Chapitre 1 205
Zac filait comme le vent, pressé d’abréger sa visite. Il n’avait pas traîné avec sa moitié Draugr pendant que son côté humain s’entraînait au camp de l’Eternal Servant. En fait, ils n’avaient cessé d’alterner. L’un des deux accomplissait toujours des missions dans les Royaumes mystiques, seul ou avec Ogras.
Rava lui avait dit de terminer toutes ses quêtes s’il voulait prendre des vacances, et il lui en restait encore plus d’une douzaine dans son écran de quête. Rava avait dû établir au moins en partie un lien entre la base d’entraînement et le Système pour que les missions apparaissent dans son écran. Quoi qu’il en soit, c’était bien pratique : le Système gérait désormais tout le système de missions, puisqu’il n’y avait plus aucun commis.
Treize missions, ça paraissait intimidant, mais ce n’était pas si terrible, en réalité. Rava l’avait aidé à choisir des quêtes qui se combinaient bien : tuer un Roi des bêtes faisait souvent progresser plusieurs quêtes à la fois. Et nombre d’entre elles étaient déjà à moitié terminées ; il ne lui restait qu’à fournir un dernier effort pour toucher ses mérites et quitter les Ruines d’Ensolus.
La première place sur l’Échelle de la Foi lui avait rapporté une prime de 2 500 mérites, soit plus de cinq fois ce qu’il avait obtenu pour les quatre autres épreuves réunies. Mais certaines installations coûtaient 100 mérites pour une demi-heure d’utilisation, et ses réserves fondaient rapidement. Les récompenses des missions n’étaient pas très généreuses prises individuellement, mais il gagnait tout de même entre 80 et 150 mérites par jour.
Il ne pouvait y parvenir que parce qu’il avait les coudées franches dans des royaumes où aucun humain n’avait mis les pieds depuis des éons. Il était vite devenu évident que les Ruines d’Ensolus n’étaient que la partie émergée de l’iceberg. Chaque fois qu’il était parti avec une ribambelle de missions, on l’avait envoyé dans une nouvelle ville où les monstres de quête à éliminer se trouvaient juste à côté de l’entrée.
Zac n’était même pas sûr de visiter les mêmes Royaumes mystiques : la topographie changeait parfois du tout au tout. Les ruines d’une civilisation entière s’étendaient à travers les poches dimensionnelles. Rava ne daignait pas donner de chiffres précis, mais une estimation prudente situait la population à son apogée dans les centaines de milliards.
La ville que Zac traversait se démarquait même parmi les grands vestiges des capitales qu’il avait visitées. Elle s’étendait à perte de vue et avait probablement été l’un des grands centres névralgiques, à en juger par l’intensité de l’énergie de rang D. La densité énergétique, à elle seule, approchait celle de Kavista, et ce sans le moindre Réseau de rassemblement à l’échelle d’une ville en état de marche.
Le Dao semblait un peu faible, voire incomplet. Bien sûr, il ne l’était qu’en comparaison. Il dépassait largement celui de la Terre et se situait quelque part entre celui d’un monde de rang D avancé et celui d’un monde de rang D au sommet de son stade.
La mégalopole avait englouti toute une chaîne de montagnes vers ce qu’il appelait l’ouest. Certaines montagnes semblaient artificielles. Des ponts, assez vastes pour porter des quartiers entiers, reliaient les sommets ; seuls deux s’étaient effondrés sous l’effet de l’érosion du temps. On distinguait vaguement des structures flottantes dissimulées parmi les nuages, mais les détails lui échappaient.
À l’est s’étendait un lac d’eau douce grand comme un océan. Quelques flèches brisées perçaient la surface, signe qu’une ville sous-marine ou des palais engloutis s’y trouvaient. Zac n’avait exploré ni les montagnes, ni les mers, ni les îles visibles au loin. D’abord parce qu’il avait largement de quoi faire dans les environs immédiats des portes spatiales cachées. Ensuite, à cause des maîtres actuels du Royaume mystique.
Même à présent, Zac apercevait la queue d’un Empereur des bêtes qui avait élu domicile sur l’une des montagnes les plus hautes. Elle mesurait à elle seule plus de cent mètres et dégageait une aura à vous glacer le sang. La bête n’avait pas bougé d’un pouce depuis trois jours et devait probablement dormir. De même, il avait vu quelque chose d’énorme provoquer un tsunami qui s’était abattu sur le littoral.
