Chapitre 96
Assis dans la cabine du capitaine du Disparu, Duncan ouvre lentement les yeux après avoir transféré l'essentiel de sa conscience. Il jette un coup d'œil autour de la pièce, rien ne semble anormal. C'est le mobilier familier, le même éclat scintillant du soleil couchant se reflétant sur le masque doré posé sur la table, et surtout, la même colombe blanche qui s'affale sur les étagères comme un chien paresseux.
Alors pourquoi est-il revenu ? Simple, l'homme tente une expérience : que peut-il faire avec l'enveloppe charnelle restée dans la boutique d'antiquités alors qu'une infime partie de son esprit seulement contrôle le corps ? La réponse arrive rapidement une fois sorti, lorsqu'il croise un vieux voisin. Ils échangent quelques banalités sur le temps, disent deux mots sur les événements récents, puis se saluent à cause de l'heure tardive. Bien sûr, les mouvements du propriétaire de la boutique sont rigides et lents, mais qui se soucierait du comportement d'un joueur accro à la drogue connu pour être malade ?
Satisfait des résultats de l'expérience, Duncan sourit et reporte toute son attention sur le navire, où il saisit le masque doré. Il y a beaucoup de choses qu'il pourrait faire à Pland, mais il n'y a pas assez de lumière du jour pour tout accomplir en une seule fois. Il pourrait essayer pendant la nuit, bien sûr. Cependant, cela attirerait sûrement l'attention des autorités. Mieux vaut éviter cette méthode.
Revenons au masque. Il est lourd, probablement coulé dans un métal pur.
En observant l'objet doré, Duncan commence à envisager les possibilités. Est-ce de l'or pur ? Si c'est le cas, devrait-il le vendre pour une grosse somme ?
Certes, il est actuellement libéré du fardeau des soucis financiers, mais qui a dit qu'il ne pourrait pas utiliser ces fonds plus tard ? Personne ne se plaint jamais d'avoir trop d'argent, et lui non plus.
Ces cultistes sont comme des moutons aux usages multiples. Ils lui fournissent des renseignements sur le monde, leur existence signalée permet de toucher des primes, et leurs objets surnaturels comme ce masque sont raffinés pour être exploités davantage…
« Les cultistes du Soleil sont si pleins de trésors, hoho… » Le capitaine fantôme se frotte le menton tel un homme d'affaires retors.
Ai, qui se promenait sur l'étagère, s'arrête soudainement et fixe ce comportement grossier. Elle crie d'une voix aiguë : « Peux-tu ne pas être aussi inhumain ? Peux-tu ne pas être aussi inhumain ? »
« Tu n'es pas qualifiée pour me parler, espèce d'oiseau maudit ! » Duncan pointe un doigt accusateur vers Ai, qui dodeline de la tête avec dégoût.
Puis, frottant le bout de ses doigts pour invoquer une étincelle de flamme verte, le capitaine fantôme se reconcentre sur son idée. D'abord, il va nettoyer toute trace de corruption sur le masque avant d'effectuer quelques tests. Cependant, au moment précis où il s'apprête à agir, une voix mystérieuse et éthérée résonne dans son cœur.
« Ou cela pourrait les connecter au Disparu~ »
Le corps de Duncan se fige, pétrifié par ce son surgi de nulle part.
Il se tourne vers l'oiseau à ses côtés : « Tu as entendu quelque chose ? »
Battant des ailes, Ai chante fièrement ses malheurs comme une harpie dans une taverne : « Écoute~ la voix de la mer pleure ~ oh cieux, tu nous feras encore du mal ~ »
« Arrête, arrête, arrête… Je n'aurais jamais dû te demander ! » Duncan lance un regard noir à la colombe pour la faire taire. Il regrette amèrement d'avoir tenté de communiquer avec une créature pareille.
