Chapitre 1 222
Ces simples provocations n’auraient normalement pas le moins du monde déstabilisé Zac, même sous l’immense pression qu’il subissait. Pourtant, les paroles de l’entité étaient truffées de pointes malveillantes dissimulées. Cette magie totalement étrangère tentait de faire naître des germes de Démons du Cœur artificiels tout en semant la discorde dans son esprit. Chacune de ses attaques risquait de le corrompre et de le posséder.
Dans d’autres circonstances, cette attaque subtile aurait représenté une véritable menace. L’entité était loin d’être aussi insouciante qu’elle voulait le laisser croire. Elle avait fusionné avec la[Cloche de l’Épiclèse]pour survivre sous un ciel hostile, et endommager la cloche revenait à blesser la créature. La cloche hérétique étant presque entièrement détruite, l’entité était déjà à l’agonie. Les Cieux enfonçaient le clou, effaçant son existence couche après couche.
Les propriétés isolantes de la cloche avaient presque disparu, trop affaiblies pour rompre ne serait-ce que le lien avec l’autre moitié de Zac. Le fait qu’il puisse sentir où elle se trouvait et percevoir les différences dans l’écoulement du temps indiquait qu’il avait été entraîné dans une illusion plutôt que dans le sous-espace. La protection du Système entourait toujours son vrai corps, et seule une fraction des énergies maléfiques avait réussi à traverser la cage de foudre.
Une vague de néant se répandit dans les ténèbres, ralentissant le domaine maléfique. Zac répondit à l’entité en lui déclarant la guerre, qu’il commença par activer[Zone du Vide]. Son talent de lignée fut aussitôt suivi par le lancement d’un tiers de ses compétences grâce à la[Force du Vide]. Il ne se retenait pas, exploitant au maximum sa Lignée du Vide.
Un voile de miasme à l’odeur d’antiquité se déversa dans la cloche, tandis que les ténèbres des Abysses luttaient pour prendre le dessus par l’intermédiaire de[Marque de la Mort]. Les deux domaines s’étendirent au-delà de sa sphère de nullification, tandis que[Indomptable]et[Exposants profanes]érigeaient de nouvelles couches de défense à l’intérieur. Zac activa également trois anneaux à ses doigts, ce qui draina une part importante du Miasme contenu dans son noyau.
Enfin, Zac lança un cristal noir de jais qui se brisa, libérant une mer de Miasme et d’Énergie mentale accordée à la Mort. Il déployait tout contre les ténèbres oppressantes, mais cela ne suffisait même pas à le mettre à égalité avec la créature hérétique. La mort imminente de l’entité n’y changeait rien : c’était une existence aussi ancienne que le Système. Les efforts de Zac ne suffirent qu’à contester brièvement son domaine.
Son Sens de l’âme et ses anneaux de reconnaissance transpercèrent le voile, scrutant chaque recoin de la cloche en ruine. Zac faillit pleurer de soulagement lorsqu’il perçut les fluctuations spirituelles familières. Il disparut dans une bouffée de brume abyssale et se servit de[Propulsion abyssale]pour suivre le signal jusqu’à Vilari. Elle ne réagit pas à son apparition soudaine.
Vilari était plongée dans une sorte de transe, son âme presque entièrement épuisée à force de repousser un assaut de ténèbres. L’examen de son corps intérieur fit vaciller Zac. Tout, de ses organes à ses méridiens, était recouvert d’une patine trouble et maléfique. Sa situation ressemblait terriblement à celle de Zac après qu’il avait été entraîné dans les tapisseries de l’Oubli et de la Création. Elle avait dû battre en retraite encore et encore, et se retrouvait à défendre le dernier bastion de son être avec ses ultimes forces.
« Tu es venu », sourit Vilari en ouvrant brièvement les yeux.
« Bien sûr. Toujours », répondit Zac, sachant qu’elle avait déjà perdu connaissance. Zac se força à se calmer, reprenant le contrôle de la boule chaotique qui s’agitait dans sa poitrine et lui avait échappé un instant à la vue de la détresse de Vilari. Une fois apaisé, il put mieux saisir la situation. L’influence de l’entité se limitait encore à une infiltration superficielle. La patine n’avait pas pénétré au cœur des cellules de Vilari, ni dans son âme ou son Noyau cosmique. L’attaque devait avoir commencé récemment, vu la vitesse à laquelle Vilari perdait du terrain.