Heureusement, les bêtes de rang C semblaient très rares. Elles n’étaient pas plus de quatre à se partager cette ville sans limites, et sa présence leur importait peu. À leurs yeux, il n’était qu’une fourmi de plus qui courait partout. La nature avait repris possession de la ville, et certains arbres s’élevaient à des centaines de mètres. Les quartiers étaient devenus des territoires, et les districts riches en énergie revenaient aux plus forts.
Impossible d’estimer le nombre de bêtes installées dans le relief complexe de la ville, mais Zac pensait pouvoir continuer à trouver des cibles jusqu’à sa mort de vieillesse. Les Rois des bêtes ne manquaient pas, et certains étaient de stade intermédiaire ou avancé. Peu représentaient une grande menace, mais Zac devait tout de même rester prudent.
Certains Rois des bêtes vivaient seuls, refusant de partager leur Veine de Nexus et leurs trésors naturels. La plupart avaient des milliers de descendants pour réduire les intrus en miettes. En outre, chaque combat risquait fort d’attirer les voisins, et la chasse exigeait planification et patience pour éviter les risques inutiles.
Or, Zac manquait cruellement des deux. Ogras, qui s’occupait de recueillir des informations lors de leurs expéditions communes, échangeait actuellement les mérites qu’il avait accumulés contre quelques opportunités. Bien sûr, Zac avait largement l’habitude de se débrouiller seul, et il pouvait compenser les petites erreurs par la brutalité et l’argent.
Le temps semblait s’être arrêté tandis que Zac filait entre les ruines à plusieurs niveaux et les plantes gigantesques qui jaillissaient de leurs fissures. Bientôt, il repéra sa cible derrière une résidence à moitié effondrée. Un grand mille-pattes noir venait de sortir d’une fissure dans le sol. Le Roi des bêtes de stade avancé avait senti sa présence et se dirigeait vers son terrier à la vitesse de l’éclair.
Aucun animal parvenu à ce niveau n’était assez sanguinaire pour s’en prendre aveuglément à tout ce qui l’entourait. L’aura inconnue de Zac l’avait rendu méfiant et l’avait poussé à choisir la solution la plus sûre. Mais son manque d’expérience se retourna contre lui. Une vague de ténèbres absolues le plongea brièvement dans la confusion, permettant à Zac de le rattraper. Zac avait activé la fonction secondaire de[Propulsion abyssale], entraînant le Roi des bêtes dans les Abysses et scellant ses sens.
Zac profita de ce bref instant pour atteindre le monstre avant qu’il ne puisse s’enfuir sous terre. Comprenant qu’il n’avait plus le choix, le mille-pattes poussa un cri furieux et enroula son corps autour de Zac comme un piège qui se referme. Son corps entier dégageait une intense pression gravitationnelle, qui faillit l’empêcher de réactiver[Propulsion abyssale]pour échapper au piège. Son long corps segmenté se referma avec une force suffisante pour endommager l’espace. Même Zac aurait subi de graves blessures s’il n’avait pas réussi à s’échapper à temps.
Le mille-pattes comprenait vite : son corps se déroula et se repositionna pour l’étouffer à nouveau. Pendant ce temps, son domaine gagna en puissance et verrouilla l’espace, tandis qu’une quantité infinie de lances de terre jaillissait des alentours. Son arsenal était clairement conçu pour affronter des adversaires de sa taille, mais seul son domaine posait problème. Et le Roi des bêtes n’était pas le seul à exceller dans l’art de restreindre et d’étouffer.
Six chaînes incassables s’enroulèrent autour du corps du mille-pattes, chacune symbolisant un lien qui scellait son destin. La puissance conférée par[Soumission inexorable]ne suffisait pas à maîtriser complètement un Roi des bêtes qui se débattait. Néanmoins, l’effet inhibiteur des six chaînes surpassait largement le domaine puissant mais rudimentaire du mille-pattes. Les muscles de Zac se tendirent tandis qu’il luttait contre la pression gravitationnelle, esquivant les pattes dentelées, les lances et l’étreinte écrasante pour se repositionner sur sa tête.
