Chapitre 1 215
La voix débordait de patience et de compassion. Elle était tout et partout, du brin d’herbe aux Cieux sans limites. Zac hurla tandis que deux auréoles rayonnantes réécrivaient la réalité, transformant l’espace désolé de la zone morte en une partie du royaume du Bouddha. Il ne fit plus qu’un avec la conscience cosmique, où le temps n’avait aucun sens.
Des montagnes surgirent, les mers déferlèrent et des civilisations s’élevèrent avant de s’effondrer, dans un cycle sans fin de Samsara. À chaque réincarnation, le monde gagnait en complétude. Mille générations passèrent en un clin d’œil ; Zac ne savait plus si le monde était réel ou non. L’histoire forgea un contexte, et une pure tradition bouddhique vit le jour. Des siècles s’écoulèrent, et les moines atteignirent l’éveil véritable.
Le mérite s’accumula et se concentra. Des temples sacrés furent érigés, puis renforcés par des millénaires de prières. Des Arhats apparurent, et de véritables saints sillonnèrent le ciel. La Roue du Samsara continua de tourner, tandis que d’éminents moines retournaient à la poussière. Puis il apparut.
Un moine ordinaire, pas plus puissant qu’un cultivateur de rang E, était assis sous un arbre, dans un modeste temple. Son regard doux était fixé sur le feuillage bruissant au-dessus de lui. Une feuille tomba dans sa main, et il y vit le passé, le présent et l’avenir. Au début, il sembla que l’illumination était trop puissante et éteignait les flammes de sa vie. Ce fut bien le cas, mais il ne resta qu’une essence pure et sans tache.
Le mérite immense accumulé au fil de milliers de vies fut libéré, et la dukkha qui l’avait suivi à travers ses réincarnations fut abandonnée. L’aura du moine s’éleva sans fin, son ascension faisant naître des présages auspicieux qui se répandirent sur des milliers de kilomètres. Tous les êtres interrompirent leurs prières, et le monde entier célébra l’ascension nirvanique de son premier Bodhisattva.
Soutenu par un monde imprégné d’histoire et consacré par des éons de prières ferventes, le Bodhisattva se dépouilla de son enveloppe mortelle. Sa forme céleste grandit jusqu’à atteindre la taille d’une montagne. Il tendit la main pour cueillir une étoile, comme il l’avait fait avec la feuille qui avait déclenché son nirvana.
Le monde s’assombrit, et l’étoile prit une sinistre teinte violette. L’espace d’un instant, elle ressembla à un œil. Puis elle éclata, et une lance d’os aussi grande que le Bodhisattva en émergea. Le choc apocalyptique entre la lance de l’Izh'Rak Reaver et la paume du Bouddha tira Zac de son rêve.
Le corps de Zac était trempé de sueur lorsqu’il se rendit compte qu’il avait été happé par l’attaque d’un véritable cultivateur du Cœur de rang B. Il ne se détendit qu’un peu en comprenant qu’il semblait exister un accord tacite pour épargner Zac et Kator du déferlement d’énergie. Peut-être était-ce simplement ainsi que les Autarques expérimentés se battaient. Libérer leurs énergies et leurs Daos à tort et à travers ne ferait pas que disperser la force de leurs attaques : cela causerait des dégâts presque irréparables au tissu de l’espace. C’était pareil lorsqu’il avait vu la gardienne d’Iz s’occuper de l’Orom.
Cela ne voulait pas dire qu’il pouvait rester là. Il n’avait jamais affronté de cultivateur du Cœur, mais les dernières semaines lui en avaient donné un aperçu terrifiant. Le monde paradisiaque et ses milliers de temples étaient toujours là, pressant contre les parois de la cage. Zac sentait qu’il essayait de l’attirer, de le réintégrer une fois de plus.
C’était ainsi que fonctionnaient nombre de techniques du Cœur. L’essor du Sangha, de son ritualisme primitif jusqu’à l’ascension du Bouddha, ne s’était jamais réellement produit. Il valait mieux y voir une histoire servant à renforcer l’attaque. Plus ce monde était réel dans le cœur du moine, et plus il influençait son entourage, plus la technique déployait de puissance. Le pouvoir des Arhats de rang B était absolument terrifiant. Zac n’était clairement pas la cible de leur attaque, et pourtant, il n’était qu’à un cheveu de céder à l’aura majestueuse du Bouddha. La marque qui le maintenait prisonnier lui servait de bouée de sauvetage et résistait à cette intense droiture. Mais elle vacillait, et chaque scintillement lui coûtait une quantité considérable de son miasme.
