiblit jamais. Elle ne fit que croître, au point que Zac se mit à regretter le calme qui régnait aux abords du cimetière lorsque dix autres jours eurent passé. Impossible de se reposer : les tempêtes devenaient de plus en plus violentes. Jaol et Mark Marshall étaient les plus durement touchés, puisqu’ils devaient guider le vaisseau à travers ces eaux agitées.
Ogras et Emily avaient tous deux l’expérience du pilotage de Vaisseaux cosmiques dans des zones turbulentes, mais ils peinaient à remplacer Mark pendant ses brèves périodes de repos agité. Pour les passagers, le voyage du Yphelion semblait stable, hormis les secousses constantes. Ce n’était qu’une fausse impression de sécurité. Le Yphelion ne cessait de tournoyer dans un sens puis dans l’autre, virant avec une telle soudaineté et une telle brusquerie que les forces centrifuges auraient mis la moitié de l’équipage hors de combat sans les Réseaux d’inertie.
Il était évident que la Balise les menait vers l’une des régions les plus dangereuses du cimetière. Leur situation commençait à rappeler à Zac sa tentative d’éviter la centaine de Vrilles mentales du Pèlerinage de la Foi. Des vents violents pouvaient surgir de nulle part, et même le bouclier amélioré du Yphelion aurait du mal à en bloquer beaucoup.
Heureusement, ils avaient assez de bonnes nouvelles pour garder le moral. D’abord, ils avançaient bien plus vite que prévu. Les boucliers et la vitesse améliorés du vaisseau leur permettaient de traverser des tempêtes qui les auraient forcés à rebrousser chemin et à chercher un autre itinéraire avec l’ancien Yphelion. De telles manœuvres leur auraient coûté plusieurs jours, augmentant les risques et l’épuisement. Il y avait aussi un nombre étonnant de sceaux disséminés dans la tempête. Six de ses porteurs de sceau avaient achevé le leur au cours des quatre semaines qui suivirent celui de Galau, tandis que Kruta obtint son deuxième fragment. La Cour de l’Indomptable était celle qui inquiétait le plus Zac, car Kator, sans surprise, était un Danseur de sang comme Kruta et Joanna.
Les stratagèmes de Zac pour distraire le Reaver s’étaient révélés inutiles. Il avait cédé le premier fragment de la Cour de l’Indomptable après un pari avec Joanna. La Valkyrie avait une quête liée à la sienne ; elle renonça donc à sa part du fragment en échange de matériaux rares que Kruta avait rapportés de l’extérieur.
La plupart des sceaux furent repérés grâce au réseau de balayage installé à son insu. Zac avait presque fini par pardonner au Pryer Centigrade et aux Créateurs d’avoir posé ce dispositif d’espionnage.
Leurs propres scanners n’avaient réussi à en détecter que deux, tandis que les scanners centigrades en avaient repéré huit. S’ils n’en avaient récupéré que cinq, c’était parce que les chemins menant aux autres avaient été jugés trop dangereux ou les auraient privés des fenêtres cruciales dont ils avaient besoin pour avancer. Ils avaient aussi repéré des dizaines de fluctuations spatiales menant à des Royaumes mystiques ou à des Trésors, mais Zac choisit de ne pas s’occuper de ce qui ne contenait pas de sceau.
Zecia s’effondrait, et il ne resterait peut-être plus rien à sauver s’ils tardaient trop à activer les Dieux étrangers. L’échéance de quatre cents jours, mentionnée sans plus de précisions dans la missive de Ventus, approchait à grands pas. Zac espérait atteindre leur destination avant. Plus important encore, ses soldats versaient leur sang pour donner à Zac et à la plupart de ses élites le temps de partir en mission.
Les deux sceaux qu’ils n’avaient pas trouvés dans la nature provenaient de quêtes de désignation. Zac s’était demandé comment ils pourraient bien accomplir les tâches qui leur étaient assignées alors qu’ils n’avaient pour seul moyen de navigation que de suivre la [Balise du Centurion] et de faire parfois un détour pour récupérer des sceaux.
Il s’était avéré que les détenteurs de quête ressentaient une forte attraction, un peu comme celle que Zac percevait auprès des Trésors suprêmes. Les deux pistes menaient à des Trésors, mais les missions étaient très différentes. Carl avait dû s’infiltrer seul pour récupérer un ancien arc de guerre, tandis qu’ils avaient aidé Ra’Klid à déterrer un ensemble d’écritures liées à la Vie dans un temple hanté.