L’épaisse carapace qui protégeait son crâne repoussa les coups de Zac, même à pleine puissance, mais la composante de[Fatehew]qui s’attaquait à l’âme était une autre affaire. Le mille-pattes se tordit et hurla de douleur. Son âme attaquée, tandis que[Champs du désespoir]réduisait la visibilité à presque zéro, il perdit complètement ses repères et percuta à plusieurs reprises les bâtiments voisins à pleine vitesse. Il se mit même à se transpercer avec ses propres lances, mais sa carapace le protégeait de tout véritable dommage.
Zac dut parfois abandonner sa position pour éviter de se faire réduire en bouillie contre les bâtiments solides, mais les chaînes d’Alea lui permirent de revenir sans effort et de continuer à frapper. Le mille-pattes devenait de plus en plus agité et instable, tandis que des coups sourds résonnaient dans la brume nauséabonde, comme des battements de tambour.
La cohue céda bientôt la place à un silence de mort : le combat était terminé. Le corps du mille-pattes était d’une résistance stupéfiante, au point que Zac n’avait même pas essayé de corroder sa carapace avec[Marque de la Mort]. En revanche, ses défenses contre les attaques spirituelles étaient franchement pitoyables, ce qui permit de le tuer rapidement sans gaspiller beaucoup d’énergie.
On ne pouvait pas vraiment reprocher au mille-pattes d’avoir un point faible aussi évident. Les bêtes capables de lancer des attaques spirituelles étaient encore plus rares que les Mentalistes. Sans compter qu’elles étaient souvent prises pour cible en raison du danger qu’elles représentaient pour la région, ce qui permettait à leur population de croître malgré la faiblesse de leurs âmes. Le phénomène était encore plus marqué dans un environnement clos comme un Royaume mystique sauvage, où les bêtes n’avaient jamais été confrontées à des cultivateurs aux techniques affinées et aux ressources variées.
La lignée de tout Roi des bêtes devait atteindre un seuil minimal de puissance de l’âme pour saisir les Daos nécessaires à son évolution, et son âme se renforçait naturellement avec l’âge. Cependant, il n’était pas rare que les bêtes n’aillent pas beaucoup plus loin que le strict nécessaire. C’était ainsi que Vilari avait obtenu si facilement le titre de Chasseur suprême.
Un flot dense d’énergie meurtrière provenant d’un Roi des bêtes de stade avancé rejoignit le torrent violent du bain d’énergie brute. La mort du mille-pattes avait fait progresser deux quêtes, et Zac était presque certain de trouver dans son terrier les ressources nécessaires à une troisième. Il jeta la carcasse entière dans un anneau spatial, puis disparut dans une traînée de ténèbres.
Zac se poussa à bout et devint un sinistre faucheur, nettoyant tout sur un large périmètre autour de sa base. L’agitation qu’il provoquait allait déstabiliser toute la région et rendre la capitale trop dangereuse à visiter dans l’immédiat. Peu lui importait. Les villes à reconquérir ne manquaient pas, et celle-ci était de toute façon trop dangereuse pour la plupart des siens.
Huit heures plus tard, il brisa un cristal rouge sombre et sa dernière quête fut marquée comme terminée. Ces cristaux étaient les cadavres de certaines créatures énergétiques qui rôdaient dans les villes abandonnées. Elles se nourrissaient de l’Énergie de Foi qui suintait des profondeurs, et leurs dépouilles empêchaient celle-ci de s’accumuler.
Après quelques minutes à tourner et à bifurquer, Zac atteignit l’entrée scellée de la base souterraine qui abritait la Porte spatiale. Le véritable centre de téléportation, que les habitants avaient utilisé pour se déplacer entre les villes et peut-être même entre les Royaumes mystiques, était détruit. La réparation du réseau figurait parmi les missions disponibles, mais Zac se demandait si elle serait un jour menée à bien.
Il ne suffisait pas de comprendre le Dao de l’Espace et les Réseaux pour réparer les dispositifs. Il fallait aussi éliminer l’Empereur des bêtes de demi-pas qui se nourrissait des énergies spatiales qui fuyaient. La meute de bêtes spatiales s’était dispersée dans tout le réseau de téléportation et pouvait facilement envoyer des renforts au besoin grâce à ses Talents de lignée.
C’était un rappel désagréable : ces mondes cachés, dont l’environnement dépassait de loin celui de la Terre, resteraient des étendues sauvages indomptées dans un avenir prévisible. Les deux cents personnes figurant sur la liste de Rava ne suffisaient tout simplement pas pour mener à bien un projet de reconquête d’une telle ampleur. Cela dit, il n’était pas forcément nécessaire de chasser toutes les bêtes. Rava ne laissait passer par la Porte spatiale que ses élus ; impossible donc d’envoyer ses armées dans les royaumes cachés.