Le responsable — si l’on pouvait l’appeler ainsi — était son Nœud de spécialité, qui résistait de toutes ses forces à une connexion karmique. Malgré cela, Zac sentait vaguement une montagne gigantesque, très loin à l’horizon. Il l’aurait prise pour l’un des piliers soutenant le Multivers s’il n’avait pas déjà vu la Montagne du Vide de ses propres yeux. Elle était immense au-delà de toute mesure ; les continents n’étaient que de petites saillies à sa surface.
Zac jura en comprenant ce que les moines mijotaient. On aurait dit qu’ils l’aidaient, mais ils se servaient de cette aide pour lui imposer un Lien karmique avec la Quatrième Montagne dont le golem avait parlé. Son Noyau de spécialité ne ferait que retarder l’inévitable de quelques secondes, et encore, à condition que la marque de l’Eidolon ne lâche pas soudainement.
Quel que soit le vainqueur, Zac y perdrait. Il ne pouvait plus attendre. Il guettait une diversion, et cette situation en était certainement une. Mais il sentit soudain deux paires d’yeux se poser sur lui. Il réprima aussitôt sa lignée, juste avant d’entendre une voix puissante résonner dans son cœur.
« Amitabha, bienfaiteur. Nous nous retrouvons. »
Comme si un rideau s’était levé, Zac ouvrit de grands yeux, comprenant enfin. Il saisit enfin d’où lui venaient ce sentiment de menace et cette impression de familiarité face aux élémentaires. Les moines ressemblaient à des jumeaux identiques, et leurs auras auraient tout aussi bien pu n’en former qu’une seule. C’était exactement la même aura qui l’avait espionné lors de son passage au milieu du rang D.
Zac ne put s’empêcher de se demander si la remarque cinglante de Kator n’était pas parfaitement juste. Les moines semblaient avoir été des parasites cachés dans le cœur du golem et des élémentaires. Il ne serait même pas surpris d’apprendre que leurs hôtes n’étaient pas bouddhistes à l’origine. Les subordonnés du Pryer centenaire n’étaient peut-être que des malheureux choisis par ces Arhats.
Impossible de dire s’ils avaient été transformés en pantins ou si leur volonté avait été subvertie par l’influence d’une volonté dharmique de rang B. C’était très semblable à ce que l’entité avait fait avec la [Cloche de l’Épiclèse]. Et lorsque leurs réceptacles furent détruits, leurs véritables formes furent forcées de se révéler. Même ainsi, ils ne semblaient pas particulièrement inquiets d’être démasqués.
« Nous aurons un véritable échange lorsque les mers se seront calmées. »
Les moines se tournèrent de nouveau vers le Cristal, gardé par l’Izh'Rak Reaver. Il irradiait une Intention meurtrière monstrueuse qui déchirait le monde autour de lui, tandis que l’Eidolon semblait s’en prendre à l’âme de son adversaire. Il devint vite évident que l’approche du Sangha était l’opposé de celle des Autarques morts-vivants. On aurait dit qu’ils voulaient que tout le cosmos soit témoin de la gloire du Bouddha.
Ils ne se retenaient pas et poussaient leur Monde du Cœur contre la cage d’os, la soumettant à une pression extrême. Ses barreaux se tordaient sous l’assaut invisible de la vérité dharmique, se transformant par centaines. Le spectacle évoquait la transformation débridée de la Création, mais reposait sur les théories du cœur. Les barreaux devinrent les chaînes de l’ignorance qui emprisonnaient le monde dans la Roue du Samsara. L’ascension du Bodhisattva signifiait se dépouiller de son enveloppe mortelle et briser ces entraves mêmes.
Des pans entiers furent démolis, créant de larges brèches dans le voile du Reaver. Un grondement lointain et une pression familière indiquèrent que le Système était sur le point de descendre. C’est alors que Kator se changea en flou et enfonça sa matraque dans la poitrine de Zac. Toujours privé de son énergie, celui-ci ne put opposer aucune résistance ; un mélange mortel de Daos terrestres lui ouvrit de sanglantes entailles sur tout le corps.
