Chapitre 12
Zac se réveilla le lendemain matin courbaturé, mais ses blessures avaient visiblement encore bien cicatrisé. Il ne souffrait plus trop quand il prenait appui sur sa jambe blessée et pouvait même tourner le torse sans qu’une douleur fulgurante ne l’assaillît.
L’odeur dans le camping-car commençait toutefois à devenir franchement infecte. Il savait qu’il devait faire quelque chose si celui-ci devait lui servir de base dans un avenir proche. Il ramassa les draps ensanglantés sur lesquels il s’était endormi après avoir perdu connaissance à cause de ses blessures, puis les fourra dans un sac-poubelle. Il n’osa pas encore le jeter dehors, de peur que l’odeur du sang n’attire des bêtes. Avec du détergent, il passa une autre demi-heure à nettoyer la majeure partie du sang, transformant la remorque, qui ressemblait à la scène d’une orgie de vampires, en repaire de tueur en série. Le sang avait laissé des taches tenaces à plusieurs endroits, surtout autour de la salle à manger, et il ne pourrait pas y remédier de sitôt. Au moins, ça sentait bien meilleur, maintenant.
Il finit par décider de gaspiller un peu d’eau pour prendre une douche rapide dans la salle de bains de la remorque, malgré les réserves limitées. Après s’être frotté énergiquement pour décoller le sang séché qui le couvrait, il réussit à se débarrasser de presque toute la crasse. Il sortit de la douche et enfila des vêtements propres, se sentant comme un homme neuf. Sous la douche, il avait aussi remarqué qu’il semblait s’être encore davantage musclé : son ventre avait presque disparu et ses muscles, sinon plus volumineux, étaient plus durs et plus compacts qu’avant. Ses caractéristiques semblaient donc avoir des effets sur son apparence physique. Espérons qu’une hausse de l’intelligence ne lui fasse pas grossir la tête à l’infini.
Après un petit-déjeuner rapide, il fut enfin prêt à partir, conformément au plan qu’il avait échafaudé la veille après avoir parcouru la boutique. Les possibilités de construction d’un avant-poste étaient vertigineuses, même si la plupart des options étaient désactivées.
Grâce à toute une vie passée à jouer aux jeux vidéo, il pouvait comprendre l’utilité de beaucoup d’entre elles, ou du moins la deviner. Il y avait des bâtiments comme une auberge, une forge, différentes sortes de magasins, une banque, et ainsi de suite. La plupart nécessitaient toutefois une ville. Il y avait aussi quelque chose qu’il tenait absolument à obtenir : le téléporteur. S’il en construisait un, il pourrait peut-être se téléporter directement dans sa ville natale.
Un aspect des bâtiments le laissait perplexe : il en existait souvent des centaines de versions, surtout parmi les commerces. Même s’ils semblaient remplir la même fonction, leur conception variait, tout comme certains détails de leur description. Au bout d’un moment, il ne put que supposer que les différentes options représentaient des factions ou des planètes distinctes. Créer un magasin ne ferait apparemment pas apparaître des êtres façon PNJ ; cela ferait plutôt venir des gens d’autres planètes ou des sociétés intergalactiques.
Il y avait aussi une quantité énorme de bâtiments annexes, qui pouvaient améliorer l’attaque, la défense ou la ville d’autres façons. Il semblait même exister une sorte de centre d’entraînement capable d’augmenter lentement les points de caractéristiques sans faire gagner de niveau. S’il l’avait pu, Zac aurait fait une razzia dans la boutique, mais il comprit vite la dure réalité : avec environ 10 000 Pièces de Nexus, il ne pourrait acheter que quelques-uns des bâtiments les plus rudimentaires.
Il avait élaboré un plan la veille, après avoir passé des heures à examiner ses options, mais devait encore explorer les environs avant de dépenser les quelques pièces qu’il possédait.
Zac avait aperçu une colline le jour où il avait dû sortir ramasser du bois de chauffage, et comptait la gravir pour mieux observer les alentours. Vêtu de vêtements propres et armé de sa fidèle hachette, il repartit dans les bois.