Tout changerait le jour où Rava passerait de vie à trépas, mais Zac avait découvert que la définition que l’Eternal Servant donnait à « ne pas durer longtemps » différait radicalement de la sienne. Sans même parler des Monarques, Rava survivrait à la plupart des Suprématies de l’époque. Ce n’était peut-être pas grand-chose comparé à la pseudo-immortalité des véritables Eternal Servants, mais son espérance de vie restante se comptait tout de même en millions d’années.
Zac activa la porte et fut transféré dans les Salles du Service. Il valida toutes ses quêtes en touchant le pilier du Tableau des missions et reçut 187 mérites en échange. C’était peu pour plus de deux jours de travail, mais il n’avait fait que le strict minimum pour quelques quêtes aux récompenses variables. Sans même jeter un œil à la nouvelle mission qui avait remplacé l’ancienne, il se hâta de sortir des ruines et de s’enfoncer dans la tempête de sable.
« Seigneur Umbri’Zi », dirent les Valkyries de garde en inclinant la tête lorsque Zac apparut dans la station voisine.
Zac réfréna son impatience et s’arrêta devant leurs regards pleins d’attente. « Nous avons confirmé que tout était en ordre. Il y a un risque de mort ou de déviation, mais il reste limité. Je vais faire envoyer un dossier d’information sous peu. Vous pourrez faire entrer le premier groupe après avoir étudié les documents. »
« Nous nous occupons de tout », dit Tamira avec enthousiasme.
Il était impossible de garder tout à fait secret le fait qu’une occasion exceptionnelle s’était présentée dans les Ruines d’Ensolus. Tous les porteurs de sceau, à quelques exceptions près, étaient déjà entrés, et plus de cent élites avaient été rappelées des fronts. Cela avait créé un vide notable dans leurs armées. On pouvait y remédier temporairement en dépensant de l’argent, mais n’importe quel observateur avisé comprendrait que quelque chose se tramait.
Tamira et dix autres Valkyries avaient attiré l’attention de Rava ; elles étaient parmi les rares à savoir ce que cachaient les ruines. Mais de plus en plus de gens assemblaient les pièces du puzzle. Zac avait déjà reçu des demandes de renseignements discrètes de plusieurs sources, du Conseil de la Ruche des Zhix au Clan Marshall. Rava ne semblait pas accorder beaucoup d’importance aux insectoïdes et n’avait mentionné qu’Ibtep et Rhubat, malgré leur affinité apparente avec la cultivation de la Foi.
Il avait également reçu plusieurs messages de Petrus, sans doute sur ordre de Kator. Il avait jusque-là évité de poser des questions plus précises, mais Zac connaissait suffisamment le Reaver pour savoir qu’il devrait peut-être leur donner quelque chose. Il n’aimait pas l’idée de révéler l’existence du camp d’entraînement, mais l’indifférence de Rava sur la question le rassurait un peu. Elle ne semblait pas le moins du monde inquiète à l’idée que l’Empire des morts-vivants ou d’autres factions du même genre s’intéressent aux ruines et à la Relique sacrée qu’elles abritaient. Elle avait seulement répété que leur accord ne concernait que Zac et ses subordonnés, pas les étrangers.
À quel point Rava était-elle puissante pour afficher un tel mépris du danger ? Archiarche au sommet de son stade ? Encore plus puissante ? Elle était peut-être aussi inébranlable que Sendor dans les Ruines d’Ensolus. Le Destin impérial s’était estompé, mais ce qu’il en restait devait suffire à terrifier même les Suprématies. Zac savait qu’elle ne se battrait pas pour lui, Fils sacré ou non, mais il pourrait peut-être utiliser les Ruines d’Ensolus comme sanctuaire après le Sceau du Palais impérial de gauche.
Impossible de savoir comment les choses tourneraient quand le blocus protecteur du Système autour de Zecia serait levé. Même si les étrangers ne le prenaient pas pour cible, il restait la Kan’Tanu. Après tout, rien ne garantissait que les Dieux étrangers puissent résoudre tous leurs problèmes. Mais les Ruines d’Ensolus étaient comme une forteresse imprenable. Son petit empire pourrait s’y cacher jusqu’à ce que la poussière retombe, ou jusqu’à ce qu’ils soient assez forts pour affronter directement la Kan’Tanu.