Zac observa le Reaver avec attention tandis qu’il disparaissait dans un éclair, mais chassa vite toute pensée parasite. Une autre porte s’était ouverte après que les moines eurent fermé la précédente. Un déluge d’Énergie du Vide se répandit dans son corps, le remplissant de puissance. Cela ne suffisait pas, loin de là, à neutraliser la marque qui vacillait, et son Vide personnel n’était pas assez puissant pour repousser l’invasion du Sangha.
Mais cela ouvrait la voie à de nouvelles possibilités. Sa moitié humaine apparut à ses côtés, moins assujettie aux restrictions imposées que la première. Cette différence lui permit d’activer l’atout qu’il gardait en réserve depuis des années, et le monde s’apaisa soudain.
« Petit fauteur de troubles, tu en demandes trop. »
Sendor sourit devant la scène chaotique, comme s’il assistait à un spectacle. Il avait la même apparence que lors de leur rencontre, à ceci près que son aura était clairement différente. Zac ne sentit rien en plongeant dans les yeux du vieil Esprit du Royaume, ni en contemplant ses bois. Ils ne possédaient pas le Dao suprême de l’original. Heureusement, même l’ombre d’un être aussi puissant suffisait à stabiliser la situation.
« Je vous en prie, ancien, la marque de scellement », dit Zac en résistant au vertige temporel que lui causait son emprisonnement dans le domaine de Kator, où le temps était accéléré.
« Ça, je peux le faire », acquiesça Sendor.
La marque et les blessures de son corps disparurent l’instant d’après. Même le Lien karmique naissant avait été supprimé lorsque Sendor avait ramené son état à celui qu’il avait avant d’être scellé. En revanche, Zac ne récupéra pas les trois quarts de son énergie, dépensés pour résister au Lien karmique. Il savait qu’il ne servait à rien de demander à l’Esprit du Royaume antique de donner une bonne raclée aux quatre Autarques déchaînés.
Leur origine n’y était pour rien. Le simple fait de le protéger et de s’occuper du sceau avait visiblement affaibli la projection de Sendor. C’était bien ce à quoi Zac s’attendait. Sendor l’avait déjà prévenu : le sceau de sauvetage n’était pas comparable à l’Édit utilisé par Valsa. Le vieil esprit refusait de dépasser les limites fixées par le Système, si bien que l’aura de sa projection était à peu près celle d’un début de rang C.
Bien sûr, la faible présence de rang C d’une Suprématie de rang supérieur n’avait rien à voir avec les gardiens de rang Monarchie qui accompagnaient les étrangers. Cette parcelle de volonté de Sendor semblait pouvoir se débarrasser du Brigadier Toss d’un simple geste. Même ainsi, elle n’était pas de taille face à des Autarques. Peu importait. Zac n’avait jamais attendu de la marque de Sendor qu’elle fasse plus que ce qu’il avait déjà accompli, et il passait déjà à l’étape suivante de son plan.
Plusieurs tentacules se verrouillèrent sur Zac lorsqu’il sortit deux boîtes. Chacune renfermait une présence si puissante qu’il avait l’impression qu’une montagne lui écrasait les épaules. Sa série d’actions avait interrompu le combat entre le Sangha et les Autarques morts-vivants. Ils avaient compris que Zac préparait quelque chose, et la barrière de Sendor ne tiendrait pas longtemps face à autre chose qu’à leurs auras indirectes.
Un instant lui suffit. La prison délabrée dans l’esprit de Zac se brisa lorsqu’il saisit le cinquième Éclat de la Création de sa forme humaine. Au même moment, son côté Draugr accueillit l’Oubli. Jusqu’alors, il n’avait pas osé retirer directement les vestiges, de peur que la marque de l’Eidolon ne soit assez puissante pour les sceller avant leur activation. Maintenant que le sceau avait disparu et que la marque protectrice de Sendor protégeait ses corps de l’enchevêtrement karmique, plus rien ne le retenait.
« Je vous en prie, protégez mon réceptacle avec toute la force qu’il vous reste », implora Zac dans un message mental.