Aucun des deux n’avait trouvé de sceau sur place. En revanche, des coffrets scellés apparurent dans leurs quartiers dès leur retour. Le Système leur avait aussitôt remis leur récompense, au grand soulagement de Zac. S’il avait dû retourner à un Échange de mérites pour récupérer son dernier Sceau du Porte-Flammes, ses plans auraient été sérieusement compromis.
Malgré l’épuisement, ils progressaient régulièrement. Jusqu’au moment où tout s’arrêta brusquement.
« Quelles sont nos chances de forcer le passage ? » demanda Zac en observant la gigantesque formation orageuse qui leur barrait la route.
C’était de loin la plus grande qu’ils eussent jamais vue, plus d’une douzaine de fois plus vaste que n’importe quel amas isolé rencontré jusque-là.
« Dix pour cent, au mieux. Et encore, je me base uniquement sur les zones qu’on peut réellement scanner. C’est probablement moins s’il y a un amas à haute énergie au milieu qui maintient le tout en place », répondit Galau en secouant la tête. « Nos boucliers sont trop usés pour prendre ce risque. »
« Voyons le bon côté des choses, dit Ogras. Nous serions devenus des débris spatiaux si les Cieux impitoyables n’avaient pas équipé leur fils préféré d’un meilleur pilote. »
« Pas forcément, rétorqua Galau. Une bonne partie de l’usure vient des raccourcis dangereux qu’on prend pour économiser nos effectifs. Nos boucliers seraient à peu près dans le même état que ceux de l’ancien vaisseau, sauf que nous ne serions pas allés aussi loin. »
« Bref, impossible de traverser », conclut Zac. « Trouvez un autre chemin. »
« Il y en a un, mais… » commença Galau en jetant un regard à Mark, assis dans le fauteuil de pilotage.
Les yeux du pilote, d’ordinaire imperturbable, étaient injectés de sang ; sa peau avait pris une teinte jaunâtre et cireuse. On aurait dit qu’il luttait contre une grave maladie depuis des mois. C’était l’effet secondaire des stimulants qu’il prenait pour tenir le coup, après avoir trop longtemps épuisé son âme et ses capacités de calcul.
« Il n’y a aucun chemin correct devant nous, soupira Jaol. Rebrousser chemin préservera nos boucliers, mais le trajet sera pénible et nous coûtera au moins trois jours. »
« Il faut bien que quelque chose cède, sinon ils vont s’endormir au poste de pilotage et nous envoyer tout droit dans le royaume des morts, dit Ogras. J’ai essayé d’apprendre, mais les virages s’enchaînent trop vite. Mark doit avoir un sixième sens pour éviter les déchirures spatiales aussi rapidement. »
« On ne peut pas avancer et on ne peut pas faire demi-tour ? » grommela Zac. « Alors, que proposes-tu ? Qu’on reste là ? »
« Exactement, répondit Jaol. La tempête qui nous barre la route est trop puissante pour qu’on s’y attaque. Mais elle se déplace aussi très vite. Le pire devrait passer si nous attendons environ quatre heures. On pourrait repartir plus tôt si on acceptait de prendre un petit risque. »
« Je crois que le moment est venu », dit Ogras d’un air grave.
Zac sortit la [Balise du Centurion] et l’infusa d’un peu d’énergie. Ils étaient proches, mais à en juger par le signal, il leur faudrait encore au moins quelques semaines. Devrait-il vraiment la sortir si tôt ? L’autre solution consistait à déclencher les boîtes noires cachées dans le vaisseau et à prier pour qu’il s’agisse d’un système de distorsion qui ne les tuerait pas tous.
« Appelez Ibtep. »
Le liaison zhix arriva peu après sur la passerelle. Zac se rendit compte que c’était la première fois qu’il revoyait son vieil ami depuis leur départ en mission. Ibtep n’avait participé à aucune de leurs sorties. À la place, il s’était installé dans l’un des hangars inutilisés et l’avait transformé en enclos pour ses bêtes.
« Tu m’as appelé ? C’est le moment ? » demanda Ibtep, partagé entre l’impatience et le chagrin.
« Nous devons rester sur place quelques heures », expliqua Zac en montrant la scène au-dehors. « Tout est prêt ? »
« Tout est prêt », soupira Ibtep. « Pauvres créatures. Elles vont mourir dans d’atroces souffrances pour nous protéger. »
Ibtep avait rejoint la mission pour ses bêtes dévoreuses d’espace. Les premiers essais menés au cours des dernières semaines s’étaient révélés prometteurs, mais elles étaient peu nombreuses. Zac avait espéré les garder jusqu’au dernier moment afin de se frayer un chemin vers la [Balise du Centurion] au cas où elle serait protégée par un violent blocus spatial. Malgré tout, en sacrifier une partie pour offrir à leur pilote un repos bien mérité et leur épargner plusieurs jours de voyage constituait un emploi valable.