Zac avait même commencé à se demander si tout cela faisait partie du plan de Rava. L’avoir envoyé dans le Royaume mystique avait fait naître ces idées et l’avait amené à se demander s’il ne ferait pas mieux d’accepter sincèrement son rôle de Fils sacré. S’il pouvait sauver la Terre et Ensolus en rejoignant la cause de Laondio, ne serait-il pas fou de s’y opposer obstinément ?
À se connaître, il finirait probablement par être entraîné dans la Guerre du Zénith d’une manière ou d’une autre, à supposer qu’il ne soit pas déjà tombé au combat d’ici là. Et comme l’avait dit Ogras, devenir le bras droit de la faction la plus puissante n’était pas un si mauvais sort. Cela pourrait même accélérer sa progression et lui donner plus de chances de rattraper Leandra et de sauver Kenzie.
Bien sûr, la sécurité et les avantages supposés dépendaient du fait que Laondio ait réellement un plan de maître et d’autres alliés cachés à travers le Multivers. Si Rava était une croisade solitaire comme sa mère, il ferait mieux de garder ses distances. Zac secoua la tête et mit ce sac de nœuds de côté lorsqu’il apparut dans le camp principal de son armée, sur Terre. Après avoir pris une douche et changé de vêtements, il se matérialisa près de la station de téléportation à ciel ouvert.
« Scellez ! » rugit Zac. Des dizaines de formations et de Réseaux de guerre s’activèrent.
Les soldats jaillirent des casernes, armés et prêts à parer à toute menace éventuelle. Une douzaine de Vaisseaux cosmiques se rassemblèrent autour de la place, leurs armes braquées sur les Réseaux de téléportation. Un Hégémon au sommet de son stade serait réduit en miettes par un tel dispositif, et même les Monarques devraient rester prudents.
« Seigneur Umbri’Zi ! » s’exclama un général en se hâtant vers lui. « Nous lançons le plan plus tôt que prévu ? »
« Non, pas encore, répondit Zac. Je vais faire venir quelqu’un avec un jeton. Je me suis dit que c’était l’occasion de tester nos procédures. »
« Bien sûr », acquiesça le général. « Quel protocole suivons-nous ? »
« Si vous percevez les fluctuations d’un Monarque, n’attendez pas mes ordres. Détruisez immédiatement le téléporteur avant qu’il puisse apparaître. »
« Compris », répondit le général, avant de lancer quelques ordres dans un cristal.
Son titre de Système était toujours « Baron de la Conquête », mais il était aussi le seul dirigeant de deux mondes de rang D intermédiaire. Il pouvait générer sans problème quelques Jetons de téléportation par an, et avait déjà mis en place un Système digne de ce nom, avec des quêtes permettant d’obtenir la citoyenneté pour le nombre croissant de recrues venues de l’extérieur.
Zac monta sur le téléporteur et y posa une boîte, les mains légèrement tremblantes tandis qu’il activait le Réseau. Chaque seconde lui parut durer une éternité, jusqu’à ce que le Réseau s’illumine enfin. Les mots de Zac se coincèrent dans sa gorge lorsque Catheya apparut, plus rayonnante que jamais. Leurs regards se croisèrent et le temps sembla s’arrêter.
« Tu es rentrée », dit Zac d’une voix rauque en l’attirant dans ses bras.
« Je suis chez moi », murmura-t-elle contre son torse, comblée.
Ce ne fut que bien plus tard que Catheya remarqua les alentours et se raidit.
« Qu’est-ce qui se passe ? » chuchota Catheya, l’air à moitié amusée, à moitié mortifiée, en regardant Zac. « Tant de défenseurs pour m’accueillir ? Qu’est-ce que tu as encore fabriqué ? »
« Vous pouvez rompre les rangs », dit Zac avant de réactiver le téléporteur. Dans un éclair, ils furent transportés dans son Stand.
« Quelques précautions nécessaires », sourit Zac. « Tu m’as manqué. »
« Ah oui ? Je n’en étais pas sûre, après la façon dont tu m’as renvoyée », répondit Catheya avec une moue espiègle.
« Alors, je vais devoir te le prouver. »
« Ah oui ? Et comment tu vas… Hé ! »
Le rire cristallin de Catheya résonna dans la résidence tandis que Zac l’emportait au pas de course vers son manoir.