Le ciel gronda de nouveau, cette fois beaucoup plus près, et le temps s’immobilisa. Même les Autarques étaient figés sur place, leurs avatars gigantesques fixés sur Zac, le visage indéchiffrable. Zac les regarda droit dans les yeux jusqu’à ce que sa vision s’efface. Ces salauds avaient enfreint les règles en s’infiltrant dans Zurbor, provoquant une catastrophe qui mettait en péril leur mission et ses compagnons. Il ignorait si Vilari avait survécu au déluge de coups du Reaver ou si son équipage à bord du Yphelion avait bénéficié des mêmes protections que lui.
Il avait hâte de leur faire tomber les Cieux sur la tête.
Un battement de cœur frénétique et irrégulier résonnait dans le Vide, chaque pulsation suintant le Dao primordial. Depuis des éons innombrables, le Cœur de l’Oubli avait grandi, chaque cycle le rapprochant un peu plus de cet impossible seuil. Tout fut réduit en poussière. Un seul souffle anéantit l’Oubli ; une pensée suffit pour changer la réalité en cendres.
Le cœur était furieux, mais également soulagé. La mort était destruction, et la destruction était vie. Même l’Oubli ne pouvait vaincre l’antique Loi de l’équilibre, et toute fin avait son commencement. Haine. Destruction. Désir. Les fragments divergeaient, leur folie contaminant chaque recoin des myriades de plans.
L’Oubli n’était jamais terminé.
Un crépitement empreint de désespoir résonnait dans le Vide, chaque claquement laissant échapper le Dao primordial. Depuis des éons innombrables, l’Étincelle de la Création avait marqué l’univers de son empreinte, ses créations se rapprochant peu à peu de cet impossible seuil. Un seul souffle fit régner le silence ; des merveilles sans pareilles s’évanouirent à la faveur d’une pensée.
L’étincelle ne s’en souciait pas. La mort était la Création, et la Création était la vie. Même la Création ne pouvait vaincre l’antique Loi de l’équilibre, et tout commencement avait une fin.
Faim. Croissance. Désir. Les éclats scintillèrent, leurs filaments transformant chaque recoin des myriades de plans.
La Création n’était jamais terminée.
Deux visions simultanées assaillirent Zac. Leur intensité conjuguée faillit mettre un terme à son Atavisme avant même qu’il commence. Zac n’avait jamais eu l’intention de subir les deux à la fois. Il était censé s’occuper de la première, puis faire venir la cloche. Dès qu’elle apparaîtrait, il la figerait grâce au second Atavisme. Le Sangha, puis la « Divine Alliance » de Kator, avaient bouleversé tous ses plans, et Zac en payait le prix.
Se servir de deux corps réduirait la pression sur le sien : les éclats entraient dans sa forme humaine et se fragmentaient dans son corps mort-vivant. C’était un maigre avantage, qui ne changeait rien au véritable danger auquel il allait faire face. À vrai dire, il était en bien plus grand péril.
Aucune succession de scènes ne lui montra la fin misérable qui l’attendait s’il résistait aux vestiges. À ce stade, cela n’avait plus de raison d’être. La vision originelle persistait, s’intensifiait et s’étendait, tandis qu’elle lui révélait les conséquences et la naissance de la volonté immortelle.
Zac sentit son esprit être tiré au-delà du point de rupture, tandis qu’on l’intégrait de force à deux vastes réseaux opposés. Ils formaient des tapisseries tissées par les vestiges dispersés dans le Cosmos. Ensemble, ils imitaient le Grand Dao, obsession de leur existence. La plupart des points de ces réseaux étaient faibles et insignifiants ; ils n’avaient fait que drainer quelques traînards malchanceux pour se nourrir.
Quelques-uns brillaient davantage, et leur éclat renforçait des pans entiers de vérités plus solides. Zac sentit même des auras familières émaner de plusieurs lumières. C’étaient les cultivateurs qu’il avait vus en absorbant les deuxième et troisième paires de vestiges. Leurs auras étaient bigarrées, mêlées à des dizaines de marques étrangères : les destins qu’il avait observés n’étaient donc qu’une tragédie parmi tant d’autres causées par ces amas de vestiges.