« Elles survivront peut-être », hasarda Ogras, sans y croire lui-même.
« Ce serait encore pire. Que pourrait-il y avoir de bon à survivre après avoir avalé une nourriture aussi corrompue ? »
« Je suis désolé, mais nous n’avons pas le choix, dit Zac. Notre pilote est sur le point de s’effondrer, et nous allons entrer dans une région encore plus agitée. Il a besoin de repos. »
« Je comprends, dit Ibtep. Leur sacrifice apportera la gloire à la Ruche. Laissez-moi aller chercher mes affaires. »
« Euh, juste pour vérifier : tu as bien un plan de secours, hein ? » chuchota Ogras tandis qu’Ibtep s’éloignait en hâte.
« Oui. Je piloterai le vaisseau moi-même, en comptant sur mon physique avantageux et ma chance encore plus remarquable. »
« Cieux, je vous en prie, donnez votre force aux grubs », murmura Ogras, les mains jointes en signe de piété.
Ibtep prépara rapidement tout le nécessaire, puis rejoignit Zac et Ogras à l’extérieur du vaisseau. On aurait dit qu’ils se trouvaient au milieu d’une tempête de sable verdâtre, où chaque grain était un mélange d’espace instable et des séquelles d’une attaque extrêmement puissante. Ils avaient essayé de trouver un endroit aussi calme que possible près de la tempête qui passait, mais même Zac ne sortirait de la barrière qu’en cas de nécessité.
Les énergies instables étaient incessantes, et leurs puissantes propriétés spatiales les rendaient très difficiles à contrer. La poussière passait d’un espace à l’autre et pouvait facilement emporter votre chair si vous ne faisiez pas attention. Ils avaient déjà perdu deux navettes à cause de tempêtes semblables, et la plupart des visites à l’infirmerie résultaient des brefs séjours qu’ils avaient été contraints de faire dans l’espace ouvert.
La rancœur composite était au moins légèrement plus faible que celle qu’ils rencontraient en moyenne à cette profondeur, et rien n’indiquait encore la présence d’une anomalie ou d’autres dangers à proximité.
« Vas-y », dit Zac.
Ibtep acquiesça et souleva quelque chose qui ressemblait beaucoup à une ruche. C’était un outil de transport spécialement conçu pour les bêtes d’Ibtep et remplissait la même fonction qu’un Anneau du Monde. Ibtep disposait aussi d’un espace particulier, semblable au Sanctuaire de Kanba, lié à sa classe. Il était réservé à la monture du Chevalier Grub, ce qui lui procurait également certains avantages.
Six flots de cailloux jaillirent de la ruche, formant des rivières bleutées et scintillantes qui s’élargissaient à mesure qu’elles avançaient. Ces cailloux étaient les larves adolescentes qu’Ibtep avait préparées. Elles émettaient de minuscules ondulations spatiales en se dirigeant instinctivement vers leur source de nourriture. Les flots franchirent la barrière protectrice, et des milliers de larves moururent, exposées à cet environnement impitoyable.
Zac jeta un regard inquiet à Ibtep et ne se détendit qu’en voyant le calme sur le visage du Zhix. Leur confiance fut bientôt justifiée. Les vents spatiaux ne déchiquetèrent pas la plupart des larves qui mouraient. Elles se recroquevillaient et s’assombrissaient, ressemblant alors à de véritables cailloux. Zac ne comprenait pas exactement comment, mais leurs petites carapaces solidifiaient l’espace autour d’elles.
L’effet n’était pas puissant et ne suffisait certainement pas à stabiliser l’espace fracturé au point d’en faire un abri sûr où ils pourraient enfin se reposer. Il offrait toutefois un point d’appui à leurs congénères restés au-delà de la barrière. Avec intérêt, Zac observa la première vague de larves commencer à absorber les traînées verdâtres de chaos spatial.
Les plus rapides n’eurent besoin que d’une demi-minute pour passer de la taille d’un grain de riz à celle d’un doigt, et leur croissance ne montrait aucun signe d’arrêt. Plus les larves dévoreuses d’espace grandissaient, plus leur appétit devenait vorace. Leurs auras se renforçaient au même rythme, mais elles ressemblaient davantage à l’énergie diffuse d’un Cristal cosmique qu’à celle d’une bête ou d’un cultivateur. C’était logique, puisqu’elles n’avaient pour seul but que d’absorber l’Énergie spatiale et de la stocker dans leur corps jusqu’à mourir d’indigestion.