Chassant son malaise, le capitaine fantôme cherche attentivement en lui la brève « connexion » établie lors de l'interaction. Tout n'est que ténèbres au début, mais bientôt, il voit une lueur apparaître devant lui. S'y agrippant pour ne pas la laisser s'échapper, l'homme se propulse en avant grâce au pouvoir de la flamme fantomatique. Il ne voit pas grand-chose au début, seulement des voix qui jacassent derrière un miroir ovale, courant dans les maisons de ce monde.
C'est tout ce qu'il obtient avant que quelque chose ne le bloque. Un voile invisible empêche sa conscience d'avancer. Puis, il comprend. Ce n'est pas qu'il manque de capacité pour renforcer la connexion, c'est que Duncan n'a pas de médium à posséder, comme l'autre enveloppe dans la boutique d'antiquités, pour ancrer son esprit dans la réalité.
Comprenant le problème, Duncan s'approche du miroir et le touche négligemment avec sa flamme.
Le vert spectral se répand, ondulant à travers la surface argentée pour former une nouvelle couche sur le miroir. La seconde suivante, le scintillement s'arrête, et il peut désormais voir avec clarté derrière l'image trouble du miroir !
Envahi par la curiosité, Duncan se penche et scrute la pièce illuminée. Une dame anormalement grande se tient près de la fenêtre et lit quelque chose à la lueur du puits de lumière. Vu sa posture décontractée, elle ne semble pas avoir remarqué la présence spectrale qui l'observe depuis l'arrière.
……
Le regard de Vanna reste fermement fixé sur le document qu'elle lit, confirmant le contenu mot pour mot.
Il s'agit d'un document discuté et rédigé conjointement par les évêques de chaque Cité-État. Puis personnellement révisé et approuvé par Sa Sainteté le Pape, siégeant dans la Cathédrale de la Tempête, grâce à la résonance spirituelle qu'ils partagent. Le processus entier ne laissait aucune place à l'erreur et était protégé par le regard vigilant de la déesse pour garantir que les textes ne soient pas corrompus.
Un tel document spécial ne servait qu'à une chose : informer chaque navire sillonnant les mers qu'une anomalie supérieure a échappé au contrôle du monde civilisé.
C'était nécessaire.
Les anomalies hors de contrôle sur la Mer Sans Limites ne disparaissent jamais définitivement aux yeux du monde. Bien que la Mer profonde finisse par tout engloutir, elle n'avale jamais les « anomalies » qui y tombent. Au contraire, celles qui sont hors de contrôle errent aux frontières du monde civilisé, de manière plus bizarre et dangereuse, comme des loups rôdant autour des pâturages, poursuivant et menaçant la sécurité des voyages. Presque chaque année, des marins meurent à cause de ces anomalies incontrôlées.
En tant que gardienne et scelleuse desdites anomalies, chaque église a le devoir d'informer les capitaines qui pourraient rencontrer un tel danger. Personne ne penserait que cela nuit à la réputation de l'Église, car c'est l'une de ses responsabilités premières.
Une notification opportune de la situation peut permettre de sauver un navire qui rencontrerait malheureusement une anomalie à l'avenir, ou offrir la possibilité de resceller et de contenir le danger.
Dans des circonstances normales, un tel avis serait envoyé au port dans les 24 heures suivant l'incident, mais cet avis concernant « l'anomalie 099 » est arrivé un peu plus tard que prévu.
Pourquoi ? Parce que cet événement implique non seulement l'Anomalie 099 – le cercueil de marionnette, mais aussi la Vision 005 – le Disparu. Il existe des critères stricts pour un cas d'une telle importance. Il est dangereux d'en savoir trop dans ce monde, de peur d'attirer l'attention dudit danger par la connaissance elle-même.
Le visage de Vanna se durcit alors qu'elle lit le document mot à mot, confirmant si la formulation est conforme à la structure sacrée et invisible de la prière et si elle peut éviter le regard du tristement célèbre capitaine fantôme.
Et sur la vitre de la fenêtre à côté d'elle, dans l'interstice entre l'ombre et la lumière que ni elle ni l'évêque régional ne peuvent percevoir, Duncan penche la tête pour lire le contenu du document et reste sous le choc.