Douze marques brillaient comme des brasiers dans la nuit sur chacune des tapisseries, repoussant les ténèbres et devenant des nœuds majeurs. Leurs auras étaient pures et intactes. Zac en reconnut encore quelques-unes : le ménestrel, la flamme vacillante, le Roi-Dragon, entre autres — tous porteurs d’une immense conviction. Et pourtant, ils avaient fini par succomber à l’antique folie et par devenir des nœuds majeurs de la tapisserie.
Certaines auras manquaient, comme celle de l’inquisiteur qui avait tout sacrifié pour abattre le Dieu fou. Il était l’un des rares à avoir survécu à l’Atavisme, s’emparant d’un coin de la tapisserie pour lui-même. Il faisait exception à la règle. Au fil des éons sans fin, les vestiges avaient attiré d’innombrables personnes avides de pouvoir, et l’immense majorité avait connu une fin pitoyable.
Le jour où la tapisserie de l’Oubli serait complète, le cœur battrait à nouveau. De même, la Tapisserie de la Création embraserait l’étincelle et inaugurerait une nouvelle ère de Création. Elles étaient presque achevées, et Zac était un prix qui leur permettrait de faire un bond considérable : les porteurs capables de survivre jusqu’à l’Atavisme étaient trop rares.
Zac savait qu’il avait triché pour arriver jusque-là. Réunir les deux fragments avait certes compliqué les choses à certains égards, mais l’avait aussi aidé sur d’autres plans. Les vestiges s’étaient neutralisés les uns les autres autant que Zac les avait contenus, et la création de Chaos lui permettait de les garder dans un état d’affaiblissement permanent. Il aurait eu bien plus de mal s’il avait dû se débrouiller avec un seul sceau.
Cette fois, cependant, les deux camps s’en prenaient à lui. Zac sentait la volonté antique des Existences innées prendre le contrôle de son esprit et de ses corps. Il ne combattait pas l’union de cinq vestiges : il ne valait pas mieux que les brasiers éteints et devait donc affronter la tapisserie entière.
Il tenta de résister à l’Oblitération croissante de son esprit et de s’emparer d’un coin de la tapisserie. C’était comme essayer de retenir les vannes d’une crue à mains nues. Pire encore, la pulsion frénétique de la Création envahissait en même temps son esprit, transformant ses pensées de résistance en cauchemars déformés. Résister à la Création avec tempérance ne faisait qu’inviter l’Oubli.
Il était détruit de part et d’autre, et sa Cultivation du Cœur ne faisait que prolonger son supplice. Bien sûr, il n’avait pas pris de telles mesures désespérées sans avoir un plan, même si des Autarques fondaient sur lui. Il avait envisagé son Atavisme sous tous les angles possibles et choisi la stratégie la mieux adaptée à la situation. Comme auparavant, il devait faire s’affronter les vestiges pour alléger sa tâche.
Plus facile à dire qu’à faire. Il n’avait peut-être qu’une âme, mais les visions étaient parfaitement séparées. C’était comme si Zac regardait deux fenêtres différentes, et les tapisseries des Daos ne se touchaient pas réellement. Zac rassembla ses forces avec rage, résistant à la nature cloisonnée de l’Oubli et de la Création. Il sentait l’autre moitié de son âme au loin et força le passage au-delà des limites de la vision, creusant un tunnel dans le néant.
Plus il s’en rapprochait, plus la résistance se faisait féroce. Zac n’eut pas le choix : il dut céder toujours plus de terrain de lui-même pour alléger le fardeau. À la fin, il ne resta qu’un noyau de volonté inflexible. Zac rugit sans voix, perça le voile, et les deux visions n’en firent plus qu’une. De formidables explosions secouèrent sa conscience et faillirent lui faire perdre connaissance.
Zac s’accrocha désespérément. Il avait créé le passage, mais le combat n’était pas terminé. Il devait survivre à l’affrontement qui s’annonçait. Des volontés opposées se heurtèrent, et le chaos éclata. Une déflagration de Chaos secoua l’esprit de Zac. Une autre vague suivit, mais la douleur ne vint pas. Une main était apparue dans les ténèbres, protégeant sa volonté déchirée. L’esprit embrouillé de Zac s’éclaircit rapidement. Ou peut-être pas ? Il observa l’inconnue qui se tenait devant lui, incapable de comprendre ce qui se passait.
« Tavza ? C’est toi ? »