Des fissures commencèrent à apparaître sur le corps de certaines gloutonnes lorsqu’elles atteignirent la taille d’un bras. Elles se brisèrent alors en gros rochers, dotés de propriétés stabilisatrices bien supérieures à celles des petits cailloux. C’étaient celles qui avaient le moins de talent pour dévorer les énergies spatiales. Les autres continuaient de grandir. Elles avançaient comme des nuées de criquets, toujours plus loin du vaisseau, laissant derrière elles un rideau de carapaces de plus en plus grandes.
« Jusqu’où peuvent-elles aller ? Quelle taille peuvent-elles atteindre ? » finit par demander Zac.
« Ça… C’est une bonne question », acquiesça Ibtep. « La taille d’une ruche ? Peut-être plus ? »
« La taille d’une ruche ?! » s’exclama Zac en contemplant les milliers de bestioles en train de se nourrir, partagé entre fascination et inquiétude.
Même les Ruches les plus petites étaient des agglomérations de belle taille, tandis que le vaste réseau de tunnels et de chambres dominé par Rhubat éclipsait la plupart des villes terrestres.
« Bien sûr, ce serait dans des conditions idéales, poursuivit Ibtep. La nourriture impure perturbe leur absorption. »
« Impressionnant. Mais où est le piège ? » demanda Ogras en dévisageant Ibtep avec méfiance. « Pourquoi les Kan’Tanu n’ont-ils jamais fait pareil ? »
« Ce n’est qu’un emprunt de temps, répondit Zac. Il faudra tout rembourser plus tard. »
Le projet secret des Larves spatiales d’Ibtep avait d’abord été conçu pour soutenir l’effort de guerre. Zac était l’un des rares à être au courant et recevait régulièrement des rapports sur son avancement. Il aurait menti en prétendant comprendre tous les tenants et aboutissants de ces créatures si particulières, mais il connaissait leurs forces et leurs faiblesses.
« Comment ça, rembourser ? » demanda le démon avec méfiance.
« Leurs carcasses débordent d’énergie. Pour l’instant, elles agissent comme des poids qui maintiennent en place les couches spatiales qui flanchent et créent une zone sûre, expliqua Zac. Mais comment des morceaux de corps pourraient-ils résister aux forces de la nature ? Ça ne marche pour l’instant que parce qu’Ibtep les contrôle et renouvelle leurs rangs. Quand nous arrêterons, les vents reprendront vite le dessus. »
« Je n’ai pas trouvé comment rendre définitivement inerte l’énergie absorbée. Ce n’est peut-être pas possible, ajouta Ibtep. La stabilisation cédera, et toute l’énergie emprisonnée jaillira d’un seul coup. »
Ogras examina la barrière grandissante de larves mortes. Elle entourait déjà le Yphelion et s’étendait à vue d’œil. En quelques heures, elle formerait un champ d’astéroïdes de plus d’un kilomètre et demi de diamètre. Toute cette énergie, libérée d’un coup… Zac devina les pensées qui traversaient l’esprit du démon lorsque celui-ci se tourna vers lui avec son habituelle expression d’incrédulité mêlée de résignation lasse.
« Toi… » soupira Ogras. « Tu aurais pu me laisser dans l’ignorance, tu sais ? »
Zac allait répondre, mais Ibtep le devança.
« Oh, ça, ce n’est pas bon. Vous devriez vous préparer. »
« Pas bon ? Qu’est-ce qui se passe ? » demanda Zac, sans se souvenir d’un quelconque élément de l’explication d’Ibtep qui nécessitât sa participation.
« Je vous l’ai dit. Les grubs auraient mieux fait de mourir que d’être corrompus. Et maintenant, certains le sont. Ils n’ont pas de volonté propre ; leur instinct de se nourrir sera donc remplacé par le désir emprisonné dans les nuages. Vous devez vous occuper des fauteurs de troubles avant qu’ils ne sèment le chaos. »
« Et par “semer le chaos”, tu veux dire provoquer une éruption dimensionnelle qui nous enverra tout droit dans l’au-delà ? » soupira Ogras.
« Au moins, le temps s’est calmé, dit Zac en sortant sa hache. Appelez les autres. J’imagine qu’on va devoir s’occuper de quelques grubs possédés. »