La situation était grave, mais pas désespérée, contrairement à ce que pensait le Système. La cage de foudre fléchit lorsqu’il s’approcha, prête à frapper Vilari comme si elle faisait partie de l’invasion d’un Dao étranger. Fou de rage, Zac absorba aussitôt plusieurs Motes de Chaos pour marquer sa détermination, manquant de plier sous la douleur que cela lui infligea.
« Si tu la tues, je ne me contenterai pas de garder le Chaos pour moi », gronda Zac. « Je démolirai le Pic du Chaos à mains nues. »
« Quelle fougue », rit l’entité. « Je prie pour que tu ne regrettes pas ton choix. »
Zac continua de faire la sourde oreille, craignant que prêter attention à ses provocations ne fasse partie de ses compétences inconnues. Il tendit la main et saisit avec précaution celle de Vilari lorsque la cage de foudre s’ouvrit. Il la tira rapidement contre lui, l’esprit hurlant qu’un danger immédiat le menaçait.
Un dernier éclat de rire dément fit trembler Zac jusqu’au plus profond de son être, juste avant que les ténèbres n’éclatent dans une explosion qui lui fit craquer les tympans. L’entité avait choisi de se faire sauter avec la cloche dans un ultime acte de sacrifice joyeux. Zac s’accrocha désespérément à Vilari, protégeant son corps inerte dans une étreinte serrée. La bande protectrice de foudre s’effondra, et le Vide ne put résister à l’assaut qui déferlait sur eux.
Alors qu’ils allaient être engloutis, un soleil d’acier s’épanouit, Zac et Vilari en son centre. Un million d’yeux s’ouvraient et se fermaient à sa surface, leurs regards chaotiques érodant la vague de folie avant qu’elle ne les atteigne. Zac n’eut qu’un bref aperçu de la beauté difforme et de la grandeur insensée de son[Œil de la Désolation]infusé de Chaos avant que la cage ne se brise. Heureusement, cette brève résistance suffit à faire apparaître une autre cage de foudre dorée.
L’entité n’était pas la seule responsable de la destruction des bandes protectrices et de la déstabilisation de la compétence de Zac. Une traînée rouge sombre s’y était ajoutée, prenant la tête d’une armée d’éclairs noirs furieux, chargés d’effacement. La Foudre de Tribulation qui visait son corps de Draugr avait fini par le rattraper, alors que sa moitié humaine venait presque de régler son compte à son adversaire.
Il n’avait pas le temps de peser les risques. Zac ne voyait que la solution qu’il cherchait, dissimulée dans la tribulation qui s’abattait sur lui. Au dernier instant, il souleva la Mentaliste, donnant l’impression de s’en servir comme d’un bouclier, tout en l’inondant de Vide et de Chaos. Un coup de tonnerre furieux lui répondit, et la foudre gagna de moitié en intensité. Vilari fut jugée responsable d’interférer avec la tribulation, ce qui aggrava la punition pour eux deux.
Le cœur de Zac battait à tout rompre, mais c’était la meilleure solution qu’il avait trouvée. Il avait compté sur le Système pour purifier Vilari dans le cadre de leur marché, mais celui-ci se contentait de la laisser vivre alors qu’elle demeurait souillée par le péché. L’avertissement de Sendor revenait le hanter, et il lui appartenait de trouver une solution.
Sa lignée ne pouvait pas résoudre le problème.[Zone du Vide]et[Montagne du Vide]ne distinguaient pas les amis des ennemis, et Vilari mourrait de la suppression de ses Daos bien avant que Zac ne parvienne à étouffer cette énergie obstinée.
L’Énergie du Chaos pouvait servir de solution de secours, mais seulement en dernier recours, si tout le reste échouait. Il la contrôlait à peine dans son propre corps. S’il en infusait Vilari, impossible de savoir ce qui se passerait. La candidate la plus appropriée était la foudre noire, particulièrement efficace pour débusquer l’aura de l’entité. Mais elle était trop écrasante : le moindre effleurement lui arrachait des fragments du corps.
Et si la foudre de tribulation la diluait ? Cela dépassait encore ce que Vilari pouvait raisonnablement endurer, mais lui donnait une chance de survivre. Il pourrait plus tard réparer ses blessures ou remplacer ses membres manquants avec l’Énergie de Création qui lui restait.