Il eut bientôt gravi la colline, accroupi pour éviter d’être repéré par d’éventuelles menaces. Heureusement, elle était couverte de buissons luxuriants et un grand arbre poussait même à son sommet, ce qui lui offrait une protection sommaire. Malheureusement, la colline n’était pas assez haute pour lui donner une vue complète des environs : les cimes des arbres les plus grands lui masquaient encore l’intérieur des terres. Il pouvait tout de même apercevoir sa remorque et, plus loin, l’océan.
Il voulait néanmoins savoir s’il se trouvait vraiment sur une île ou si le Système avait téléporté une quelconque forme de civilisation dans les environs. Ce serait un peu absurde de vivre en ermite dans sa remorque si une ville n’était qu’à quelques kilomètres.
Il enfonça légèrement sa hache dans l’arbre, puis commença à y grimper pour gagner un meilleur point de vue. Une fois encore, Zac s’émerveilla des effets de l’augmentation de ses caractéristiques sur sa constitution. Il se sentait comme un gibbon, se hissant presque sans effort le long des branches à la force des bras ; autrefois, un tel exercice aurait été impossible.
Il atteignit bientôt presque la cime, mais n’osa pas monter plus haut : les branches ne semblaient pas assez solides pour supporter son poids. Un rapide coup d’œil autour de lui confirma malheureusement ses craintes. Il semblait bel et bien se trouver sur une île, sans aucune civilisation en vue. Il ne pouvait toutefois en être absolument certain, car une montagne se dressait au loin. Elle n’était pas gigantesque, mais assez imposante pour lui cacher complètement ce qui se trouvait derrière. Voir une montagne escarpée juste au bord de l’océan avait quelque chose d’étrange, mais Zac supposa que c’était ce qui arrivait quand le Système appuyait sur le bouton de la génération aléatoire d’un monde. La bonne nouvelle, c’était qu’il apercevait des terres au loin, même si elles ressemblaient davantage à quelques îles éparses qu’à un vaste continent.
L’île, comme Zac décida de l’appeler en attendant d’avoir la preuve du contraire, était immense ; il ne parvenait pas à en évaluer correctement la taille. Lui et sa remorque se trouvaient à l’extrémité, tandis que l’incessant faisceau rouge se trouvait presque à l’opposé, dans une vallée à mi-chemin entre le centre de l’île et la montagne. Il supposa que s’il n’avait rencontré qu’un seul des chiens démoniaques, c’était parce qu’ils apparaissaient surtout dispersés autour de l’Incursion elle-même.
Zac n’eut pas le temps d’analyser davantage la situation : une branche à la limite de son champ de vision s’anima soudain et fonça sur lui. Avant qu’il ait pu réagir, un serpent brun s’était enroulé plusieurs fois autour de son torse, ne lui laissant libre que le bras auquel il se tenait pour garder l’équilibre. Le serpent faisait bien plus de trois mètres de long et était légèrement plus épais que son bras.
Il sentit aussitôt une pression intense sur sa poitrine ; l’air lui fut expulsé des poumons et les blessures de son flanc se mirent à hurler de douleur. Zac força jusqu’à en avoir le visage rouge, mais ne parvint pas du tout à dégager son bras prisonnier. Le serpent le tenait dans un étau et, malgré sa force accrue, il ne pouvait pas se libérer. Sa tête se rapprocha lentement de la sienne, un sifflement s’échappant de sa gueule.
À présent, tout l’air avait été chassé des poumons de Zac ; sa conscience commençait à vaciller et des lumières clignotaient devant ses yeux. Il savait qu’il n’avait plus beaucoup de temps : il devait tenter le tout pour le tout. Il lâcha soudain l’arbre de sa main libre, saisit la tête du constricteur et la fracassa contre le tronc de toutes ses forces. Le choc eut visiblement un effet sur le serpent, qui relâcha légèrement son étreinte. Reprenant son souffle dans un râle, Zac trouva de nouvelles forces et fracassa encore deux fois la tête du serpent contre l’arbre, avec plus de rage encore.
Mais alors qu’il se réjouissait déjà d’avoir échappé à la mort, la branche sur laquelle il se tenait céda. Zac et le serpent toujours enroulé autour de lui s’écrasèrent tous deux au sol.