Des barrières imprégnées des Daos améliorés de Zac et d’une parcelle de Chaos protégèrent le Noyau de Vilari tandis que la foudre crépitante parcourait chaque centimètre de son corps. Zac subissait une punition encore plus terrible, sans toutefois atteindre son point de rupture. Il laissa la foudre ravager son corps et se concentra sur Vilari.
Zac tenta de diriger la tribulation vers le réseau de corruption, mais celle-ci se cabra sous son intervention. Manipuler son Énergie mentale et son Dao dans le corps de Vilari sans la blesser était incroyablement difficile, vu son état de fragilité, et la Foudre de Tribulation était déjà quasiment incontrôlable.
Heureusement, les traînées noires d’annihilation se souvenaient de leur objectif premier. Elles prirent le contrôle de la tribulation rouge et s’attaquèrent à la marque de l’entité sur l’âme et les méridiens de Vilari. Zac l’inonda frénétiquement de l’énergie apaisante de sa Branche du Sceau pâle, tout en se servant de parcelles de Création pour réparer ce qui était brisé.
La foudre fut bientôt épuisée, sans avoir achevé sa tâche. Il y avait tout simplement trop de corruption accumulée pour qu’une seule salve de foudre diluée puisse tout purifier.
« Je vous en prie, aidez-la ! » cria Zac.
Ses paroles tombèrent dans l’oreille d’un sourd, même si Zac sentit que l’hostilité du Système avait nettement diminué après l’élimination de plus de la moitié de la sinistre patine. Il leva les yeux dans tous les sens, espérant voir un troisième éclair leur offrir une nouvelle purification. Même s’il en restait un peu après ça, ce serait suffisant pour écarter la menace immédiate.
Mais au lieu d’un dernier arc de jugement rouge sombre, Zac vit l’espace s’effondrer tout autour d’eux. La région avait déjà vacillé au bord de l’effondrement après avoir subi une série d’affrontements dépassant ses limites. La mort de l’entité fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase.
Un tsunami de maléfices déchira le tissu de la réalité, engloutissant les restes des océans créés par les compétences de fusion de Zac. L’entité savait qu’elle ne pouvait vaincre les Cieux et que le Système protégeait Zac. Elle avait donc choisi d’abattre au moins les autres qui avaient participé à sa fin.
Les Autarques luttaient toujours au cœur des domaines de la Création et de l’Oubli. Leurs puissantes auras étaient déjà instables, après qu’ils avaient dû résister à la combinaison mortelle d’une attaque alimentée par de l’énergie de rang B intermédiaire et du Jugement céleste. Ils avaient été contraints de recourir à leurs Mondes intérieurs pour survivre, un pari dangereux à la frontière.
Zac ne comprenait pas précisément les mécanismes en jeu, mais si les cultivateurs de rang B et supérieur évitaient autant que possible ces régions, ce n’était pas seulement par manque de ressources. La puissance de leurs Mondes intérieurs les avait maintenus en vie jusqu’alors, mais elle se retournait maintenant contre eux. Leur résistance les avait transformés en failles dimensionnelles, et l’entité les précipita dans le vide.
Le mélange chaotique de pouvoirs fut aspiré dans deux singularités aveuglantes. Zac n’imaginait pas que quoi que ce soit puisse survivre à cette folie, mais les Autarques n’étaient pas prêts à tomber sans combattre. Un Bouddha à six bras, encore plus grand que le précédent, apparut au cœur de la tempête et résista à l’effondrement. Le géant saisit la singularité entre ses mains, et Zac crut un bref instant qu’elle ressemblait à une graine de renaissance.
Des fissures apparurent aussitôt sur ses mains, et des pustules couvrirent sa chair dorée. Même son regard bienveillant prit un éclat malveillant tandis que la corruption de l’entité se propageait dans la construction. Les morts-vivants infiltrés ne s’en sortirent pas mieux. Un labyrinthe bouleversant l’esprit, formé de milliers de réseaux complexes, s’effondra, et les quatre sentinelles d’ivoire invoquées par le Reaver ne parvinrent pas à préserver l’intégrité dimensionnelle.
« Bénédictions », soupira le moine de tout à l’heure, sa voix atteignant les profondeurs du cœur de Zac. « L’équilibre est préservé. Bienfaiteur, souvenez-vous de notre discussion. Les portes de la Sangha sont toujours ouvertes à ceux qui veulent bien écouter. »
Un éclair aveuglant submergea tous ses sens, à l’exception de son sixième sens, celui de la Chance. Un cri de danger alerta Zac, qui se prépara au dernier éclair de tribulation, tombé au pire moment. Le dernier éclair était bien plus puissant et contenait encore davantage de traînées d’annihilation. Zac relâcha son emprise sur le[Cœur du Vide], qui se jeta dessus avec une avidité vorace.
Le Nœud caché réduisit considérablement la pression que subissait Zac, lui permettant de se concentrer entièrement sur le cas de Vilari. Et pourtant, il sentit la situation lui échapper. La foudre furieuse se cabrait à l’idée d’être utilisée comme un outil, tandis que l’état déjà précaire de Vilari se dégradait rapidement sous cette purification brutale.
C’est alors que l’âme de Vilari libéra une formidable vague de volonté désolée. Celle-ci inonda son corps, arracha la souillure et la projeta dans le brasier crépitant. Zac cessa de la guider et se mit à la suivre, la soutenant de son mieux.
Peu à peu, le chaos intérieur s’apaisa, tout comme celui qui les entourait. Zac cligna plusieurs fois des yeux et regarda autour de lui, même si c’était superflu. Il sentait l’environnement familier du Vide spatial, dissimulé sous les vagues déchaînées des énergies qui avaient glissé par les failles en même temps que lui. Il secoua la tête, puis se tourna vers Vilari.
Après cette ultime purification, il ne restait plus aucune trace de corruption. Ce n’était pas seulement le diagnostic de Zac : la foudre dorée qui les avait maintenus en vie pendant l’effondrement était passée d’une hostilité manifeste à l’indifférence habituelle du Système. Le pire était passé, mais Vilari avait clairement épuisé les dernières réserves de son âme, déjà à bout, pour achever la tâche.
L’Yphelion avait été protégé pendant les bouleversements, même si tout le reste de la région l’avait entraîné dans le Vide. Le Vaisseau cosmique n’était pas conçu pour voyager dans le Vide spatial, mais il n’aurait pas à le faire si tout se passait bien.
Un coup de tonnerre impatient indiqua que le Système perdait patience. Les nuages célestes d’un noir de jais les avaient suivis dans le Vide, et des millions d’arcs noirs d’annihilation nageaient encore autour d’eux, tels des serpents vengeurs à la recherche d’une proie. Toutes les énergies déposées dans la région étaient prises pour cible, et le jugement ne semblait pas près de s’achever : il durerait jusqu’à ce que chaque parcelle ait été éliminée.
L’attention des Cieux envers Zac avait considérablement diminué après la fin de la tribulation et la purification de Vilari. Cela ne signifiait pas qu’il était épargné, mais il n’était qu’un cultivateur de rang D au milieu d’une mer d’énergies de rang supérieur. Il n’était pas une cible prioritaire, et Zac en tira parti. Il se changea en traînée d’Obscurité abyssale, emportant Vilari à travers un labyrinthe de poches sûres.
La nature déroutante du Vide spatial ne pouvait plus dérouter Zac. Il aurait tout aussi bien pu s’agir de son jardin, témoignage des efforts qu’il avait déployés depuis qu’il avait été déposé dans le Vide, lors de l’ascension de l’Asura du Crépuscule. Il ne lui fallut pas longtemps pour rejoindre le Vaisseau cosmique, où son autre moitié l’attendait déjà, une boîte dans chaque main.
L’une contenait une petite fiole de liquide violet qui faisait frémir d’impatience les Noyaux d’âme de Zac. L’autre renfermait une pilule couverte de gravures denses. Zac la plaça dans la bouche de Vilari et guida doucement ses énergies médicinales vers les parties les plus endommagées de son corps. Pendant ce temps, sa moitié humaine lui ouvrit les yeux, versa deux gouttes de liquide violet dans chacun d’eux, puis s’aida de la Branche du Sceau pâle pour guider le liquide jusqu’à son Ouverture de l’âme.
Ces trésors étaient les élixirs de premier ordre qu’il avait préparés pour Vilari. Il était presque certain qu’elle serait en mauvais état après un an de captivité ; Zac avait donc déjà préparé une multitude de trésors et de réseaux. Il chercha dans ses yeux une étincelle de conscience, mais finit par secouer la tête, résigné. Leurs retrouvailles devraient attendre.
« Je vous en prie, aidez-la », dit Zac, cette fois sans s’adresser au Système.
Il activa le Réseau de téléportation de l’Yphelion pour l’envoyer à l’infirmerie.
« Je ferai tout mon possible », assura Catheya de l’autre côté, en se précipitant auprès de Vilari.
Catheya ne connaissait pas grand-chose à la médecine, mais les médecins étaient tous inconscients ou morts. Elle pouvait aussi enfermer Vilari dans la glace si elle remarquait que quelque chose n’allait pas. Au moins, la situation ne se répéterait pas comme avec Alea. L’âme de Vilari était seulement endommagée et épuisée, mais ne montrait aucun signe d’effondrement. Ce qui inquiétait vraiment Zac, c’était de savoir si cette expérience l’avait atteinte d’une manière moins visible.
Une douleur lancinante ramena Zac au présent. La tribulation était passée sans causer de véritable problème. Le souci venait des Aperçus du Chaos. Il les avait conservés bien plus longtemps que jamais auparavant, allant jusqu’à les utiliser comme carburant pour ses compétences. Les traînées d’annihilation avaient endommagé ses méridiens, et son âme approchait dangereusement de ses limites après avoir contenu de force les aperçus si longtemps.
Il était temps de lâcher prise. La jungle autour de l’Yphelion s’effondra lorsque Zac finit par perdre le contrôle de sa compétence. Le Système ne bougea pas.
« Sortez-nous de là, et nous serons quittes », dit Zac d’une voix rauque.
La réponse prit la forme d’un pilier de foudre large de plusieurs centaines de mètres, assez grand pour l’engloutir avec l’Yphelion. Les yeux écarquillés, Zac sentit son cœur se remplir soudain d’horreur et de doute. Le Système n’allait tout de même pas en finir avec lui après la libération de l’Autorité imparfaite ? Et qu’adviendrait-il de ses projets pour faire mûrir sa lignée ?
« Tu… ! »
Le rugissement furieux de Zac s’interrompit lorsqu’il comprit que le Système n’avait pas réellement décidé de le foudroyer. Le pilier était douloureux, mais rien à voir avec l’éradication noire. La foudre céleste paraissait presque douce tandis qu’elle parcourait son corps, comme pour procéder à une dernière vérification. La même chose arrivait à son équipage et même à l’Yphelion.
L’instant d’après, ils se retrouvèrent dans la zone morte, à seulement une heure de leur position de départ, à en juger par l’immense nuage de ténèbres. La foudre noire les entourait toujours, mais semblait éviter l’Yphelion depuis que le Système l’avait trempé. Cette protection ne paraissait pas temporaire non plus.
Zac baissa les yeux vers son vaisseau, qu’il reconnaissait à peine. Le pilier de foudre l’avait entièrement transformé. Ses caractéristiques de base étaient toujours là, mais sublimées, obéissant à des concepts qui dépassaient de loin l’entendement de Zac. On ne pouvait même plus le considérer comme un Vaisseau des Créateurs. Il ressemblait plutôt à un Trésor naturel né du cosmos.
Il devrait attendre avant de découvrir l’étendue de sa transformation. Zac se téléporta dans un couloir désert et ordonna à l’Yphelion de partir, en utilisant tous les moyens à sa disposition pour gagner en vitesse. La foudre noire leur servait désormais de couverture protectrice ; ils devaient en profiter pour parcourir le plus de distance possible avant que des tiers ne les rattrapent.
La forme humaine de Zac disparut dans une bouffée d’énergie spatiale et retourna au Sanctuaire de Kanba.
« Espèce de fou ! » signa Esmeralda, à bout de forces, dans l’esprit de Zac.
Le crapaud était si épuisé qu’il avait viré au gris, et les cuves sur son dos étaient complètement vides. Protéger le sanctuaire l’avait épuisé, même si Zac avait fait de son mieux pour le préserver.
« Je suis désolé », soupira Zac. « Tu as vu ce qui se passait dehors. Tout a dépassé mes prévisions. »
« Avec toi, c’est toujours comme ça, non ? » répondit Esmeralda d’un air offensé.
« Enfin… » Zac toussota. « Au moins, c’est terminé, maintenant. »
« Pas tout à fait », dit Esmeralda, le regard grave. « Je ne peux pas t’aider. »
« Ne t’inquiète pas, je peux m’en occuper », dit Zac avec détermination. « Il est temps que Kator et moi ayons une petite conversation à cœur ouvert. »